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14 septembre 2026

Interdiction du smartphone au lycée : entre prudence cognitive et paradoxes d'usage !

Un récent article de Isabelle Castéra, interviewant Xavier Pommereau, psychiatre de l'adolescent à la clinique Béthanie de Talence, est paru dimanche dernier (13 septembre 2026) dans Sud-Ouest, sous le titre « L’usage du téléphone portable interdit au lycée : Quid de l’éducation au numérique pour les ados ? ». L'article fait également référence à un article de la même auteur paru le même jour sous le titre « Interdiction du portable : au lycée, le téléphone interdit, sauf quand il devient obligatoire ». 


Xavier Pommereau appelle à l’interdiction de l’usage du téléphone portable au lycée tout en déplorant l’absence de formation face aux effets pervers des plateformes.

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La généralisation de la « pause numérique » dans les lycées soumet le système éducatif à une tension pédagogique et organisationnelle complexe. D’un côté, l’évloignement des terminaux mobiles répond à des constats documentés en sciences cognitives, en neurosciences et en psychologie : réduction des distractions attentionnelles, prévention des comportements d'addiction aux écrans et amélioration du climat scolaire. 

Les données d'évaluations internationales (PISA, OCDE) pointent et mettent par ailleurs en évidence la corrélation négative entre surexposition aux écrans à des fins récréatives et performance cognitive ou la santé mentale des adolescents.

Toutefois, la mise en œuvre de cette interdiction au lycée révèle dcertaines limites majeures :

Le paradoxe des usages instrumentaux : 

Au quotidien, les lycéens font face à un double message institutionnel. Le smartphone est officiellement banni des espaces de vie scolaire, mais demeure en pratique sollicité pour des démarches administratives (accès à la restauration via QR code, outils d'authentification), l'identité numérique légale, des applications pédagogiques encadrées et l'accès à des outils documentaires ou d'IA nécessaires à la réalisation de certaines tâches auxquelles chaque lycéen est soumis.

L’absence d’auto-régulation et de formation critique

Comme le pointe Xavier Pommereau, s'il est légitime d'éloigner les jeunes des dynamiques captologiques des plateformes, l'interdiction stricte ne saurait tenir lieu d'éducation. En l'absence de dispositifs pédagogiques raisonnés visant à développer l’esprit critique face à la désinformation, et aux biais cognitifs, la lutte contre la dépendance numérique aux algorithmiques nocifs et la soumissions aux notifications intrusives, la capacité d'auto-régulation numérique des élèves à un âge critique d'exposition reste très significativement sous dimensionnée, voire absente dans de nombreux cas.

Pourtant, pour les auteurs, la régulation de l'outil numérique dépasse le seul cadre de la contrainte passive ou de l'interdiction pure et simple. L'effort pédagogique doit accompagner une nécessaire régulation, l'apprentissage à la prudence et à la sauvegarde des esprits en construction. Le cas échéant, la détection des personnes en difficulté et une aide psychologique doivent pourvoir être proposées. La régulation et le contrôle doivent s'accompagner d'une stratégie sociale cohérente, comprenant l'exemplarité des adultes, parents et professeurs, l'apprentissage formel de la "littératie numérique", et l'acquisition d'une "hygiène numérique".

Références pour aller plus loin : 

02 juin 2020

BIO - IA : Le fantasme du premier œil bionique.


Un consortium de trois équipes de recherche, l’une du département d’Electronique de l’université des Sciences et Technologies de Hong Kong à Kowloon (Chine), la seconde du département d’Ingenierie et d’Informatique de l’Universite de Californie à Berkeley et une autre de la division des sciences des matériaux du Laboratoire National Lawrence Berkeley en Californie (USA), vient d’annoncer dans la revue Nature (lien ici) la conception du premier œil bionique complet à destination future des non voyants.
Cet équipement électronique intégré, l’EC-EYE (ElectroChemical EYE), est constitué d’un globe oculaire artificiel complet dont la rétine est constituée de minuscules capteurs électrochimiques positionnés dans une membrane hémisphérique d'aluminium et de tungstène et imitant les véritables cellules photoréceptrices. La partie optique du prototype est constituée d’une lentille et forme la cavité sphérique contenant un liquide ionique. Les données qui en sont issues sont transmises par de minuscules câbles formant le nerf optique. Pour l’instant limité à une résolution de 100 pixels et à un champs de vision de 100 degrés, le dispositifs sera amélioré pour permettre d'ici cinq ans selon les auteurs une vision quasi normale sur 160 degrés et permettre une utilisation substitutive en clinique, voire dépasser les aptitudes naturelles de l’homme. L'appareil pourrait alors équiper des robots humanoïdes ou d’autres dispositifs de vision. Les chercheurs pensent ainsi pouvoir à terme obtenir un œil doté de nanorécepteurs permettant une vision dix fois plus précise et performante que celle de l’œil humain. 
Deux problèmes restent posés et non abordés par les auteurs. Le premier est celui de l’interface qui sera nécessaire chez l’homme entre la partie artificielle est le premier relai sous cortical (genouillé latéral du thalamus) en respectant son organisation structurale en couches et fonctionnelle en hémichamps droit et gauche, en réseaux rapide (magnocellulaire) et plus lent et précis (parvicellulaire), selon le type d’information et sa localisation sur la rétine. Ce problème est d’autant plus critique qu’il participe à la ségrégation des informations en contrastes, couleurs et mouvements, tout en permettant d’assurer la mobilité oculaire (poursuite oculaire, mouvements réflexes, contraintes de nystagmus, etc.), pour un traitement spécifiques à d'autres aires cérébrales distinctes (notamment corticales). Il se posera d’autant plus s’il doit être coordonné avec un œil sain restant, posant la question de sa cohérence ou de sa suppression, produisant alors un nécessaire handicap pour pouvoir être couplé avec un second œil artificiel (éborgnement). Le second problème est, dans le cas fort théorique ou le premier pourrait être résolu, de savoir ce que ferait un homme augmenté d’une vision dix fois plus performante que la naturelle.
Nous sommes encore une fois confrontés au fantasme des spécialistes de l’artificiel qui veulent faire plus en omettant les contraintes de bases comme si leur solution allait de soi. Toujours plus n'est pas forcément mieux. 
Il y a fort à parier que les équipes californiennes et chinoises produiront un œil artificiel qui restera un gadget puisque d’une part impossible à connecter utilement au cerveau, sauf à en faire un simple outil d'interface cerveau-machine (BCI). Dans le cas où l’interface serait possible, alors pourquoi utiliser un œil plutôt qu’un dispositif plus efficace de caméras incorporées ou embarquées sur des lunettes, plutôt qu’un dispositif « usine à gaz » faisant courir des risques chirurgicaux considérables à la personne qui en serait équipée ? Enfin, lorsque les auteurs affirment que l’œil est déjà capable de différencier des lettres simples comme E et Y, ils omettent l’idée que ce n’est pas l’œil qui voit ces lettres, mais tout un ensemble, avec l'intervention d'un système postérieur, soit d’intelligence artificielle dans leur cas, soit d'intelligence naturelle soumise aux apprentissages culturels dans le cas de l'homme normal, l’œil ne détectant que des différences auxquelles une intelligence donne éventuellement un sens en fonction des acquis, de la mémoire et des apprentissages, et de la motivation ... à voir.
Ce problème de l’interface est récurent chez les mécanistes qui engagent pourtant des moyens colossaux comme s’il était résolu. Le fameux Elon Musk fait d'ailleurs comme s'il avait franchi ce cap grâce à son dispositif cerveau-ordinateur développé par sa société Neuralink, alors qu’il ne permet que de produire de nouveaux apprentissages chez les sujets à partir d’électrodes implantées, comme le faisait déjà Grey Walter par l’électroencéphalogramme de surface (électrodes collées sur le scalp) avec ses tortues robots au milieu du siècle dernier, et que réalise tous les jours le "brain-computer interface" tel qu'il est enseigné et mis concrètement en oeuvre à l'ENSC. Pour l'avoir moi-même testé à l'hôpital avec des électrodes implantées et recueillir des potentiels évoqués cognitifs de 1993 à 1999 (voir liste de publications ici), je peux affirmer que ... ça ne marche pas ... à de tels niveaux macroscopiques et d'approximation théorique.
Rien de nouveau sous le soleil, et toujours le fantasme du bio-mimétisme  dans un transhumanisme paralysé par ce boulet conceptuel. On ne fait pas voler des avions en imitant les oiseaux ! Voir à ce propos l'excellent article de Jean-Claude Beaune, André Doyon et Lucien Liaigre sous le titre "automate" dans la non moins excellente Encyclopaedia Universalis (lien ici), et comprendre comment, "Comme le train qui s'entête, dès sa naissance, à singer la diligence, le robot, marqué des pouvoirs nouveaux de l'électricité, de l'asservissement mécanique et de l'électromagnétisme, s'entête à son tour à parodier tristement la nature humaine" (sic).
Voir l'article de Martin Koppe sur un "Regard anthropologique sur le biomimétisme" dans le Journal du CNRS (lien ici), qui explique le "biomorphisme", c'est-à-dire utilisation et "détournement" de solutions héritées de l'évolution adaptative pour faire quelque chose d'autre (par exemple le Velcro inspiré des épines du fruit de la bardane). Tout cela ne peut être confondu, dans un fantasme à la Pinocchio et à la bonne fée, avec la simple copie réductionniste d'éléments isolés d'ensembles fonctionnels intégrés, en espérant que la fonction émergente des derniers apparaisse spontanément des simples bouts de bois et de ferraille des roboticiens ou du silicium des informaticiens.

14 avril 2020

BIO - SHS : À quel âge est-on vieux ? À propos des dérives politiques...



« Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi » déclarait Nelson Madella, inspiré de Gandhi, lors d’un discours aux afrikaners pour la sauvegarde du peuple noir. En perspective, dans son allocution au Peuple français, le 13 avril 2020, le président de la République a déclaré que « pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps. » Et de rajouter : « ... il faudra essayer de s'y tenir pour vous protéger, pour votre intérêt ».
Ces deux parties d’un même moment du discours, l’une en introduction, l’autre en conclusion, articulée habilement entre elles, constituent une parfaite illustration des dimensions perverses de la pensée pathologique du politique. La désignation expliçite de ceux qui sont vieux, handicapés ou malades chroniques discrimine ainsi de ce qu’on considère jeunes, sains et entiers. Pourtant, le président est loin d’être seul à penser ainsi puisque, la semaine dernière, la présidente de la Commission européenne a estimé possible un confinement « des plus âgés » jusqu’à la fin de l’année. Chaque psychologue sait bien que la détestation du naturel n’est pourtant que l’expression de la peur, ici celle d’être vieux, là d’être malade ou encore toujours d’être diminué. 
Un des problèmes du politique reste celui de la déclinaison de son dire dans l’écrit de la Loi et de la Réglementation. Et les questions sont donc celles des définitions opératoires, celles qui permettent aux administrateurs, aux administratifs, et aux gendarmes et autres opérateurs de la force de l’Etat, d’appliquer des textes sans le discernement dont on les souhaiterait capables maîtres que leur interdit une justice prompte au respect de la lettre avant celle de l’idée du texte.
Dans un tel contexte, à quel âge est-on âgé ? L’âge est le critère le plus simple à contrôler puisqu’il est défini par l’identité, porté au document obligatoire et indiqué par le sujet lui-même sur la déclaration sur l’honneur que chacun doit signer pour circuler hors de chez lui. Il suffit donc, chaque matin, de connaître la nouvelle date en deça de laquelle le citoyen deviendra contrevenant, vieux délinquant, à sanctionner, voire à priver de la liberté qu’il n’a pas, ou à condamner â des travaux d’intérêt collectif tels que pousser des charriots d’autres vieux ou de malades parfois plus jeunes qu’on aurait eu intérêt à inviter, eux, à rester chez eux. On peut imaginer ainsi un ensemble d’Ehpad entourés d’autres centres de concentration des âgés condamnés et ainsi sortis de l’espace commun. Cela est ni plus ni moins que la base institutionnelle d’un ostracisme anti vieux.
Reste le choix de la frontière ; sur quels critères vont s’appuyer les décideurs pour décider du fer rouge, nouvelle étoile de discrimation à porter de manière plus ou moins visible par ceux qui sortent, de fait, de l’espace de liberté. L’unisson n’est pas de mise et le débat commence à enfler. Deux conséquences à cela : la première, à laquelle on pouvait s’attendre, est que les définitions ne sont ni universelles ni consensuelles, la seconde, plus inquiétante, est que l’idée a déjà fait son chemin et que les hordes de gérontophobes affûtent leurs couteaux.
Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) indiquait dans une note du 30 mars sur la stratégie de prise en charge des personnes âgées vivant en établissement que « La population des personnes âgées de plus de 70 ans constitue le public le plus vulnérable à l’épidémie de Covid-19 ». Le ministère de la Santé rapporte que « les patients entre 50 ans et 70 ans doivent être surveillés de façon plus rapprochée ». Quant au président du Comité consultatif national d’éthique, par ailleurs président du conseil scientifique ad-hoc qui conseille le président, considère que l’âge pivot serait celui de 65 ans, parlant à l’oreille d’un gouvernement qui déclarait hier pour le projet de Loi sur la réforme des retraites que l’âge de 67 ans était celui du départ à taux plein. Le MEDEF est plus exigeant encore, expliquant qu’il fait travailler plus et plus longtemps pour sauver un régime dont on ne sait plus trop s’il sera par capitalisation ou restera par répartition. On voit bien qu’entre 50 et 70 ans, la frontière est floue, et qu’elle devra impérativement être contrôlée par le Conseil Constitutionnel dont la moyenne d’âge de ses membres est de 71 ans (de 60 à 93 ans).
Que nous apprend la biologie sur l’âge, pas grand chose sinon une grande variabilité d’un individu à l’autre. L’âge semble correlé à la diminution de la longueur des télomères des chromosomes, ces extrémités non codantes dont le rôle semble pourtant établi dans la production d’erreurs de codage de la reproduction cellulaire. À propos de celle-là, on peut s’intéresser à l’âge à partir duquel on ne se reproduit plus. Au mois d’octobre 2019, la petite Tianci est naît par césarienne dans une maternité de la ville de Zaozhuang, dans l’Est de la Chine, d’un papa de 68 ans et d’une maman de 67 ans. Les dérèglements génétiques, les affres de la vie, tant en santé qu’au travail, les toxicités du milieu et de l’alimentation, sont autant de facteurs de variation qui peuvent faire d’un jeune un déjà vieux ou d’un aîné un vert gaillard. La culture ne nous aide pas et les travaux de l’anthropologie montrent combien ces notions de jeunesse et de vieillesse varient d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un groupe social à un autre.
La médecine de ces trois derniers mois indique que l’âge médian des sujets Covid-19 qui en sont décédés est de 83 ans alors que seuls 3 % des personnes décédées avant l’âge de 65 ans ne présentant pas de comorbidité. Mais le psychologue et le physiologiste savent l’erreur épistémologique de certains sociologues, économistes, historiens et autres biologistes des populations prêts à reduire le comportement des individus aux statistiques des tendances centrales et à ce qu’ils définissent comme l’individu type, ou au mieux l’individu représentatif de telle ou telle catégorie ; comme si l’amour, le plaisir, la peur, santé, etc. étaient des notions inhérentes aux groupes.
Et quelles conséquences individuelles sont et seront celles du confinement et de l’ostracisme rampant ? Qui peut le prévoir, sauf à le prédire de manière conjuratoire comme la limitation de vitesse à été appliquée comme potion à l’accidentologie en son temps. Plus facile de criminaliser le conducteur que d’admettre la déchéance du réseau routier et de tout ce qui concours à l’usage automobile et à ses dangers. La majorité des analystes considèrent que c’est là l’origine majeure de la fronde des « gilets jaunes ». Le confinement n’est-il pas, à l’instar, le non dit d’un manque de masques, de gants, de surblouses et des moyens de protection qui ont clairsemé les Ehpad, repoussant d’autant la médiane de l’âge, confirmant dans une tautologie enarquienne que les vieux sont les plus fragiles, puisqu’on les a littéralement tués.
La plupart des spécialistes insistent sur la nécessité de prendre en compte les risques du confinement. Pour les personnes âgées à domicile, le repli sur soi et la perte de dépendance sont des conséquences certaines et irrémédiables d’un isolement et du confinement prolongé. Quelle société, sinon celle rêvée par certains politiciens pathologiques, se permet d’empêcher les enfants de venir visiter leurs parents âgés, d’assister, comme cela a été le cas récemment, aux derniers instants de son père, de parquer les vieux dans des vases clos d’un Covid devenu nosocomial ? L’abomination peut parfois prendre le costume de la respectabilité ou celui de la responsabilité. 
L’appartheid est une abomination, et classer des catégories de citoyens sur des critères biologiques est justement la définition de cette infamie. Comment un pouvoir, aussi éclairé soit-il, peut-il se permettre de s’affranchir de la constitution, de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui dispose de l’égalité de tous et droit. Le principe d’isonomie dispose qu’aucun individu ou groupe d'individus ne peut avoir de privilèges garantis par la loi, et par voie de conséquence, qu’aucun individu ou groupe ne peut être privé d’un quelconque privilège que la loi garantirait à d’autres.

12 décembre 2018

SHS - TECH : Colloque FRACTURES à l'ENSC - 12-13 XII 2018

Colloque 
Ecole Nationale Supérieure de Cognitique
109 avenue Roul - 33405 Talence
(Tram B - Station Béthanie)

La question des inégalités numériques est une question de société majeure à l’heure où les environnements, activités, relations sont profondément marqués par une hyper présence des outils et services numériques. Le programme initié grâce à la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine (MSHA)  aborder cette problématique à partir des questions de l’accessibilité numérique et par rapport au public des personnes en situation de handicap (porteuses d'une déficience physique, sensorielle, cognitive…), des personnes âgées et d’une façon plus générale, de toutes personnes mises en situation de handicap.
Deux axes forts sont abordés pendant le colloque organisé à l'ENSC :
Accessibilité, handicap et communication dans les écosystèmes numériques
Dispositifs, expérimentations, usages : des dynamiques aux innovations.
Accès au programme : (lien ici).

18 octobre 2018

IA-SHS : Cybersécurité - le piégeage du Web par faille cognitive.

Le Typosquatting » est une technique toxique et très efficace de piégeage des utilisateurs du Web. Elle repose sur l’écriture d’un nom de domaine qui ressemble à un nom de domaine officiel ou privé connu par celui qui reçoit un message comportant un lien. Celui-là, en confiance, ouvre le lien ... ce que souhaite ke cyber pirate.
Cette nouvelle technique a fait l’objet de deux rapports (1) et (2) publiés en février 2018 par la société de sécurité informatique Menlo Security.
Le Principe du typosquatting repose sur le fait que notre cveraue est doté ed capciatés éotanntes moibilsant des procsesus proches ed la dysxelsie. Ces processus ont fait l’objet d’études scientifiques (lien) qui montrent que les mots sont spontanément lus par groupes de lettres.
Cette propriété est à la fois une performance et une faille. Ainsi, un pirate peut acheter des noms de domaine imitant des noms de site connus, ou envoyer un message mail avec le nom falsifié d’un correspondant habituel, la différence résidant dans un détail, par exemple une faute d’inversion de lettres (ENCS pour ENSC) ou d’utilisation d’un caractère non romain (@, &, €, etc.) ou non codifié de manière informatique classique (ç, ë, å, etc.). Loin d’être une erreur typographiques, la stratégie consiste en un leurre pour l’usager qui n’a ainsi pas conscience de s’être fait piéger.
Le typosquattage peut s’appuyer sur des noms qui mobilisent l’émotion de l’internaute, tels que « tresor-pubilc, mais aussi tresor-publics, tresar-public, tresor-public, etc. », ou « dircetion-ensc, direction-esnc, mais aussi direction-ėnsc, direčtion-ensc, directiøn-ensc, etc. ». Il peut consister en utilisation, élision  ou inversion de lettres (unviresite-bordeaux, unversite-bordeaux, etc.), en suppression ou ajout d’un tiret, d’un slash ou autre (universitebordeaux, universite_bordeaux, ou universite/bordeaux, pour universite-bordeaux), en utilisation d’accentuation orthographiquement correcte (université-bordeaux), ou en modification du code terminal (.tr pour .fr, .cam pour .com, .arg pour .org, etc.). L’important est que l’erreur soit efficace et que la victime n’en prenne pas conscience, ou trop tard. Une technique très efficace repose d’ailleurs sur l’étude statistique des erreurs de frappe récurrentes de l’internaute à piéger pour lui proposer des erreurs congruentes avec son propre handicap, ses habitudes ou sa personnalité cognitive.
Dans tous les cas réussis, la victime, pensant correspondre avec une personne, une société, un organisme typosquatté, est alors invitée à donner des informations personnelles ou confidentielles dans un processus de phishing (hameçonnage).

11 mars 2018

BIO - SHS : Ne pas dire "non" est une histoire de dégoût ou d'autorité.

Vous savez dire non ? Vous avez de la chance ! Certains en sont incapables...
Pourquoi donc certaines personnes peuvent affirmer leur désaccord et d'autres pas ? C'est la question que se sont posée des scientifiques du laboratoire de neurosciences sociales de l'Institute of Cognitive and Clinical Neurosciences de la Monash University (Melbourne), et de l'école de psychologie de l'University du Queensland (St Lucia) en Australie.
Les scientifiques, qui ont publiés leurs résultats dans Frontiers in Human Neuroscience, ont tenté de trouver une explication à ce phénomène bizarre : pourquoi certaines personnes ne peuvent-elles littéralement pas dire "non" ou entrer dans une forme d'opposition à autrui ? Ils ont étudié par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) les zones du cerveau en activité chez des patients souffrant d'un trouble léger consistant à ne jamais oser affirmer leur opinion propre et à adopter systématiquement celle des autres. Que se passe-t-il lorsque on leur demande toutefois de se forcer à se dépasser et à imposer leur pensée en déclarant leur propre opinion contradictoire ?
Les régions les plus stimulées dans une telle condition expérimentale sont apparues au niveau du cortex préfrontal médian, supposées impliquées dans le langage, la mémoire de travail, et le raisonnement. Mais, à la différence des témoins, une autre zone est concernée : le cortex insulaire qui est stimulé à ce moment-là. Il correspond à un territoire dont l'activité est habituellement associée au dégoût, à la dépendance et qui semble impliquée dans les processus de prise de conscience. Ces deux régions interagissent chez les patients et provoquent un stress intense. Ainsi, lorsqu’une personne qui ne sait ou ne peut pas dire non est amenée à refuser une opinion, son cerveau génère un message d’anxiété, et elle se comporte comme si elle ne se sentait pas autorisée à penser par elle-même. Les personnes souffrant de ce problème se retrouvent alors dans une situation critique, car elles se sentent obligées d’être conformes à ce que pensent les autres, y compris à l’encontre de leur propre intérêt, ce dont elles ont néanmoins conscience.
De toute façon, être en désaccord n’est jamais une partie de plaisir, et ne facilite pas les bonnes relations sociales… Mais encore moins pour ces personnes qui, selon les chercheurs, se retrouvent en situation de "stress mental intense", dans une situation difficile et anxiogène. La solution, pour elles, serait alors de fuir les situations dans lesquelles elles risqueraient d'entrer en désaccord. Ou bien, l'idéal trouvé par certains est encore plus efficace : obliger les autres à adopter leurs idées.

03 août 2017

IA : Les exosquelette ; on a le choix.

Le développement des exosquelettes est un des points centraux de la robotique collaborative. Un exosquelette est un dispositif cobotique actif. Il permet de développer une aide motrice ou sensori-motrice et amplifier l’effort de son utilisateur. Celui-là peut être un manutentionnaire, un soldat, un opérateur dans un atelier, sur une chaîne de montage, dans un chantier de BTP, ou une personne en fragilité ou en rééducation clinique de mobilité ou d'équilibre, voire une personne âgée qui peut, grâce à cette aide, recouvrer des fonctions perdues ou diminuées. Plusieurs sociétés proposent des exosquelettes, avec des philosophies conceptuelles et d'usage souvent différentes et parfois complémentaires.
Superflex est un prototype développé par un groupe de chercheurs de SRI International, l'ancien Stanford Research Institute. Il est conçu pour faciliter la marche des soldats et les déplacements des personnes âgées. Il s’agit d'une combinaison souple, équipée de capteurs et d'un système d'intelligence artificielle. Il s’adapte à la démarche de son utilisateur, apprend ses caractéristiques et permet d’apporter une force supplémentaire ou une meilleure précision au moment où l’utilisateur en a besoin. Cela se fait indépendamment de sa volonté, de manière totalement transparente. Une telle combinaison militaire et industrielle permettrait également aux personne à la mobilité réduite de gravir des escaliers, et aux opérateur d’éviter les troubles musculo-squelettiques (TMS) tout en favorisant le maintien de l'équilibre et la sécurité des personnes.
Exosuit est une solution développée par l’Institut Wyss de l’Universite de Harvard et financé par le DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) dans le cadre du programme Warrior-Web. Ce prototype souple permet aux militaires d’augmenter la distance parcourue avec une charge lourde. Il est composé de tissu souples, d’actionneurs et de capteurs qui en font une sorte de pantalon intelligent qui s’inspire des muscles et tendons des jambes de l’appareil locomoteur humain. L’appareil est maintenu par des sangles et peut donc être rapidement installé ou retiré en fonction des tâches à effectuer. Parallèlement, la DARPA finance XOS2 de l’entreprise Raytheon Sarcos pour un déploiement opérationnel prochain dans les unités combattantes. Un autre projet, Talos (Tactical Assault Light Operator Suit), associe un exosquelette à une armure intégrale de protection antibalistique.
Phoenix est proposé par SuitX, une spin-off développée par des anciens de l’Université de Californie à Berkeley. Il s’agit d’un dispositif léger et peu onéreux, prévu pour permettre aux paraplégiques de remarcher avec une autonomie de quatre heures. Le dispositif est modulable et peut s’adapter aux caractéristiques physiques de la personne, à celles de son handicap, et à ses préférences de vitesse ou de démarche aidée par des béquilles.
La France s’intéresse également au domaine avec plusieurs projets. ExoPush est ainsi un exosquelette, proposé par la start-up RB3D, prévu pour l’aide aux opérateurs qui tirent des outils, tels que des râteaux pour le ramassage de feuilles, pour étaler le béton ou le ciment sur un chantier ou le bitume sur les routes. Exoback de RB3D est un exosquelette dédié, quant à lui, aux militaires pour les charges dorsales. ExoUp en est une déclinaison civile pour les manutentionnaires. Hercule, développé avec le soutien de la DGA (Direction Générale de l’Armement), entre quant à lui dans le programme « soldat du futur » et ambitionne doter l’armée française en théâtre d’operations.
Plus spécialisée, la ceinture Atlas est développée par la start-up française Japet. Il s’agit d’un système permettant aux personnes atteintes de sciatiques chroniques de recouvrer leurs activités socio-professionnelles. La ceinture robotisée est dotée de quatre vérins, dont l’asservissement est coordonné par une carte Arduino, qui diminuent la pression sur les disques intervertébraux par une décompression de la colonne vertébrale. Le gant de rééducation Exoglove a quant à lui été développé par des élèves ingénieurs du Polytech Marseille. Il s’agit d’un dispositif de rééducation de la main pour le traitement des déficiences motrices ou des développement des projets industriels.
Quant au géant technologique japonais Panasonic, il mise sur une évolution incrémentale des exosquelettes avec une large gamme de modèles. Du petit AWN-03 à l’impressionnant Power Loader, en passant par le modèle Ninja, la firme nippone offre une grande variété adaptée aux différentes forces nécessaires. Sincere Kourien est une filiale de Panasonic, spécialisée dans l’aide à la personne, et commercialise des adaptations des modèles de Panasonic pour chacun, dans sa vie de tous les jours. Mais le groupe asiatique a désormais un nouveau concurrent avec le groupe automobile sud-coréen Hyundai qui développe un nouveau prototype d’exosquelette inspiré d’Iron Man. Son modèle H-LEX et son programme Next Mobility ambitionnent de devenir les éléments de base du futur de la mobilité avec les mêmes ambitions que celles de son concurrent, de l’autre côté de la Mer du Japon. Et les asiatiques ne sont pas les seuls sur le terrain de la concurrence. Ekso Bionics, BMW, Audi ou de nombreux groupes associés à des universités se sont lancés dans la course.
Bref. La guerre des exosquelettes ne fait que commencer.

30 mars 2017

DIV : Les élèves de ENSC distingués par le prix du jury "Vie Professionnelle" de TousHanScène 2016-17

Le Concours Vidéos Handicap Étudiants "Tous HanScène" a pour objectif d'encourager les jeunes en situation de handicap à accéder aux études supérieures et d'inciter les établissements d'enseignement supérieur à s'ouvrir davantage à ces jeunes pour leur permettre de réussir leurs études et s'insérer dans la société en minimisant les conséquences de leur handicap.
Il est dramatique de constater que dans notre pays, seuls 7% des jeunes scolarisés en situation de handicap accèdent aux études supérieures et parmi eux, seulement 1% atteint le niveau bac+5 !!!
Partant de ce constat, "Tous HanScène" s'inscrit dans trois grands enjeux nationaux : (1) inciter plus de collégiens et lycéens en situation de handicap à prolonger leurs études dans l'enseignement supérieur, (2) amplifier l'ouverture des cursus des établissements de l'enseignement supérieur aux jeunes en situation de handicap, et (3) permettre aux entreprises de recruter des personnes handicapées avec des niveaux d'études supérieurs.
C'est dans cette philosophie active que "Tous HanScène", soutenu par des grandes entreprises et organes de presse nationaux, organise un concours vidéo dont les meilleures réalisations sont saluées par une série de prix : le prix du public va à la vidéo la plus vue, et des prix du jury distinguent les vidéos dans les catégories "Arts et essais, Humour, Sport, Vie étudiante, Vie professionnelle, Vie quotidienne". Un "coup de coeur" ainsi que des pris "Jeune Pousse" pour les lycées et "Mobilisation Etablissement" pour les universités sont d'ailleurs accompagnés d'une subvention pour financer la mise en place d'un projet handicap. 
Les vidéos du concours 2016-2017 (saison 5) sont disponible en ligne (ici).
L'ENSC travaille depuis longtemps à la question de la facilitation de la vie des personne en situation de handicap. Véronique Lespinet, en charge du domaine Santé-Handicap, a coordonné cette année la production des élèves de l'école qui viennent d'être récompensés, lors de la cérémonie officielle du 30 mars 2017, par le prix du jury "Vie professionnelle".
Un grand bravo à tous ceux qui se sont associés à cette entreprise.

16 février 2016

BIO - TECH : Impression 3D d'organes vivants.

L'étude qu'une équipe de recherche du centre médical Wake Forest Baptist de Winston-Salem 5caroline du Nord - USA) et publiée le 15 février 2016 dans Nature Biotechnology (lien), rend compte de la première impression 3D de tissus et d'organes vivants.
L’impression 3D, ou conception additive, ne se limite pas au plastique et au métal, mais a initié une nouvelle phase avec l'impression de cellules vivantes. La bio-impression consiste à déposer des gouttelettes d'encre biologique qui vont former des couches successives se superposant pour constituer un tissu en trois dimensions.
Jusqu'ici, on avait 3 techniques différentes de bio-impression 3D. Une première est similaire à la technique du jet d'encre, par projection de microgouttelettes d'un liquide contenant des cellules par une tête d'impression piézoélectrique. La bio-extrusion consiste à faire pousser des constituants des tissus de manière mécanique à travers une microseringue. Enfin, la bio-impression laser utilise un balayage laser de 10.000 impulsions par seconde; chaque impulsion génère alors une microgouttelette. Cette technique la plus récente permet des dessins complexes et une bonne viabilité des cellules qui ne subissent pas de contrainte mécanique et peuvent être assemblées en formes diverses, telles que des organes entiers (oreilles, muscles et os).
Après une dizaine d’années de travail, l'équipe de sud WFP a mis au point un outil de bio-impression 3D du premier type, mais doté de plusieurs réservoirs. 
Cette technique, appelée "Integrated Tissue-Organ Printing System", permet à la fois l'impression de plusieurs types cellulaires, de gels à base d’eau, et d'une substance biodégradable qui sert de forme à l'organe. Cette structure solide sert de moule extérieur aux cellules vivantes englobées dans les gels. Une fois l’organe implanté, la structure externe se décompose progressivement afin que l’organe prenne sa place et se vascularise et évite ainsi toute dégradation. Pour améliorer la vascularisation, les chercheurs ont également imprimé des microcanaux dans la structure qui est donc aérée comme une éponge. Les nutriments et l’oxygène peuvent ainsi plus facilement pénétrer jusqu’aux cellules.
Pour tester les implants ainsi imprimés, les chercheurs les ont greffés sous la peau de souris et de rats. Pour ce qui est des oreilles, deux mois après l'impression, les greffons ont gardé leur forme et un tissu cartilagineux s’est formé. Pour le tissu musculaire implanté sur un rat, le greffon s’est suffisamment développé pour rendre possible la création de nerfs dès le quatrième mois. Quant aux os imprimés en utilisant des cellules-souches humaines, ils se vascularisent au bout de cinq mois.
Il faudra évidemment attendre de nombreux tests cliniques afin de pouvoir utiliser ces implants imprimés pour les greffer sur l’homme. Néanmoins, la voie est ouverte pour la chirurgie reconstruction ou augmentative du futur.

15 décembre 2015

BIO - SHS : Pour une définition constructive de la "situation de handicap".

Comme le rappelle Véronique Lespinet, chargée du domaine santé de l'ENSC, la définition de la "situation de handicap" est clairement issue de la loi de 2005 (ref. ici) à savoir :
« Toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société  en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales,cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant »
De plus, il est utile de faire référence à la classification de l'OMS la CIF (2001) qui met en exergue l'importance des facteurs environnementaux et personnels et abordent le concept clé de "restriction de participation", donc on fait bien référence au concept de "situation de handicap" et l'entrée ne doit plus être du côté de la déficience.
Le cadre théorique qui nous semble pertinent est celui proposé par Patrick Fougeyrollas (2002), c'est-à-dire celui du "modèle PPH" (processus de production du handicap). Il s’agit d’un modèle systémique avec une visée explicative des causes et conséquences des maladies, traumatismes et autres atteintes à l’intégrité ou au développement de la personne. Ce modèle est global et interactif, replaçant la personne en situation de handicap dans la société. Il repose sur la dynamique du processus interactif entre les facteurs personnels (intrinsèques) et les facteurs environnementaux (extrinsèques), ainsi que sur la réalisation ou non des habitudes de vie (ie. activité courante ou rôle social valorisé par la personne ou son contexte socio-culturel selon ses caractéristiques personnelles comme l’âge, le sexe, l’identité socioculturelle). Il s’agit d’un système d’inter-influence entre les trois domaines conceptuels (facteurs personnels, environnementaux et habitudes de vie) et continu sur l’ensemble de la trajectoire de vie de la personne. Concernant les facteurs environnementaux, l’ensemble des dimensions dans lesquelles la personne vit est considéré : social, culturel, politique, physique, etc.
Comme le soulignent Fougeyrollas & Noreau (2007), « les facteurs environnementaux peuvent constituer des obstacles ou des facilitateurs ou encore ne pas avoir d’influence sur la réalisation des habitudes de vie d’une personne ayant des incapacités. »
Voir aussi : Fougeyrollas, P., Beauregard, L. (2001). Disability : An interactive person/environment social creation. In G.L. Albrecht, K.D. Selma, M. Bury (eds.). Handbook of Disability Studies. Thousand Oaks : Sage Publications, Inc.

02 avril 2015

BIO : Transformer les procédures cognitives pour la commande hybride.

Les publications concernant les performances des membres et des mains artificiels ne se comptent plus. Le domaine de l'hybridité est à la mode et c'est un domaine d'espoir pour toutes les personnes souffrant de handicap ou d'amputation. Ce post n'est pas pour rendre compte d'une énième performance des équipes bio-médico-mécaniciennes qui font un travail remarquable dans beaucoup de pays.
L'équipe du professeur Oskar Aszmann, de l'Université de Vienne, a développé une main bionique. Elle a été greffée entre avril 2011 et mai 2014, chez trois hommes victimes de graves accidents qui avaient endommagé leur plexus brachial. Ce réseau de nerfs situé au niveau du cou commande le mouvement des membres supérieurs. Ces blessures rompent définitivement le lien entre le réseau de la commande nerveuse et les membres, provoquant une paralysie.
Le progrès majeur de l'équipe d'Azmann est d'avoir recréé une transmission complète du signal neurologique jusqu'à la main bionique, en greffant dans les avants bras de ses patients des muscles prélevés dans leurs cuisses, puis des nerfs provenant d'une autre zone de la moelle épinière que le plexus brachial.
et tout cela a pu marcher grâce à, un entraînement cognitif de plusieurs mois avant leur amputation, que les patients ont pratiqué, d'abord en commandant une main virtuelle représentée en vidéo, puis en s'exerçant sur une main hybride attachée à leur véritable main. La fonction récupérée est presque aussi bonne qu'avec une greffée et ne nécessite plus la prise, pendant toute la vie, de médicaments immunosuppresseurs très puissants.
Selon Aszmann, dans le cas de la perte d'une seule main, la reconstruction bionique hybride avec entraînement cognitif a plus de bénéfices de performance et de confort d'usage que la greffe et n'a pas d'effet biologique secondaire.
voir le lien The Lancet

11 février 2015

ENSC : Première séance du Ciné-Club du 109

La première séance du ciné-club du 109 a eu lieu hier soir.

Le comité d'animation du ciné-club, rattaché à la bibliothèque de l'ENSC, et composé de membres du BDE et de personnels Biatss, avait choisi le film "Memento".

Memento est un thriller américain de 2000, réalisé par Christopher Nolan et mettant en scène Guy Pearce, Carrie-Anne Moss et Joe Pantoliano. "Memento" signifie "je me souviens" en Latin. 

Ce film nous proposait hier soir un exemple romancé mais particulièrement reussî de trouble de la mémoire et d'atteintes conséquentes de la personnalité, du comportement et des relations sociales. La structure du film (projeté en VOST), alternant scènes en noir et blanc et en couleur, dans un ordre chronologique perturbé, amène le spectateur à "vivre" l'expérience du trouble neuro-psychologique et l'entraîne à la fois dans le malaise du vécu du malade et dans celui de l'intolérable et de l'inacceptable individuel comme social face au trouble.

Ces différents points ont été analysés et discutés, lors d'un débat fort intéressant et de haut niveau scientifique entre les spectateurs (nombreux élèves ingénieurs, personnels Biatos particulièrement représentés, membres de l'IRASCA, quelques étudiants extérieurs), et animé par notre collègue le Professeur Robert Jaffard, membre du CNRS et de l'Observatoire B2V des mémoires.
Le séance s'est terminée tard sur le projet d'une nouvelle séance, prochainement, dont vous serez informés par le journal du 109.

Merci à tous les organisateurs et aux participants. Félicitations à tous ceux qui œuvrent pour cette initiative.

21 juillet 2014

IA : Une main presque humaine.

La Shadow Robot Company a mis sur le marché une main artificielle robotique sensible. Elle est capable d’analyser la forme d’un objet pour décider de la position et de la force nécessaires pour s’en saisir, faisant ainsi passer le mouvement robotique à un stade supérieur.
La Dexterous Hand est équipé de capteurs de pression et d'une série informatique d'intelligence artificielle référée à un inventaire de prototypes de formes sensorielles, permettant de contrôler l'acte de saisie et la manipulation des objets fragiles.
Ce dispositif comporte donc une proto conscience de son environnement, ou tout au moins de l'objet saisi grâce au sens du toucher. Les capteurs des doigts couplés à des caméras 3D permettent au robot de "comprendre" ce qui l’entoure et d'interagir avec son environnement.
La Dexterous Hand est capable de placer ses doigts dans la bonne configuration en fonction de l’objet qui lui est présenté, de l’attraper et de la manipuler sans pression excessive tout en assurant la solidité de la saisie.
Le but est double : disposer d'un outil intelligent de manipulation déportée et développer une nouvelle génération de prothèses.
Voir une vidéo (ici).

23 mai 2014

IA - SHS : Et si vous étiez malvoyant ; testez le !

Depuis longtemps, les philosophes discutent des différences cognitives et de la connaissance du monde entre voyants et malvoyants. Il suffit de se rapporter aux expériences de pensée de Thomas Nagel (eg.), de Frank Jackson (eg.), etc. et de les théories de l'Umwelt ou des Qualia, pour se convaincre de la complexité du débat.
Rien n'est plus enrichissant que de dépasser l'expérience de pensée pour la vivre, ou pour le moins en vivre un morceau ... C'est ce que permet de faire un serious game à visée pédagogique élaboré pour sensibiliser les familles et le personnel socio-pédagogique et médical au vécu des malvoyants.
Vivre sans voir ou en voyant mal est un état de handicap majeur. Même si beaucoup de personnes porteuses d'un tel déficit le surmontent étrangement avec une aisance presque naturelle, il est évident que de nombreux pans de la vie sociales sont dramatiquement restreints, notamment pour les études, la culture, les relations humaines, l'emploi et le milieu professionnel. 
C'est donc afin de sensibiliser chacun aux difficultés quotidiennes des malvoyants que la société Streetlab a développé avec l'Institut de la Vision un programme immersif en 3D, nommé Iris&co, qui fait vivre les situations vécues par les déficients visuels.
Le but est d'abord de sensibiliser les personnes qui accompagnent les mal-voyants, et ambitionne de promouvoir des bonnes pratiques "vécues" et ainsi faciliter le quotidien des personnes concernées.
Par exemple, le vécu perceptif d'une DMLA, d'une rétinopathie pigmentaire, d'une larétinopathie diabétique, d'une maladie de stargardt, ou d'un glaucome congénitale permet au personnel soignant ou environnant de connaître l'expérience spécifique du handicap, et d'envisager par exemple avec le patient d'adapter des parcours en transport en commun, d'aménager un poste de travail ou les méthodes de classement et d'accès aux informations, de gérer des pauses et temps de repos, etc.
Voir ici un film de présentation (YouTube).

16 mai 2014

BIO - TECH : Une neuropuce permet de contrôler une main paralysée.

Le projet BrainGate, un système d'implants neuronaux mis au point par la société Cyberkinetics en 2003, en collaboration avec le département de Neurosciences et celui de biotechnologie de l'Université Brown avait permis à des personnes paralysées de contrôler par la pensée les mouvements de leur fauteuil roulant. Dans cette perspective, une équipe de l'Institut américain Battelle de l'Université de l'Ohio, dirige par Chad Bouton, sont parvenus à créer un système qui transmet directement les pensées d'un patient à des muscles. Ce système, baptisé Neurobridge, contourne la colonne vertébrale de certains patients paralysés pour permettre au cerveau d'interagir directement avec l'avant-bras. Cette technologie permet alors de contrôler l'une des mains directement par la pensée.
Le premier bénéficiaire de cette technologie a reçu une puce cérébrale de 4 mm de large et qui comporte 96 électrodes. Les différentes instructions cérébrales sont transmises sous forme de signaux électriques au cerveau grâce à un câble relié à un ordinateur. Ce dernier transmet les commandes à  huit bandes très fines qui entourent l'avant-bras du patient et qui sont dotées de 20 électrodes chacune. les signaux envoyés permettent de stimuler les fibres musculaires, permettant un mouvement avec une latence inférieure à un dixième de seconde.
On est encore loin de la commande précise, néanmoins les progrès sont en route et on peut s'attendre à des développements et des perfectionnements d'ici les prochains mois.

BIO - TECH : Un implant rétinien français redonne une forme de vue à certains aveugles.

La société française Pixium a développé un implant rétinien électronique baptisé « Iris ». Celui-ci fait l’objet d’une étude clinique internationale dont les premiers résultats sur cinq patients viennent d'être publiés. Ainsi, une femme aveugle depuis 20 ans, a été l'une des premières patientes opérée il y a huit mois. Elle est aujourd'hui capable de percevoir des objets de différentes tailles sur une table et arrive à distinguer le noir et le blanc, alors que ses performances semblent augmenter.
La prothèse rétinienne utilise une caméra fixée sur la monture d'une paire de lunettes. Les images ainsi obtenues sont analysées et transformées par un microprocesseur dans l'implant qui comporte une cinquantaine d'électrodes qui permettent de transmettre au cerveau, via le nerf optique, les signaux électriques correspondant aux images enregistrées. Le cerveau réapprend, après une rééducation de plusieurs mois, à interpréter correctement ces images. 
Cette technologie destinée aux patients devenus complètement aveugles à la suite de pathologies comme la rétinopathie pigmentaire, permet ainsi aux patients de retrouver une certaine forme de vision.
Lien (ici).

29 mars 2014

BIO - SHS : Ellie, psychothérapeute virtuelle.

On connaissait "Eliza", thérapeute informatique rogérien, voici "Ellie", la nouvelle psy "Kinect".
Des chercheurs dirigés par Stefan Scherer, professeur à l'Institute for Creative Technologies (lien) de l’Université de Californie du sud, ont mis au point un psy virtuel capable de diagnostiquer les signes de la dépression. Le patient doit s'installer en face d'une Kinect, l’outil de jeu permettant la détection des mouvements, développé par Microsoft. Il entre en contact avec un avatar thérapeute virtuel et doit répondre aux questions posées à l’écran (voir la vidéo).
Le diagnostic repose sur un programme appelé SimSensei. Composé d’algorithmes, le programme analyse les expressions du visage, la voix du patient et sa posture. À l’écran, le psy virtuel pose des questions puis analyse les réponses physiques.
C'est grâce aux capteurs de la Kinect que le programme construit un modèle très détaillé du visage et du corps en prenant en compte la taille du sourire, l’ouverture des yeux… Des éléments déjà utilisés par certains pour conduis par exemple des voitures (voir le post dans ce blog). Ces éléments permettent de capter les signes émotionnels et en déduire l'existence d’une éventuelle dépression.
Le processus est entièrement automatisé et ne fait intervenir aucun thérapeute réel. Il s'agit d'une pseudo consultation, d'un pseudo entretien, et peu importe les contenus. L'important est ici de laisser croire que le dispositif est fonctionnel : il s'agit de passer le test de Turing.
Les tests sont donc effectués en toute intimité à la maison, ou comme c'est déjà envisagé, dans des centres de présélection de l'armée américaine ou dans les centres de soins pour vétérans des guerres du Golfe et d'Afghanistan.
Lors des essais, les chercheurs californiens ont testé 60 personnes, dont la moitié avait déjà souffert de dépression. Les conversations virtuelles ont permis de construire des profils que les chercheurs estiment fiables à 90%.
Les pistes de développement concernent bien entendu la dépression, mais également les autres troubles de l’humeur tels que ceux des bipolaires, des parkinson, des déments, etc. En combinant avec d’autres capteurs, il serait même possible pour un ordinateur de diagnostiquer, selon les chercheurs, toutes sortes de problèmes physiques et mentaux. Les travaux sont engagés dans ce sens, en essayant de différencier les supports techniques, par exemple en utilisant des smartphones ou des tablettes.

BIO -SHS -IA : Découverte du monde sonore par augmentation humaine.

Johanne Milne, une britannique de 40 ans, atteinte du syndrome d'Usher, vient de subir une opération au Midlands Implant Centre du Queen Elizabeth Hospital de Birmingham (ici), l'équipant d'implants cochléaires. Née sourde, elle est également malvoyante depuis une vingtaine d'années, et vivait dans un monde relativement coupé de l'environnement, ce qui est la caractéristique terrible de cette maladie.
Elle a été équipée d'implants électroniques (ref.) qui lui ont permis de récemment recouvrer l'ouïe. En fait, il ne s'agit pas d'une audition normale, mais l'implant étant inséré sous la peau à proximité de l'oreille, il stimule par des électrodes le nerf auditif. Le patient est alors obligé d'apprendre ou réapprendre à faire correspondre des stimulations particulières avec des réponses neuronales dans une nouvelle correspondance sensorielle apprise, à élaborer et à stabiliser.
Une vidéo de l'instant où la jeune femme entend pour la première fois a été postée sur YouTube (ici) ; on la voit entendre et découvrir la voix de son médecin.
Au delà de la découverte de son nouveau sens, Joanne Milne va donc devoir maintenant apprendre à reconnaître les sons et les caractéristiques sensibles du monde sonore : "The first day everybody sounded robotic and I have to learn to recognise what these sounds are as I build a sound library in my brain". L'étude de son comportement d'apprentissage et de l'acquisition de ses nouvelles performances sera probablement très instructive pour la compréhension du système auditif et de la cognition sonore. Notamment, il conviendra d'étudier les préférences, les aptitudes différentielles, notamment en rapidité d'apprentissage, et surtout si la personne supportera ces nouvelles informations et comment elle aura recours à l'interruption temporelle de ses prothèses fonctionnelles.

Deux remarques sont à développer ici, et ferons l'objet d'un séminaire de l'ENSC.
1/_ La première concerne le bonheur et l'augmentation. Après avoir vu la vidéo, nous touchons ici à la compréhension de l'ambition transhumants te positive : augmenter l'homme pour son bonheur. Si c'est air aussi simple! L'augmentation doit elle être récupératrice, clinique ou au contraire à méliorative des personnes saines ? Pourquoi ne pas mieux entendre si la technologie permet de dépasser la performance naturelle ? Et qui a-t-il droit de bénéficier d'une telle technologie ? Tous les malades, ceux qui en ont les moyens financiers ? Tous les hommes normaux ou seulement certains privilégiés ? Et lorsque ce type de technologie serait utile au travail, a-t-on le droit de la refuser sans être licencié, ou la technologie implantée va-t-elle imposer de nouvelle normes aux travailleurs ? À-t-on le droit d'imposer cette technologie, qu'elle soit durative ou d'obligation sociale, à des personnes vulnérables, enfant sourd, personnes âgées, prisonniers judiciaires ou simplement de la politique de l'emploi de patrons festives ? À-t-on le droit de refuser, y-a-t'il un droit à la surdité ? etc.
2/_  La seconde concerne la connaissance du Monde et l'existence des qualia (ref.). L'expérience de pensée des "couleurs de Marie" ("What Mary Didn't Know" de Frank Jackson - Journal of Philosophy 83, pp. 291-295, 1986 -  article posant la question de savoir ce qu'on apprend de plus de l'expérience par rapport à la connaissance symbolique), trouve ici un mode de réfutation inattendu. Manifestement, même si Joanne a connu beaucoup de choses de ce qu'on lui disait du monde auditif, elle semble avoir découvert quelque chose de nouveau dans la confrontation brutale à l'expérience sensible. Sont-ce les qualia, terme par lequel on désigne les propriétés subjectives, qualitatives, de l'expérience réelle ? Une pierre dans le jardin des idéologues du tout symbolique. La connaissance sensible est ici clairement démontrée par l'expérience vivante, renvoyant au placard des fantasmes technologiques le projet du Google brain et autres projets de cerveaux artificiels : un cerveau sans le corps, ce n'est rien, et un corps sans expérience sensible et apprentissage corporel, ce n'est certainement qu'un morceau de viande ... ou de ferraille, pour les techno-convaincus de la pensée artificielle.

24 mars 2014

IA - BIO : Vers une rétine hybride.

Une équipe de chercheurs, dirigée par Yael Haenin, professeur à l'Université de Tel-Aviv, travaillent sur la réalisation d'un oeil hybride grâce aux nanotubes de carbone dont il a été question récemment (lien).
L'équipe est engagée dans la recherche sur une maladie dégénérative, la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge). La DMLA est la première cause de cécité après 50 ans dans les pays développés. Cette maladie invalidante ne se guérit pas et peut simplement faire l'objet de soins palliatifs particulièrement lourds et coûteux.
L'équipe s'est intéressée aux propriétés des nanotubes de carbone. Elle a conçu une interface polymérique optoélectronique (constituée de polymères photosensibles) qui remplace les photorécepteurs naturels défaillants. Elle envoie des signaux visuels à une rétine synthétique constituée de nanotubes de carbone. Cette rétine hybride transmet les signaux des yeux au cerveau à l'aide de nanocristaux, les informations visuelles pouvant alors être à nouveau transmises et interprétées par le cerveau. Cette superstructure est alimenté par une NanoRectenna qui convertit la lumière en électricité.
Les recherches menées par l'équipe de Yael Haenin s'inscrivent dans la lignée des travaux entrepris pour le traitement substitutif de la surdité par les implants cochléaires. Ces implants parviennent en effet à utiliser la capacité d'adaptation du cerveau, qui est capable, après apprentissage, d'interpréter des signaux électriques artificiels reçus par le biais du nerf auditif. Il en sera de même de la rétine hybride qui permettra ainsi de disposer à nouveaux d'une représentation visuelle du monde pour les personnes atteintes de DMLA.
Lien vers l'info (ici).