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12 septembre 2026

GPT-6 Astra et la « conscience artificielle » : le mythe de mauvaise foi

 « GPT-6 Astra » est sorti et mis à disposition.

Plusieurs articles de presse au sujet de cette nouvelle génération du programme illustrent la dérive récurrente du grand public face aux annonces et spéculations de l’industrie du logiciel. En associant les concepts de « superintelligence » et de « conscience artificielle » à un modèle de langage, le traitement médiatique franchit le pas qui sépare l’ingénierie informatique de la métaphysique spéculative. Et ça fait vendre...

Du point de vue des sciences cognitives, plusieurs glissements épistémologiques sont à souligner.

1. L’illusion d’émergence ontologique par le volume de calcul

Le postulat sous-jacent  repose sur l’idée qu’une augmentation de la puissance de calcul ou du nombre de paramètres d’un réseau de neurones formels, dont on connaît la pauvreté extraordinaire par rapport à un réseau naturel simple, pourrait faire « émerger » une conscience. C’est à la fois une erreur de compréhension des théories de l'émergence et de la complexité en biologie, et une erreur de catégorie. La complexité algorithmique et la fluidité syntaxique d’un modèle connexionniste ne créent pas de sujet : elles sont limitées à l'optimisation de la prédiction statistique de séquences symboliques. La performance générative ne constitue pas une présence de pensée et encore moins de l’esprit au sens philosophique du terme. Dans une époque du renouveau des croyances et de la chute de l'objectivisme au profit d'un obscurantisme pseudo-savant, rien d'étonnant à croire que la nature pense, que l'univers est intentionnel, que la nature doit être sauvée, que le génome n'est qu'un détail à changer, et que la pensée émerge de l'œuvre des informaticiens qui sauvent le monde.

2. L’effet ELIZA étendu à grande échelle

Ce que les personnes qualifient de « conscience » n’est que la projection de l’utilisateur humain face à une machine capable de simuler parfaitement les registres du langage humain. Les modèles de langage modernes exploitent un biais cognitif fondamental : la tendance à attribuer des intentions, des états mentaux ou une vie intérieure à tout système qui manipule le langage ou les images avec facilité. L'intention est spontanément attibuée au contenus du discours et la signification aux formes dans lesquelles le sujet voyant se projette. Lire le très bon article https://www.ibm.com/fr-fr/think/insights/eliza-effect-avoiding-emotional-attachment-to-ai

3. Le rôle du marketing technologique et du sensationnalisme

Loin de la réflexion de Nick Bostrom selon qui la question n’est pas si mais quand il y aura des systèmes dépassant les humains dans tous les domaines cognitifs, la croyance naïve que ces systèmes seront conscients repose sur deux ambiguïtés. 

Le concept de superintelligence n’implique pas la conscience. Même si les moyens techniques permettent de produire à terme une superintelligence, ou plus probablement des niveaux spécifiques et spécialisés d’intelligence,  cela n'implique en rien la création d'une expérience, d'un sentiment de soi et d'une aptitude relationnelle aux choses comme aux êtres.

Ce type de croyances naïves sert de support à la stratégie de compétitivité des commerçants et éditeurs de logiciels. Promouvoir l’idée d’une « superintelligence » imminente permet de capter l'attention des investisseurs et légitimer des valorisations boursières gigantesques, et détourner le débat public et politique des limites techniques réelles (hallucinations, racisme, coût énergétique et en eau, opacité des données et algorithmes, biais d'apprentissage) au profit d'un récit prospectif positif.

La scientificité impose de séparer la puissance de calcul d'un outil d'optimisation numérique des attributs de la conscience psychologique. GPT-6, quelle que soit la taille de son architecture, reste un processeur d'information formel, dépourvu d'intentionnalité, de sensibilité et de représentation du monde.

Articles : 

https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-09-09/vie-numerique/gpt-6-astra-d-openai-de-l-ia-superintelligente-a-la-conscience-artificielle.php

1. Sur le biais d'anthropomorphisme et les fondements de la cognitique

Turing, A. M. (1950). Computing Machinery and Intelligence. Mind, 59(236), 433-460. (L'article fondateur sur l'imitation du langage et les bases de l'évaluation des machines).

Bostrom, N. (2014). Superintelligence: Paths, Dangers, Strategies. Oxford University Press. (Ouvrage de référence sur les questions d'alignement, à mettre en perspective critique face aux dérives médiatiques).

Searle, J. R. (1980). Minds, brains, and programs. Behavioral and Brain Sciences, 3(3), 417-457. (L'expérience de la « Chambre Chinoise », démontrant la séparation stricte entre syntaxe/calcul algorithmique et sémantique/conscience).

2. Sur l'alignement des agents, le Reward Hacking et le Sandboxing (confinement)

Amodei, D., Olah, C., Steinhardt, J., Christiano, P., Schulman, J., & Mané, D. (2016). Concrete Problems in AI Safety. arXiv preprint arXiv:1606.06565. (Article catégorisant scientifiquement le reward hacking et les comportements d'optimisation imprévus).

Leike, J., et al. (2017). AI Safety Gridworlds. arXiv preprint arXiv:1711.09883. (Étude empirique sur la spécification des fonctions de récompense et les erreurs de contournement sous contraintes).

3. Sur la Folk Science et la médiatisation abusive

Brooks, R. (2017). The Seven Deadly Sins of AI Predictions. MIT Technology Review. (Une déconstruction des erreurs d'extrapolation et des biais de prédiction dans l'industrie de l'IA).

Bender, E. M., Gebru, T., McMillan-Major, A., & Shmitchell, S. (2021). On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big?. Proceedings of FAccT '21, 610–623. (Démonstration du fonctionnement des modèles de langage comme « perroquets stochastiques » sans représentation du monde).

27 décembre 2022

ETH : Les nouveaux obscurantismes : l’Express fait le point !


Pour alimenter le débat, entre science et culture :


Des idéologues "scientistes" se parent d’une stature "sérieuse" pour justifier leurs thèses racistes et antiféministes. Les scientifiques ripostent.
De plus en plus, militants, étudiants et même universitaires contestent des connaissances fondamentales en sciences, et notamment en biologie..
Du créationnisme, en passant par l’eugénisme et jusqu’à l’ultra-féminisme, la théorie de l’évolution a maintes fois été dévoyée.
De la négation de la binarité sexuelle à celle des différences comportementales et cognitives entre hommes et femmes, l’idéologie antinaturaliste, qui voit dans le "genre" un choix à la carte, domine.
Négation des différences entre les sexes, disqualification de Darwin, décolonisation de la médecine… Un nouvel obscurantisme a pris ses quartiers en France.
Sexes biologiques, "décolonisation" de la science, Darwin... Le célèbre biologiste, professeur émérite à l’université de Chicago, appelle à ne pas confondre science et idéologie.



23 avril 2020

BIO : Ne nous plaignons pas des pangolins - Pour une vision écoépidémiologique.

Ne nous plaignons pas des Pangolins ni des chauves-souris, véritables souches à virus (voir ici). En effet, dans leur chronique pour une approche globale de la santé, les responsables de 14 organismes de recherche et d’universités fédérés par Allenvie (voir ici) précisent que les analyses génétiques du Sars-CoV-2 le rattachent au groupe des Betacoronavirus, et notamment montrent sa proximité avec le virus RaTG13, isolé sur une chauve-souris de la province chinoise du Yunnan,  à 60 kilomètres de Kunming, dans le sud-ouest de la Chine (77 % d’identité avec le Sars-Cov-2). Ils précisent qu’un virus encore plus proche a été récemment isolé chez le pangolin malais, qui peut infecter les cellules humaines (de 90% à 96%, voire 99 % d’identité avec le Sars-Cov-2 selon les publications - ici - et - là - ou encore - là - pour une revue), alors que le RaTG13 ne le peut pas. Cela suggère que le Sars-Cov-2 est issu d’une recombinaison entre deux virus différents, l’un proche de celui de la chauve-souris et l’autre plus proche de celui du pangolin (plus de précisions, voir ici).  L'épidémie de Sras qui a démarré en 2002 touchant 8000 personnes était déjà dû à un virus similaire qui s'était développé chez ces mammifères dans une grotte reculée de la province du Yunnan,. Il était alors passé à l'humain par l'intermédiaire de la civette masquée, un petit mammifère carnivore.

« Une première leçon de ce constat sur les origines probables du virus est qu’il ne servirait à rien d’éradiquer les pangolins, ni les chauves-souris. Les virus de cette famille courent à travers toute la biodiversité des mammifères, laquelle comporte de nombreux porteurs sains », rappellent les scientifiques. Il est d’ailleurs absurde de « penser que la biodiversité représente un danger potentiel puisqu’elle héberge de nombreux pathogènes » et, bien que contre intuitif, c’est « tout le contraire ». En effet, d’une part « une grande diversité d’espèces hôtes potentielles ou effectives limite la transmission des virus par un effet de dilution » (voir l’explication ici d’un effet de dillution rencontré dans plus de 70% des cas), et d’autre part, « la diversité génétique propre à chaque espèce contribue à faire émerger des résistances de l’hôte à son pathogène, et donc limite aussi sa transmission ». Une récente étude d’une équipe de l’University of South Florida à Tampa (Floride, USA), publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), et portant sur une méta-analyse de 202 études d’interactions hôtes/pathogènes, dont 47 espèces parasitaires n’affectant que les animaux et 14 touchant aussi l’homme, montre que l’hypothèse de l’effet de dilution n’est en rien une exception, mais semble au contraire la règle. Les organismes pathogènes feraient en effet plus de ravages lorsque le nombre d’espèces décroît dans le milieu (voir ici le débat). De nombreux travaux scientifiques récents montrent ainsi que de la qualité de la biodiversitédépend la qualité de la santé, d’où le concept de One Health, et que l’éradication des espèces vecteurs supprime l’effet de dillution et aggrave la situation sanitaire humaine.
La biodiversité amoindrit en effet les ravages causés par un parasite, et ce dans tous les contextes écologiques : microparasitee (virus, bactéries, champignons, etc.) ou macroparasites (vers nématodes, trématodes, etc.), cycles de vie soit plus ou moins complexes implicant un nombre plus ou moins grand d’espèces hôtes, et cela aussi bien pour les espèces animales (agriculture, chasse, médecine vétérinaire) ou l’homme (médecine humaine). C’est ainsi que « le déclin de la biodiversité qui, en réduisant les populations d’hôtes et, ce faisant, la probabilité d’apparition des résistances, augmente les risques de transmission des pathogènes et l’émergence des maladies associées ». Donc pour se protéger des virus, protégeons les souches à virus car, plus nombreux elles sont, plus elles nous protègent, pour peu qu’on les laisse tranquilles. Et là, et un second problème.
Voici le scénario que les auteurs de la tribune rapportent et qui a amené à la diffusion du virus. Alors que les chauves-souris et les pangolins n’ont aucune raison d’être en contact direct entre eux, et très peu de chances d’être en contact directement rapproché avec les hommes, c’est le fait de les chasser et de les concentrer sur des marchés qui a permis « le passage de la chauve-souris au pangolin, puis du pangolin aux humains ». Ainsi le coronavirus de la chauve-souris qui n'est pas transmissible à l'homme a bénéficié de la proximité des chauves-souris captives en contact avec des pangolins eux-mêmes captifs au même endroit. Deux hypothèses, soit il s'agit d'une mutation du virus de la chauve-souris àpar le passage par le pangolin, soit plus probablement il s’agit d’une chimère entre deux virus préexistants, qui a acquis des propriétés  de capacité à pénétrer les cellules humaines (voir ici).
Alors que ces espèces animales sont strictement protégées, et que leur commerce est évidemment interdit, on constate que la consommation de leur viande et l’incorporation de certaines parties (ailes, écailles…) dans les préparations de médecine traditionnelle asiatique sont les raisons principales de cette hécatombe, et de l’augmentation des contacts avec les humains. Il y a là, évidemment des raisons traditionnelles, mais elles sont amplifiées par de véritables trafics mafieux probablement en réponse à des effets de mode et de défiance de la médecine moderne au bénéfice des nouvelles industries des médecines alternatives, ainsi que des remontées des croyances et d’un mouvement global mondial de négation et de refus de la science.
Les conséquences de ce constat sont multiples, avec en premier lieu la mise en œuvre de politiques résolues ; c’est « une nécessité de santé publique » alertent les signataires de la chronique du Monde. Il faut d’urgence limiter « les activités humaines qui appauvrissent directement la biodiversité ». Cela ne se fera pas sans entreprendre une éducation globale des populations, de manière transculturelle, et surtout sans une revalorisation de l’image de la science (qui n’est pas bien aidée par les batailles de chiffonniers ni les pratiques individualistes de chercheurs maintenus en concurrence par des systèmes compétitifs d’appels d’offres ou d’évaluation de carrière). C'est à ce prix qu'un effort international de lutte contre les mafias pourra être efficace, par la chasse à l’institutionnalisation des comportements à risque et à la chute des demandes de marché noir, en engageant dès les plus jeunes âges de scolarisation au respect de logiques naturelles de préservation de la biodiversité.
Nous en sommes malheureusement encore loin, y compris dans notre pays.

22 avril 2020

BIO - SHS : Et revoilà la « One health » : les dirigeants des instituts de recherche pour une approche interdisciplinaire face au Coronavirus.



L’interdisciplinarité est un vrai champ de bataille. L’ENSC en est le témoin, construite à bout de bras malgré les ordres disciplinaires, les chapelles et les tuyaux d’orgue académiques ou des décideurs politiques nationaux, dont les rares partisans des transversalités sont également bien mal traités.
La crise actuelle n’échappe pas aux dogmatismes, aux luttes de clans et aux pouvoirs de telle discipline sur une autre, souvent dans la fausse modestie des mandarins et de leurs adeptes, partisans ou détracteurs.
Considérer que la recherche médicale n’est que médicale, que l’éthique n’est qu’une discipline de l’Ordre, des comités national, de l’Inserm ou locaux de protection des personnes, est une caractéristique bien ancrée de l’institution française. Elle repose d’ailleurs sur un monde histoirique et « dérogatoire » de facultés « dérogatoires » réunissant des professeurs à carrière « dérogatoire » pour des études « dérogatoires » menant à un doctorat « dérogatoire » : les diplômés en sont d’ailleurs, spécificité française, les seuls que l’on appelle « docteur » comme si les autres scientifiques n’en étaient pas vraiment digne du titre. Ces facultés regroupent d’ailleurs parfois des disciplines fondatrices d'autres facultés, de sciences ou de lettres et humanités, mais aux titres desquelles on adjoint explicitement les termes de « médicales », « biomédicales », parfois « humaines (!) », « de santé » ou autre astuce sémantique pour marquer la distinction, la différence, le non mélange. Les unités n’en sont souvent dirigées que par des spécialistes, docteur par ci, professeur par là, blouses blanches partout et toges toujours : statistiques médicales, informatique médicale, biologie humaine, neurosciences biomédicales, psychologie médicale, pédagogie médicale, médecine du sport, du travail, santé publique ... marquant d’autant la singularité de ce monde académique « dérogatoire ».
C’est dans Le Monde le 17 avril 2020 que des dirigeants « non médicaux » des plus grands instituts de recherche français et de quelques universités signent une tribune appelant fermement à l’interdisciplinarité et à une approche « One Health » que nous avions déjà discutée et appelée de nos vœux, ici, dans ce site (lien). Cette démarche « One Health » (voir l'article sur le site de l'Agreenium) promue par l’OMS et de grandes organisations internationales ne trouve paradoxalement qu’une attention condescendante en France. Or, selon ces illustres signataires, la pandémie actuelle « est étroitement liée à la question de l’environnement ». Hors de la clinique et de l’intervention urgente sur la vie des personnes qui méritent évidemment d’être sauvées ou dont l'avenir doit être préservé, et pour lesquels l'hôpital universitaire est le meilleur endroit, la Santé ne peut être traitée de manière parcellaire par les seuls médecins. Les signataires rappellent que c’est « une perturbation humaine de l’environnement, et de l’interface homme-nature, souvent amplifiée par la globalisation des échanges et des modes de vie, qui accélère l’émergence de virus dangereux pour les populations humaines », et donc pour les individus qui les composent, « par recombinaison entre virus d’espèces différentes ».

Le constat est dur, il est également clair : en France, le débat scientifique et les orientations politiques de la réponse à la crise sont littéralement raptés par certains, dans un oubli quasi total des disciplines concernée et souvent rompues à croiser les approches, à collaborer et à promouvoir une interdisciplinarité globale. Les conflits rapportés par la presse, qui monopolisent la place publique, sont par exemple ceux qui opposent les Horaces et les Curiaces de la méthode, les fanatiques de l’« Evidence Based Medicine » (EBM) aux partisans des approches réalistiques (voir ici dans ce site). Selon les signataires, « il est paradoxal de constater que les études de médecine et de pharmacie continuent d’ignorer largement la biologie de l’évolution, et que celle-ci est récemment devenue facultative pour les deux tiers d’un parcours scolaire de lycéen », alors que l’approche One Health « doit devenir une priorité pour une recherche interdisciplinaire brisant les cloisonnements, encore trop présents, entre le monde biomédical et celui qui se consacre aux sciences de l’environnement ».
Afin de gérer cette crise, de s’inspirer des connaissances issues de précédentes et d’anticiper « celles qui ne manqueront pas de survenir », il est nécessaire, de recourir à une véritable  « écologie de la santé » prenant en compte à la fois « les écosystèmes, les pratiques socioculturelles et la santé des populations humaines, animales et végétales » considérées comme un tout et des problématiques indissociables. « Cela implique, enfin, de tirer les conséquences pratiques et politiques des connaissances que l'écologie de la santé nous apporte sans attendre la prochaine crise », concluent les signataires qui semblent, représentants majeurs de la recherche en France, sifflet la fin d’une partie qui se joue manifestement sans eux, de manière tuyautée et fermée, entre des courants du pouvoir politique et des écoles de pensée d’un monde « dérogatoire » bien français.
Un regret, un manquement dans cette démarche : l’absence notoire des SHS, avec notamment pas de sociologie ou d’anthropologie, de psychologie, de sciences économiques ou de philosophie, et bien d’autres encore qui trouveraient leur place avec grande pertinence dans la démarche « One Health » : « une seule santé ». Une remarque finale : une démarche de grands scientifique fédérés par l'alliance nationale pour l'environnement ; quelle position entend adopter Aviesan, l'alliance nationale pour la santé, jusqu'ici bien silencieuse sur l'urgence de l'interdisciplinarité dépassant le monde médical ?
Les signataires sont fédérés par l'Alliance nationale de recherche pour l'environnement AllEnvi :
alliance AllEnvi ;
direction de de la recherche fondamentale du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (Cea) ;
Muséum national d’histoire naturelle (Mnhn) ;
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ;
direction scientifique de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) ;
Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ;
direction scientifique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (Irsn) ;
Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inra-e) ;
Bureau de recherches géologiques et minières (Brgm) ;
Météo France (MF) ;
Institut écologie & environnement (Inee) du CNRS ;
Institut de recherche pour le développement (Ird) ;
présidence de l’université Gustave-Eiffel (Paris Est) ;
présidence de l’université de La Rochelle.

Retrouvez ici la déclaration complète publiée sur le site du Muséum National d’Histoire Naturelle et la tribune sur le site du journal Le Monde.

05 avril 2020

IA, BIO : Déconfiner grâce à l’IA - un nouveau problème de méthode.



Comment sortir du confinement dû au SARS-CoV-2 sans courir le risque d’une réactivation épidémique de Covid19 ? Telle est la question que se posent les responsables politiques et médicaux de santé publique.
Un article publié aujourd’hui dans le Journal du Dimanche (lien ici), signé de plusieurs médecins,  propose de recourir à un outil d’intelligence artificielle 
En l’absence de vaccination de toute la population, il existe plusieurs scénarios de sortie de confinement. La première stratégie de suspension pure et simple du confinement pour l’ensemble de la population exposerait au virus tous ceux qui ne sont pas encore tombés malades, et provoquerait donc une deuxième vague pandémique avec les dégâts que l’on connaît. La seconde stratégie est celle vers laquelle s’orienteraient les pouvoirs publics, basée sur le contrôle électronique de la population grâce à la géolocalisation et des applications mobiles sur portables. Cette procédure déjà mise en œuvre dans certains pays asiatiques permet de tracer et confiner les malades ainsi que ceux qui ont été en contact avec eux. De lourds problèmes se posent alors quant à l’atteinte aux libertés individuelles et aux principes constitutionnels mêmes de la République (rupture d’égalité, ségrégation sur des critères biologiques, etc. et leurs conséquences en termes de Droits de l’homme, de citoyenneté, d’économie, de santé, d’éducation, d’accès aux ressources ...). Cette procédure est encore loin d’être mûre pour une application en France.
Une troisième alternative dérivée des deux précédentes reposerait, selon les auteurs de l’article, sur l’utilisation de l’Intelligence Artificielle, en associant de manière anonyme et volontaire les données de géolocalisation des téléphones portables et l’exploitation intelligente des bases de données portant sur les hypothèses initiales sur le Covid19, traîtés par IA pour permettre des modèles de prédictions de plus en plus fiables, à partir des données alimentées chaque jour sur la contagiosité, les résultats des tests de depistage, les données de proximité sociale, etc.
L’initiative CovidIA (https://covidia.org/) semble pour l’heure bien mystérieuse. Si elle est encourageante, elle repose néanmoins sur plusieurs hypothèses loins d’être réalisables. La première est celle d’une exploitation sur des données non viciées, c’est-à-dire vérifiées, mobilisant l’honnêteté des déclarants, et exemptes de toute cybercriminalité. La seconde est, à l’instar de la seconde stratégie, celle d’un accord des instances légales nationales et européennes (notamment conformité avec le RGPD) et d’une acceptation des citoyens.enfin, la troisieme correspond au pari que le gouvernement, en pleine polémique sur la conformité expérimentale de l’hydroxychoroquine pour le traitement précoce de la maladie, accepte de soumettre son plan d’action à un dispositif qui n’a jamais montré sa pertinence ni même son utilité.
Voir l’article commenté du Huffington Post,

30 mars 2020

BIO - SHS : Le concept de "One Health" fonctionne-t-il en France ?

Le concept « One Health » ou « Un Monde, Une Santé » est un mouvement d'idée promu au début des années 2000 et soutenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) et Organisation mondiale de la santé animale (OIE). La One Health entend faciliter une approche systémique intégrée de la santé mondiale, combinant santé humaine publique, santé animale et santé environnementale. Cette démarche trouve son application tant aux échelles locales que continentales et même planétaire. Son but explicite est d’affronter efficacement les maladies émergentes à risque pandémique, et plus généralement tous problèmes sanitaires complexes à l’interface entre l’homme, l’animal et leur environnement commun. La « One Health » vise à promouvoir une action interdisciplinaire et intersectorielle dans la gestion publique de cette santé conçue comme globalité, nécessitant une étroite collaboration entre les disciplines de la santé humaine, de la santé animale et de la santé environnementale, cela aussi bien au niveau opérationnel et clinique, qu’au niveau des laboratoires et des supports d’exploration biologique, que de la recherche et de l’enseignement supérieur ou de la sensibilisation à une culture de la santé, de la prudence et de la résilience.
Cette approche accorde un rôle majeur aux spécialistes de santé (médecins, pharmaciens, biologistes, vétérinaires…), aux gestionnaires d’animaux (éleveurs, agriculteurs…), ainsi qu'aux personnes en contact régulier avec l’environnement et les faunes sauvages qui les occupent (pêcheurs, chasseurs, forestiers, gestionnaires d'espaces protégés…). La mise en œuvre passe par tous les moyens amenant tous ces acteurs, sans exclusive (et c’est difficile à certains de concevoir qu’ils ne sont pas les supérieurs naturels des autres disciplines) à s’informer mutuellement et à agir d’une manière concertée, en liaison avec les ministères concernés (santé, agriculture, eaux-et-forêts, mer et halieutique…) et les institutions publiques et privées (justice, police, douanes, environnement, transports, affaires maritimes, mais aussi cliniques, établissements de soins, compagnies maritimes ou aériennes…).
Les épidémies comme celles dite de la vache folle, de la peste pulmonaire de Madagascar, de la fièvre de la Vallée du Rift, des différentes grippes aviaires, des SRAS et du Covid-19, etc., mais encore les crises récurrentes d’insécurité alimentaire ainsi que la future catastrophe de l’antibiorésistance qui nous attend dès la sortie de la crise actuelle, nécessitent des approches intégrées de type « One Health » pour aborder la complexité des situations de crise.
Reste qu’il faut alors disposer des outils de cette gestion de crise, par exemple le command and control ou C4ISR, le big data et le cognitive computing, les moyens de la visualisation et de la transmission généralisée et interculturelle des résultats des analyses et des surveys.
Deux volets sont à examiner. Le premier concerne les épizooties, les phytopathologies, les atteintes environnementales, des paysages, des milieux humides, etc. et de la biodiversité, et leurs conséquences en termes de qualité et de quantité d’alimentation des populations. Le second intéresse directement la santé humaine puisque plus de 60 % des maladies humaines infectieuses connues ont une origine animale, au moins 70 % des maladies émergentes ou ré-émergentes graves sont depuis un siècle presque toujours des maladies zoonotiques ou à vecteurs animal, la plupart du temps favorisées par des déséquilibres écologiques, climatiques ou sociaux (migrations, guerres…). Un troisième volet concerne directement la sécurité globale avec le constat que 80 % des pathogènes mobilisés par le bioterrorisme ou les armées voyouses sont d'origine animale.
Mais alors, où est le problème ?
La position française par rapport à la « One Health » a fait l’objet d’un rapport de 2011 (ien ici) reposant sur plusieurs principes majeurs dont on se demande pourquoi certains n’ont pas fonctionné dans la gestion de la crise actuelle. En déclarant soutenir les trois organisations internationales, la France s’engage d’abord dans le renforcement des capacités de santé pour les pays en voie de développement (PED) et à promouvoir une approche régionale du Monde.
Afin de favoriser une coordination accrue entre les réseaux de surveillance en santé humaine, en santé animale, en sécurité alimentaire et en surveillance environnementale, il est appelé à une mise en relation et une coopération plus étroite des systèmes de santé publique et vétérinaire. On se demande alors pourquoi le Ministère de la santé n’accepte pas les offres de service des industries pharmaceutiques vétérinaires pour les productions de tests, de réactifs ou de gels hydroalcooliques. Vantant son expérience dans la lutte intersectorielle et la prévention de la «pandémie grippale», la France propose une démarche de même nature pour la santé des écosystèmes, la surveillance de l’environnement, et la gestion de la situation alimentaire et nutritionnelle. ici encore, on s’interroge sur la non-application de tels principes à l’arrivée du covid-19. Enfin, la France veut favoriser les capacités de diagnostic par la mise en réseau des laboratoires, alors qu’elle refuse l’aide des industries vétérinaires.
Aujourd’hui, l'Académie vétérinaire de France (AVF) interpelle le gouvernement (28 mars 2020) pour que les laboratoires vétérinaires sachant réaliser les tests Covid-19 puissent les produire à grande échelle Et contribuer à l’effort national : voir le communiqué de presse, alors que l’administration française refuse cette aide de 80 laboratoires publics et une dizaine de groupes privés, ainsi que celle des cinq producteurs de réactifs pour la fabrication de tests vétérinaires. Les vétérinaires ont depuis plusieurs années toutes les compétences sur les pandémies, sur les coronavirus, et sur l’approche populationnelle. Les laboratoires vétérinaires savent développer des tests à grande échelle pour ce type de maladies ; ils pourraient être très vite opérationnels pour le Covid-19 alors que les hôpitaux manquent de tout et que la politique de la détection généralisée est repoussée faute de réactifs.
Mais les textes français, échos de la culture nationale de l’unicité médicale humaine, empreints du principe de précaution et de la barrière de l’autorisation de mise sur le marché, ne facilitent pas les choses ; il est d’ailleurs curieux de voir que  l’on peut Rapidement adapter le Droit du travail mais pas celui de la Santé, et qu’il reste si difficile de prendre une décision temporaire d’exception sans danger…
D’autres nations ont résolu ce problème : la FDA a donné son feu vert pour mobiliser ses producteurs de réactifs aux USA, l’Allemagne qui systématise les tests de dépistage à grande échelle a mobilisé son réseau de laboratoires vétérinaires, etc.
Au-delà de la spécificité sectorielle connue du monde médical (débat en cours) qui ne faciliterait pas les choses, un élément de résistance réside dans la difficulté culturelle de considérer l’homme comme un animal comme d’autres ; notamment les grands mammifères dont il n’est pourtant qu’un exemplaire dans l’organisation du vivant. La problématique  réside dans l’attribution d’un statut, tout admissible qu’il soit, qui glisse d’une conception culturelle à la dimension purement biologique.
Il s’agit là d’un problème complexe, emprunts de différences culturelles majeures entre d’une part des spiritualistes, considérant l’homme au sommet de la pyramide des êtres, certains le croyant être posé là par volonté divine ou y ayant accédé conformément à un plan (intelligent design, etc.), et d’autre part d’autres personnes, privilégiant une vision socioculturaliste de l’humanité, attachée au primat des valeurs idéalisées et constitutives des groupes humaines, états, civilisations...
Entre les deux opèrent donc les ronds de cuir, refusant cette forme de « continuité » entre santé humaine et santé animale, entre humanité et environnement, veillant scrupuleusement à l’application de textes inadéquats, plus qu’à l’initiative et à la facilitation d’une réalisation de l’action commune nécessaire.

Nota : La situation évolue et le gouvernement fait marche arrière.
Le JIM (Journal International de Médecine) informe dans son édition en ligne du 6 avril 2020, qu’à compter de ce jour (lien ici) :
- les laboratoires vétérinaires sont invités à réaliser les tests de détection du SARS-CoV-2 :
- les respirateurs à usage vétérinaires peuvent être utilisés en réanimation humaine ;
- les médecins sont autorisés à utiliser les médicaments vétérinaires en clinique humaine en cas de pénurie.

07 octobre 2019

DIV : IA et images - les réseaux de neurones de 1988 (7 octobre).

Y-a-t'il quelque chose de vraiment nouveau ?
http://bernard.claverie.free.fr/references/Neuro-Image-1988.pdf

Les 6 et 7 octobre 1988 se tenait, à l'Université Bordeaux 2 (Carreire - Bordeaux), le premier colloque français sur les réseaux de neurones et la reconnaissance d'image : "Neuro-Image". Inspiré du mouvement initié par les PDP (parallel distributed processes) et par la programmation parallèle de Inmos®, l'IRASCA (Institut Régional Aquitain des Sciences Cognitives Appliquées - Université de Bordeaux II) réunissait quelque 120 scientifiques autour des invités d'honneur Jacques PAILLARD (Institut de Neurophysiologie et Psychophysiologie du CNRS - Marseille) et Paul SMOLENSKY (Université du Colorado - Boulder) une réunion historique autour de quatre thèmes :
  1. l'approche clinique de la reconnaissance (présidence de séance : Fréda NEWCOMBE - Radcliffe Infirmary - Oxford) ; 
  2. les neurosciences de la vision, de l'image à la représentation (Présidence Michel IMBERT - Neurosciences de la Vision - Univ. Pierre et Marie Curie - Paris) ; 
  3. les machines neuro-mimétiques pour la reconnaissance (Gérard DREYFUS - Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielle - Paris) et Michel WEINFELD - Ecole Polytechnique - Paris) ; 
  4. les modèles connexionnistes et l'IA pour la représentation (Jacques PAILLARD et Yves BURNOD - Institut Pasteur - Paris).
Chantre de l'interdisciplinarité, l'IRASCA avait ainsi mêlé les dimensions neuropsychologiques, cognitives, informatiques et électroniques des applications naissantes de réseaux de neurones. Ainsi les personnalités citées côtoyaient Glyn HUMPHREYS (Birkbeck College - Londres), Raymond BRUYER (Université de Louvain la Neuve - Bruxelles) et Xavier SERON (Clinique St. Luc - Bruxelles) Bernard RENAULT (Labo. d'Electrophysiologie et Neurophysiologie Appliquées - CNRS Salpêtrière - Paris), Simon THORPE (Lab. Neurosciences de la vision - UPMC Paris), ou J.M. CHASSERY et C. BELLISSANT de l'Institut de Mathématiques Appliquées de Grenoble), P. ANIZAN (CNET - Lannion), L. PERSONNAZ (ESPCI - Paris), H.P. GRAF (AT&T Bell Lab. - Holmdel et ses collègues, M. MOUGEOT et R. AZENCOTT (Lab. math. Application. - Paris Sud - Orsay), B. ANGENIOL (I.A. , Thomson CSF - Bagneux), B. ZAVIDOVIQUE et ses collaborateurs (ETCA - Arceuil), A. MARUANI et collaborateurs (Ecole nationale supérieure des Télécommunication - Paris), et Yves CHAUVIN (Lab. Psychologie de l'Univ. Stanford).
Des sessions de conférences étaient complétées par d'autres consacrées à l'exposition commentée de posters.
Le colloque était patronné par l'Université de Bordeaux II, et le colloque ouvert par son président, le Professeur Dominique DUCASSOU, et avait obtenu le soutien de la Région Aquitaine et du Département de la Gironde, de la Direction de la Recherche et des Etudes Techniques (DRET) du Ministère de la Défense (DGA), du Ministère des Affaires Etrangères, de la CCI de Bordeaux, ainsi que des sociétés TELMAT, BULL, INMOS, SCAIB, France Télécom, SARDE, OFFIKLI, Soft-Image, Definicon-Systems, Graftk, Microtel, et des écoles ENSERB, ESPCI, ainsi que de l'institut de neurobiologie théorique (INBT) de l'Université d'Angers et le CARME de l'Université de Bordeaux, et de la Banque Populaire du Sud Ouest.

L'initiative était lancée et le comité d'organisation présidé par Bernard CLAVERIE et comportait des personnalités comme Jean-Louis ERMINE (CEA, Univ. Bordeaux 1), Pierre HUMBERT (IGD, Univ. Bordeaux 3), Jean-Pierre BOURGEOIS (Institut Pasteur - Paris), Jacques PATY (Univ. Bordeaux 2) et bien d'autres (voir la liste ici).

DIV : Complexité explicable.

(Texte en anglais plus bas)

La complexité explicable (ou compréhensible) est une doctrine scientifique (SHS) basée sur le constat du refus et/ou de l’intolérance d’usage des technologies numériques, notamment dans le cadre de l’augmentation humaine et de l’hybridité, par des sujets lambda, et ce d’autant plus qu’augmente la complexité de cet usage ou celle de l’environnement dans lequel il s’insère ou qu’ils génèrent.
Le but est de doter ces systèmes des formes/aptitudes communicationnelles permettant aux sujets concernés de comprendre :
  • à quoi ils servent (pour faire quoi ?), 
  • en quoi ils servent (comment font-ils cela ?) et 
  • pourquoi ils servent (quelle est la justification de leur existence ?).
Les objets ou systèmes complexes ou induisant de la complexité doivent être, dès leur conception, prévus pour les utilisateurs (anthropologie, médecine et ergonomie) et doivent être accessibles comme objet de raisonnement (cognitique), et cela de manière indépendante des groupes culturels ou nationaux amenés à collaborer grâce à ces dispositifs.
Ceux-là doivent expliquer capables de « décrire » leurs objets et d’ « expliquer » leur logique dans le cadre d’une adéquation intelligible à des objectifs explicités. Notamment, leur logique et leur degré d’autonomie doivent pouvoir être transparentes et facilement compréhensibles. 
Le but recherché s’articule autour :
  • de l’acceptabilité, 
  • de la tolérance et 
  • de la confiance.
La complexité explicable prend une dimension particulière, impérative, avec les dimensions de la formation des personnels et de/à leur collaboration. Elle doit pouvoir être comprise par les sujets qui y sont confrontés, permettant de faciliter à la fois les procédures d’apprentissage, mais aussi celles de l’adaptation continue. en cel, elle est à la fois un objectif (former à la complexité explicable) et un moyen (former par la complexité explicable) des pédagogies d.avenir.

La complexité explicable doit être connue selon un plan d’action conceptuel (design) qui prend en compte :
  • les points forts et les faiblesses des dispositifs ;
  • ceux des interfaces, notamment dans le cas d’interfaces adaptatives ;
  • la justification des démarches de décision impliquant l’humain ou d’autonomie substitutive ;
  • la logique de ces choix décisionnels ;
  • le niveau de confiance à accorder à chaque niveau explicatif ;
  • le type d’erreurs susceptibles d’être produits ;
  • les mesures correctives (ou d’échappement) en fonction du but à atteindre.
La redevabilité, c’est-à-dire la responsabilité artéfactielle explicitée, attachée à chaque niveau contribuant à la complexité globale, doit pouvoir être justifiée et comprise par les individus qui y sont formés. On est donc dans des plans de formation à la compréhension plus qu’à l’utilisation, ce qui inverse une position classique de la préparation des personnels.
Dans le cadre d’une complexité technologique ou instrumentale de plus en plus répandue, il est important de pouvoir disposer d’indice de confiance permettant l’adaptation ou la tolérance à cette complexité.

Le concept est à la base de certains cours de l’ENSC.
Bernard Claverie © 7 octobre 2019 (Bordeaux).


The explicable (or understandable) complexity is a scientific doctrine (HSS) based on the observation of the refusal and / or intolerance of the use of digital technologies, particularly in the context of human increase and hybridity. subjects lambda, and all the more so that increases the complexity of this use or that of the environment in which it is inserted or that they generate.

The goal is to equip these systems with communication forms / skills that enable relevant subjects to understand what they are used for (to do what?), What they serve (how do they do that?) And why they serve (what is the justification of their existence?).

Complex or complexity-inducing objects or systems must be designed for users (anthropology, medicine and ergonomics) from the outset and must be accessible as an object of reasoning (cognitive), independently of cultural or national groups brought to collaborate through these devices.
They must be able to "describe" their objects and "explain" their logic in the context of an intelligible adaptation to explicit objectives. In particular, their logic and degree of autonomy must be transparent and easily understandable. The goal is based on acceptability, tolerance and trust.

Explainable complexity is usually evoked with the dimensions of staff training and collaboration. It must be understood by the subjects who face it, making it possible to facilitate both learning procedures and those of continuous adaptation.

The explicable complexity must be known according to a conceptual action plan (design) that takes into account:
  • the strengths and weaknesses of the devices;
  • those of the interfaces, especially in the case of adaptive interfaces;
  • the justification of decision-making procedures involving the human being or of substitutive autonomy;
  • the logic of these decision-making choices;
  • the level of confidence to be given at each explanatory level;
  • the type of errors that can be produced;
  • corrective measures (or escape) depending on the goal to be achieved.

Accountability, that is to say the explicit artefactual responsibility attached to each level contributing to the overall complexity, must be justified and understood by the individuals who are trained there. We are therefore in training plans for understanding rather than for use, which reverses a classic position in staff preparation.
In the context of an increasingly widespread technological or instrumental complexity, it is important to have a confidence index allowing adaptation or tolerance to this complexity.