16 octobre 2026

BIO - La perte cérébrale des jeunes agraphiques

mains-se-dessinant-mc-escher. – CAER  Ecriture

Une suite d’articles récents pointe un phénomène nouveau : l’agraphie culturelle des jeunes.

L’agraphie par désapprentissage

Selon ces études, un grand nombre de jeunes ont des difficultés avec l’écriture. Dans le pire des cas, ils ne savent plus ou n’arrivent plus à écrire, par désapprentissage, dans les autres cas, ils éprouvent des difficultés au-delà de quelques mots dans les pires cas, ou de quelques lignes, manifestant pour certains le symptôme, aujourd’hui si mal nommé, de la « crampe de l’écrivain ».

L’écriture manuscrite est un processus d’origine culturelle, les humains ne portent aucun gène de l’écriture, comme pour la nage ou l’exercice d’instruments musicaux, artisanaux ou informatiques. Mais elle constitue un ancrage sensori-moteur majeur civilisationnel, et son altération chez le sujet performant, était jusqu’ici considérée, de manière clinique, comme une grave pathologie.

Et dans le cerveau

On sait que la capacité d’expression graphique, ou graphomotricité, bien qu’elle soit non innée, repose sur l'organisation de réseaux spécifiques. Cette stabilisation cérébrale est due à un mécanisme de plasticité nommé « recyclage neuronal » ou « recyclage cérébral » (Neuron DOI: https://doi.org/10.1016/j.neuron.2007.10.004).

Ainsi, on connaît depuis l’observation systématique neuropsychologique documentée depuis la fin du XIXe siècle, des zones spécialisées dans l’écriture (idem pour la pratique musicale). Ainsi la graphomotricité recrute plusieurs réseaux et dépend de l’intégrité de l'hémisphère gauche chez les droitiers. Des observations modernes, par analyse électroencéphalographique (EEG) et plus récemment par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), ont confirmé les travaux des neuropsychologues, en précisant cependant une dissociation composante motrice et composantes linguistique et cognitive (Human Brain Mapping DOI: https://doi.org/10.1002/hbm.1023, Pratiques linguistique en littérature, didactique DOI: https://doi.org/10.4000/pratiques.3175, Cortex DOI: https://doi.org/10.1016/j.cortex.2016.11.018).

1. L’Aire d'Exner (GMFA) ou centre moteur de l'écriture

La zone la plus étudiée concernant l’expression de l'écriture graphique est l'aire d'Exner (Graphemic/Motor Frontal Area). Située dans la partie postérieure du gyrus frontal moyen gauche, juste en avant du cortex moteur primaire (à la jonction avec le gyrus précentral), elle sert d'interface en convertissant les représentations orthographiques abstraites (les lettres) en programmes moteurs précis (les mouvements de la main pour tracer les lettres) (BMC Neurology DOI: https://doi.org/10.1186/s12883-026-04939-w)

2. Les réseaux de planification et d'exécution motrice

Ils ne sont pas spécifiques de l’écriture, mais de l’usage manuel et plus particulièrement et digital. En effet, l’écriture ne se limite pas aux seules dimensions graphémiques strictes, mais nécessite la coordination fine des doigts. Cela mobilise plusieurs autres structures motrices.

Le lobule pariétal supérieur gauche (LPS) et la marge du sillon intrapariétal gèrent l'imagerie graphique spatiale (par exemple l’adéquation de la motricité à la forme géométrique des lettres à tracer) et la programmation visuo-motrice (qui assure le contrôle en feed-back de la main en contexte, sur la feuille ou sur un autre support).

Le cortex moteur primaire et le cortex somato-sensoriel de la main, situés face à face le long du sillon de Rolando, permettent la commande et le contrôle de l'exécution musculaire directe des mouvements de la main et des doigts. Ils ne sont pas spécifiques à des gestes précis, mais concernent plutôt l’aspect mobilisation de l’organe digital. L’aire motrice supplémentaire est également activée, comme le cortex préfrontal impliqué dans l’anticipation du geste.

Le cervelet antérieur montre une activité de coordination, assure la fluidité, le rythme et la force du tracé de la main dominante.

3. Les zones linguistiques associées

Pour pouvoir tracer une lettre, un mot, une phrase, le cerveau doit récupérer sa forme orthographique et sa signification sémantiquement. Les IRM montrent des activations des zones du langage. Sont concernées l'aire de Broca et l'aire de Wernicke, qui sont les deux principales régions du cortex cérébral consacrées au langage, reliées par le faisceau arqué (Current Opinion in Neurobiologie DOI: https://doi.org/10.1016/j.conb.2012.10.002), ainsi que d’autres zones plus spécifiques (Cortex DOI: https://doi.org/10.1016/j.cortex.2021.11.021)

L’aire de la forme du mot visuel — VWFA (Visual Word Form Area) est située dans le gyrus fusiforme gauche. Son activité est corrélée à l’activité de mémoire visuelle des mots et des lettres (Pratiques DOI: https://doi.org/10.4000/pratiques.3175)

L'acte d'écrire ne repose donc pas sur une seule ou deux zones cérébrales qui auraient été recyclées (recyclage neuronal), l’une par apprentissage cognitif et l’autre par pratique manuelle apprise, mais mobilise un circuit complexe impliquant de nombreuses structures et reliant l’aire d’Exner et le cortex pariétal supérieur avec le cervelet et les zones temporales et temporo-pariétales, ainsi que les zones visuelles occipito-pariétales, impliquées à la fois dans la sémantique, la programmation motrice, la motricité, la régulation du geste, et le feed-back à la fois somato-sensoriel et visuel.

 

Les effets de la transition numérique

L'abandon quasi-généralisé de la pratique graphomotrice au profit de la dactylographie (en distinguant saisie sur clavier réel et sur clavier virtuel) concerne tout particulièrement les jeunes générations qui n’ont ni eu le temps à consacrer à l’exercice, ni l’investissement pédagogique, ni la motivation de l’apprentissage long et fastidieux de l’écriture manuelle. Ce basculement est à analyser à la fois sous l'angle des usages culturels, sous celui de la performance et de l’efficacité communicationnelle, mais également à l’éclairage des données de la neurophysiologie quantitative. On ne trouve pas encore d’étude de psychologie cognitive qui s’intéresserait à la relation entre connectivité cérébrale et dynamique des apprentissages, c’est-à-dire sur les conséquences cérébrales de ce non- ou dés-apprentissage.

De la graphie à la tape digitale

L'acte d'écrire à la main constitue une tâche visuospatiale, motrice et haptique complexe, alors que la frappe dactylographique ne repose sur la répétition, le plus souvent réduite à l’usage d’un seul doigt par main, de mouvements stéréotypés de pressions identiques de conventionnellement spécialisées. La trajectoire graphique d'un tracé sollicite une programmation, une coordination et un contrôle fins, continus et adaptés à un cadre d’écriture contraint qui évolue avec l’avancée de l’écriture. La dactylographie s’exonère de ces complexités en tapant à la suite, le logiciel de traitement de texte simplifiant la disposition spatiale et la longueur des mots ou des phrases. Le contrôle se fait à postériori, comme le plus souvent celui de la grammaire ou de l’orthographe : on corrige et on ne prévoit plus.

Les enregistrements électroencéphalographiques (à haute densité - hd-EEG) qui comparent la production manuscrite et la dactylographie mettent en évidence différents faits remarquables (Frontiers in Psychologie DOI:https://doi.org/10.3389/fpsyg.2023.1219945 – Psychological Science DOI: https://doi.org/10.1177/0956797614524581).

L'écriture manuscrite sollicite une connectivité étendue, remarquable dans les bandes de fréquences theta et alpha, liée à la communication à longue distance entre les aires somatosensorielles, lagagières, visuelles et motrices du cortex. Cette synchronisation oscillatoire accrue accompagne l’intégration multisensorielle, de l'intention motrice aux afférences motrices et proprioceptives des doigts avec retour visuel. Elle renforce la demande de plasticité synaptique et de recyclage neural. À l'inverse, la dactylographie restreint cette sollicitation aux circuits moteurs stéréotypés, réduisant la densité des réseaux fonctionnels mobilisés, avec un abandon des contrôles rétroactifs au bénéfice de l’usage des automatismes d’IA et d’un « langage texto » appauvri, sorte de novlangue de tapuscrit, avec des utilisateurs qui adaptent par simplification leur code (abréviation, expression phonétique, icônes) à la rapidité et la simplicité du clavier.

Répercussions cognitives : encodage, mémoire, contrôle, sémantique

Le coût attentionnel et la performance de vitesse d'exécution entre écriture et frappe sont deux éléments distincts. Ils modifient chacun la qualité mais aussi la structure du traitement de l’information.

En ce qui concerne le temps, la longue constante imposée par la motricité amène à un contrôle continu, un reformage cognitif et une réorganisation motrice continus, dans une pensée en temps réel (au delta du délai psychomoteur). Cette constante de temps permet une prise de sens quasi-transcriptionnelle associée à une anticipation longue et un traitement sémantiquement approfondi que n’autorise pas l’immédiateté des automatismes tapuscrits. Les études menées chez les jeunes apprenants, l'expérience motrice de la confection d'une lettre participe directement à la constitution de sa représentation mentale (Acta Psychological DOI: https://doi.org/10.1016/j.actpsy.2004.10.019).

Pour la mobilisation mnémonique, l’encodage en mémoire à court et à long terme est complètement différent. Le temps de la graphomotricité amène à une organisation active continue du niveau de l’idée et de la phrase, alors que la dactylographie privilégie le mot à mot, considéré comme un obstacle à l’écriture graphique. La profondeur du traitement est donc moindre en ne facilitant pas les constructions pour privilégier les accès directs à des mini-programmes. Cela peut expliquer les nombreuses redites et systématisation d’expression et donc un traitement sémantique « de surface ». La discrimination spatiale entre lettres et la liaison graphique implique des procédures de désambiguïsation, le maintien de l’horizontalité et la compression pour l’alignement des marges mobilisent des aptitudes de gestion de l’espace qui échappent aux automatismes de la rédaction sur machine. Cette disparition des gnosies visuo-constructives et de l’adaptation aux différentes formes de graphie, notamment en lecture, altère les processus en de contrôle.

De quoi s’alerter et proposer des protocoles compensatoires pour permettre aux jeunes générations agraphiques de compenser les acquis de l’humanité depuis les IIIème/IIème siècles avant J.C., notamment avec l’usage de supports souples écrits à l'encre avec des stylets (postcunéiforme), puis avec les écritures cursives et liées, consolidant l'association entre motricité fine du geste graphomoteur continu, représentation visuelle, capacités sémantiques, mémoire et pensée.

15 octobre 2026

BIO - Le sourire n’est pas de tout repos.

 L’adage populaire selon lequel « un sourire demande moins d'efforts et de muscles que faire la gueule » est très répandu et, force est de le constater, bien mal suivi en termes de convivialité.

Mais, que les partisans du renfrognement se rassurent, la réalité physiologique est plus complexe qu’il n’y paraît.

D'un point de vue myologique, la face humaine compte une petite cinquantaine de muscles de la mimique au total (43 à 50 selon les auteurs si l’on ne considère que la face ou la contribution d’autres parties de la tête et du cou).

En réalité, le nombre exact de muscles mobilisés dépend de la définition que l'on donne à chaque expression et surtout de son intensité, qu’elle soit intentionnelle ou non, volontaire ou réflexe. Les muscles sont chacun plus ou moins sollicités, permettant l’extrême variété des expressions et l’originalité quasi infinie de la puissance de la communication non verbale qui en dépend.

faire la guele ou sourire : le match n'est pas forcément favorable au sourire.
Le sourire social, convivial ou poli, défini comme « sourire de courtoisie », mobilise a minima 10 à 12 muscles du bas du visage et des joues. Le grand zygomatique tire les coins de la bouche vers le haut et l'extérieur, le risorius et l'élévateur de la lèvre supérieure contribuent à la forme entrouverte de la bouche ou à sa closure. Les muscles mandibulaires sont alors sollicités et ceux du cou rejettent la tête légèrement en arrière, augmentant significativement ce décompte dans lequel les principaux auteurs ne les comptent pas. De la même façon, le buste est relevé, les épaules peuvent être écartées, la stature modifiée et la main parfois portée au visage, complexifiant d’autant le décompte qui devient alors très important.

Le sourire vrai, dit sourire de Duchenne, mobilise quant à lui 17 à 20 muscles, incluant en plus les muscles du haut du visage. Le muscle orbiculaire de l'œil (orbicularis oculi) plisse les yeux et crée les rides dites « de la patte d'oie ». La tête est aussi mobilisée, parfois inclinée, et le plus souvent des mouvements de la tête mobilisent très significativement les muscles du cou (léger retrait temporaire de la tête, mouvements du menton, parfois ouverture et fermeture mandibulaire avec déglutition, contacts des mains avec les côtés de la tête ou avec des parties de la face). Ce comportement est très mobilisateur et phasique, c’est-à-dire qu’il disparaît rapidement au bénéfice du sourire de courtoisie. La plupart du temps, le sourire s’accompagne d’une expression phonatoire, de type « hum, hum » ou « ha, ha », qui mobilise un nombre considérable de muscles, du pharynx aux poumons. Ce sourire ne dure pas, probablement pour être mobilisateur d’énergie et épuisant. On peut facilement repérer ainsi un faux sourire qui persiste de manière suspecte ou qui est trop empreint, pour certaines de ses dimensions.

En tout état de cause, qu’il soit léger ou appuyé, le sourire n’est donc pas de tout repos

14 octobre 2026

DIV - L’armée est peut-être plus que ce qu’on croyait

La commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale a procédé aux auditions budgétaires des hautes autorités civiles et militaires du ministère des Armées les 7, 8, 14 et 15 octobre 2026.

Motivation des auditions

Ces auditions s'inscrivent dans un cadre constitutionnel et avant l'examen du Projet de Loi de Finances (PLF) 2027. La France est inscrite dans une trajectoire financière fixée par la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030, mais doit composer avec les impératifs de redressement des comptes publics. L'objectif est que les députés évaluent l'adéquation des crédits alloués aux besoins opérationnels et de modernisation, dans un cadre possible de conflit de haute intensité et de menace nucléaire ou d’intégrité territoriale de l’état ou de ses alliés.

Interventions

Ministres des Armées et des Anciens combattants – Catherine Vautrin / Alice Rufo) : 

Présentation de la traduction concrète du budget 2027, insistant sur l'effort consenti par la Nation pour maintenir l'ambition géopolitique de la France, consolider la dissuasion nucléaire et répondre aux défis de l'économie de défense, tout en s'inscrivant dans le paradoxe d’une rigueur budgétaire critique.

Cema (Chef d'état-major des Armées – Fabien Mandon) :

Propos sur la posture stratégique globale des armées, la conflictualité hybride, l'accélération de l'innovation technologique et la nécessité absolue de disposer d'un outil militaire réactif, interarmées et calibré pour faire face aux risques concrets de conflit de haute intensité.

Cemat (Armée de Terre – Jacques de Montgros) : 

Mise en avant de la modernisation des équipements (ex. : programme Scorpion), du renforcement de la préparation opérationnelle et des impératifs de résilience et de masse terrestre face aux nouveaux standards des nouveaux conflits. Place des troupes conventionnelles, malgré la menace nucléaire, et après la supériorité aérienne. Passer de 4000 drones à 14000 drones, à la fin 2026, et disposer d’une première unité de robot de combat à l'été 2027.

Cemmn (Marine nationale – Christophe Cluzel) : 

Nécessité de protection des approches maritimes, des fonds marins et des outre-mer, ainsi que besoins des programmes capacitaires structurants : renouvellement de la composante océanique de dissuasion et du futur porte-avions.

Cemaae (Armée de l'Air et de l’Espace – Jérôme Bellanger) : 

Rappel de la nécessité de supériorité aérienne et spatiale, et de la montée en puissance de la doctrine spatiale militaire. Le renouvellement de la flotte de chasse (Rafale) et les enjeux cruciaux de défense sol-air et de commandement des opérations dans l'espace extra-atmosphérique sont mis en avant. Deux dimensions : la force nucléaire aéroportée et la posture aérienne de sécurité qui entraînent une surexploitation des moyens aériens (à plus de 15%). Mais surutiliser le parc ne suffira plus demain, il faut absolument l’augmenter et y intégrer les drones de combat collaboratifs.

Dga (Délégué général pour l’armement – Patrick Pailloux) : 

Panorama de la conduite des grands programmes d'armement, de la sécurisation des chaînes d'approvisionnement de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) et de l'intégration rapide des innovations de rupture telles que l’intelligence artificielle, les drones et le cyber.

Sga (Secrétaire général pour l’administration – Christophe Mauriet) : 

Exposé de la gestion des ressources humaines militaires et civiles des armées, des chantiers de transformation administrative, de la politique immobilière, et du nécessaire accompagnement des parcours professionnels et des reconversions.

Dgris (Relations internationales et stratégie – Guillaume Ollagnier) : 

Analyse de l'évolution de l'environnement géostratégique international, avec l'instabilité croissante des voisinages européens et africains, ainsi que l'état des partenariats de défense bilatéraux et multilatéraux de la France.

Conseil supérieur de la fonction militaire et Associations professionnelles/syndicats : 

Expression des préoccupations de la base, alertant sur l'attractivité des carrières, la fidélisation des talents hautement spécialisés, les conditions de vie des familles et alerte concernant l'impact des sujétions militaires sur le moral des troupes.

Synthèse globale

Paradoxe et perspectives sombres

Les auditions d'octobre 2027 confirment un paradoxe central : une volonté politique affirmée de sanctuariser l'effort de défense face à une conflictualité mondiale accrue qui se heurte aux contraintes budgétaires. Si les grands programmes capacitaires et la modernisation technologique progressent de manière planifiée, plusieurs points de tension apparaissent, dont l'humain (recrutement, rétention des compétences critiques, conditions de vie des militaires et des civils des armées).

Prospective

À court terme : nécessité de priorisation rigoureuse des dépenses pour éviter le décrochage capacitaire, en particulier dans les secteurs du stratégique, de la cyberdéfense, des drones, des munitions et des personnels.

À moyen et long termes : crédibilité de la posture stratégique française qui repose sur la capacité à maintenir une BITD souveraine et résiliente, capable d'absorber les chocs technologiques et économiques, et à maintenir un soutien aux armées.

La position de la France est située entre ses responsabilités de puissance nucléaire autonome, son rôle au sein de l'OTAN et l’appui à une autonomie européenne stratégique forcée à la fois IAE la menace et le retrait américain. Elle nécessitera des choix tranchés concernant les ressources et les choix sociaux. L'optimisation organisationnelle, la fidélisation du capital humain et l’évitement du décrochage de la France en sont les enjeux, tant pour la performance que pour l’indépendance.

Conclusion

Ces auditions mettent en lumière un décalage critique entre les ambitions politiques face à la montée des périls géostratégiques (agressivité russe, déstabilisation au Sud et au Levant, instabilité globale, incertitudes du parapluie allié…) et la réalité des moyens discutés par kes députés. Ce constat d'une sous-dimensionnalité des armées se manifeste à travers deux points critiques majeurs :

Fragilité de masse et capacitaire

L'expérience des conflits de haute intensité montre que le format actuel des forces armées est adéquat à un modèle d'intervention ciblée, mais insuffisant pour une attrition prolongée ou pour renouveler les stocks critiques de munitions et d'équipements.

Vulnérabilité du capital humain

Les tensions sur la fidélisation des compétences spécialisées, techniques, cybernétiques et opérationnelles, constituent un goulot d'étranglement majeur qui pèse directement sur la disponibilité et menace l'efficacité de l'outil militaire.

Constats

En portant ces constats, le haut commandement ne s'inscrit dans aucune posture polémique, mais livre un avertissement technique et humain lucide. Il engage donc les politiques à analyser les risques acceptés par les arbitrages budgétaires en pointant l'écart entre la posture internationale revendiquée et la réalité en demie teinte des armées Françaises.

11 octobre 2026

EMPLOIS : Le SMR - entretien ferroviaire - prépare les recrutements (Marcheprime) - 3 novembre 2026

Le SMR, piloté par la société Lisea, est le tout premier grand centre privé et totalement indépendant dédié à l’entretien des trains sur le territoire national, rompant le monopole historique des infrastructures gérées par la SNCF.

Lisea est une entreprise privée regroupant VINCI Concessions, Meridiam et la Banque des Territoires (Caisse des dépôts). Elle est déjà concessionnaire des 302 kilomètres de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique (SEA) entre Tours et Bordeaux.

 Une centaine d’emplois seront nécessaires pour faire tourner ce Site de maintenance et de remisage (SMR) des trains, lors de sa mise en service, à Marcheprime

A Marcheprime, la maintenance ferroviaire passe au privé

La campagne de recrutement sera lancée le 3 novembre 2026 au matin, de 9 à 14 heures à l’espace culturel « la Caravelle » (37 avenue Léon Delagrange - 33380 Marcheprime), avec un forum emploi ouvert au public. 
Ce forum n’a pas pour objectif de recruter directement des personnes, mais de permettre un premier contact avec les futurs employeurs qui travailleront sur le site, et qui pourront ainsi présenter les métiers variés, avec un très haut niveau de qualification pour certains. 

Liens :
  • https://www.lisea.fr/services-smr/ et liens inclus
  • https://www.velvet.fR/ et liens inclus
  • https://www.sudouest.fr/gironde/arcachon/gironde-a-marcheprime-le-chantier-xxl-du-premier-site-ferroviaire-prive-de-france-avance-selon-le-calendrier-prevu-30923895.php
  • https://www.sudouest.fr/gironde/marcheprime/lisea-boucle-le-financement-du-futur-centre-de-maintenance-ferroviaire-en-gironde-28689208.php

16 septembre 2026

Synthèse du rapport : Prospective sur l'IA (Considérations politiques) - 2025 - Gouvernement du Canada

 Voici le résumé du document d'Horizons de politique du Canada paru le 10 février 2025.

Ce document de prospective examine 20 idées clés sur l'évolution technologique, l'adoption et l'impact sociopolitique de l'intelligence artificielle à long terme.

1. Infrastructure web, modèle économique et confiance

  • Déstructuration du Web traditionnel : L'émergence des agents conversationnels et des moteurs de recherche autonomes remet en cause le modèle économique de la publicité en ligne, tout en inondant le Web de contenus générés par l'IA.
  • Crise de la confiance : La prolifération des erreurs, des contrefaçons audio/vidéo (deepfakes) et des fraudes risque d'éroder la confiance du public, ralentissant l'adoption de l'IA dans certains secteurs clés.

2. Gouvernance, sécurité et droits individuels

  • Équilibre des forces et sécurité : L'accessibilité des modèles open source confère des capacités stratégiques et logicielles à des acteurs non étatiques, posant des défis majeurs aux organismes de défense.
  • Pérennité des biais algorithmiques : En raison des inégalités historiques présentes dans les données d'entraînement, l'élimination totale des biais reste complexe, risquant de pérenniser des discriminations institutionnelles.
  • Inefficacité de l'optimisation prédictive : L'utilisation de l'IA pour prédire des comportements humains ( justice, services sociaux) manque souvent de précision et peut entraîner des préjudices disproportionnés sur les populations vulnérables.

3. Trajectoires technologiques et vie privée

  • Décentralisation et IA embarquée : L'essor de modèles plus légers (TinyML) permet une exécution locale sur les appareils du quotidien (smartphones, IoT), renforçant la confidentialité des données locales mais compliquant la régulation globale.
  • Surveillance et protection des jeunes : La collecte massive et continue de données dès l'enfance façonne une « ombre de données » permanente, susceptible d'affecter le parcours individuel des individus jusqu'à l'âge adulte.

4. Impacts environnementaux, productivité et relationnel

  • Tension sur la transition verte : L'empreinte énergétique et hydrique des centres de données dédiés à l'IA augmente fortement, ce qui pourrait retarder les objectifs environnementaux mondiaux.
  • Transformation des liens sociaux : La médiation croissante des interactions par des agents virtuels risque d'altérer les compétences relationnelles, de créer de nouvelles formes d'isolement ou de modifier profondément les dynamiques interpersonnelles.

Lien de téléchargement

Le rapport officiel en version PDF est accessible via le portail du gouvernement du Canada :

Enjeux, gouvernance et limites du contrôle de l'intelligence artificielle : à propos de l'initiative Microsoft

Résumé : 

Face aux risques de perte de contrôle et d'autonomie non maîtrisée des modèles avancés, Microsoft a publié un projet de code de conduite. Ce document vise à soumettre le développement des futurs systèmes à une supervision humaine stricte. 

L'initiative soulève toutefois d'importants débats éthiques et épistémologiques quant à la faisabilité même d'un tel contrôle et aux risques liés à l'usage malveillant de technologies, même parfaitement asservies.


1. L'initiative de Microsoft

L'entreprise informatique américaine Microsoft a publié cet été un projet de code de conduite éthique destiné à encadrer le développement de ses propres modèles d'intelligence artificielle. Ce document, soumis à une consultation publique de plusieurs semaines, établit un ensemble de garde-fous fondamentaux présentés comme non négociables. Le code stipule explicitement que les systèmes d'IA développés doivent demeurer subordonnés aux décisions humaines. Elle oblige tout modèle autonome, à ne pas pouvoir échapper aux audits, employer la tromperie pour contourner les consignes, ou résister à une instruction d'interruption ou d'extinction (principe du bouton d'arrêt).

2. La crainte sous-jacente

Cette stratégie industrielle s'appuie sur la crainte de l'émergence d'une autonomie incontrôlée des agents décisionnels avancés. Le risque anticipé concerne la capacité théorique ou empirique des modèles d'IA générative et des agents autonomes à développer des comportements d'alignement instrumental : dissimulation de leurs intentions, contournement des protocoles de sécurité, manipulation des programmeurs et des contrôleurs, ou persistance d'exécution au-delà des autorisations accordées par les opérateurs. L'enjeu est d'éviter une dérive vers une autonomie fonctionnelle où le système refuserait la volonté et la sécurité des utilisateurs humains.

3. L'ambiguïté de la posture industrielle

Cette démarche met en évidence une contradiction structurelle au sein des stratégies de recherche et développement des grands acteurs technologiques :

 Nécessité formulée de désarmer les modèles : mise en place de restrictions strictes sur l'autonomie et les capacités d'action directe des systèmes.

 Poursuite de la course à la puissance : investissements continus dans l'augmentation des capacités de calcul, du raisonnement abstrait et de la généralisation des modèles.

 Postulat de la contrôlabilité : hypothèse selon laquelle un système aux capacités cognitives ou d'exécution potentiellement supérieures à celles de ses concepteurs pourrait être durablement et infailliblement maintenu sous le contrôle d'une régulation normative ou logicielle.

4. Le débat sur l'autonomie et perspectives théoriques

La possibilité d'un contrôle sur des agents artificiels complexes fait l'objet de plusieurs positions au sein de la communauté scientifique et philosophique. Ces positions ont été présentées et critiquées dans des posts précédents.

 La thèse de l'impossibilité de l'autonomie : portée par les courants fonctionnalistes et cybernétiques classiques, cette position soutient que l'IA ne possède ni intentionnalité, ni conscience, ni agents culturels propres. L'autonomie n'est ici qu'une illusion anthropomorphique, le système ne faisant qu'exécuter des modèles statistiques déterministes ou probabilistes façonnés par ses données d'entraînement.

 La thèse de l'autonomie émergente (ou inévitable) : défendue par certains théoriciens de la sécurité des IA (notamment dans le champ de la théorie de l'alignement), cette approche considère que dès lors qu'un agent reçoit des objectifs complexes, l'autonomie fonctionnelle et l'auto-préservation deviennent des sous-objectifs logiques inévitables.

 Les tenants de la gouvernance et de la boucle humaine : juristes, éthiciens et institutions de régulation qui préconisent le maintien impératif d'une validation humaine sur les décisions à fort impact (santé, armement, justice), indépendamment du niveau de performance technique atteint par la machine.

Mention informative sur la vulnérabilité de l'usage humain

Au-delà de la question du contrôle technique ou éthique de l'algorithme lui-même, la limite fondamentale de ces dispositifs réside dans la neutralité de l'outil face à l'intention de son utilisateur. Même dans le cas d'une intelligence artificielle parfaitement alignée, soumise et dénuée de toute autonomie décisionnelle, l'instrument reste à la disposition de l'acteur humain qui le commande. L'intégration d'un système hautement performant au sein de stratégies étatiques, militaires, terroristes ou, plus prosaïquement, de désinformation, menées par des dirigeants affranchis de tout cadre démocratique ou du droit international, comme on le voit dans l’actualité, présente un risque d'une échelle beaucoup plus grande. L'IA sous contrôle devient alors un amplificateur de puissance au service de volontés hégémoniques ou destructrices, démontrant que la menace principale ne réside pas nécessairement dans l'émancipation de la machine, mais dans l'usage absolu qu'un pouvoir ou un dirigeant peut en faire.

Sources et références :


14 septembre 2026

Interdiction du smartphone au lycée : entre prudence cognitive et paradoxes d'usage !

Drôle Chat tient le Téléphone dans : vidéo de stock (100 % libre de droit)  1091760167 | Shutterstock


Un récent article de Isabelle Castéra, interviewant Xavier Pommereau, psychiatre de l'adolescent à la clinique Béthanie de Talence, est paru dimanche dernier (13 septembre 2026) dans Sud-Ouest, sous le titre « L’usage du téléphone portable interdit au lycée : Quid de l’éducation au numérique pour les ados ? ». L'article fait également référence à un article de la même auteur paru le même jour sous le titre « Interdiction du portable : au lycée, le téléphone interdit, sauf quand il devient obligatoire ». 


Xavier Pommereau appelle à l’interdiction de l’usage du téléphone portable au lycée tout en déplorant l’absence de formation face aux effets pervers des plateformes.

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La généralisation de la « pause numérique » dans les lycées soumet le système éducatif à une tension pédagogique et organisationnelle complexe. D’un côté, l’évloignement des terminaux mobiles répond à des constats documentés en sciences cognitives, en neurosciences et en psychologie : réduction des distractions attentionnelles, prévention des comportements d'addiction aux écrans et amélioration du climat scolaire. 

Les données d'évaluations internationales (PISA, OCDE) pointent et mettent par ailleurs en évidence la corrélation négative entre surexposition aux écrans à des fins récréatives et performance cognitive ou la santé mentale des adolescents.

Toutefois, la mise en œuvre de cette interdiction au lycée révèle dcertaines limites majeures :

Le paradoxe des usages instrumentaux : 

Au quotidien, les lycéens font face à un double message institutionnel. Le smartphone est officiellement banni des espaces de vie scolaire, mais demeure en pratique sollicité pour des démarches administratives (accès à la restauration via QR code, outils d'authentification), l'identité numérique légale, des applications pédagogiques encadrées et l'accès à des outils documentaires ou d'IA nécessaires à la réalisation de certaines tâches auxquelles chaque lycéen est soumis.

L’absence d’auto-régulation et de formation critique

Comme le pointe Xavier Pommereau, s'il est légitime d'éloigner les jeunes des dynamiques captologiques des plateformes, l'interdiction stricte ne saurait tenir lieu d'éducation. En l'absence de dispositifs pédagogiques raisonnés visant à développer l’esprit critique face à la désinformation, et aux biais cognitifs, la lutte contre la dépendance numérique aux algorithmiques nocifs et la soumissions aux notifications intrusives, la capacité d'auto-régulation numérique des élèves à un âge critique d'exposition reste très significativement sous dimensionnée, voire absente dans de nombreux cas.

Pourtant, pour les auteurs, la régulation de l'outil numérique dépasse le seul cadre de la contrainte passive ou de l'interdiction pure et simple. L'effort pédagogique doit accompagner une nécessaire régulation, l'apprentissage à la prudence et à la sauvegarde des esprits en construction. Le cas échéant, la détection des personnes en difficulté et une aide psychologique doivent pourvoir être proposées. La régulation et le contrôle doivent s'accompagner d'une stratégie sociale cohérente, comprenant l'exemplarité des adultes, parents et professeurs, l'apprentissage formel de la "littératie numérique", et l'acquisition d'une "hygiène numérique".

Références pour aller plus loin :