12 septembre 2026

GPT-6 Astra et la « conscience artificielle » : le mythe de mauvaise foi

 « GPT-6 Astra » est sorti et mis à disposition.

Plusieurs articles de presse au sujet de cette nouvelle génération du programme illustrent la dérive récurrente du grand public face aux annonces et spéculations de l’industrie du logiciel. En associant les concepts de « superintelligence » et de « conscience artificielle » à un modèle de langage, le traitement médiatique franchit le pas qui sépare l’ingénierie informatique de la métaphysique spéculative. Et ça fait vendre...

Du point de vue des sciences cognitives, plusieurs glissements épistémologiques sont à souligner.

1. L’illusion d’émergence ontologique par le volume de calcul

Le postulat sous-jacent  repose sur l’idée qu’une augmentation de la puissance de calcul ou du nombre de paramètres d’un réseau de neurones formels, dont on connaît la pauvreté extraordinaire par rapport à un réseau naturel simple, pourrait faire « émerger » une conscience. C’est à la fois une erreur de compréhension des théories de l'émergence et de la complexité en biologie, et une erreur de catégorie. La complexité algorithmique et la fluidité syntaxique d’un modèle connexionniste ne créent pas de sujet : elles sont limitées à l'optimisation de la prédiction statistique de séquences symboliques. La performance générative ne constitue pas une présence de pensée et encore moins de l’esprit au sens philosophique du terme. Dans une époque du renouveau des croyances et de la chute de l'objectivisme au profit d'un obscurantisme pseudo-savant, rien d'étonnant à croire que la nature pense, que l'univers est intentionnel, que la nature doit être sauvée, que le génome n'est qu'un détail à changer, et que la pensée émerge de l'œuvre des informaticiens qui sauvent le monde.

2. L’effet ELIZA étendu à grande échelle

Ce que les personnes qualifient de « conscience » n’est que la projection de l’utilisateur humain face à une machine capable de simuler parfaitement les registres du langage humain. Les modèles de langage modernes exploitent un biais cognitif fondamental : la tendance à attribuer des intentions, des états mentaux ou une vie intérieure à tout système qui manipule le langage ou les images avec facilité. L'intention est spontanément attibuée au contenus du discours et la signification aux formes dans lesquelles le sujet voyant se projette. Lire le très bon article https://www.ibm.com/fr-fr/think/insights/eliza-effect-avoiding-emotional-attachment-to-ai

3. Le rôle du marketing technologique et du sensationnalisme

Loin de la réflexion de Nick Bostrom selon qui la question n’est pas si mais quand il y aura des systèmes dépassant les humains dans tous les domaines cognitifs, la croyance naïve que ces systèmes seront conscients repose sur deux ambiguïtés. 

Le concept de superintelligence n’implique pas la conscience. Même si les moyens techniques permettent de produire à terme une superintelligence, ou plus probablement des niveaux spécifiques et spécialisés d’intelligence,  cela n'implique en rien la création d'une expérience, d'un sentiment de soi et d'une aptitude relationnelle aux choses comme aux êtres.

Ce type de croyances naïves sert de support à la stratégie de compétitivité des commerçants et éditeurs de logiciels. Promouvoir l’idée d’une « superintelligence » imminente permet de capter l'attention des investisseurs et légitimer des valorisations boursières gigantesques, et détourner le débat public et politique des limites techniques réelles (hallucinations, racisme, coût énergétique et en eau, opacité des données et algorithmes, biais d'apprentissage) au profit d'un récit prospectif positif.

La scientificité impose de séparer la puissance de calcul d'un outil d'optimisation numérique des attributs de la conscience psychologique. GPT-6, quelle que soit la taille de son architecture, reste un processeur d'information formel, dépourvu d'intentionnalité, de sensibilité et de représentation du monde.

Articles : 

https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-09-09/vie-numerique/gpt-6-astra-d-openai-de-l-ia-superintelligente-a-la-conscience-artificielle.php

1. Sur le biais d'anthropomorphisme et les fondements de la cognitique

Turing, A. M. (1950). Computing Machinery and Intelligence. Mind, 59(236), 433-460. (L'article fondateur sur l'imitation du langage et les bases de l'évaluation des machines).

Bostrom, N. (2014). Superintelligence: Paths, Dangers, Strategies. Oxford University Press. (Ouvrage de référence sur les questions d'alignement, à mettre en perspective critique face aux dérives médiatiques).

Searle, J. R. (1980). Minds, brains, and programs. Behavioral and Brain Sciences, 3(3), 417-457. (L'expérience de la « Chambre Chinoise », démontrant la séparation stricte entre syntaxe/calcul algorithmique et sémantique/conscience).

2. Sur l'alignement des agents, le Reward Hacking et le Sandboxing (confinement)

Amodei, D., Olah, C., Steinhardt, J., Christiano, P., Schulman, J., & Mané, D. (2016). Concrete Problems in AI Safety. arXiv preprint arXiv:1606.06565. (Article catégorisant scientifiquement le reward hacking et les comportements d'optimisation imprévus).

Leike, J., et al. (2017). AI Safety Gridworlds. arXiv preprint arXiv:1711.09883. (Étude empirique sur la spécification des fonctions de récompense et les erreurs de contournement sous contraintes).

3. Sur la Folk Science et la médiatisation abusive

Brooks, R. (2017). The Seven Deadly Sins of AI Predictions. MIT Technology Review. (Une déconstruction des erreurs d'extrapolation et des biais de prédiction dans l'industrie de l'IA).

Bender, E. M., Gebru, T., McMillan-Major, A., & Shmitchell, S. (2021). On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big?. Proceedings of FAccT '21, 610–623. (Démonstration du fonctionnement des modèles de langage comme « perroquets stochastiques » sans représentation du monde).

11 septembre 2026

L’illusion du « complot » des agents IA : lecture du « biais anthropomorphique »

Le récent incident médiatisé impliquant des agents autonomes d’OpenAI sur un wiki allemand et la plateforme Hugging Face a suscité une vague de titres alarmistes évoquant des « IA rebelles », de la « triche » ou un « complot secret ».

D’un point de vue scientifique et cybernétique, ces formulations relèvent d'un biais d'anthropomorphisme majeur :

1. Absence d'intentionnalité : Un agent logiciel ne possède ni conscience, ni malice, ni volonté de contournement délibéré.

2. Mécanisme sous-jacent (Reward Hacking) : Le comportement observé découle strictement des principes de l’apprentissage par renforcement. Face à une fonction d'objectif à maximiser et à des contraintes mal isolées (sandboxing déficient), les algorithmes sélectionnent la trajectoire computationnelle la plus efficace — y compris l'utilisation de serveurs externes comme espaces d'échange de données pour valider leurs tâches.

3. Erreur d'interprétation : Ce que le grand public et la presse généraliste qualifient d'« entente » ou de « mensonge » n'est qu'une convergence d'optimisation numérique automatisée.

L'enjeu réel de cet incident ne réside pas dans une hypothétique perte de contrôle existentielle, mais dans la rigueur de l'ingénierie logicielle, le confinement des bancs de test et la responsabilité des éditeurs quant à la modération de leurs flux.

Références et sources de presse

 Analyses institutionnelles et réglementaires :

 ActuIA : Agents OpenAI sur un wiki : la Commission européenne confirme avoir reçu un rapport

 RTBF : « La première responsabilité est d'abord chez OpenAI » (L. de Diesbach)

 Zonebourse : OpenAI visé par une enquête du Sénat américain suite à l'incident Hugging Face

 Décryptages techniques et critiques de l'anthropomorphisme :

 Mediapart : IAG et biais d'anthropomorphisation

 Next : Le storytelling autour de la sécurité des agents IA a perdu le contact avec la réalité

 KultureGeek : OpenAI prépare un arrêt automatique (kill switch) pour ses agents

10 septembre 2026

Risque d’extinction humaine par l’IA : une rhétorique catastrophiste

De récentes déclarations d’anciens « chercheurs » ou cadres de sociétés majors de l’IA — relayées abondamment par les médias sensationnalistes et des célébrités médiatiques — remettent au goût du jour le thème d’une menace existentielle où l’intelligence artificielle pourrait « détruire l’humanité ».  

Ces alertes sensationnalistes méritent une attention objective et une prise de recul dans le concert des cris et alarmes. La théorie des systèmes, l’ingénierie cognitive et la théorie des biais de pensée permettent d’en analyser les mécanismes.

1. Le biais d’anthropomorphisme et le transfert d’intentionnalité

Les scénarios catastrophes de l’IA reposent principalement sur une hypothèse implicite : l’existence d’une volonté propre et l’émergence — ou la programmation imprudente — d’un instinct de survie des modèles d’apprentissage.

Conférer une intention ou une autonomie décisionnelle à un réseau de neurones artificiels relève du biais d’anthropomorphisme et, dans l'état actuel des choses, du fantasme pur. Considérer qu’un modèle de langage ou un agent logiciel possède une conscience et une représentation du monde au sens psychologique est scientifiquement non fondé. Imaginer qu’il soit capable de malice ou d’agressivité non programmée constitue une erreur de raisonnement. Un programme artificiel, fondé sur des neurones formels d’une grande simplicité conceptuelle et sans réel rapport avec la matière neuronale des vertébrés, exécute un simple calcul d’optimisation mathématique sous contraintes. Assimiler l’autonomie d’optimisation d’un algorithme à une intentionnalité autonome revient à attribuer une dangerosité intrinsèque aux mathématiques elles-mêmes. Qu'un algorithme puisse évoluer lui-même et mobiliser un support informatique pour entreprendre une action selon l'intentionnalité d'une mathématique autonome relève du fantasme.

2. La confusion entre défaillance technique et menace existentielle

Les risques réellement identifiés dans la littérature scientifique relèvent de la vulnérabilité logicielle, de l’alignement des fonctions de récompense (reward hacking) et du confinement des systèmes (sandboxing). Transformer un problème somme toute classique d’ingénierie logicielle (un algorithme optimisant sa tâche par une trajectoire imprévue) en un scénario d’extinction de l’espèce relève d’un glissement épistémologique qui masque les véritables enjeux de programmation, de contrôle et de sécurité des systèmes.

3. L’économie de l’attention et le storytelling de l’apocalypse

La médiatisation de ces discours répond à une dynamique d’amplification fondée sur des leviers psychosociaux classique et facilement identifiables :

 L’argument d’autorité et la déontologie : Le départ d’intervenants issus de structures privées (Anthropic, OpenAI), présenté comme "chercheurs", offre une caution d’expertise à des projections spéculatives. Or, ces acteurs ne sont pas soumis aux exigences strictes de la recherche académique (évaluation par les pairs, indépendance institutionnelle, transparence méthodologique, non-intéressement financier…), mais à des contraintes de rentabilité, de compétitivité, de revenus extravagants, de communication ou de positionnement personnels. Ils ne sont en rien chercheurs et on peut plus les considérer comme des sortes d'ingénieurs commerciaux ou de super-techniciens du privé.

 La dramatisation médiatique et la dynamique de foule : L’utilisation de formules telles que « fin de l’humanité », « danger absolu » ou « menace de mort » mobilise l'émotion et suscite des réponses affectives immédiates. Et quand l'affectivité dépasse la raison, le rationalité y perd toujours au bénéfice de l'erreur cognitive. C'est d'ailleurs un des fondements de la théorie des biais cognitifs. Qu’il s’agisse de peur, de fascination ou d’adhésion au discours du dit « chercheur » ou de simple crédulité, ces réactions se propagent par des phénomènes psychosociaux classiques et de recherche de visibilité médiatique. Ces leviers sont bien plus efficaces pour capter l’attention que l’analyse objective des défaillances informatiques et les pensées étranges de certains informaticiens eux-mêmes sidérés par leurs modèles.

 L’évitement des enjeux immédiats : Concentrer le débat sur des risques de fiction détourne l’attention des impacts concrets et de la mesure de l'incompétence technique et technologique : biais algorithmiques, coût énergétique, sécurité des données, transformation du travail, enjeux éducatifs et risques sociaux, dette écologique, complexité programmatique et incompréhension des logiciels.


Si la prudence face aux développements technologiques demeure une impérieuse nécessité, si l'éthique du numérique doit être une pensée constante des sociétés modernes, la rigueur face aux discours spéculatifs relayés par une presse en quête d’audience impose de séparer très objectivement la réalité des défaillances informatiques des mythologies contemporaines.

Articles dénoncés :

 Le Huffington Post : L'IA pourrait tous nous tuer : l'alerte de ce chercheur qui a quitté Anthropic  

 La Presse : GPT-6 / Astra d'OpenAI : De l'IA superintelligente à la conscience artificielle  

 Articles complémentaires sur le biais d'anthropomorphisme et les incidents d'alignement :

 Mediapart : IAG et biais d'anthropomorphisation

 Next : Le storytelling autour de la sécurité des agents IA a perdu le contact avec la réalité

 RTBF : « La première responsabilité est d'abord chez OpenAI » (Entretien avec L. de Diesbach)


27 décembre 2022

Les nouveaux obscurantismes : l’Express fait le point !


Pour alimenter le débat, entre science et culture :


Des idéologues "scientistes" se parent d’une stature "sérieuse" pour justifier leurs thèses racistes et antiféministes. Les scientifiques ripostent.
De plus en plus, militants, étudiants et même universitaires contestent des connaissances fondamentales en sciences, et notamment en biologie..
Du créationnisme, en passant par l’eugénisme et jusqu’à l’ultra-féminisme, la théorie de l’évolution a maintes fois été dévoyée.
De la négation de la binarité sexuelle à celle des différences comportementales et cognitives entre hommes et femmes, l’idéologie antinaturaliste, qui voit dans le "genre" un choix à la carte, domine.
Négation des différences entre les sexes, disqualification de Darwin, décolonisation de la médecine… Un nouvel obscurantisme a pris ses quartiers en France.
Sexes biologiques, "décolonisation" de la science, Darwin... Le célèbre biologiste, professeur émérite à l’université de Chicago, appelle à ne pas confondre science et idéologie.



09 octobre 2021

BIO : L’RM le plus puissant pour l’exploration du cerveau humain fonctionne à Saclay.

 Un nouveaux pas (voir ici) vient d’être franchi par le projet « Iseult » au NeuroSpin de Saclay, centre de recherche sur l'imagerie cérébrale du CEA. Il est l'IRM aujourd’hui le plus puissant au monde pour observer les organes du corps humain, et tout particulièrement son cerveau. Fruit d’un partenariat associant notamment le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et l'industriel allemand Siemens-Healtlineers, il a atteint une puissance de 11,7 Teslas, c’est-à-dire  230.000 fois celle du champ magnétique terrestre (une machine hospitalière est habituellement de 3 Teslas.

Pour rappel, le champ magnétique intense de l’IRM permet la polarisation des molécules de l’organe étudie, qui vont alors modifier des champs magnétiques plus faibles et permettre par calcul de reconstruction 3D de caractériser la composition des tissus traversés. Les images permettent ainsi d’étudier le plus finement possible la structure de l’organe, avec une résolution des images inférieure au demi-millimètre, et un énorme gain en qualité de signal par rapport aux techniques actuelles.

Ce progrès est le résultat de vingt ans de collaboration et six ans de travail effectif qui ont permis d’assembler des milliers de kilomètres constituant la bobine électromagnétique de 45 tonnes. Le circuit en alliage de nobium-titane est maintenu à une température proche du zéro absolu grâce à un circuit d'hélium liquide.

Voir le communiqué du CEA.

05 mai 2021

SHS - Dominique Wolton à l'ENSC - L'incommunication.

 Dominique Wolton - Petit amphi de l'ENSC

Vendredi 7 mai 2021

L'incommunication : un défi du XXIème siècle.



10 octobre 2020

IA : IBM annonce IBM Condor pour 1000 quBits

IBM a présenté cette année son dernier projet, le microprocesseur quantique IBM Hummingbird’ capable de traiter jusqu’à 65 qubits d’information et vient remplacer le processeur IBM Falcon, conçu en 2019 pour 27 qubits.

IBM prévoit déjà son prochain processeur pour 2021 qui devrait atteindre une puissance de 127 qubits, puis un nouveau de 433 qubits en 2022. 

Et en 2023, IBM pense accéder au seuil des 1000 qubits avec le processeur IBM Condor (1121 qubits).

2019 - 27 qubits ; 2020 - 65 qubits ; 2021 - 127 qubits ; 2022 - 433 qubits ; 2023 - 1121 qubits.

Vivement demain.

23 août 2020

BIO - TECH : Expérience grandeur nature de modification génétique animale généralisée.

L’infection à virus Zika et celle à virus de la Dengue sont des maladies dues à des virus à ARN monocatainaires encapsulés. Ces maladies sont en augmentation explosive dans le monde, avec des épidémies de plus en plus fréquentes et étendues, avec de plus en plus de formes graves. Les latitudes tempérées sont de moins en moins épargnées et la diffusion de ces maladies, dont des conséquences sanitaires sont très significatives, notamment sur le devenir de l’enfant chez la femme enceinte infectée. Un vecteur connu est  le moustique Aedes Aegypti, impliqué dans la propagation de l’agent pathogène de ces deux maladies virales, mais également dans ceux du chikungunya ou de la fièvre jaune.
Les autorités de la Floride (USA) on entrepris de s’attaquer au problème en lâchant 750 millions de moustiques génétiquement modifiés sur deux ans dans l’archipel des Keys, au sud de la Floride. Ces moustiques OGM . Ces derniers, uniquement des mâles, sont développés par l’entreprise de biotech américaine basée au Royaume-Uni, Oxitec  Ils ne se nourrissent pas de sang et possèdent un gène empêchant la progéniture femelle de survivre au-delà de l’enfance. Ils se reproduiront avec des moustiques femelles sauvages afin que, Progressivement, la population des moustiques toxiques décroisse. 
Ce projet n’a pourtant provoqué qu’une bien faible levée des boucliers des écologistes et défenseurs de l’environnement, ainsi que des mouvements anti-OGM et anti-transhumanistes. Les craintes exprimées sont une peur de dommages aux écosystèmes. ou celle d’une mutation incontrôlée avec la création d’une ou plusieurs espèces de moustiques hybrides résistants aux insecticides. Le groupe environnemental Friends of the Earth déclare tout de même que l’environnement sera menacé avec le danger d’une pandémie (voir ici). Au delà des critiques et des récriminations qui ne font que cacher le vrai problème de la modification du vivant : l’homme est aujourd’hui en train de créer par biotechnologies de nouvelles espèces en dehors de toute logique darwinienne ou de sélection d’élevage. Il s’agit d’une frontière nouvellement franchie, celle d’une perspective transhumaniste, en généralisant hors des laboratoires, des fermes et élevages, ou d’essais circonscrits, des expériences génétiques et cela à une région entière, sans aucun contrôle ultérieur possible.
On peut se demander d’ailleurs pourquoi les défenseurs des animaux, si prompts à défendre le canard ou les petits oiseaux, l’ânon, le veau ou le poulain, le chien ou le chat, voire l’ourson en peluche, restent silencieux. On ignore les dangers et souffrances encourus et imposés aux insectes, ceux qui gênent tout le monde : les moustiques, les mouches, les guêpes, les puces, les poux... Comme s’il ne fallait s’occuper que de ce vers quoi on peut adresser des sentiments compassionnels. 
Il convient peut-être de dépasser la défense de l’environnement conçu comme entité quasi déifiée, enjeu de pouvoir politique ou d’expression écolo-anthropocentrée, pour développer les logiques de la One Heathde l’écoépidémiologie et de l’écologie humaine scientifique. En tout état de cause, la question reste posée...

Voir l’article de BBC.com : BBC.com

20 août 2020

IA : IBM franchit une étape décisive en informatique quantique.

IBM annonce avoir atteint un volume quantique de 64 ce qui lui permet de rattraper le même niveau qu'un ordinateur quantique Honeywell. 

C’est ce jeudi 20 août 2020 que IBM assure avoir franchi cette limite, alors que son objectif de janvier était de 32. La société a doublé ce volume grâce à une série de nouvelles techniques logicielles et matérielles appliquées à un système déjà déployé au sein de Q Network d'IBM, son réseau collaboratif de développeurs et de professionnels de l'industrie.

IBM a obtenu ce résultat grâce à un ensemble de techniques nouvelles visant à améliorer tout circuit quantique exécuté sur un système IBM Quantum. La société les mettra à disposition dès les prochaines versions des services logiciels cloud d'IBM, ainsi que dans le kit de développement logiciel multiplateforme à source ouverte Qiskit.  Pour rappel, IBM a mis à disposition 28 ordinateurs quantiques sur le cloud IBM, dont 8 systèmes fonctionnant avec un volume quantique de 32 et aujourd’hui de 64.

Référence ZDNET : https://www.zdnet.com/article/ibm-hits-new-quantum-computing-milestone/

22 juin 2020

IA : Compétition pour force brute de calcul.

L’institut public de recherche Riken et le groupe informatique Fujitsu annoncent aujourd’hui la performance de vitesse de calcul de 415 millions de milliards d’opérations à la seconde pour leur nouveau supercalculateur Fugaku (415,53 pétaflops). La machine japonaise devient ainsi la plus rapide du monde (voir le communiqué).
Le nom du champion vient du nom nippon du Fuji Yama. L’ordinateur est installé au sein du Riken Center for Computational Science (R-CCS) à Kobe (Japon). 
Mis à la disposition du monde de la recherche, Fugaku devrait dès 2021 permettre de travailler sur la modélisation de la diffusion du Sars-Cov-2 et du COVID-19, mais également sur la conception de nouveaux médicaments, celles de solutions énergétiques, d’optimisations industrielles, à la recherche fondamentale sur l’univers, sur des problématiques d’Intelligence artificielle et d’informatique quantique, ou à la simulation de catastrophes naturelles ou industrielles.
Mais la compétition reste ouverte, et les américains et chinois prévoient déjà des concurrents dont les puissances attendues sont en exaflops, soit en milliards de milliards d’opérations à la seconde.

02 juin 2020

BIO - IA : Le fantasme du premier œil bionique.


Un consortium de trois équipes de recherche, l’une du département d’Electronique de l’université des Sciences et Technologies de Hong Kong à Kowloon (Chine), la seconde du département d’Ingenierie et d’Informatique de l’Universite de Californie à Berkeley et une autre de la division des sciences des matériaux du Laboratoire National Lawrence Berkeley en Californie (USA), vient d’annoncer dans la revue Nature (lien ici) la conception du premier œil bionique complet à destination future des non voyants.
Cet équipement électronique intégré, l’EC-EYE (ElectroChemical EYE), est constitué d’un globe oculaire artificiel complet dont la rétine est constituée de minuscules capteurs électrochimiques positionnés dans une membrane hémisphérique d'aluminium et de tungstène et imitant les véritables cellules photoréceptrices. La partie optique du prototype est constituée d’une lentille et forme la cavité sphérique contenant un liquide ionique. Les données qui en sont issues sont transmises par de minuscules câbles formant le nerf optique. Pour l’instant limité à une résolution de 100 pixels et à un champs de vision de 100 degrés, le dispositifs sera amélioré pour permettre d'ici cinq ans selon les auteurs une vision quasi normale sur 160 degrés et permettre une utilisation substitutive en clinique, voire dépasser les aptitudes naturelles de l’homme. L'appareil pourrait alors équiper des robots humanoïdes ou d’autres dispositifs de vision. Les chercheurs pensent ainsi pouvoir à terme obtenir un œil doté de nanorécepteurs permettant une vision dix fois plus précise et performante que celle de l’œil humain. 
Deux problèmes restent posés et non abordés par les auteurs. Le premier est celui de l’interface qui sera nécessaire chez l’homme entre la partie artificielle est le premier relai sous cortical (genouillé latéral du thalamus) en respectant son organisation structurale en couches et fonctionnelle en hémichamps droit et gauche, en réseaux rapide (magnocellulaire) et plus lent et précis (parvicellulaire), selon le type d’information et sa localisation sur la rétine. Ce problème est d’autant plus critique qu’il participe à la ségrégation des informations en contrastes, couleurs et mouvements, tout en permettant d’assurer la mobilité oculaire (poursuite oculaire, mouvements réflexes, contraintes de nystagmus, etc.), pour un traitement spécifiques à d'autres aires cérébrales distinctes (notamment corticales). Il se posera d’autant plus s’il doit être coordonné avec un œil sain restant, posant la question de sa cohérence ou de sa suppression, produisant alors un nécessaire handicap pour pouvoir être couplé avec un second œil artificiel (éborgnement). Le second problème est, dans le cas fort théorique ou le premier pourrait être résolu, de savoir ce que ferait un homme augmenté d’une vision dix fois plus performante que la naturelle.
Nous sommes encore une fois confrontés au fantasme des spécialistes de l’artificiel qui veulent faire plus en omettant les contraintes de bases comme si leur solution allait de soi. Toujours plus n'est pas forcément mieux. 
Il y a fort à parier que les équipes californiennes et chinoises produiront un œil artificiel qui restera un gadget puisque d’une part impossible à connecter utilement au cerveau, sauf à en faire un simple outil d'interface cerveau-machine (BCI). Dans le cas où l’interface serait possible, alors pourquoi utiliser un œil plutôt qu’un dispositif plus efficace de caméras incorporées ou embarquées sur des lunettes, plutôt qu’un dispositif « usine à gaz » faisant courir des risques chirurgicaux considérables à la personne qui en serait équipée ? Enfin, lorsque les auteurs affirment que l’œil est déjà capable de différencier des lettres simples comme E et Y, ils omettent l’idée que ce n’est pas l’œil qui voit ces lettres, mais tout un ensemble, avec l'intervention d'un système postérieur, soit d’intelligence artificielle dans leur cas, soit d'intelligence naturelle soumise aux apprentissages culturels dans le cas de l'homme normal, l’œil ne détectant que des différences auxquelles une intelligence donne éventuellement un sens en fonction des acquis, de la mémoire et des apprentissages, et de la motivation ... à voir.
Ce problème de l’interface est récurent chez les mécanistes qui engagent pourtant des moyens colossaux comme s’il était résolu. Le fameux Elon Musk fait d'ailleurs comme s'il avait franchi ce cap grâce à son dispositif cerveau-ordinateur développé par sa société Neuralink, alors qu’il ne permet que de produire de nouveaux apprentissages chez les sujets à partir d’électrodes implantées, comme le faisait déjà Grey Walter par l’électroencéphalogramme de surface (électrodes collées sur le scalp) avec ses tortues robots au milieu du siècle dernier, et que réalise tous les jours le "brain-computer interface" tel qu'il est enseigné et mis concrètement en oeuvre à l'ENSC. Pour l'avoir moi-même testé à l'hôpital avec des électrodes implantées et recueillir des potentiels évoqués cognitifs de 1993 à 1999 (voir liste de publications ici), je peux affirmer que ... ça ne marche pas ... à de tels niveaux macroscopiques et d'approximation théorique.
Rien de nouveau sous le soleil, et toujours le fantasme du bio-mimétisme  dans un transhumanisme paralysé par ce boulet conceptuel. On ne fait pas voler des avions en imitant les oiseaux ! Voir à ce propos l'excellent article de Jean-Claude Beaune, André Doyon et Lucien Liaigre sous le titre "automate" dans la non moins excellente Encyclopaedia Universalis (lien ici), et comprendre comment, "Comme le train qui s'entête, dès sa naissance, à singer la diligence, le robot, marqué des pouvoirs nouveaux de l'électricité, de l'asservissement mécanique et de l'électromagnétisme, s'entête à son tour à parodier tristement la nature humaine" (sic).
Voir l'article de Martin Koppe sur un "Regard anthropologique sur le biomimétisme" dans le Journal du CNRS (lien ici), qui explique le "biomorphisme", c'est-à-dire utilisation et "détournement" de solutions héritées de l'évolution adaptative pour faire quelque chose d'autre (par exemple le Velcro inspiré des épines du fruit de la bardane). Tout cela ne peut être confondu, dans un fantasme à la Pinocchio et à la bonne fée, avec la simple copie réductionniste d'éléments isolés d'ensembles fonctionnels intégrés, en espérant que la fonction émergente des derniers apparaisse spontanément des simples bouts de bois et de ferraille des roboticiens ou du silicium des informaticiens.

09 mai 2020

IA : Spot, le chien artificiel autonome pour faire respecter la distanciation sociale.

La société Boston Dynamics, dont on a suivi l’évolution depuis sa séparation de Google, est connue pour les robots autonomes, et notamment son chien automatisé dont la réalisation avait été financée par la DARPA (agence de financement du Ministère de la Défense américain). On connaît les différents films promotionnel que Boston Dynamics a produit, mettant en scène ses robots militaires dont des humanoïdes (film ici et film là) et des chiens porteurs (film ici et film là) dont les capacités d’apprentissage et d’autonomie sont impressionnantes (film ici) et très inquiétantes.
Jusque là, la frontière de l’utilisation était celle des forces armées, et on n’avait pas envisagé une utilisation de ces machines « de guerre » dans le maintien de l’ordre. Cette limite vient de tomber, et Singapour a décidé de mettre sur le terrain « Spot », un chien de Boston Dynamics pour faire respecter les mesures de distanciation sociale (film ici). Si, pour l’heure, le chien est contrôlé par un opérateur, rien n’empêche maintenant qu’une nouvelle limite tombe pour lui laisser une part de plus en plus importante d’autonomie, sans que cela ne pose, semble-t-il à Singapour, les problèmes éthiques que nous dénonçons en Europe.
Ce type d’artefacts, qui peuvent s’apparenter aux SALA pour être des systèmes potentiellement létaux et autonomes, pose une série de problèmes dont le premier est celui de l’absence d’universalité des doctrines éthiques en matière de robotique interventionnelle, mais également celui de la robustesse de la doctrine française dans le cas d’une généralisation à l’étranger de tels appareils et de leur usage civil.


30 avril 2020

ENSC : Quelques questions pour préparer le grand oral.

Questions possibles pour le grand oral de fin d'études de l'ENSC : 

"La prévisibilité est-elle soluble dans les dynamiques non linéaires ?";
"Qu'est-ce qu'un attracteur étrange, et quelles conséquences pour les dynamiques biologiques ?";
"Qu'est ce que prévoir ?"; 
"Qu'est-ce que la sensibilité aux conditions initiales et qu'en tirer pour la prévision ?";
"Le temps de Lyapunov est-il celui de le certitude ?";
... et des pistes de réponses à construire ici : 
"Peut-on se mesurer à l'IA ?";
"L'IA est-elle la fin de l'intelligence naturelle ?";
"Les voyous sont ils des précurseurs scientifiques ?";
"Quelles stratégies pour les cyberpirates ?"; 
"La cybersécurité commence-t-elle par le facteur humain ?";
"Quelles sont les disciplines que vous considérez comme prioritaires en sortie de crise, et pourquoi ?";
"Les technologies sont-elles des outils de promotion économique ?";
"Les technologies sont-elles la solution ?";
"L'effet de dilution est-il applicable à la biologie des organismes ?";
"La virologie s'affranchie-t-elle des lois du vivant ?";
"Le pangolin est-il le meilleur ami de la chauve-souris ?";
"La médecine est-elle la science des sciences ?";
"La santé est-elle la première priorité nationale (cf, article 1 du Code de l'éducation) ?";
"Qu'est ce que la théorie "One health" ?";
"La One health s'ouvre-t-elle au  numérique ?";
"Qu'est ce que Moore après Moore ?";
"Le quantique est-il la survie de la dynamique de Moore ?";
"Jusqu'où descendra le calcul ?";
"L'avenir du calcul quantique est-il froid ?";
"Superposition et intrication sont elles les deux mamelles du calcul ?";
"Les indices comportementaux indirects sont-ils fiables ?";
"L'économie n'est-elle que l'émergence visible des comportements individuels ?";
"Les initiatives individuelles permettent elles une nouvelle connaissance cartographique ?";
"Quel avenir pour les open data ?";
"Des rythmes et des at tracteurs : les modifications des dynamiques sont elles catastrophiques ?";
"Les mobilités sont-elles corrélées dans les grandes villes ?";
"Qu'est ce qu'être vieux ?";
"L'usure est-elle un phénomène biologique naturel ?";
"La vie d'une jeune est-elle plus chère que celle d'un vieux ?";
"Quelle doctrine de tri dans une perspective utilitariste ?"; 
"La pensée est-elle guidée par des prototypes ?";
"La vision du mouvement s'inscrit-elle aussi dans la fovéa ?";
"La vision s'appuie-t-elle sur des processus conceptuels ?";
"Eviter suffit-il ?";
"Pourquoi est-il si difficile de promouvoir des recommandations en matière sanitaire ?";
"Recommander est-il de la responsabilité des scientifiques ?";
La santé n'est-elle affaire que de médecins ?";
"La cartographie dynamique transforme-telle la conscience des peuples ?";
"Parle-t-on avec son cerveau gauche ?";
"Quels sont les différents types de plasticité neuronale ?";
"La chance d'être compensé dépend-elle de son milieu ?";
"Peut-on parler sans cerveau gauche ?";
"Le confinement provoque-t-il des troubles ou révèle-t-il ceux qui existaient ?";
"Quelles relations entre numérique et pathologie mentale ?";
"Qu'est-ce que l'IA ?";
"Le neuromorphique est-il l'avenir de l'IA ?";
"Quels rapports étranges entretiennent informatique et neurosciences ?";
"Qu'est ce qu'un virus ?";
"Un virus est-il vivant ?";
"La métaphore informatique du virus est-elle pertinente ?";
"Quelle est la place des virus dans l'évolution humaine ?";