(images réalisées avec le modèle Imagen intégré à Google Gemini selon les indications de l'auteur du blog) Copyright CC BY-NC-SA
Qu’est-ce qu’un « Schéma Psychologique » (psychological shortcut) ?
Un schéma (shortcut) est un ensemble de processus cognitifs, un cadre mental, qui aide l’individu à organiser et à interpréter l’information.
Les schémas permettent ainsi de prendre des raccourcis dans le traitement de la grande quantité d'informations de l’environnement, et de réduire la complexité tout en constituant un ensemble cohérent sur lequel on peut étayer sa pensée, prendre des décisions et mener une action. Ils aident à organiser et à interpréter l'information.
En psychologie, la notion de schéma recouvre un cadre conceptuel, désigne un concept cognitif. En termes simples, la notion de schéma décrit les schémas de pensée et de comportement que les gens utilisent pour interpréter le monde et agir sur en dans celui-ci.
Aperçu des schémas
On connaît en informatique le mot schéma ; il concerne le codage et fait le plus souvent référence à la façon dont une base de données est structurée. Cette notion est, comme beaucoup telles que réseau de neurone, ontologie, perception, connaissance, apprentissage, mémoire, etc., empruntée à la psychologie ou la psychophysiologie, mais comme d’habitude mal comprise. On a donc à la fois une sorte de métaphore et une image incomplète. Le schéma en psychologie fait toujours référence à la façon dont l'information est organisée, mais il se concentre sur la façon dont l'esprit humain le fait et comment en émerge une forme de signifiance.
Les schémas sont des modèles mentaux qui organisent la mémoire à long terme. Le cerveau utilise de tels modèles pour structurer certaines informations, après filtrage attentionnel, pour une connaissance implicite et explicite sur le monde. Les schémas sont essentiellement construits à partir des souvenirs et des expériences personnelles, qu’elles fassent ou non l’objet d’un souvenir explicite. Ainsi la chaleur d’une ambiance, la douceur ou la dureté d’une relation, la couleur et les circonstances biologiques et psychologiques sont des exemples d’informations implicites qui concourent à structure un schéma autour d’un ensemble d’information sur lequel le sujet peut facilement construire un discours.
S’ils sont utiles pour permettre à la personne de ne pas réinstaller une analyse complète de l’environnement à chaque opération mentale qu’il mène dans un contexte donné, ces cadres mentaux peuvent produire des raccourcis erronés, amener à exclure les informations pertinentes, et conduire le sujet à ne considérer que des choses préconçues, qui confirment ses croyances et amènes à des idées, opinions ou conduites préréglées. Les schémas contribuent ainsi d’une part à la personnalité cognitive et peuvent enfermer dans des stéréotypes en rendant difficile la rétention de nouvelles informations qui diffèrent des idées préétablies sur le monde.
Les schémas dans la théorie dynamique de l’information
Le concept de schéma est dû au psychologue britannique Frédéric Bartlett (Sir Frederic Charles Bartlett - 1 886 – 1 969), qui fut directeur du laboratoire de psychologie (1 922), puis nommé pour être le premier professeur de psychologie expérimentale de l'Université de Cambridge en 1931 (poste qu'il occupe jusqu’à son éméritat en 1952). Pendant la seconde guerre mondiale, il a fondé l'unité de psychologie appliquée (Applied Psychology Research Unit) consacrées aux recherches militaires et gouvernementales. Son ouvrage le plus célèbre, Remembering: A Study in Experimental and Social Psychology (1 932), est consacré à la mémoire humaine qui n'est pas un enregistrement passif, mais une reconstruction active influencée par la culture, l’imagination et les expériences. Il a introduit l'idée que les individus organisent leurs connaissances à travers des « schémas » mentaux qui aident à interpréter et à déformer ou adapter les souvenirs pour les rendre cohérents avec leur propre cadre culturel. Notamment, il a étudié comment, dans la célèbre expérience de « La Guerre des fantômes » (War of the Ghosts) des sujets britanniques devant lire une légende amérindienne et la restituer à plusieurs reprises, omettaient ou modifiaient des éléments culturellement étrangers pour les faire correspondre à leurs propres schémas.
Probablement influencé par les travaux de Jean Piaget qui utilise le terme de schéma dans sa théorie du développement cognitif pour désigner des constructions que les enfants réalisent en traversant une série d'étapes de croissance intellectuelle, Bartlett suggère que la compréhension du monde est formée par un réseau de structures mentales abstraites : les schémas. Dans la théorie de Piaget, un schéma est à la fois une catégorie de connaissance et le processus d'acquisition de ces connaissances. Bartlett reprend cette idée pour décrire une adaptation constante à l'environnement avec l’acquisition de nouvelles informations et la conceptualisation de nouvelles choses. Ainsi, au fur et à mesure que les expériences se produisent et que de nouvelles informations sont présentées, de nouveaux schémas sont développés et d'anciens schémas sont modifiés ou modifiés, certains inhibés mais toujours présents et pouvant s’imposer de manière erronée.
La constitution de schémas psychologiques
L’enfant qui apprend le mot « dada » lorsqu’on le met sur un cheval à bascule et lorsqu’on lui montre un cheval miniature, constitué en nouveau schéma « cheval » principalement avec le fait qu’il a une tête caractéristique, qu’il a des poils et des oreilles, et qu’on monte dessus. Plus tard, lorsqu’il rencontrera un vrai cheval, il affinera le schéma, en le désaccouplant du chien, qui n’est pas un petit cheval, mais l’associera aux cantines enfantines. Ainsi, le schéma de chien sera différent de celui de cheval, bien que partageant des caractéristiques communes, telles que tête, poil, oreilles, dents, quatre pattes, une queue, etc. De nouveaux schémas se développeront avec le « poney » de la taille d’un « grand chien » mais associé au « cheval » sur lequel on monte, et ainsi de suite. Aussi se développeront des schémas voisins (vache, veau, mouton, etc.) qui contribueront à des catégories supérieures de schémas d’animaux, de ferme, etc. différents des schémas de mobilier ou de vie urbaine (sans chevaux, ni vaches ou moutons).
Grâce à de nouvelles expériences, les schémas existants sont modifiés et de nouvelles informations sont apprises, avec l’émergence de nouveaux schémas et de processus de catégorisation complexes qui seront ensuite repris par d’autres psychologues comme Alan Collins et Elizabeth Loftus (1 975). qui introduisent la notion de distance sémantique. La distance sémantique, ou proximité sémantique, mesure l'éloignement ou la similarité de sens entre deux concepts, mots ou représentations mentales au sein de la mémoire, autrement dit décrit une hiérarchie de schémas.
Les quatre grands types de schémas
Alors que Piaget s'est concentré sur le développement de l’intelligence de l’enfant, Bartlett montre que les schémas continuent de se former et de changer tout au long de la vie. Les schémas d'objets ne sont qu'un type de schéma qui se concentre sur ce que sont un objet inanimé et son fonctionnement. Mais il existe tous les types de schémas pour toutes sortes d’informations : schémas sur les animaux, les personnes, les lieux, les événements, les relations, les sentiments, les émotions…
On détermine habituellement quatre principaux types de schémas.
Les schémas de personnes, d’objets ou animaux
Ils sont axés sur des individus spécifiques. Par exemple, le schéma pour telle personne inclut des informations sur l’apparence, la personnalité, les habitudes, les préférences, etc. Ce schéma peut avec d’autres constiper un schéma de personne de la famille, de tel ou tel cercle d’amis, ou de telle ou telle catégorie professionnelle, ou d’habitants de tels pays, etc.
Les schémas sociaux d’ordre culturel
Ils comprennent des connaissances générales sur la façon dont les personnes se comportent dans certaines situations sociales, dans certains lieux, ou dans certaines circonstances personnelles. Leur étude est à la base d’une psychologie interculturelle qu’a d’ailleurs développée Bartlett.
Les schémas d’événements
Ils concernent des modèles de comportement et de conduite à suivre pour la conformité sociale dans telle ou telle circonstance. Ils sont des suites normatives d’éléments comportementaux à respecter, ou des séries et scénarios de forte probabilité. Ils sont à l’œuvre dans les échanges, les conversations et les relations interpersonnelles publiques ou intimes.
Les schémas personnels
Ils portent sur la connaissance de soi-même. Cela peut inclure à la fois ce que le sujet sait sur son propre compte, sur son soi actuel, passé ou projeté positivement ou négativement dans le futur. Ces schémas peuvent être empreints de réalisme, idéalisés ou au contraire dépréciés. Ils seraient à la base de la propre considération que le sujet porte à lui-même.
Tous ces schémas sont en relation dynamique entre eux, aussi bien à l’intérieur d’une même catégorie, donnant lieu à un schéma général de personne, d’animaux et d’objets, de culture, conformité sociale, et de conduite interpersonnelle, et de soi.
Dynamique des schémas
Les processus par lesquels les schémas évoluent sont l'assimilation et l’accommodation.
L’assimilation
Dans l'assimilation, de nouvelles informations sont incorporées dans des schémas préexistants. Ainsi, l’assimilation permet-elle d'intégrer de nouvelles informations à ce que le sujet connaît déjà du monde et de l’environnement ainsi que le lui-même. Elle améliore ainsi la compréhension du monde et en réduit la complexité. Le processus d’adaptation consiste ici à intégrer de nouvelles connaissances te expériences dans des cadres mentaux existants, qu’ils soient en rapports avec des conditions fixes ou changeantes, et permet due forme de fluidité des apprentissages tout au long de la vie. La rupture de cette capacité d’assimilation est constatée dans certaines personnalités ou dans des troubles de la pensée ou du vieillissement.
L’accommodation
Ici, les schémas existants sont remplacés ou profondément restructurés, lors d’apprentissages nouveaux, d’expériences marquantes ou d’exercices de mémoire. De nouveaux schémas sont formés au fur et à mesure des apprentissages. Des processus de contrôle inhibiteurs peuvent ainsi être développés pour refouler d’anciens schémas plutôt que de les détruire, processus à l’œuvre dans des conditions psychopathologiques, de stress, ou d’expression de personnalité profonde enfouie, souvent en situation de raptus ou impulsion violente, soudaine et paroxystique qui échappe temporairement au contrôle volontaire de la personne amenant à un passage à l’acte en contradiction avec d’autres schémas.
Les schémas ont tendance à être plus faciles à modifier pendant l’enfance et deviennent de plus en plus rigides et difficiles à modifier avec l’âge, même lorsque les gens se voient présenter des preuves qui contredisent leurs croyances. Des conflits de schéma peuvent induire des crises cliniques avec des comportements désadaptés. Dans de nombreux cas, les gens ne commenceront à changer lentement leur schéma que lorsqu'ils seront inondés de preuves, sans réellement changer leurs schémas.
Dans l'éducation et le processus d’apprentissage, on sait que les personnes sont plus susceptibles de prêter attention aux choses qui correspondent à leurs schémas actuels, privilégiant des biais de confirmation. À l’opposé, ils présentent un intérêt certain sur la rapidité d’apprentissage, cela d’autant plus que les informations correspondent aux schémas existants.
Pour les actes de pensée, les schémas aident à simplifier le monde, puisque les nouvelles informations sont classées selon la structure interne des schémas existants. Ceci permet de penser mieux et plus rapidement, sans besoin d'interprétation. Les schémas existants facilitent l’assimilation automatique des nouvelles informations.
Pourtant, les schémas déterminent, voire changent la façon dont les personnes interprètent les informations puisque les informations non congruentes aux schémas existants sont déformées pour qu'elles correspondent aux modèles déjà acquis, qui sont par définition difficile à modifier.
Schémas et croyances et préjugés
Le recours aux schémas pour apprendre est automatique et nécessite peu d’effort ? Pourtant, lorsqu’un schéma existant entrave un apprentissage, le processus d’accommodation supplante celui d’assimilation, et le schéma existant est maintenu. Il s’agit du processus de préjugé qui empêche les personnes de voir le monde tel qu'il est et les pousse à refuser les occasions de confrontation (demandant un effort). l’ensemble des schémas de préjugé peut être constitué en système cohérent qui constitue une croyance. Celle-là est d’autant plus puissante qu’elle sert de guide d’assimilation des nouveaux schémas.
Des exemples innombrables peuvent être trouvés en politique, en religion ou même en science, ou les convictions antérieures servent de guide à la conception et la théorisation de nouvelles informations.
Références
- Bartlett, F. C. (1 932). Remembering: A study in experimental and social psychology. Cambridge University Press. ISBN : 978-0521483568
- Collins, A. M., & Loftus, E. F. (1975). A spreading-activation theory of semantic processing. Psychological Review,82(6), 407–428. DOI : https://doi.org/10.1037/0033-295X.82.6.407
- Minsky, M. (1974). A framework for representing knowledge (AI Memo No. 306). Massachusetts Institute of Technology,Artificial Intelligence Laboratory. (Note : Publié ultérieurement sous forme de chapitre d'ouvrage dans P. Winston (Ed.), The Psychology of Computer Vision, McGraw-Hill, 1975). ISBN (recueil de référence Mind Design incluant le texte) : 978-0262527309
- Piaget, J. (1926). La représentation du monde chez l'enfant. F. Alcan. (Réédition : PUF, collection Quadrige, 2003). ISBN : 978-2130539155
- Piaget, J. (1937). La construction du réel chez l'enfant. Delachaux et Niestlé. (Réédition : 1977). ISBN : 978-2603000571
- Piaget, J. (1945). La formation du symbole chez l'enfant : Imitation, jeu et rêve, image et représentation. Delachaux et Niestlé. (Réédition : 2002). ISBN : 978-2603012970
- Rumelhart, D. E. (1980). Schemata: The building blocks of cognition. In R. J. Spiro, B. C. Bruce, & W. F. Brewer (Eds.),Theoretical issues in reading comprehension (pp. 33 – 58). Lawrence Erlbaum Associates. ISBN : 978-0898590458
- Rumelhart, D. E., & Ortony, A. (1977). The representation of knowledge in memory. In R. C. Anderson, R. J. Spiro, & W. E. Montague (Eds.), Schooling and the acquisition of knowledge (pp. 99 – 135). Lawrence Erlbaum Associates. ISBN (édition de référence / réimpression) : 978-1568810983
- Schank, R. C., & Abelson, R. P. (1977). Scripts, plans, goals, and understanding: An inquiry into human knowledge structures. Lawrence Erlbaum Associates. ISBN : 978-0470990333


