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09 octobre 2021

BIO : L’RM le plus puissant pour l’exploration du cerveau humain fonctionne à Saclay.

 Un nouveaux pas (voir ici) vient d’être franchi par le projet « Iseult » au NeuroSpin de Saclay, centre de recherche sur l'imagerie cérébrale du CEA. Il est l'IRM aujourd’hui le plus puissant au monde pour observer les organes du corps humain, et tout particulièrement son cerveau. Fruit d’un partenariat associant notamment le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et l'industriel allemand Siemens-Healtlineers, il a atteint une puissance de 11,7 Teslas, c’est-à-dire  230.000 fois celle du champ magnétique terrestre (une machine hospitalière est habituellement de 3 Teslas.

Pour rappel, le champ magnétique intense de l’IRM permet la polarisation des molécules de l’organe étudie, qui vont alors modifier des champs magnétiques plus faibles et permettre par calcul de reconstruction 3D de caractériser la composition des tissus traversés. Les images permettent ainsi d’étudier le plus finement possible la structure de l’organe, avec une résolution des images inférieure au demi-millimètre, et un énorme gain en qualité de signal par rapport aux techniques actuelles.

Ce progrès est le résultat de vingt ans de collaboration et six ans de travail effectif qui ont permis d’assembler des milliers de kilomètres constituant la bobine électromagnétique de 45 tonnes. Le circuit en alliage de nobium-titane est maintenu à une température proche du zéro absolu grâce à un circuit d'hélium liquide.

Voir le communiqué du CEA.

02 juin 2020

BIO - IA : Le fantasme du premier œil bionique.


Un consortium de trois équipes de recherche, l’une du département d’Electronique de l’université des Sciences et Technologies de Hong Kong à Kowloon (Chine), la seconde du département d’Ingenierie et d’Informatique de l’Universite de Californie à Berkeley et une autre de la division des sciences des matériaux du Laboratoire National Lawrence Berkeley en Californie (USA), vient d’annoncer dans la revue Nature (lien ici) la conception du premier œil bionique complet à destination future des non voyants.
Cet équipement électronique intégré, l’EC-EYE (ElectroChemical EYE), est constitué d’un globe oculaire artificiel complet dont la rétine est constituée de minuscules capteurs électrochimiques positionnés dans une membrane hémisphérique d'aluminium et de tungstène et imitant les véritables cellules photoréceptrices. La partie optique du prototype est constituée d’une lentille et forme la cavité sphérique contenant un liquide ionique. Les données qui en sont issues sont transmises par de minuscules câbles formant le nerf optique. Pour l’instant limité à une résolution de 100 pixels et à un champs de vision de 100 degrés, le dispositifs sera amélioré pour permettre d'ici cinq ans selon les auteurs une vision quasi normale sur 160 degrés et permettre une utilisation substitutive en clinique, voire dépasser les aptitudes naturelles de l’homme. L'appareil pourrait alors équiper des robots humanoïdes ou d’autres dispositifs de vision. Les chercheurs pensent ainsi pouvoir à terme obtenir un œil doté de nanorécepteurs permettant une vision dix fois plus précise et performante que celle de l’œil humain. 
Deux problèmes restent posés et non abordés par les auteurs. Le premier est celui de l’interface qui sera nécessaire chez l’homme entre la partie artificielle est le premier relai sous cortical (genouillé latéral du thalamus) en respectant son organisation structurale en couches et fonctionnelle en hémichamps droit et gauche, en réseaux rapide (magnocellulaire) et plus lent et précis (parvicellulaire), selon le type d’information et sa localisation sur la rétine. Ce problème est d’autant plus critique qu’il participe à la ségrégation des informations en contrastes, couleurs et mouvements, tout en permettant d’assurer la mobilité oculaire (poursuite oculaire, mouvements réflexes, contraintes de nystagmus, etc.), pour un traitement spécifiques à d'autres aires cérébrales distinctes (notamment corticales). Il se posera d’autant plus s’il doit être coordonné avec un œil sain restant, posant la question de sa cohérence ou de sa suppression, produisant alors un nécessaire handicap pour pouvoir être couplé avec un second œil artificiel (éborgnement). Le second problème est, dans le cas fort théorique ou le premier pourrait être résolu, de savoir ce que ferait un homme augmenté d’une vision dix fois plus performante que la naturelle.
Nous sommes encore une fois confrontés au fantasme des spécialistes de l’artificiel qui veulent faire plus en omettant les contraintes de bases comme si leur solution allait de soi. Toujours plus n'est pas forcément mieux. 
Il y a fort à parier que les équipes californiennes et chinoises produiront un œil artificiel qui restera un gadget puisque d’une part impossible à connecter utilement au cerveau, sauf à en faire un simple outil d'interface cerveau-machine (BCI). Dans le cas où l’interface serait possible, alors pourquoi utiliser un œil plutôt qu’un dispositif plus efficace de caméras incorporées ou embarquées sur des lunettes, plutôt qu’un dispositif « usine à gaz » faisant courir des risques chirurgicaux considérables à la personne qui en serait équipée ? Enfin, lorsque les auteurs affirment que l’œil est déjà capable de différencier des lettres simples comme E et Y, ils omettent l’idée que ce n’est pas l’œil qui voit ces lettres, mais tout un ensemble, avec l'intervention d'un système postérieur, soit d’intelligence artificielle dans leur cas, soit d'intelligence naturelle soumise aux apprentissages culturels dans le cas de l'homme normal, l’œil ne détectant que des différences auxquelles une intelligence donne éventuellement un sens en fonction des acquis, de la mémoire et des apprentissages, et de la motivation ... à voir.
Ce problème de l’interface est récurent chez les mécanistes qui engagent pourtant des moyens colossaux comme s’il était résolu. Le fameux Elon Musk fait d'ailleurs comme s'il avait franchi ce cap grâce à son dispositif cerveau-ordinateur développé par sa société Neuralink, alors qu’il ne permet que de produire de nouveaux apprentissages chez les sujets à partir d’électrodes implantées, comme le faisait déjà Grey Walter par l’électroencéphalogramme de surface (électrodes collées sur le scalp) avec ses tortues robots au milieu du siècle dernier, et que réalise tous les jours le "brain-computer interface" tel qu'il est enseigné et mis concrètement en oeuvre à l'ENSC. Pour l'avoir moi-même testé à l'hôpital avec des électrodes implantées et recueillir des potentiels évoqués cognitifs de 1993 à 1999 (voir liste de publications ici), je peux affirmer que ... ça ne marche pas ... à de tels niveaux macroscopiques et d'approximation théorique.
Rien de nouveau sous le soleil, et toujours le fantasme du bio-mimétisme  dans un transhumanisme paralysé par ce boulet conceptuel. On ne fait pas voler des avions en imitant les oiseaux ! Voir à ce propos l'excellent article de Jean-Claude Beaune, André Doyon et Lucien Liaigre sous le titre "automate" dans la non moins excellente Encyclopaedia Universalis (lien ici), et comprendre comment, "Comme le train qui s'entête, dès sa naissance, à singer la diligence, le robot, marqué des pouvoirs nouveaux de l'électricité, de l'asservissement mécanique et de l'électromagnétisme, s'entête à son tour à parodier tristement la nature humaine" (sic).
Voir l'article de Martin Koppe sur un "Regard anthropologique sur le biomimétisme" dans le Journal du CNRS (lien ici), qui explique le "biomorphisme", c'est-à-dire utilisation et "détournement" de solutions héritées de l'évolution adaptative pour faire quelque chose d'autre (par exemple le Velcro inspiré des épines du fruit de la bardane). Tout cela ne peut être confondu, dans un fantasme à la Pinocchio et à la bonne fée, avec la simple copie réductionniste d'éléments isolés d'ensembles fonctionnels intégrés, en espérant que la fonction émergente des derniers apparaisse spontanément des simples bouts de bois et de ferraille des roboticiens ou du silicium des informaticiens.

09 mai 2020

IA : Spot, le chien artificiel autonome pour faire respecter la distanciation sociale.

La société Boston Dynamics, dont on a suivi l’évolution depuis sa séparation de Google, est connue pour les robots autonomes, et notamment son chien automatisé dont la réalisation avait été financée par la DARPA (agence de financement du Ministère de la Défense américain). On connaît les différents films promotionnel que Boston Dynamics a produit, mettant en scène ses robots militaires dont des humanoïdes (film ici et film là) et des chiens porteurs (film ici et film là) dont les capacités d’apprentissage et d’autonomie sont impressionnantes (film ici) et très inquiétantes.
Jusque là, la frontière de l’utilisation était celle des forces armées, et on n’avait pas envisagé une utilisation de ces machines « de guerre » dans le maintien de l’ordre. Cette limite vient de tomber, et Singapour a décidé de mettre sur le terrain « Spot », un chien de Boston Dynamics pour faire respecter les mesures de distanciation sociale (film ici). Si, pour l’heure, le chien est contrôlé par un opérateur, rien n’empêche maintenant qu’une nouvelle limite tombe pour lui laisser une part de plus en plus importante d’autonomie, sans que cela ne pose, semble-t-il à Singapour, les problèmes éthiques que nous dénonçons en Europe.
Ce type d’artefacts, qui peuvent s’apparenter aux SALA pour être des systèmes potentiellement létaux et autonomes, pose une série de problèmes dont le premier est celui de l’absence d’universalité des doctrines éthiques en matière de robotique interventionnelle, mais également celui de la robustesse de la doctrine française dans le cas d’une généralisation à l’étranger de tels appareils et de leur usage civil.


25 avril 2020

IA - TECH : 25 Technologies pour booster l’économie post confinement

Le magasine Forbes propose aujourd’hui une liste prévisionnelle des technologies à mettre en œuvre pour booster l’économie de sortie de confinement (lien ici). Pour le magasine, il ne fait aucun doute que, malgré la crise terrible qui frappe le monde, cette décennie va mettre en œuvre des avancées technologiques permettant de compenser, rattraper voire rayer l’effet désastreux du confinement pour une reprise économique drivée par les technics.
Voici les 25 nouvelles technologies, dont bon nombre sont déjà de la compétence des ingénieurs diplômés de l’ENSC (voir plus de détail, lien ici).
  1. L’intelligence artificielle (au programme de toutes les années, plus parcours de 3eme année, et chaire ENSC/IBM autour de Watson) ;
  2. L’Internet des objets (IoT) ;
  3. Les technologies portables et l’humain augmenté (au programme de toutes les années et parcours de 3ème année) ;
  4. Le Big data et l’analyse augmentée (voir le DU Big data et statistiques pour l’ingénieur) ;
  5. Les environnements intelligents (au programme de deuxième année) ;
  6. Les Blockchains et la protection de registres ;
  7. Le cloud et la technologie de pointe (au programme) ;
  8. La réalité augmentée (idem) ;
  9. Les jumeaux numériques ;
  10. Le traitement du langage (au programme) ;
  11. Les interfaces vocales ;
  12. La vision artificielle et la reconnaissance faciale (en collaboration avec l’Institut d’optique, antenne de Bordeaux) ;
  13. Les robots et cobots (spécialité de 3ème année) ;
  14. Les véhicules autonomes (équipe de recherche avec l’IFSTTAR) ;
  15. La 5G ;
  16. La génomique et l’édition génétique ;
  17. La co-créativité homme-machine et le design augmenté (en collaboration avec les écoles de Condé) ;
  18. Les plateformes numériques ;
  19. Les drones et les véhicules aériens sans pilote (projets de 2eme année avec les simulateurs de la plateforme technologique) :
  20. La cybersécurité ;
  21. Les ordinateurs quantiques (au programme de la chaire ENSC/IBM) ;
  22. L’automatisation des procédés robotiques (cf. l’option de 3ème année) ;
  23. La personnalisation de masse et les micromoments ;
  24. Les impressions en 3D et 4D ;
  25. La nanotechnologie et la science des matériaux.
Voici une liste qui semble déjà bien remplie à l’ENSC, et qui donne plein d’idées pour collaborer avec l’ENSEiRB-MMK, l’Ecole de chimie (ENSCBP), l’Ecole des biotechnologies (ENSTBB), l’IOGS, et l’Institut Mines Telecom, dans un projet de rapprochement à reprendre par la nouvelle équipe de direction.

06 novembre 2019

IA - BIO - INFO - TECH : Les nouvelles prédictions de Ray Kurzweil (2019).

Le célèbre Ray Kurzweil, aujourd'hui responsable de la branche IA de Google, transhumaniste militant, s'est fait le spécialiste des prévisions des développements technologiques.
Ainsi pédisait-il, dès 1989, la chute de l'union soviétique par la diffusion de la téléphonie mobile et des télécopieurs, que les machines vaincraient le champion du monde d’échecs avant 1998. pari gagné puisqu'en 1997 Deep Blue (IBM) gagna la célèbre rencontre contre Garry Kasparov. Il évoquait la possibilité pour un PC d'être capable dès 2010 de répondre à des questions simples en cherchant sur internet, ce dont Google s'est depuis fait une spécialité, y compris pour des requêtes multiples de sens ouvert. Il prévoyait qu'en 2009, on pourrait donner aux machines des instructions en langage naturel. Et voilà que surgit les logiciels de dictée, ainsi que les logiciels de commande tels que Siri de Apple, puis Alexa de Amazon et Dis-Google !  La technologie est aujourd'hui embarquée sur les BMW et d'autres équipementiers se précipitent dans le projet toujours plus élaboré de l'hybridité du langage et de la traduction automatique en ligne. Quant à ses prévisions sur la réalité virtuelle et augmentée, elles ont été réalisée notamment grâce aux Google classes en 2011, puis vinrent rapidement les Hololens de Microsoft et d'autre lunettes et head-up displays en aéronautique, dans la conduite des ateliers des usines 4.0 et aujourd'hui dans l'automobile pour tout le monde.
Bien entendu, nombre de ces prédictions n'ont pas été concrétisées, mais restent pourtant d'actualité. C'est dans cette perspective de Ray Kurzweil a proposé une nouvelle liste chronologique des technologies du futur.
En 2009 Ray Kurzweil réactualisait sa liste et donnait d'autres pistes dont nombreuses se sont réalisées - voir la liste des prédiction de RK dans Wikipedia : ici. 
Aujourd'hui, dix ans après cette nouvelle série prophétique, Ray Kurzweil propose une série actualisée dont voici le résumé.
2019 – Disparition des fils et câbles pour les appareils individuels et les périphériques.
2020 – Puissance de traitement des PC comparable à celle du cerveau humain.
2021 – Internet sans fil pour 85% de la surface de la Terre. 
2022 – Émergence (USA, Europe) de lois réglementant les relations entre humains et robots, et formalisation des droits, devoirs et limitations/interdictions dans ces relations.
2024 – Conduite automobile obligatoirement supervisée par l'IA, et interdiction de conduire sans aide technologique.
2025 – Avènement d'un grand marché de gadgets-implants.
2026 – Prolongement technologique de la vie humaine (au moins autant que la vie passée).
2027 – Vulgarisation et généralisation des robot personnels autonomes pour des actions complexes. 
2028 – Énergie solaire universellement répandue suffisante aux besoins énergétiques de l’humanité.
2029 – Test de Turing pour les machines et fusion IA-IN par simulation informatique du cerveau.
2030 – Nanotechnologies généralisées pour une baisse significative des coûts de fabrication
2031 – Imprimantes biologique 3D dans tous les hôpitaux pour imprimer des organes humains.
2032 – Nanorobots médicaux pour apporter des substances nutritives aux cellules en éliminant les déchets. Scanner du cerveau humain par nanorobots pour la maîtrise de son fonctionnement.
2033 – Les voitures autonomes, sans conducteur ni parfois passager.
2034 – Premier rendez-vous de l’homme avec l’intelligence artificielle
2035 – Matériel spatial de protection permanente de la Terre contre les astéroïdes.
2036 – Reprogrammation cellulaire pour guérir des maladies, et imprimantes 3D pour fabriquer des nouveaux tissus et organes.
2037 – Découverte de centaines de sous-régions cérébrales ayant des fonctions spécifiques avec décryptage algorithmique et intégration aux réseaux neuronaux artificiels.
2038 – Apparition de personnes robotisées et de produits de technologies transhumanistes tels qu'implants optionnels supplémentaires.
2039 – Nanovéhicules directement implantés dans le cerveau pour une réalité virtuelle d'immersion totale, sans équipement supplémentaire.
2040 – Recherche Internet directement par la pensée avec résultats affichés sur des lentilles de contact (ou des lunettes spécifiques).
2041 – Débit internet maximal de 500 millions de fois plus élevé qu’aujourd’hui.
2042 – Première réalisation potentielle d’immortalité grâce aux nanotechnologies.
2043 – Plasticité d'aspect du corps humain grâce à des nanorobots, et organes remplacés par des dispositifs cybernétiques ultrafiables.
2044 – Intelligence non-biologique des milliards de fois plus performante que l'intelligence biologique.
2045 – Singularité technologique. La Terre se transformera en une gigantesque machine
2099 – Extension du processus de singularité technologique à tout (ou parties de) l’Univers. 
(voir la nouvelle liste des prédictions de RK de 2019 : ici)
Perspective : 2100 - Fin de l'humanité même sous sa forme artificielle (note de l'auteur).
https://en.wikipedia.org/wiki/Predictions_made_by_Ray_Kurzweil

19 décembre 2017

IA : Pourquoi ne pas consulter un robot médecin ?

L'intelligence artificielle (IA) a de beaux jours devant elle en médecine (lien ici) et là. Ainsi, un robot chinois a même réussi l'examen national de médecine pour devenir médecin. Ainsi, le robot Xiaoyi, qui a été développé par le leader chinois de l'IA iFlytek en collaboration avec l’université pékinoise de Tsinghua, a obtenu son diplôme national de médecine après avoir obtenu 456 points sur 600, soit 96 points de plus que la note minimale pour être reçu, et bien supérieure à la moyenne nationale, en moins d'une heure pour une épreuve prévue sur dix heures. Pour obtenir ce résultat, alors que les examinateurs ont vérifié que Xiaoyi ne se connectait pas à Internet et ne travaillait qu'avec sa mémoire et sa réflexion, le robot a parcouru et compilé en moins d'un an et demi un million d'images médicales, 53 ouvrages, deux millions de dossiers médicaux et 400 000 autres documents et rapports. L'objectif d'iFlytek est dans un premier temps d'utiliser l'IA de Xiaoyi pour aider les praticiens à améliorer les traitements, notamment pour les cancers, améliorer leurs diagnostics et le choix des traitements, et aider à la formation de nouveaux médecins. Il devrait également être déployé dans toute la Chine dès mars 2018 pour lutter contre les déserts médicaux. Si les Chinois sont aujourd’hui les leader en matière d’intelligence artificielle médicale, il ambitionnent maintenant d'étendre leur suprématie de manière générale en IA d’ici à 2030 (lien).

25 octobre 2017

DIV : Vivre et agir avec les drones - RACAM 2017

La 11ème Rencontre Aviation Civile Aviation Militaire se tiendra le 16 novembre 2017 au siège de la Direction générale de l’Aviation civile – DGAC Paris 15ème.

La thématique sera cette année consacrée à "vivre et agir avec les drones".

Lieu privilégié d’échanges entre les grands acteurs internationaux du monde aéronautique, RACAM réunit les hauts responsables de l’aviation civile et des armées, les industriels, les directeurs généraux de compagnies aériennes et d’aéroports, les unions et groupements professionnels, les associations et, globalement, tous les utilisateurs de l’espace aérien.

Trois tables rondes aborderont successivement :
  • L’AUTONOMIE DES SYSTÈMES : VISIONS CROISÉES RECHERCHE INDUSTRIE ET DÉFENSE
  • LES USAGES FUTURS : PERSPECTIVES CIVILES ET MILITAIRES
  • LA SÉCURITÉ ET LA SÛRETÉ DES DRONES : MAÎTRISER DES RISQUES
Programme (ici). 
Inscription obligatoire (là).

18 août 2017

TECH : Techno hype - Gartner publie son cycle 2017.


L’institut de conseil et d'études technologiques Gartner est l'un des grands observateurs et analystes mondiaux de l'évolution des technologies. Il a théorisé au début des années 2000 les étapes de maturité et d'adoption de ces technologies innovantes qui semblent suivre une dynamique particulière appelée "cycle du hype". Ce cycle correspond ni plus ni moins à une courbe logistique bien connue en biologie cybernétique pour traiter de l'homéostasie ("processus opposants" de Sokoloff), que les experts de Gartner ont redécouvert ou en s'en inspirant pour l'appliquer aux évolutions technologiques. Le peu de publications sur le sujet de la part de Gartner laisse planer l'ambiguïté sur ces quelque 110 cycles proposés (payants), mais chacun sait que la science est un éternel renouvellement!

Mais qu'est-ce que veut dire "hype" ?
Littéralement, on peut traduire par "branché", "dans le coup",  "dans le vent". A l'origine, le terme vient du monde anglo-saxon de la couture et désigne le "battage" ou le "tapage médiatique", promu par certains médias à un moment donné (articles, reportages, éditoriaux, émissions tv, photos de starts portant de la "hype", etc.). Certains préfèrent la notion d’avant-gardisme suscitant d'abord une certaines méfiance, voire un refus, mais arrivant à percer grâce au battage et à la réputation des adeptes. Les trucs "hype" se diffusent par le "buzz".
Gartner observe ce qui est à la mode, participe par ses observations au tapage et fait donc le buzz. A force de répétition et de pouvoir de conviction, l'institut a imposé son cycle et en fait même commerce, en le protégeant probablement auprès de juriste qui n'ont jamais rien lu en biologie. Le buzz fait son effet, et le monde industriel et des technologies suivent la mode : en techno, et bien évidemment en électronique ou informatique, il faut être branché ! Sinon ça s'arrête et il faut rebooter...

Voyons de plus près : selon Gartner, chaque technologie innovante suit la dynamique de la "hype" (ou du "hype", comme l'on veut). Les technologies qui survivent passent par le phénomène "hype" théorisé en cinq stades. Ces étapes sont "déposées par Gartner" et correspondent à la perception de l'avancée de ces technologies par les experts et les industriels, et à leur popularité auprès du public.
Ce chemin traverse donc successivement les étapes de l'enthousiasme du début (innovation trigger), des attentes irrationnelles (peak of inflated expectations), du désenchantement ou de la désillusion (trough of disillusionment), du retour en lumière (slope of enlightenment), puis de la mise en productivité vers le succès (plateau of productivity).
D'après Gartner, qui se garde bien de publier les données sources sur lesquelles il s'appuie pour valider cette uniformité de parcours, toutes les technologies qui ont réussi telles que l'internet, le cloud, le big data, la 3G, le smartphone et les tablettes, etc. ont emprunté cette dynamique et ont franchi a leur propre vitesse les différentes étapes du cycle "hype".
Chaque été, l'Institut Gartner publie son édition annuelle, en précisant les états d'avancement et les délais nécessaires avant leur adoption à grande échelle pour chaque technologie potentiellement d'avenir.

L'an passé, Gartner indiquait par exemple le 16 aout (2016), les états suivants :
- enthousiasme pour la poussière intelligente, l'impression 4D et l'ordinateur quantique ;
- attente irrationnelle pour la blockchain, la maison connectée et les véhicules autonomes ;
- désillusion pour l'internet des objets, le machine learning et la réalité augmentée ;
- illumination pour la réalité virtuelle, le contrôle gestuel et l'impression 3D.
Ce 15 aout 2017, Gartner a publié (lien) :
- enthousiasme pour la poussière intelligente, l'impression 4D, l'homme augmenté et les BCI ;
- attente irrationnelle pour les robots intelligents, le machine learning, le deep et le smart learning ;
- désillusion pour les véhicules autonomes, la blockchain et la réalité augmentée ;
- illumination pour la réalité virtuelle.

En fait, Gartner indique trois tendances fortes.
1/ - L'intelligence artificielle généralisée (partout), avec l'IA générale mais aussi le deep et le machine learning, la poussière intelligente, les véhicules autonomes, l'informatique cognitive, les drones commerciaux, les interfaces de conversation, les robots et espaces de vie et de travail intelligents ...
Ces technologies suscitent les attentes les plus fortes que ce soit de la part du public, des experts ou des industriels.
2/- Les technologies d'immersion, avec l'impression 4D (objets qui peuvent changer de forme), les brain-computer interfaces, l'homme augmenté par les systèmes technologiques, et qui restent à des phases d'enthousiasmes. La réalité virtuelle, la réalité augmentée, les nanotubes électroniques ou la maison connectée sont plus proches de la maturité.
3/- Les plateformes digitales avec la 5G, la blockchain, l'internet des objets, l'informatique quantique, les systèmes neuromorphiques, le edge computing ...
Ces technologies sont chargées d'espoir et doivent pouvoir révolutionner le monde des usagers des technologies.
Voir le tableau synthétique ici (lien).

Tout cela est très "hype" ... On verra bien.

03 août 2017

IA : Les exosquelette ; on a le choix.

Le développement des exosquelettes est un des points centraux de la robotique collaborative. Un exosquelette est un dispositif cobotique actif. Il permet de développer une aide motrice ou sensori-motrice et amplifier l’effort de son utilisateur. Celui-là peut être un manutentionnaire, un soldat, un opérateur dans un atelier, sur une chaîne de montage, dans un chantier de BTP, ou une personne en fragilité ou en rééducation clinique de mobilité ou d'équilibre, voire une personne âgée qui peut, grâce à cette aide, recouvrer des fonctions perdues ou diminuées. Plusieurs sociétés proposent des exosquelettes, avec des philosophies conceptuelles et d'usage souvent différentes et parfois complémentaires.
Superflex est un prototype développé par un groupe de chercheurs de SRI International, l'ancien Stanford Research Institute. Il est conçu pour faciliter la marche des soldats et les déplacements des personnes âgées. Il s’agit d'une combinaison souple, équipée de capteurs et d'un système d'intelligence artificielle. Il s’adapte à la démarche de son utilisateur, apprend ses caractéristiques et permet d’apporter une force supplémentaire ou une meilleure précision au moment où l’utilisateur en a besoin. Cela se fait indépendamment de sa volonté, de manière totalement transparente. Une telle combinaison militaire et industrielle permettrait également aux personne à la mobilité réduite de gravir des escaliers, et aux opérateur d’éviter les troubles musculo-squelettiques (TMS) tout en favorisant le maintien de l'équilibre et la sécurité des personnes.
Exosuit est une solution développée par l’Institut Wyss de l’Universite de Harvard et financé par le DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) dans le cadre du programme Warrior-Web. Ce prototype souple permet aux militaires d’augmenter la distance parcourue avec une charge lourde. Il est composé de tissu souples, d’actionneurs et de capteurs qui en font une sorte de pantalon intelligent qui s’inspire des muscles et tendons des jambes de l’appareil locomoteur humain. L’appareil est maintenu par des sangles et peut donc être rapidement installé ou retiré en fonction des tâches à effectuer. Parallèlement, la DARPA finance XOS2 de l’entreprise Raytheon Sarcos pour un déploiement opérationnel prochain dans les unités combattantes. Un autre projet, Talos (Tactical Assault Light Operator Suit), associe un exosquelette à une armure intégrale de protection antibalistique.
Phoenix est proposé par SuitX, une spin-off développée par des anciens de l’Université de Californie à Berkeley. Il s’agit d’un dispositif léger et peu onéreux, prévu pour permettre aux paraplégiques de remarcher avec une autonomie de quatre heures. Le dispositif est modulable et peut s’adapter aux caractéristiques physiques de la personne, à celles de son handicap, et à ses préférences de vitesse ou de démarche aidée par des béquilles.
La France s’intéresse également au domaine avec plusieurs projets. ExoPush est ainsi un exosquelette, proposé par la start-up RB3D, prévu pour l’aide aux opérateurs qui tirent des outils, tels que des râteaux pour le ramassage de feuilles, pour étaler le béton ou le ciment sur un chantier ou le bitume sur les routes. Exoback de RB3D est un exosquelette dédié, quant à lui, aux militaires pour les charges dorsales. ExoUp en est une déclinaison civile pour les manutentionnaires. Hercule, développé avec le soutien de la DGA (Direction Générale de l’Armement), entre quant à lui dans le programme « soldat du futur » et ambitionne doter l’armée française en théâtre d’operations.
Plus spécialisée, la ceinture Atlas est développée par la start-up française Japet. Il s’agit d’un système permettant aux personnes atteintes de sciatiques chroniques de recouvrer leurs activités socio-professionnelles. La ceinture robotisée est dotée de quatre vérins, dont l’asservissement est coordonné par une carte Arduino, qui diminuent la pression sur les disques intervertébraux par une décompression de la colonne vertébrale. Le gant de rééducation Exoglove a quant à lui été développé par des élèves ingénieurs du Polytech Marseille. Il s’agit d’un dispositif de rééducation de la main pour le traitement des déficiences motrices ou des développement des projets industriels.
Quant au géant technologique japonais Panasonic, il mise sur une évolution incrémentale des exosquelettes avec une large gamme de modèles. Du petit AWN-03 à l’impressionnant Power Loader, en passant par le modèle Ninja, la firme nippone offre une grande variété adaptée aux différentes forces nécessaires. Sincere Kourien est une filiale de Panasonic, spécialisée dans l’aide à la personne, et commercialise des adaptations des modèles de Panasonic pour chacun, dans sa vie de tous les jours. Mais le groupe asiatique a désormais un nouveau concurrent avec le groupe automobile sud-coréen Hyundai qui développe un nouveau prototype d’exosquelette inspiré d’Iron Man. Son modèle H-LEX et son programme Next Mobility ambitionnent de devenir les éléments de base du futur de la mobilité avec les mêmes ambitions que celles de son concurrent, de l’autre côté de la Mer du Japon. Et les asiatiques ne sont pas les seuls sur le terrain de la concurrence. Ekso Bionics, BMW, Audi ou de nombreux groupes associés à des universités se sont lancés dans la course.
Bref. La guerre des exosquelettes ne fait que commencer.

18 mars 2017

IA - SHS : Des robots tueurs ... des cols bleus.

Daron Acemoglu est professeur d'économie au Massachusetts Institute of Technology où il est titulaire de la "chaire Charles P. Kindleberger". il vient de publier, avec l'un de ses doctorants aujourd'hui assistant à la Boston University, Pascual Restrepo, l'une des études les plus détonantes sur l'emploi et la robotisation aux États Unis.
En mai 2016, les deux scientifiques publiaient des travaux de thèse selon lesquels l'apparition des robots dans un secteur se traduirait par une création d'emplois qualifiés. Ils formulaient alors l'hypothèse que ces nouveaux emplois "recycleraient" d'anciens métiers, notamment manuels, et que la transition avait tout lieu d'être bénéfique à la fois sur le nombre d'emplois, la qualification des personnes et leur niveau de rémunération.
Dans une publication datée du 17 mars 2017 (ici), les deux scientifiques reviennent sur leurs prévisions et constatent à partir d'observations chiffrées de l'emploi industriel aux États-Unis entre 1990 et 2007, que la robotisation a indéniablement eu un effet négatif sur l'emploi et les salaires.
Ainsi, la création d'emplois liés à la robotisation est loin de compenser la perte des postes d'ouvriers, et, si les robots créent des postes, pour leur maintenance, leur gestion opérationnelle et dans le domaine économique à la fois pour leur investissement, leur maintien et leur amortissement, le meilleur gain de productivité pour l'industriel réside dans la suppression de main-d’œuvre.
Selon leur étude, les robots ont supprimé quelque 670 000 postes sur la période considérée, avec un taux évalué à 6,2/1000 postes disparus pour chaque robot industriel. Comme le développement et l'installation de ces robots sont entrés dans une logique de l'exponentiel dans laquelle l'évolution de la robotisation dépasse largement le temps nécessaire aux humains pour se former et augmenter leur expertise, nous sommes donc littéralement aujourd'hui au-delà d'un point de singularité où la disparition des emplois va s'accélérer. De manière concourante, et contrairement à toutes les autres prévisions, la robotisation a entraîné les salaires vers le bas. Une baisse de 0,7 % constatée sur le strict domaine de l'étude des chercheurs s'explique selon eux par la baisse du besoin de main-d’œuvre, l'augmentation du nombre des chercheurs d'emploi, et la baisse de demande sur le marché du travail. Cela entraînerait alors des effets cumulatifs tels que la baisse du niveau de consommation dans le bassin d'emploi et donc celle de l'attractivité générale et des services.
Cette constatation alarmante apparaît alors que, après une première période de robotisation commencée dans les années soixante pour la substitution des tâches simples, de manutention puis opérationnalisation mécanique, instrumentale puis plus récemment agricole, une seconde période s'ouvre avec une ouverture du domaine robotique à des tâches de haute qualification : diagnostic, finance, loi, médecine, biologie, chirurgie, commerce en ligne, livraison par drones, etc. Le constat était jusqu'ici politique, avec un rapport de la commission européenne recommandant de taxer la productivité des robots au même titre que celui des opérateurs humains. Le débat est entré dans le domaine politique français avec des déclarations récentes de certains candidats à la présidence de la République. Le débat prend, à notre sens, beaucoup trop de temps par rapport à la logique de l'exponentiel à laquelle est soumise la robotisation. Force est donc de constater que cette publication apporte un regard objectif à un domaine en débat, ou les convaincus d'une paupérisation des emplois s'opposent aux partisans d'une libération du travail ou à ceux du toujours plus de revenus pour soi au détriment de ceux qui donc s'appauvrissent en même temps. Le débat n'est pas nouveau, il a été connu pour toutes les périodes de l'industrialisation, de l'époque de Ludd aux récentes grandes crises qui sont à l'origine de la surprise des dernières élections présidentielles américaines.

Peut-être serait-il utile de ramener un peu de raison dans ces débats de chiffonniers politiques en redonnant quelques crédits aux scientifiques pour voir ce qui se passe réellement en France et en Europe dans le domaine.

10 janvier 2017

IA : le test de Turing n'est plus ce qu'il était.

Le test de Turing consiste, pour une intelligence artificielle, à tenter de se faire passer pour un humain, sans qu'un autre humain ne découvre qu'il ne s'agit pas, justement, d'un homme ou d'une femme. De nombreux commentaires ont été établis à propos de ce test qui, à l'époque de Turing, représentait une "expérience de pensée". Les informaticiens, portant les philosophes au mot, en ont fait un test permettant de sanctionner une frontière de performance des systèmes informatiques.
C'est à ce propos que Ashok Goel, professeur de "Computer Science and Cognitive Science" (lien) à la "School of Interactive Computing" de GeorgiaTech (Georgia Institute of Technology) d'Atlanta (GA, USA), a piégé ses étudiants en les mettant en relation toute l'année avec son assistante d’éducation, Jill Watson. Celle-là gérait les emplois du temps de la filière, et s’occupait de contacter les étudiants par email au sujet des dates de rendus de devoir et autres contacts pour leurs travaux. Elle a pu ainsi échanger quelque 10 000 messages avec les étudiants en un semestre. Or, Jill Watson est une intelligence artificielle qui s'appuie sur le site Piazza (plateforme de question-réponse) enrichie de 40 000 messages différents. Fille Watson ne répondait que lorsqu'elle évaluait sa propre crédibilité à ses réponses à plus de 97 %. Elle a été en mesure d’adresser 40 % des demandes des étudiants.
Le projet est maintenant d'introduire une procédure"dure de "double aveugle" en changeant de manière indépendante une vraie assistante d"éducation et un robot intelligent de répondre aux étudiants, sans préciser qui est qui (ou quoi ...).
La question que pose cette expérience et cette nouvelle utilisation du Test de Turing est celle de la validité de l'intelligence artificielle ou de la mesure d'une forme de "non intelligence naturelle" des fonctions que l'on confie aux humains. En effet, le test devient ici indice non pas de l'intelligence d'une machine mais de la qualification d'une forme de pauvreté du travail confié à certains opérateurs. Si une machine est capable de remplacer une personne, ce n'est pas forcément parce qu'elle est intelligente, mais probablement plus parce que la personne ainsi substituée est exploitée et cantonnée dans des taches de faible qualité cognitive. Dans l'idée de Turing, le test était une épreuve métaphorique virtuelle permettant de définir l'intelligence automatisée, et non pas un "indice de disqualification" des travaux confiés à des personnes dont on devra mesurer les conséquences "humaines" de cette disqualification.
De quoi nous remplir d'effroi lorsqu'on pense que Watson ambitionne de remplacer les médecins, les banquiers (là on peut comprendre) et les artistes, que certains grands avionneurs veulent supprimer les pilotes et que la robotique s'étend aux robots artisans, aux cobots industriels, et aux robots compagnons voire amoureux ...
(lien).

13 juin 2016

IA - BIO : De Iron Man à Yvan le Terrible - les humanoïdes russes.

La guerre a ceci de dramatique, elle est mortelle. Une des solutions prônées contre cette caractéristique inacceptable est de remplacer les combattants par des robots. L'humanoïde guerrier est conçu pour cela : remplacer les humains dans les zones à risques de combats, d'explosions, d'incendies ou de radiations ionisantes.
Deux voies sont aujourd'hui étudiées au-delà de la simple solution du scaphandre adoptée par les américains, solution qui peut s'apparenter à la problématique de l'avion, du char d'assaut ou de l'exosquelette blindé qui ne sont, en fait, que des cobots de prolongation de l'aptitude humaine ou d'augmentation sensor-comportementale, permettant une protection de l'homme qu'ils abritent. La première consiste à développer des robots autonomes qui vont, comme des machines indépendantes dotées d'intelligence embarquée ou en réseau tels certains drones de surveillance aériens, maritimes ou terrestres. La seconde consiste à développer des humanoïdes non autonomes mais contrôlés à distance par un opérateur. Dans ce dernier cas, on peut imaginer cet opérateur immergé dans un environnement virtuel réaliste, doté d'une combinaison bardée de capteurs qu'il revêt et qui transfère l'intégralité de ses mouvements à l'automate.
La Russie a annoncé le développement de son arme "Iron Man", dite "Ivan le Terrible" en référence au célèbre tsar de Russie. 
Développé par la Fondation russe pour les études avancées, l’équivalent de la Darpa américaine ou de la DGA française, Iron Man a été présenté officiellement la semaine dernière à la presse russe. Le quotidien Komsomolskaïa Pravda rapporte que le développement de la robotique militaire est l’une des priorités russes et que plusieurs dizaines d’entreprises sont impliquées dans le projet. Son but est de remplacer les personnes qui se situent dans les zones de combats ou dans les zones d’urgence en toute sécurité pour les humains. Le prototype est doté d'éléments autonomes mais reste globalement contrôlé par un opérateur qui porte une combinaison de commande des mouvements. Le but à court terme est de réussir une course sportive et de franchissement d’obstacles, avec conduite automobile.
Selon le quotidien, Iron man n'est qu'un élément d'une stratégie globale de développement de drones terrestres, marins et aériens, de véhicules et d'opérateur humanoïdes robotisés, et qui vise à rattraper le retard russe en la matière sur ses concurrents américains et asiatiques.
Voir une vidéo de présentation (ici).

TECH : Des drones de transport maritime sur une mer sans hommes.


L’équipe Ocean Blue d’Alesund (Norvège), équipe de R&D de Rolls-Royce, et des chercheurs d'un consortium academique associant plusieurs université finlandaises (Tampere University of Technology, VTT Technical Research Centre de Finland, Åbo Akademi University, Aalto University, University of Turku) et un cluster maritime associant Rolls-Royce, NAPA, Deltamarin, DNVGL et Inmarsat, ont réalisé un ensemble allant de la construction à l'exploitation en passant par la navigation de prototypes de drones de transport maritime (voir annonce).
De tels "navires fantômes" seraient plus sûrs, en assurant une plus grande sécurité aux marins, en faisant accompagner leurs navires par une flotte entièrement autonome, ou même permettre à des capitaines restant à terre de commander à distance leurs cargos depuis un centre de contrôle. Ils seraient également moins chers à la construction et moins polluants. Le but principal reste cependant financier, avec une une économie estimée à 375 milliards de dollars, selon l’entreprise. Ils pourront ainsi être déployés dans des régions inhospitalières telles que la mer Baltique ou pour les ,nouvelles routes du grand nord. 
Si le problème technologique semble en passe d'être résolu, les dimensions humaines et socio-économiques ne le sont pas. Ainsi, es syndicats représentant le million de marins concernés s’opposent à ce projet, d’après le vice-président de l’innovation maritime de l’entreprise, Oskar Levander. De même, les compagnies maritimes, les ports, mais également les assureurs et les organismes de réglementation doutent de la réalisation du projet à court terme. 
Pour Océan Blue, les cargos fantômes seraient complètement chargés de conteneurs. Le pont et les autres systèmes dévolus à l’équipage (habitat, génératrices d'électricité, chauffage et climatisation, eaux courantes et usées, réserve alimentaires et cuisines, etc.) seraient supprimées et remplacés par une quantité plus importante de marchandises, minimisant les les coûts et augmentant les recettes. Ces drones seraient ainsi 5 % plus légers et consommeraient 12 à 15 % en moins de carburant. L'absence d’humains à bord supprime les risques de santé et de sécurité (accidents, tempêtes, piraterie…). 
Rolls-Royce et son consortium se place ainsi dès aujourd'hui en leader dans une compétition maritime à vocation de transport qui pourrait bien bouleverser l’industrie et l'économie maritime.
Voir la galerie de photos des vaisseaux et salles de contrôle du programme "ship intelligence" (ici).

21 mars 2016

IA : Robotique - Google n'investit plus dans les Replicant(s) ...

D'après Bloomberg (ici), Alphabet Inc.; qui est la maison mère de Google, se séparerait de "Boston Dynamics", la compagnie des robots autonomes, chiens de transport et humanoïdes développés initialement par la DARPA pour les combattants du futur (Waltham, Massachusetts, USA).
C'était en 2013 que Larry Page avait annoncé qu'Andy Rubin, ancien directeur d'Android que Google avait racheté en 2005, s'occupait de nouveaux projets et notamment de la division "Replicant", consacrée à la robotique, et créée suite au rachat de huit start-up dont Boston Dynamics. Le départ de Andy Rubin fin 2014 laissait Replicant sans réelle direction ni stratégie, avec des projets peu compatibles avec les activités centrales de Google, sans rapport entre-elles, et surtout sans débouché financier à court-terme. 
Alphabet a donc rendu son verdict : les équipes de Boston Dynamics sont perçues comme incapables de concevoir un produit commercialisable, il convient donc de s'en séparer. Quant aux autres chercheurs de Replicant, il sont intégré sous la direction de Astro Teller à la division X avec la perspective d'être réfractés sur d'autres sujets que la robotique, celle-ci pourrait alors être abandonnée purement et simplement par Google.
Trois conclusions et commentaires à cette nouvelle donne : (1) Difficile de faire du transhumanisme à court-terme, (2) des projets fous chez Google, mais dans le seul cadre d'une culture Google et d'un moule strict et rentable Alphabet, (3) des perspectives sombres pour la robotique au sein de Google...
Des suites intéressantes sont à attendre, surtout que le Toyota Research Institute et Amazon se sont déjà annoncés comme repreneurs potentiels. 

17 mars 2016

IA-DIV : Formation Cobotique des enseignants et chercheurs de l'ENSC

Deux journées d'apprentissage avec les deux nouveaux cobots de l'école. Ces jeudi 17 et vendredi 18 mars 2016, les experts de Aerospline CRAM (Coopérative Robotics for Aerospace Manufacturing) sont venus former les enseignants, chercheurs et doctorants de l'ENSC.
Deux bras articulés collaboratifs "Universal Robots" UR3 viennent d'entrer dans la plateforme technologique de l'ENSC.
Trois objectifs et projets : (1) Ouvrir la formation d'ingénieurs et la formation continue (DU cobotique) à la cobotique effective avec des projets autour de l'hybridité anthropotechnique; (2) Développer les transversalités vers les axes d'excellence UX et KX; (3) Donner à l'ENSC une visibilité en cobotique, au même titre que l'intégration homme-système (IHS) dans les cockpits des avions et automobiles, le command and control (C2) dans la gestion de crises et la simulation organisationnelle, le bio-monitoring et les brain-computer interfaces (BCI), l'accessibilité des technologies, l'intelligence artificielle (IA) collaborative et partagée, l'aide au handicap et les TIC-santé, etc.
De belles perspectives pour nos futurs ingénieurs et diplômés de l'ENSC Bordeaux INP.

16 février 2016

IA : Airbus va recruter ... des robots humanoïdes manufacturiers.

Airbus Group vient de lancer vendredi 12 février 2016 un programme innovant de recherche en robotique (lien). Ce partenariat avec le Joint Robotics Laboratory (JRL), basé depuis 2004 à Tsukuba, au Japon, a pour but la conception des "robots humanoïdes manufacturiers".
Le JRL est un partenariat entre l’institut national de la science et des technologies industrielles avancées japonais AIST et le CNRS.
Le nouveau programme de quatre ans vise à développer des robots humanoïdes dédiés aux lignes d’assemblage de construction aéronautique. Le principal enjeu est le développement de nouveaux algorithmes de planification et de contrôle des mouvements pour permettre au robot de réaliser des tâches dans un environnement exigu, comme en est capable un humain. Airbus a, en effet, besoin de robots humanoïdes capables d’aller dans des endroits inaccessibles à d’autres types de robots, de s’agenouiller, de se pencher pour démultiplier sa force, etc. Pour se déplacer, le robot va adopter une approche  dite "multi-contacts". De plus, le robot devra prendre un certain nombre de décisions posturales pour effectuer des tâches dans des environnements contraints.
Encore une bonne nouvelle pour le progrès technologique et les concepteurs, fabricants de robots "humanoïdes manufacturiers", peut-être moins pour les "hommes manufacturiers" ... Mais le souci des roboticiens du CNRS n'est peut-être pas celui de ceux qui rêvent d'avoir un job pour, entre autres, avoir les moyens de pouvoir encore prendre l'avion. Un des désastres diagnostiqués et pronostiqués par Martin Ford dans son ouvrage « The Lights in the Tunnel » (Acculant Publishing, 2009) dont l'analyse nous est donnée dans l'excellent Blog de "Automates Intelligents". Une goutte d'eau dans l'océan des 3 millions d'emplois que certains prévoient détruits par les robots en France d'ici 2025 (lien). 
Il est grand temps de repenser les emplois à créer en substitution de ceux que les robots vont faire disparaître. Une idée de réflexion éthique, comme ça, en passant, pour les roboticiens du CNRS ... qui sont aussi payés pour ça ! Voir à ce propos l'ouvrage de Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee  « Race Against the Machine » (lien).
Télécharger le communiqué de presse sur cette initiative de Airbus : ici.

14 février 2016

IA : Après les "Google Cars", la livraison sans livreur.

La firme Google (Mountain View - Californie - USA) dispose depuis le 9 février 2016 d'un brevet concernant une "plate-forme de livraison autonome".
Cette sorte de camionnette est dévolue à la livraison sur le "dernier kilomètre" entre l'entrepôt et le domicile des clients, sans intervention humaine.
Le principe est d'appliquer aux solutions des voitures sans conducteur ou "Google cars" (avec radar, lidar, caméras vidéo et différents autres capteurs reliés en permanence à une connexion Internet pour un transfert permanent de données) permettant une navigation autonome et une protection complète anticollision sans aucun danger ni pour les autres usagers de la route, ni pour les piétons.
Le camion serait en contact avec le client grâce à son téléphone portable et fixerait un point de rendez-vous, permettant d'ouvrir un ou plusieurs containers verrouillés avec un code, par une personne qui porte le téléphone associé au compte de l'utilisateur et geolocalisé par GPS. Le paiement serait alors réalisé grâce à un terminal associé au container qui utiliserait des modes de paiement dématérialisée.
Voici un projet qui va compléter le projet de livraison plus lointaine par drone (ici).
 (lien)

05 février 2016

DIV : Conférence "Vivre avec les robots" - ENSC - 17 février 2016

« Questions actuelles de la vie de demain avec les robots »

Conférence de Benoît Le Blanc

Cycle des conférences de l'Institut régional Aquitain des Sciences Cognitives Appliquées.

17 février 2016 – 18h00
Petit amphithéâtre de l’ENSC

Ouvert à tous, mais inscription nécessaire pour des raisons de sécurité.

30 janvier 2016

IA - BIO : Les nanorobots font leur entrée en médecine.

Ca y est ... depuis le temps qu'on l'annonçait, la technologie s'invite dans le débat "Ferry-médecins". La convergence est à l'oeuvre et les nano-robots en sont l'exemple de celle du N (pour nano-technology) et du B (bio-technologie) de NBIC.
On savait déplacer des nanobrouettes sur des fils d'ARN, tourner des nanotoupies, lâcher des nano-araignée sur des surfaces biologiques, tout cela à des dimensions de plus en plus proches du nanomètre.
 Des équipes de nanorobotique de Corée du Sud, de Suisse et des Etats-Unis (Université de Drexel - lien) ont annoncé, dans le Journal of Nanoparticle Research, la mise au point de minuscules robots nageurs injectables qui imitent, en forme et en mouvement, la bactérie "Borrelia burgdorferi" responsable de la maladie de Lyme.
Le "bacteria powered microrobot" (BPM) est constitué de trois à quatre perles d’oxyde de fer, liées entre elles par des liaisons chimiques et une force magnétique. Ces BPM sont des systèmes hybrides constitués d'une microstructure SU-8 avec des surfaces actives issus de bactéries, dont les flagelles agissent comme des moteurs biomoléculaires collaboratifs. Leur taille est de quelques nanomètres, et permet l'introduction facile des nanobiorobots dans le système vasculaire où ils peuvent y circuler aisément, en étant guidés par des champs magnétiques externes (lien). 
La forme et le mouvement bio-inspirés permettent un déplacement en vrille, réalisant de véritables . « microswimmers » ajustages en taille. Les billes sont inorganiques et biodégradables, empêchant ainsi des réponses immunitaires, et permettant la désobstruction artérielle. Les microswimmers injectés au loin par cathéter pourront ainsi cheminer vers la zone à traiter et y administrer localement et très précisément des anticoagulants nécessaires à sa désobstruction. La technologie a pour vocation de remplacer ainsi les actuels stents et l'angioplastie.
Les NBIC font peur, mais elles sont là ; elles entrent dans le corps humain et vont l'envahir pour son bien, sa santé, son confort, et ... peut-être son aliénation. Ce que le débat "Ferry-médecins" n'a pas directement abordé, c'est le domaine de l'éthique de ces néo-technologies : un espace de réflexion étonnamment vide. La technologie avance, elle ne peut être arrêtée, ni par les lois, les règlements ou les frontières. Demain, les nano-robots vont transporter des cellules souches, déboucher des artères, déposer des substances là où elles sont actives ... l'imagination n'a plus de limites : celle-là vient de tomber, les autres vont suivre. Les médecins doivent absolument s'intéresser aux NBIC.
 Voir : 
(1) "Bacterial microfluidics" de MinJun Kim professeur à l’université de Drexel, qui coordonne ces travaux.
(2) H. Kim, Min Jun Kim, “Electric field control of bacteria-powered microrobots (BPMs) using static obstacle avoidance algorithm”, IEEE Trans. Robot., in press, 2016. [PDF]
(3) Le film : [ici].

20 janvier 2016

IA - SHS : Ford passe aux wearables.

Le constructeur automobile Ford est un adepte du numérique. Ses laboratoires sont habitués à mener des études de développement numérique et des expérimentations d'usage.
Début 2016, Ford annonce l’ouverture d’une nouvelle unité du Ford Research and Innovation Centre, installée au siège du constructeur à Dearborn (Michigan - USA) et chargée d'une recherche orientée spécifiquement vers les "wearables".
Le principe théorique est le suivant. La majorité des conducteurs et autres usagers des automobiles sont ou vont devenir porteurs de dispositifs connectés mesurant des paramètres biologiques ou autres en permanence : montres, bracelets, lunettes ou autres dispositifs connectés. Leurs données peuvent fournir de l'information à la voiture qui pourrait l'exploiter en ligne dans une forme de "réactivité spontanée du véhicule en fonction de l’état de santé, d’éveil ou de stress du conducteur".
Ainsi, l’assistance au maintien de trajectoire par suivi des lignes de matérialisation de la chaussée ou "lane keeping" pourrait être modulée en intensité selon des informations issues de la montre du conducteur signalant son niveau de performance, de fatigue ou d'éveil, et l’accélération du pouls pourrait déclencher le "cruise control" en fonction de la cartographie et de la densité du trafic, etc. À l’opposé, la nécessité de reprise en main de la conduite pourrait être sollicitée par vibration du bracelet et la détection des baisses de vigilance pourrait induire des stimulations attentionnelles. Le but est de développer des concepts de véhicules semi-autonomes, avec à terme le développement d'un espace intégré de monitoring de l'humain. En effet, puisque l'usager automobile passe beaucoup de temps dans son véhicule, celui-ci peut devenir un moyen de surveiller sa santé et ses rythmes, en rappelant au conducteur des heures de prise de médicaments, en anticipant des trajets vers des rendez-vous médicaux, etc.

Le véhicule Ford doit devenir selon le constructeur un nouvel équipement informationnel intégré.