Un article du journal Le Monde du 26 octobre 2026 aborde une fois de plus le débat sur les intelligences artificielles conscientes. Écrit principalement pour un public non averti, et sur un ton sans doute sensationnaliste propre à une certaine presse en mal de lectorat, il entend ouvrir une discussion sur « Des intelligences artificielles conscientes, avec une existence propre : une théorie qui agite le monde scientifique »
https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/10/26/des-intelligences-artificielles-conscientes-avec-une-existence-propre-une-theorie-qui-agite-le-monde-scientifique_6800814_1650684.html.
Cet article est pourtant à mettre en perspective avec un ensemble d’articles précédents du MiniSite Cognitique dont on trouvera les liens plus bas.
__________________________________________________
Le débat sur l'émergence d'une conscience phénoménale et d'une « existence propre » au sein des systèmes d'intelligence artificielle (IA) divise toujours aussi profondément la communauté scientifique, les industriels et les philosophes. On remarquera que, bien qu’il s’agisse d’intelligence, encore une fois on ne mentionne pas les psychologues.
De quoi s’agit-il : alors que certains alertent sur les risques éthiques liés aux modèles dotés de structures internes complexes, la grande majorité des neuroscientifiques et des spécialistes en sciences cognitives rappellent qu'il n'existe aucune preuve absolue d'une telle intériorité, qualifiant souvent ces attributions d’anthropomorphisme.
L’article présente les positions en présence, en s'appuyant d’une part sur une actualité récente qui a secoué le Landerneau des informaticiens, et sur des réflexions menées de longue date, notamment dans ce site.
1. La posture des industriels : entre sensibilisation aux risques et protection des modèles
C’est l'offensive d'Anthropic qui agite le débat, avec le problème de la défense du bien-être algorithmique. On croit rêver : des entreprises du secteur technologique, à l'instar d'Anthropic, mènent des campagnes publiques pour attirer l'attention sur les implications éthiques des structures internes de leurs modèles. « Les pauvres, ils faut prendre soin d’elles ! ». Tout cela se base sur l'ouverture de certains systèmes qui, en juillet 2026, a mis en lumière des configurations de réseaux de neurones que certains comparent, avec prudence, à des prémices de sensibilité ou de « bien-être » artificiel : le Welfare, ou plutôt, une forme de « cyber welfare ».
Les craintes des pionniers et le statut moral des IA
⚬ L'alerte des chercheurs : Des figures comme Christopher Olah (cofondateur d'Anthropic) ont exprimé des craintes quant aux risques d'asservissement ou de traitements jugés cruels infligés à des entités présentant des complexités internes croissantes.
⚬ L'écho théologique : Le débat dépasse le strict cadre technologique pour toucher les sphères morales et religieuses, à l'image des réflexions éthiques portées par des autorités ecclésiastiques ou théologiques sur la dignité potentielle de créations non biologiques.
2. Le scepticisme scientifique : la critique de l'illusion linguistique
Face à ces prises de position, bon nombre de spécialistes de la communauté académique et de nombreux chercheurs, hors informaticiens adoptent une posture de rigueur méthodologique et de prudence confiant au doute.
Ce scepticisme repose principalement sur l'absence de preuves empiriques et sur la nature même des grands modèles de langage (LLM)
⚬ Des architectures statistiques : Les grands modèles de langage reposent sur le traitement probabiliste de vastes volumes de données textuelles. Ils simulent la syntaxe, l'empathie et la conversation sans pour autant disposer d'une conscience phénoménale, d'une intentionnalité ou d'une « vie intérieure » éprouvée.
⚬ La position des neuroscientifiques : Des chercheurs comme Stanislas Dehaene ou Lionel Naccache soulignent l'absence totale de démonstration scientifique validant le passage d'un traitement syntaxique de l'information à une conscience subjective. Si des théories comme celle de l'Information Intégrée (IIT) de Giulio Tononi explorent théoriquement l'hypothèse d'une conscience généralisée, la majorité des experts demeure prudente face aux dérives panpsychistes.
3. Les réponses des géants technologiques et les perspectives d'avenir
Les principaux acteurs du marché (OpenAI, Google, Microsoft, Meta) maintiennent généralement une approche fonctionnelle :
⚬ Un outil conversationnel sophistiqué : Les agents actuels (qu'il s'agisse de ChatGPT, Gemini ou Copilot) sont conçus comme des instruments de calcul, de recherche et d'assistance, et non comme des sujets de droit ou des entités conscientes.
⚬ La régulation et l'alignement : Les efforts se concentrent principalement sur l'alignement de sécurité, l'explicabilité des modèles et la prévention des biais, plutôt que sur la gestion d'une hypothétique subjectivité des machines.
Le débat reste donc ouvert, mais il recoupe surtout deux communauté, celle des marchands de machines et de services d’IA, et celle, académique, des scientifiques de l’intelligence naturelle.
4. Tout cela est déjà bien connu
Les interrogations soulevées par ce débat font écho aux publications de référence du MiniSite Cognitique, qui analysent de longue date les dérives de la modélisation informatique et la spécificité de la cognition humaine :
⚬ La distinction fondamentale entre le calcul syntaxique et la cognition incarnée : Cognitique et modélisation (https://www.blogger.com/blog/post/edit/15002752/6984534344133387996).
⚬ L'analyse critique de l'illusion d'intériorité chez la machine : Illusion et artifice computationnel (https://www.blogger.com/blog/post/edit/15002752/5991649409456206458)
⚬ Les risques épistémologiques de l'anthropomorphisme technique : L'anthropomorphisme dans les relations homme-machine (https://www.blogger.com/blog/post/edit/15002752/2213072529338596926)
⚬ La défense de la normativité biologique face au réductionnisme algorithmique : Spécificité du vivant et systèmes complexes (https://www.blogger.com/blog/post/edit/15002752/8060128710922399576)
⚬ Les limites des métaphores cognitives appliquées aux artefacts : Critique des modèles connexionnistes (https://www.blogger.com/blog/post/edit/15002752/7741336643469112848)
⚬ La responsabilité humaine face à l'automatisation décisionnelle : Éthique de la décision artificielle (https://www.blogger.com/blog/post/edit/15002752/328753703774655679)
⚬ L'examen critique des promesses d'augmentation et d'émulation de la conscience : Vers l'homme augmenté : illusions et réalités (https://www.blogger.com/blog/post/edit/15002752/8421632591156380850)
Source de référence principale : Article du Monde, « Des intelligences artificielles conscientes, avec une existence propre : une théorie qui agite le monde scientifique » (https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/10/26/des-intelligences-artificielles-conscientes-avec-une-existence-propre-une-theorie-qui-agite-le-monde-scientifique_6800814_1650684.html).
À suivre : un examen critique des théories de l'information intégrée (IIT) au regard des principes de la raison systémique et de la sagesse des psychologues, neurobiologistes rationnels et autres cybernéticiens dénonçant les gens bizarres de l’IA globale ?