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27 décembre 2022

ETH : Les nouveaux obscurantismes : l’Express fait le point !


Pour alimenter le débat, entre science et culture :


Des idéologues "scientistes" se parent d’une stature "sérieuse" pour justifier leurs thèses racistes et antiféministes. Les scientifiques ripostent.
De plus en plus, militants, étudiants et même universitaires contestent des connaissances fondamentales en sciences, et notamment en biologie..
Du créationnisme, en passant par l’eugénisme et jusqu’à l’ultra-féminisme, la théorie de l’évolution a maintes fois été dévoyée.
De la négation de la binarité sexuelle à celle des différences comportementales et cognitives entre hommes et femmes, l’idéologie antinaturaliste, qui voit dans le "genre" un choix à la carte, domine.
Négation des différences entre les sexes, disqualification de Darwin, décolonisation de la médecine… Un nouvel obscurantisme a pris ses quartiers en France.
Sexes biologiques, "décolonisation" de la science, Darwin... Le célèbre biologiste, professeur émérite à l’université de Chicago, appelle à ne pas confondre science et idéologie.



31 mars 2020

DIV - SHS : L'anagramme du Covid-19.

« Il n’y a pas de hasard » disent les déterministes.
Une anagramme — du grec ανά, « en arrière », et γράμμα, « lettre », anagramma : « renversement de lettres » — est une figure du discours définie par les linguistes comme « figure de style » exprimant, par simple permutation des lettres d'un mot ou d’une phrase, un sens nouveau de ce mot ou de cette phrase devenus ainsi nouveaux. L’originalité de l’anagramme réside dans la création d’un sens métaphorique ou métonymique du mot ou à la phrase origine par enrichissement du sens du résultat de la transformation.
L’intérêt de l’anagramme réside, bien au-delà de l’exercice d’inversion de lettres, dans la production d’une sémantique explicite. on connaît parfaitement la phrase qui, convoquant « Le Marquis de Sade », permet de proposer le message explicite
« Le Marquis de Sade »,
« Démasqua le plaisir »,
« Marque des Ladies », soit
« Le Marquis de Sade démasqua le plaisir, marque des ladies »…

Le grand linguiste francophone Ferdinand de Saussure considère l'anagramme comme l’un des principes de base de la technique poétique indo-européenne, notamment avec ses origines grecques et latines que l’on retrouve à al fois dans la poésie mais également la religion :
« Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum »
« Virgo serena, pia, munda et immaculata »
(Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, dérivé en Vierge sereine, pieuse, pure et immaculée).

Pour la psychanalyse, et certains de ses théoriciens comme Lacan, l’anagramme est la figure du retour du refoulé : les mots sous les mots. L’expression du mot conscientisé permet celle du mot déguisé. Le travail de l’analyse consiste alors aider le sujet à démasquer ce fondement.
Enfin, l’anagramme a servi depuis toujours comme méthode de codage des messages devant rester confidentiels. certains savants, tels Galilée, l’utilisaient pour communiquer en toute impunité de censure religieuse et plus tard, l’anagramme a joué un rôle dans la transmission de messages codés, ou la désignation d’alias nominaux pour les militaires, ou les résistants de la seconde guerre mondiale. 

Certains auteurs ont utilisé et utilisent encore l’anagramme pour signer des textes qu’ils souhaitent anonymes ou attribués à autrui : « Étron de Bran » pour André Breton, appelant également Salvador Dali « Avida dollars ».

Pour ce qui est de la crise actuelle, on comprendra que le Covir-19 ne passe pas à côté des interrogations…
(remerciements à Cécile Claverie).

30 mars 2020

BIO - SHS : Le concept de "One Health" fonctionne-t-il en France ?

Le concept « One Health » ou « Un Monde, Une Santé » est un mouvement d'idée promu au début des années 2000 et soutenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) et Organisation mondiale de la santé animale (OIE). La One Health entend faciliter une approche systémique intégrée de la santé mondiale, combinant santé humaine publique, santé animale et santé environnementale. Cette démarche trouve son application tant aux échelles locales que continentales et même planétaire. Son but explicite est d’affronter efficacement les maladies émergentes à risque pandémique, et plus généralement tous problèmes sanitaires complexes à l’interface entre l’homme, l’animal et leur environnement commun. La « One Health » vise à promouvoir une action interdisciplinaire et intersectorielle dans la gestion publique de cette santé conçue comme globalité, nécessitant une étroite collaboration entre les disciplines de la santé humaine, de la santé animale et de la santé environnementale, cela aussi bien au niveau opérationnel et clinique, qu’au niveau des laboratoires et des supports d’exploration biologique, que de la recherche et de l’enseignement supérieur ou de la sensibilisation à une culture de la santé, de la prudence et de la résilience.
Cette approche accorde un rôle majeur aux spécialistes de santé (médecins, pharmaciens, biologistes, vétérinaires…), aux gestionnaires d’animaux (éleveurs, agriculteurs…), ainsi qu'aux personnes en contact régulier avec l’environnement et les faunes sauvages qui les occupent (pêcheurs, chasseurs, forestiers, gestionnaires d'espaces protégés…). La mise en œuvre passe par tous les moyens amenant tous ces acteurs, sans exclusive (et c’est difficile à certains de concevoir qu’ils ne sont pas les supérieurs naturels des autres disciplines) à s’informer mutuellement et à agir d’une manière concertée, en liaison avec les ministères concernés (santé, agriculture, eaux-et-forêts, mer et halieutique…) et les institutions publiques et privées (justice, police, douanes, environnement, transports, affaires maritimes, mais aussi cliniques, établissements de soins, compagnies maritimes ou aériennes…).
Les épidémies comme celles dite de la vache folle, de la peste pulmonaire de Madagascar, de la fièvre de la Vallée du Rift, des différentes grippes aviaires, des SRAS et du Covid-19, etc., mais encore les crises récurrentes d’insécurité alimentaire ainsi que la future catastrophe de l’antibiorésistance qui nous attend dès la sortie de la crise actuelle, nécessitent des approches intégrées de type « One Health » pour aborder la complexité des situations de crise.
Reste qu’il faut alors disposer des outils de cette gestion de crise, par exemple le command and control ou C4ISR, le big data et le cognitive computing, les moyens de la visualisation et de la transmission généralisée et interculturelle des résultats des analyses et des surveys.
Deux volets sont à examiner. Le premier concerne les épizooties, les phytopathologies, les atteintes environnementales, des paysages, des milieux humides, etc. et de la biodiversité, et leurs conséquences en termes de qualité et de quantité d’alimentation des populations. Le second intéresse directement la santé humaine puisque plus de 60 % des maladies humaines infectieuses connues ont une origine animale, au moins 70 % des maladies émergentes ou ré-émergentes graves sont depuis un siècle presque toujours des maladies zoonotiques ou à vecteurs animal, la plupart du temps favorisées par des déséquilibres écologiques, climatiques ou sociaux (migrations, guerres…). Un troisième volet concerne directement la sécurité globale avec le constat que 80 % des pathogènes mobilisés par le bioterrorisme ou les armées voyouses sont d'origine animale.
Mais alors, où est le problème ?
La position française par rapport à la « One Health » a fait l’objet d’un rapport de 2011 (ien ici) reposant sur plusieurs principes majeurs dont on se demande pourquoi certains n’ont pas fonctionné dans la gestion de la crise actuelle. En déclarant soutenir les trois organisations internationales, la France s’engage d’abord dans le renforcement des capacités de santé pour les pays en voie de développement (PED) et à promouvoir une approche régionale du Monde.
Afin de favoriser une coordination accrue entre les réseaux de surveillance en santé humaine, en santé animale, en sécurité alimentaire et en surveillance environnementale, il est appelé à une mise en relation et une coopération plus étroite des systèmes de santé publique et vétérinaire. On se demande alors pourquoi le Ministère de la santé n’accepte pas les offres de service des industries pharmaceutiques vétérinaires pour les productions de tests, de réactifs ou de gels hydroalcooliques. Vantant son expérience dans la lutte intersectorielle et la prévention de la «pandémie grippale», la France propose une démarche de même nature pour la santé des écosystèmes, la surveillance de l’environnement, et la gestion de la situation alimentaire et nutritionnelle. ici encore, on s’interroge sur la non-application de tels principes à l’arrivée du covid-19. Enfin, la France veut favoriser les capacités de diagnostic par la mise en réseau des laboratoires, alors qu’elle refuse l’aide des industries vétérinaires.
Aujourd’hui, l'Académie vétérinaire de France (AVF) interpelle le gouvernement (28 mars 2020) pour que les laboratoires vétérinaires sachant réaliser les tests Covid-19 puissent les produire à grande échelle Et contribuer à l’effort national : voir le communiqué de presse, alors que l’administration française refuse cette aide de 80 laboratoires publics et une dizaine de groupes privés, ainsi que celle des cinq producteurs de réactifs pour la fabrication de tests vétérinaires. Les vétérinaires ont depuis plusieurs années toutes les compétences sur les pandémies, sur les coronavirus, et sur l’approche populationnelle. Les laboratoires vétérinaires savent développer des tests à grande échelle pour ce type de maladies ; ils pourraient être très vite opérationnels pour le Covid-19 alors que les hôpitaux manquent de tout et que la politique de la détection généralisée est repoussée faute de réactifs.
Mais les textes français, échos de la culture nationale de l’unicité médicale humaine, empreints du principe de précaution et de la barrière de l’autorisation de mise sur le marché, ne facilitent pas les choses ; il est d’ailleurs curieux de voir que  l’on peut Rapidement adapter le Droit du travail mais pas celui de la Santé, et qu’il reste si difficile de prendre une décision temporaire d’exception sans danger…
D’autres nations ont résolu ce problème : la FDA a donné son feu vert pour mobiliser ses producteurs de réactifs aux USA, l’Allemagne qui systématise les tests de dépistage à grande échelle a mobilisé son réseau de laboratoires vétérinaires, etc.
Au-delà de la spécificité sectorielle connue du monde médical (débat en cours) qui ne faciliterait pas les choses, un élément de résistance réside dans la difficulté culturelle de considérer l’homme comme un animal comme d’autres ; notamment les grands mammifères dont il n’est pourtant qu’un exemplaire dans l’organisation du vivant. La problématique  réside dans l’attribution d’un statut, tout admissible qu’il soit, qui glisse d’une conception culturelle à la dimension purement biologique.
Il s’agit là d’un problème complexe, emprunts de différences culturelles majeures entre d’une part des spiritualistes, considérant l’homme au sommet de la pyramide des êtres, certains le croyant être posé là par volonté divine ou y ayant accédé conformément à un plan (intelligent design, etc.), et d’autre part d’autres personnes, privilégiant une vision socioculturaliste de l’humanité, attachée au primat des valeurs idéalisées et constitutives des groupes humaines, états, civilisations...
Entre les deux opèrent donc les ronds de cuir, refusant cette forme de « continuité » entre santé humaine et santé animale, entre humanité et environnement, veillant scrupuleusement à l’application de textes inadéquats, plus qu’à l’initiative et à la facilitation d’une réalisation de l’action commune nécessaire.

Nota : La situation évolue et le gouvernement fait marche arrière.
Le JIM (Journal International de Médecine) informe dans son édition en ligne du 6 avril 2020, qu’à compter de ce jour (lien ici) :
- les laboratoires vétérinaires sont invités à réaliser les tests de détection du SARS-CoV-2 :
- les respirateurs à usage vétérinaires peuvent être utilisés en réanimation humaine ;
- les médecins sont autorisés à utiliser les médicaments vétérinaires en clinique humaine en cas de pénurie.

01 juin 2019

REP : Michel Serres n’est plus ...

Philosophe, sociologue, académicien, systémicien, gascon truculent d’esprit comme de chair, Michel Serres vient de s’éteindre en cette fin de journée du 1er juin 2019. 88 ans de vie et encore plus d’ouvrages, contributions qui resteront des bases d’une future connaissance transdisciplinaire.
Dénoncés par les perpétuels  Sokal, Brickmon, les tristes sires du positivisme réductionniste et les nouveaux bien pensants de la qualité appliquée au savoir, il était tant apprécié du grand public et des jeunes, pour savoir faire partager une vision raisonnable et optimiste de la complexité du monde et des humains. Il a rejoint, lui clair d’esprit, ce soir, le panthéon de grands esprits.
Sur France Info, une chronique de Michel Polacco (ici). 

11 avril 2019

DIV : l’ANORAA et ADER à l’ENSC pour aborder l’IA dans le C2 du futur.

Réunion commune de l’ANORAA Guyenne 
et d’ADER Nouvelle Aquitaine
ENSC - 11 avril 2019 - Bordeaux-Talence

IA et C2 air du futur ...


Les membres de la section Guyenne de l’ANORA (Association Nationale des Officiers de Réserve de l’Armée de l’Air) et ceux du réseau ADER (réserve citoyenne de l’Armée de l’Air) en Nouvelle Aquitaine se sont réunis le 11 avril 2019 sur le campus universitaire de Talence, à l’invitation de l’ENSC (École Nationale Supérieure de Cognitique) de Bordeaux INP.
Au programme, une journée d’études et d’actualisation des connaissances sur le rôle de l’Intelligence Artificielle dans les futurs systèmes de commandement et contrôle des opérations aérospatiales.

Après une présentation de l’ENSC, école partenaire de l’École de l’Air de Salon-de-Provence et du CEAM (Centre d’Expertise Aérienne Militaire) de Mont-de-Marsan, le Professeur Bernard Claverie, a introduit le concept de « Cognitique ». Cette science a pour objectif de mettre en œuvre les techniques du traitement des connaissances humaines par des ordinateurs. Comme l’informatique est la science du traitement automatique de l’information, la cognitique s’intéresse au traitement informatique d’un type particulier d’information : celle qui est créée, traitée ou transformée par les cerveaux humains, celle qui a un sens spontanée pour l’homme, et qui lui permet de vivre, de s’adapter, de connaître le monde et d’agir sur lui avec intelligence.
L’Intelligence Artificielle (IA) a quant à elle été présentée dans deux acceptions pratiques : d’abord celle d’une intelligence informatique, dotée de la toute puissance et des performances des machines modernes ; ensuite celle d’une intelligence humaine augmentée. Le but est de mettre à disposition d’opérateurs, de décideurs ou de simples usagers, la performance des machines pour amplifier, sécuriser et rendre plus efficaces les raisonnements, les décisions, les actes de la pensée humaine.

Ces fondements ont été éclairés par des applications au niveau du commandement et contrôle des opérations de sécurité militaire (C2), notamment dans sa « dimension air » qui nécessite rapidité, globalité et fiabilité des actions. Le général Gilles Desclaux, ancien commandeur des opérations aériennes, a présenté les principes du C2 et les originalités comparées des systèmes français et d’autres grands pays. Il a montré comment la notion d’Intelligence Augmentée est au centre du futur dispositif de la défense aérienne, combien l’IA est un enjeux de sécurité et d’indépendance nationale, et comment la recherche devient duale, militaire et civile, dans la maîtrise et la gestion des grands systèmes « à risque ».

Dans un troisième temps, une table ronde a réuni, autour du général Jean-Marc Laurent, titulaire de la chaire de Sciences Po Bordeaux « Défense et Aérospatial » des chercheurs de l’ENSC (Professeur Jean-Marc Salotti), de la DGA (Baptiste Prebot), de la Science and Technology Organisation de l’Otan (Hervé Le Guyader) et du Ministère de la Recherche (Professeur Benoît Le Blanc) autour des enjeux de l’IA pour la défense aérospatiale du futur. 

À l’issue, le public a pu visiter les installations de recherche et les simulateurs de vol et de C2 de l’ENSC.

20 décembre 2018

IA : Pourquoi les machines ne pensent pas.

Le projet des pionniers de l'intelligence artificielle (IA) était de vouloir « modéliser la pensée » pour pouvoir la connaître et la comprendre. Le principe était celui énoncé par Jean-Baptiste Vico selon lequel on ne connaît que ce que l'on crée, et donc que seul le créateur dispose de la connaissance de la création. C'était certainement oublier qu'il est alors facile de se prendre pour Dieu, ce que certains spécialistes de l'IA n'ont pas omis de faire. Et c'est ainsi que l'ambition a été de créer des machines intelligentes et de s'affranchir de la mission de connaissance pour aborder celle de faire. Mais que peut faire une machine intelligente, sinon de l'intelligence, et par là laisser croire qu'elle pense.
Si certains ne considèrent pas Philippe Dreyfus, mort l’été dernier à Biarritz dans l’indifférence générale, comme le père de l’informatique, c’est qu’ils ont oublié qu’il est le père du mot « informatique ». Avant lui, il y avait du calcul automatique, voire électronique, mais l’association des mots information et automatique fut en 1962 l’évènement qui nomma la discipline récente. Un peu, peut-être, comme si un créateur passant par là avait nommé Homme un singe que l’évolution darwinienne avait fait émergé comme pure « création » semantique.
Dix ans plus tard, un autre Dreyfus, Hubert, a montré en 1972 dans What Machine Can't Do  que les machines ne font qu'exécuter des règles abstraites, alors que la pensée humaine est fondée sur l'émergence de contenus mentaux, motivés par les ambitions, des espoirs, des projets, et tant de choses que les phénoménologiques regroupent sous le terme d'intentions. Cette notion d’émergence cognitive est l’une des bases de la pensée de Francisco Varela.
Turing avait déjà jeté un pavé dans la mare avec l'application du jeu de l'imitation aux machines. Ce jeu consistant pour une personne ne communiquant avec les membres d'un couple par des petits bouts de papier écrits, à deviner qui était l'homme et qui était la femme, en sachant que l'un et l'autre pouvaient imiter son partenaire. Il en fit une théorisation pour une machine versus un humain, et inventa le test de Turing. Celui-ci n'est rien d'autre que le moyen de la reconnaissance de l'intelligence à partir de la capacité d'analogie des productions de la machine avec celle de l'humain. Le problème de l’analogie est qu’il s’agit d’une assomption. On ne fait que considérer la similitude de comportement : "c’est comme si ça faisait pareil, mais on sait que ça ne fait pas pareil ... par contre les autres peuvent penser que c'est pareil". Ici, il faut rappeler deux dimensions spécifiques de l'analogie : ma croyance personnelle ou la croyance des autres. Si je fais "vroum vroum", je peux croire que j'ai une grosse voiture, et jouer à faire comme si j'avais une grosse voiture. Si j'ai une voiture qui fait "vroum vroum", les autres peuvent penser que c'est une grosse voiture, alors que je peux très bien savoir que c'est le résultat d'un tuning réussi sur une vieille cacugne. 
Appliquée à l’informatique, on peut caractériser deux catégories d'informaticiens qui déterminent deux formes d'IA. On peut imaginer une IA forte qui ambitionne de créer une vraie intelligence réalisée par des machines, et une IA faible circonscrite à des tâches spécifiques réalisant des briques d'intelligence plus ou moins efficace, mais satisfaisante pour les tâches considérées, analogues à l’intelligence humaine circonscrite à la tâche considérée. On rencontre alors ceux qui rêvent de remplacer le créateur, ou l’évolution, ou la nature, quel que soit le nom qu’on donne à ce qui motiverait ce qui est, et ceux qui tentent de résoudre des problèmes concrets, précis et circonscrits, avec le plus d'efficacité et de sérieux possibles, dans un jeu d’imitation partielle.

Or, si la discussion sur la globalité de l’intelligence ou l’existence d’une collection d’intelligences reste entière, celle de la pensée ne fait pas de doute. Une pensée ne peut qu’être globale, et toute tentative d’une décision d’une pensée partielle est une négation du concept même de la pensée. Donc, dans l’attente d’une éventuelle  IA forte, les machines ne pensent pas.

12 décembre 2018

IA - SHS : Journée "Justice et Intelligence-Artificielle" - ENSC Bordeaux

Le mercredi 12 décembre est organisé

à l'Ecole Nationale Supérieure de Cognitique 
109 avenue Roul, Talence (33405)
(station Béthanie du TRAM B)
14 heures - Petit amphithéâtre

un cycle de conférences/débats sur la problématique

"Justice et Intelligence-Artificielle".

  • Bernard Taillebot - 1er Vice Président TGI de Bordeaux
  • Thierry Wickers - Avocat au Barreau de Bordeaux
  • Marc Rodier - Titulaire de la Chaire IBM / ENSC Sciences et Technologies Cognitives
  • Hervé Le Guyader - Chargé de mission prospective et relations extérieures de l'ENSC

Seront débattues les questions du rôle, de l'intérêt, des limites, dangers et contraintes ainsi que des perspectives d'application de l'Intelligence Artificielle dans les domaines du Droit et de la Justice.
Les élèves ingénieurs de 3ème année de l'ENSC sont invités à ces débats ouverts qui accueillent également d'autres élèves, étudiants et jeunes ingénieurs diplômés.

24 octobre 2018

IA - BIO : Construtif - numéro spécial NBIC

« Constructif » est le « Laboratoire d'idées » de la Fédération du bâtiment, abordant les grandes questions posées à la société moderne. Constitué  en « espace de débat, d'analyse et d'échange d'expériences », il souhaite éclairer les cadres et les décideurs du monde du bâtiment dans leur réflexion sur les grandes questions du champ économique et social.


Le numéro 42, paru en novembre 2015, aborde la question des « nouvelles limites du vivant » et propose une série d’articles sur les NBIC. On y retrouvera un article sur « l’homme réparé ou augmenté - le prix de l’anormalité » (lien).

03 avril 2018

DIV : Introduction aux sciences humaines et sociétales

INTRODUCTION AUX SCIENCES HUMAINES ET SOCIÉTALES

par Jean-Claude Sallaberry & Bernard Claverie.

Éditions de L'Harmattan (Paris), collection "Cognition et Formation", 3 avril 2018.

L'idée directrice de cet ouvrage est celle d'une évidence pourtant encore discutée aujourd'hui. Les sciences humaines et sociétales ne peuvent plus ne pas s'inspirer de l'évolution de la science du XX et XXIe siècle. Loin de se vouloir exhaustif, quatre grands "évènements" sont choisis en tant qu'exemples marquants de cette exigence :
- le mouvement structuraliste, qui amène à la théorie des systèmes,
- l'apparition de la physique quantique, qui a radicalement boulversé bien des conceptions admises dans l'explication du monde,
- la complexité, qui ouvre les perspectives de l'auto organisation et de l'émergence.
Au fil de l'ouvrage, face aux "exigences" pour la modélisation qui découlent de ce souci de prise en compte, l'outillage fourni par les ensembles théoriques convoqués (théorie de l'institution, théorie des systèmes, cognitique, théorie de la représentation associée à une théorie du champ...) et retravaillés par les auteurs, permet d'y répondre, ainsi que de donner quelques outils pour la modélisation des "phénomènes" humains et sociétaux.

Broché, ISBN : 978-2-343-14357-6, 214 pages

04 mars 2018

DIV : Le retour de l'obscurantisme.

Égypte, le 11 février 2018 ; alors que, selon Le Point, le gouvernement s'apprête à criminaliser l’athéisme, Marianne se fait l’écho (ici) d’un événement encore pour quelques-uns incroyable : l’expulsion d’une personne se disant athée (voir le sketch), du plateau d’une émission populaire de l’une des innombrables chaînes satellitaires égyptiennes (liste).
Quoi dire des arguments qui sont développés par le présentateur animateur et son invité, si celui-ci ne se présentait pas comme directeur adjoint (deputy sheikh) de l'université millénaire, certes islamique mais publique Al-Azhar. L’argumentaire du jeune homme reposait sur son choix d’adopter une théorie explicative des origines non déiste, et l’explication que le postulat du big-bang n’empêchait en rien sa moralité et son utilité sociale. De quoi émouvoir le Middle East Media Research Institute (MEMRI) qui a relayé l’extrait de l’émission le vendredi 2 mars suivant, diffusant la vidéo de ce moment jusque-là passé inaperçu et qui, s’il est avéré, frise le surréalisme le plus absolu (voir ici). Tout cela n’a pas manqué de mobiliser l’assemblée des bien-pensants de la théorie du complot. En effet, la question reste de savoir s’il s’agit ou non d’un « fake » (voir), et la blogosphère s’est enflammée pour dénoncer, discuter et surtout discutailler, à coups de relais, renvois (repost) et commentaires allant des plus farouchement opposés aux religions à la défense fanatique de celles-là, ou même, par voie de conséquence, au soutien inconditionnel à la neutralité et l’objectivité de MEMRI à sa critique la plus bassement antisémite.
Bref, cela nous rappelle le festival des branquignolles, et le projet d’Amira Kharoubbi, étudiante à l’École nationale d'ingénieurs de Sfax, qui a travaillé depuis 2011 sous la direction du Professeur Jamel Touir, dans le cadre d'une thèse dénonçant Copernic, Galilée, Kepler, Newton, Einstein, etc. et promouvant l’évidence physique de la platitude de la Terre (voir ici). Quant aux Américains, il y en a toujours pour aller encore plus loin… et Mike Hughes (voir ici) tente toujours de lancer sa fusée. Et voilà qu’à Bordeaux, certains ramènent « leur science » sous le masque de la « laïcité nouvelle donne » : tout le monde a le droit de penser ce qu’il veut, de croire à n’importe quoi, et surtout de venir « em....r » les professeurs avec des arguments aussi iréniques que débiles (au sens littéral de faibles et chétifs) pour les engager à plus de souplesse dans leur rigueur scientifique. Surréaliste, la perspective actuelle est celle d’une excommunication express des scientifiques : arguments confus, incompréhensibles et échappant au contrôle direct des citoyens par les réseaux sociaux, allant de la remise en cause de la physique, évidemment non complète, à la substitution de la psychologie par les belles images des neurobiologistes que tout le monde peut voir, ou le refus des nécessités de la vaccination pour les enfants. Cela est inquiétant, après un siècle de progrès théorique, voici revenu à grand galop les politiciens de la tolérance obligatoire et de l’acceptation des discours les plus religieux.
Mais revenons à Dieu ou, plus exactement, à son contraire « non-dieu ». Dans une excellente chronique du Point (lien), Roger-Paul Droit rappelle que déjà Platon, dans son dernier dialogue « les Lois », dénonce athées et agnostiques, tous ceux qui mettent en cause l'existence des dieux, pour les enfermer et même les tuer s’ils restent impossibles à fléchir. De tels esprits seraient des « ferments de discorde et de désorganisation », véritables majeurs pour toute « Cité juste ». L’inquisition et l’ordre islamiques n’ont pas été en reste, et Droit rappelle comment Voltaire, opposant au clergé, aux fanatismes et aux superstitions, dénonce paradoxalement les athées accusés « de s'affranchir de toute morale ». Si Voltaire est libre penseur, le vulgum pecus, le commun des mortels, la multitude ignorante ne peuvent jouir de pareille liberté et tenus à rênes courtes. Celles des freins de la religion et de la crainte du châtiment divin en sont d’excellente et « Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer ». Et Droit de citer le constat du Dmitri, le modèle de l'homme de tous les jours, partagé entre ses passions et ses doutes, celui des Frères Karamazov qui n’est ni l'homme de foi, ni l'intellectuel matérialiste : « Que faire, si Dieu n’existe pas, si Rakitine a raison de prétendre que c’est une idée forgée par l’humanité ? Dans ce cas, l’homme serait le roi de la terre, de l’univers. Très bien ! Seulement, comment sera-t-il vertueux sans Dieu ? Je me le demande. En effet, qui l’homme aimera-t-il ? À qui chantera-t-il des hymnes de reconnaissance ? Rakitine rit. Il dit qu’on peut aimer l’humanité sans Dieu. Ce morveux peut l’affirmer, moi je ne puis le comprendre » (DostoÏevski : ici). Voilà la crainte, si le big bang est théorisé, si tout est prédéterminé ou pour le moins les grandes règles de l’organisation physique, si dieu est inventé, si la science explique le réel, si les robots créent leur propre intelligence, et s’il n’y a pas un bout d’âme à montrer dans les images du cerveau, alors certains ne l’accepteront pas. C’est pour eux intolérable ; et l’intolérable est source d’intolérance (toujours selon Marianne, l'Egypte se prépare à adopter une loi criminalisant la non croyance en dieu - lien).
Et les pires sont comme d'habitude les mous ... les "laïques mous", les adeptes de la bien-pensance, ceux qui permettent de jeter tout en recommandant toujours plus d'ouverture et de tolérance, acceptant la toujours même discussion, sans fin, dans les mêmes « débats », celui d'un dieu absolu et de la suspecte science. Prenez garde, pauvres matérialistes, les juges vont un jour vous poursuivre ! Pendant ce temps, les stratèges de la défense rivent leurs yeux sur les brumes de Clausewitz en sortant de la messe sans voir Poutine investir dans l'IA. De nouveaux politiques, biberonnés à l’école confessionnelle sans avoir eu la chance de vivre une école républicaine, de la science et de la lumière, dont les hussards lassés pensent à d'autres mondes, rêvent parfois de régler son compte au statut protégé des scientifiques ... (peut-être après celui des cheminots ?). La science est en danger, le danger n'est pas dieu, mais bien entendu ceux qui s'en réclament de manière absolue, et refusent d'entendre. c'est aussi celui du découragement des scientifiques submergés d'administration plutôt qu'incité à librement chercher et encouragés à transmettre.

15 mai 2017

IA : L'Intelligence Artificielle française est en deuil.

Le professeur Alain Colmerauer est décédé à l'âge de 76 ans.
Originaire de Carcassonne, il fit ses études à Grenoble, où il devint Ingénieur Ensimag puis docteur d'Etat. Sa thèse portait sur l'analyse syntaxique des langages de programmation.
Ne reculant pas devant la difficulté, il devint expert de traduction automatique de l'Anglais vers le Français (chose que certains ne peuvent pas raisonnablement concevoir, y compris pour une traduction naturelle) et inventa pour cela les systèmes-Q. C'est notamment à partir de ces travaux et d'autres, qu'il conduisit à Marseille sur le traitement informatique de la langue, qu'il développa avec son collègue Philippe Roussel, à partir de 1972, le langage de programmation Prolog.

14 octobre 2016

DIV : A quand l'anthropocène ?

Il était un élément de la nature, il en est devenu l'acteur de sa profonde modification. L'Homme a commencé par la cultiver, élevant les animaux et semant les végétaux pour en régler la reproduction. Puis il l'a exploité à travers mines et prélèvements, pillant les sols comme les mers, influençant le climat, devenant le superprédateur détruisant la biodiversité à qui l'on doit le basculement du Monde dans une rupture écologique majeure : l’anthropocène.
Après le pléistocène et l’holocène qui sont les deux premières divisions de l’ère quaternaire, voici que la Terre entre dans une nouvelle époque géologique.
Mais, depuis quand compter ce basculement.
La rigoureuse Commission pour la stratigraphie du quaternaire de l’Union internationale des sciences géologiques doit se prononcer sur la question. Et la tâche n'est pas facile, car fixer une nouvelle époque géologique doit se faire relativement à des marqueurs. jusqu'ici ils sont de nature physico-chimique, comme révélateurs d'un changement sur l’ensemble de la planète.
Lequel sera adopté pour l’anthropocène ?
Les premiers à avoir théorisé la chose sont les anthropologues qui attribuent à l'homme la responsabilité du basculement avec les débuts de l’agriculture, il y a 8 000 ans.
Plus récemment, Paul Crutzen et Eugene Stoermer ont proposé en l'an 2000 que l'on adopte l'année 1784, c'est-à-dire celle de l’invention de la machine à vapeur. et du début de l'industrialisation, polluante, pillant les ressources pour ses productions, s'accompagnant des évolutions sociales et économiques qui mettent la nature au service d'une idée que l'on se fait de l'homme indépendamment de la planète ramenée au statut d'objet de transformation. Depuis cette date, l'homme a relâché 1000 milliards de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, et il lui faut aujourd'hui moins de huit mois pour utiliser la totalité des ressources naturelles renouvelables que la planète peut produire en un an. C'est-à-dire qu'il vit à crédit.
D'autres scientifiques, notamment ceux de l’université de Leicester, détermine le basculement plus scientifiquement à compter de la date de dispersion des radionucléides artificiels sur toute la surface de la planète, où ils seront encore mesurables dans des milliers, voire pour certains des millions d’années. Cette date est le 16 juillet 1945 : celle de la première explosion d’une bombe atomique.
À partir de cette catastrophe, au sens mathématique du terme, les mesures ont révélé dans l'air, les océans et les sols, que c'était l'année 1964 qui montrait le maximum de concentration en radionucléides et polluants chimiques persistants. C'est donc aussi une date intéressante pour fixer la frontière du basculement.
En début d'année 2016, des géographes anglais, Simon Lewis et Mark Maslin, ont proposé la date de 1610 comme celle de la découverte de l’Amérique et de la catastrophe écologique majeure et irréversible qui s'est ensuivie. Apportant leurs microbes dans le Nouveau Monde, les Européens ont été la cause de la chute des civilisations et des populations américaines, passant de 54 millions d’individus en 1492 à 6 millions en 1650. Soixante-cinq millions d’hectares de terres agricoles ont alors été abandonnés à la forêt et à la nature qui a ainsi stocké dans les végétaux le CO2 atmosphérique. Conséquence : une concentration de CO2 la plus faible de tout l’holocène (271,8 parties par millions, contre 400 ppm aujourd'hui), entraînant la réduction majeure de l’effet de serre et provoquant un "petit âge glaciaire" en 1610.

Alors, que choisir : -8000, 1610, 1784, 1945, 1964, ou simplement 2016, l'année de la décision arbitraire d'une instance internationale dont l'activité symbolique n'affectera pas, gageons-le, l'évolution de notre planète prise dans des logiques et des intérêts bien supérieurs à la raison. Peut-être, comme le prédisent les transhumanistes, la technologie nous permettra-t-elle de réguler tout cela pour repousser la frontière de la fin de l'anthropocène, celle de la disparition de l'homme classique.
Voir "La géologie de l’humanité : l’Anthropocène " par Paul J. Crutzen (lien), et le dinoblog (ici).

13 octobre 2016

DIV : Deux mille milliards de galaxies.

On en comptait jusqu'ici deux cents milliards. Voilà que l'erreur est corrigée (ici), avant d'en trouver d'autres : 2.000 milliards de galaxies.
Dans une étude publiée jeudi 13 octobre 2016, l'équipe du professeur Christopher Conselice, de l'Université de Nottingham (Grande-Bretagne), a montré à partir d'images en 3D issues données du télescope spatial Hubble qu'une simple extrapolation du nombre de galaxies présentes à différentes époques de l'histoire de l'Univers permettait de multiplier raisonnablement par dix le nombre jusqu'ici admis de galaxies de l'univers. La méthode consiste à utiliser des statistiques connues de ce que l'on connaît de l'Univers proche pour deviner ce qui se passe plus loin. Et si les télescopes actuels ne permettent d'étudier que 10% des galaxies, c'est que nous sommes loin de la fin du travail, avec 90% des galaxies du cosmos qui restent encore à être étudiées. Pour cela, il ne reste plus qu'à attendre la nouvelle génération de télescopes (voir  ici) géants qui permettront de voir les régions lointaines. Ainsi, le Télescope géant européen E-ELT (European Extremely Large Telescope) est en train d'être construit au Chili par l'Observatoire européen austral (ESO) qui doit entrer en service en 2024 ou 2025. Son miroir primaire aura un diamètre de 39 mètres. Les USA  construirsent  à Hawaï le Thirty Meter Telescope (TMT), doté d'un miroir segmenté de 30 mètres.
De quoi observer les premier pas de la fusion inéluctable de la Voie Lactée et de la galaxie d'Andromède qui vont ainsi former une nouvelle galaxie ... dans 3 à 4 milliards d'années ...
De quoi surtout réfléchir à la certitude en science contrainte par les contraintes de la mesure.

08 mars 2016

IA : Aquinum se pose la question : "que reste-t-il aux Hommes ?" - La Node - 15 mars 2015 - 18:30

Dans le cadre de ses soirées de réflexion, l'association Aquinum organise une soirée débat autour de la question : 
Mais que reste-t-il aux Hommes ? Google joue au Go.

Au siège de Aquinum - Le Node - 12 rue des Faussets - 33000 Bordeaux
Mardi 15 mars 2016 - à partir de 18h30
  • l'histoire de la relation homme / machine du Turc Mécanique à Deep Blue - par Thomas Gibertie
  • succomber au Jeu de Go grâce à la lecture d’extraits du livre de Yasunari Kawabata « Le maître ou le tournoi de go » - par Sébastien Menvielle
  • apprendre les bases du jeu en découvrant son fonctionnement et sa philosophie - par Olivier Claverie
  • découvrir le fonctionnement d’Alphago et de l'IA - par Arnaud Cueille
  • appréhender l'ingénierie cognitive et les enjeux humains - par Bernard Claverie 
Une table ronde rassemble tous les intervenants et permet à tous d'échanger, débattre autour d'un apéro collaboratif. Live tweet : @PierreDeruelle #AlphaGo - voir le programme (ici).

Aquinum est une association des professionnels du numérique en Aquitaine. 
Elle fédère et anime une communauté de près de professionnels ou futurs professionnels du numérique : développeurs, rédacteurs, graphistes, consultants, chefs d'entreprise, vidéastes, programmateurs, community manager, formateurs, etc.
Aquinum est au Node de Bordeaux - 

15 février 2016

DIV : La doctrine, ou le partage des représentations.

La doctrine militaire occupe une place première dans la transformation que les armées ont entreprise depuis les années 1990, et que l'armée de l'air a tout particulièrement développée dans son plan stratégique "unis pour faire face" (Mercier, 2014). Ce renouveau de la pensée doctrinale est caractérisé par une réflexion dont les perspectives découlent d'au moins trois nouvelles dimensions de la Défense des pays occidentaux, notamment de ceux de l'Alliance atlantique. Elles sont (1) une nouvelle éthique de la guerre et l'acceptation sous contrainte par les citoyens dans le cadre d'une attention continue des médias et de la pression de juristes internationaux, (2) une maîtrise budgétaire avec à la fois des restrictions relatives aux matériels et moyens alloués et celles des emplois disponibles, (3) une nouvelle forme des conflits souvent asymétriques, qui font intervenir des « acteurs non étatiques parfois mal définis, à la motivation idéologique plus ou moins explicite, et parfois candidats à des solutions irrationnelles » pour la logique occidentale, et dont « les motivations émergent autour d’un projet, d’idées et de valeurs qui évoluent au fil du temps ou des acteurs eux-mêmes » (Desclaux, 2015).
La notion de doctrine est mal connue du grand public, et parfois même de certains militaires de formation subalterne. C'est d'abord une construction intellectuelle qui compile, analyse, formule et met à disposition l'ensemble du savoir nécessaire à guider les ensembles militaires dans leur action opérationnelle. Elle prescrit ainsi des règles et les conditions optimales du commandement et de la conduite d’actions de défense et d'opérations. Par voie de conséquence, elle permet à la fois son enrichissement par l'organisation des moyens de réflexion et de décision, et sa diffusion au sein de l’institution militaire. Les armées savent ainsi s’organiser, s’entraîner, prévoir et programmer, s’engager, répondre et développer leur action selon les orientations politiques qui leur sont données.
La doctrine précise la compétence, les portées et limites de l'action ainsi que les conditions présidant à l'emploi de la force, l'ensemble permettant de parvenir aux fins attendues par le politique, et ce dans les conditions diverses dans lesquelles ces armes seront utilisées. À un second niveau, la doctrine militaire permet au commandement de concevoir son action et celle de ses forces en fonction de la complexité des fins en question. Elle permet ainsi de donner à chacun des différents niveaux de commandement les principes d'organisation des moyens dont ils disposent dans l'inventaire des procédures et modes d’action disponibles dans des contextes attendus ou inattendus, connus ou inconnus.
La doctrine donne donc aux militaires des représentations collectives qu'ils peuvent partager à chaque niveau de compétence et entre les niveaux hiérarchiques. Cette intention de représentation partagée est le point focal de la doctrine. Comme l'écrivait Ferdinand Foch en 1903, l'un des "principes de la guerre" est de disposer d' « une même manière de voir, de penser et d’agir ». Il s'agit dans ce cadre de disposer d'une "interprétation collective" de ce que les armées doivent faire et comment elles doivent le faire aujourd'hui et demain. Elle est formulée dans un langage spécifique, propre à l’institution militaire, pouvant supporter des adaptations spécialisées en fonction des armées, des pays et des enjeux. Elle met également à disposition des spécialistes les moyens de l'amélioration continue de leurs méthodes et de leur environnement, dans ce qu'il est convenu d'appeler la "transformation".
La doctrine militaire est donc intimement liée à la notion de "représentation partagée". Elle est probablement une déclinaison formelle d'une cognition collective qui s'étaye à la fois sur l'histoire et l'expérience du passé ; l'analyse et la conception de l'actualité, et l'espoir d'un développement heureux du futur qu'elle entend maîtriser ou pour le moins auquel elle entend participer de manière majeure. Elle est donc un champ expérimental à la fois maîtrisé et accessible pour engager une recherche sur la "cognition collective".
C'est dans ce sens que l'ENSC s'appuie sur l'Armée de l'air, et notamment ses centres de réflexion (CESA) et de formalisation (CEAM) de la doctrine des forces aériennes, pour développer son second axe de compétence KX (Knowledge eXchange) à côté des bases de son expertise en UX (User eXperience).
Les déclinaisons expérimentales permettront d'approcher dans un second temps les domaines de l'entreprise et d'autres grands systèmes sociotechniques (Seddon, 2013; Murray et al., 2005). 

Desclaux, G., Claverie, B. (2015), C2 et cyber. Pensez Les Ailes Françaises, 32, 61-68. Juillet 2015. Paris : Centre d'Etudes Stratégiques Aérospatiales. 
Foch, F. (2007), « Des principes de la guerre », Paris : Imprimerie nationale (1re éd. 1903), réédition Paris : Economica, collection : Stratégies et Doctrines. 
Mercier, D. (2014), « Unis pour faire face : plan stratégique de l'Armée de l'air », Paris : Etat major de l'Armée de l'air.
Murray, P., Poole, D., Jones, G. (2005), « Contemporary Issues in Management and Organisational Behavior », South Melbourne : Cengage Learning Australia. 
Seddon, J. (2013), « Freedom from Command and Control ». New-York (USA) : Productivity Press.

13 février 2016

DIV : Les principes de la future loi sur le numérique.

Le projet de loi pour une République numérique (lien) est en chantier en France. Partant du principe que le numérique et ses usages sont à al base de la transformation de la société et de l'économie française, et plus largement de la reconstruction du lien social, le gouvernement français a propos en septembre dernier une grande consultation des acteurs et des citoyens pour une #LoiNumérique.
les grands principes de cette loi sont les suivants :
1. Neutralité du Net : Pas de discrimination possible par les opérateurs de l’accès au réseau en fonction des services. Ils ne pourront ainsi pas proposer un internet moins rapide à certains et un débit plus rapide à d'autres. Leurs offres techniques devront en tenir compte.
2. Portabilité des données : Les  prestataires de courriers électroniques devront assurer la migration des des données, des courriels ou des listes de contacts d’un utilisateur quand il souhaite changer de service ou de fournisseur d'accès.
3. Droit au maintien de la connexion : Chacun a droit au maintien de la connexion. Les personnes en difficulté de paiement pourront bénéficier d’un fond de solidarité universel qui se substituera à eux, et les fournisseurs seront dans l'obligation de maintenir leur accès le temps de l’instruction de leur demande d’aide.
4. Confidentialité des correspondances privées : Les correspondances électroniques privées seront protégées. Les courriels seront protégés au même titre qu'une courrier classique, et ne pourront pas être analysés par un service de courriel, sauf pour détecter des spams ou des virus, ou sur l'ordonnance d'un juge.
5. Droit à l'oubli des mineurs : L'effacement de données publiées lorsqu'une personne est ou était mineure sera assuré. La CNIL statuera dans un délai de 15 jours lorsqu'elle sera saisie.
6. Information des consommateurs sur les avis en ligne : Les sites d'avis en ligne devront indiquer si leur publication a fait l'objet d'une vérification. Chacun pourra ainsi évaluer le degré de crédibilité des avis disponibles en ligne.
7. Ouverture des données publiques : Les organismes publics, y compris les bailleurs sociaux, devront publier sur internet leurs bases de données. La puissance publique sera chargée de garantir la qualité et la mise à jour des "données de référence" telles que la base nationale des adresses et facilitera ainsi le travail des services publics de proximité (pompiers, urgences, etc.).
8. Accessibilité : Les administrations publiques devront préciser, sous peine de sanctions pécuniaires, leur niveau de conformité aux règles d’accessibilité numérique. Les grandes entreprises devront aussi proposer des services après-vente téléphoniques accessibles aux personnes en situation de handicap physique ou sensoriel.
9. Mort numérique : Chacun aura son droit et sera assuré du respecter de a volonté sur le devenir de ses informations personnelles publiées en ligne après sa mort.
voir le lien (ici).