14 septembre 2026

Interdiction du smartphone au lycée : entre prudence cognitive et paradoxes d'usage !

Un récent article de Isabelle Castéra, interviewant Xavier Pommereau, psychiatre de l'adolescent à la clinique Béthanie de Talence, est paru dimanche dernier (13 septembre 2026) dans Sud-Ouest, sous le titre « L’usage du téléphone portable interdit au lycée : Quid de l’éducation au numérique pour les ados ? ». L'article fait également référence à un article de la même auteur paru le même jour sous le titre « Interdiction du portable : au lycée, le téléphone interdit, sauf quand il devient obligatoire »


Xavier Pommereau appelle à l’interdiction de l’usage du téléphone portable au lycée tout en déplorant l’absence de formation face aux effets pervers des plateformes.

______________________________________________________

La généralisation de la « pause numérique » dans les lycées soumet le système éducatif à une tension pédagogique et organisationnelle complexe. D’un côté, l’évloignement des terminaux mobiles répond à des constats documentés en sciences cognitives, en neurosciences et en psychologie : réduction des distractions attentionnelles, prévention des comportements d'addiction aux écrans et amélioration du climat scolaire. 

Les données d'évaluations internationales (PISA, OCDE) pointent et mettent par ailleurs en évidence la corrélation négative entre surexposition aux écrans à des fins récréatives et performance cognitive ou la santé mentale des adolescents.

Toutefois, la mise en œuvre de cette interdiction au lycée révèle dcertaines limites majeures :

Le paradoxe des usages instrumentaux : 

Au quotidien, les lycéens font face à un double message institutionnel. Le smartphone est officiellement banni des espaces de vie scolaire, mais demeure en pratique sollicité pour des démarches administratives (accès à la restauration via QR code, outils d'authentification), l'identité numérique légale, des applications pédagogiques encadrées et l'accès à des outils documentaires ou d'IA nécessaires à la réalisation de certaines tâches auxquelles chaque lycéen est soumis.

L’absence d’auto-régulation et de formation critique

Comme le pointe Xavier Pommereau, s'il est légitime d'éloigner les jeunes des dynamiques captologiques des plateformes, l'interdiction stricte ne saurait tenir lieu d'éducation. En l'absence de dispositifs pédagogiques raisonnés visant à développer l’esprit critique face à la désinformation, et aux biais cognitifs, la lutte contre la dépendance numérique aux algorithmiques nocifs et la soumissions aux notifications intrusives, la capacité d'auto-régulation numérique des élèves à un âge critique d'exposition reste très significativement sous dimensionnée, voire absente dans de nombreux cas.

Pourtant, pour les auteurs, la régulation de l'outil numérique dépasse le seul cadre de la contrainte passive ou de l'interdiction pure et simple. L'effort pédagogique doit accompagner une nécessaire régulation, l'apprentissage à la prudence et à la sauvegarde des esprits en construction. Le cas échéant, la détection des personnes en difficulté et une aide psychologique doivent pourvoir être proposées. La régulation et le contrôle doivent s'accompagner d'une stratégie sociale cohérente, comprenant l'exemplarité des adultes, parents et professeurs, l'apprentissage formel de la "littératie numérique", et l'acquisition d'une "hygiène numérique".

Références pour aller plus loin : 

Aucun commentaire: