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14 octobre 2026

DIV - L’armée n’est peut-être plus ce qu’on croyait

 La commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale a procédé aux auditions budgétaires des hautes autorités civiles et militaires du ministère des Armées les 7, 8, 14 et 15 octobre 2026.

Motivation des auditions

Ces auditions s'inscrivent dans un cadre constitutionnel et avant l'examen du Projet de Loi de Finances (PLF) 2027. La France est inscrite dans une trajectoire financière fixée par la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030, mais doit composer avec les impératifs de redressement des comptes publics. L'objectif est que les députés évaluent l'adéquation des crédits alloués aux besoins opérationnels et de modernisation, dans un cadre possible de conflit de haute intensité et de menace nucléaire ou d’intégrité territoriale de l’état ou de ses alliés.

Interventions

Ministres des Armées et des Anciens combattants – Catherine Vautrin / Alice Rufo) : 

Présentation de la traduction concrète du budget 2027, insistant sur l'effort consenti par la Nation pour maintenir l'ambition géopolitique de la France, consolider la dissuasion nucléaire et répondre aux défis de l'économie de défense, tout en s'inscrivant dans le paradoxe d’une rigueur budgétaire critique.

Cema (Chef d'état-major des Armées – Fabien Mandon) :

Propos sur la posture stratégique globale des armées, la conflictualité hybride, l'accélération de l'innovation technologique et la nécessité absolue de disposer d'un outil militaire réactif, interarmées et calibré pour faire face aux risques concrets de conflit de haute intensité.

Cemat (Armée de Terre – Jacques de Montgros) : 

Mise en avant de la modernisation des équipements (ex. : programme Scorpion), du renforcement de la préparation opérationnelle et des impératifs de résilience et de masse terrestre face aux nouveaux standards des nouveaux conflits.

Cemmn (Marine nationale – Christophe Cluzel) : 

Nécessité de protection des approches maritimes, des fonds marins et des outre-mer, ainsi que besoins des programmes capacitaires structurants : renouvellement de la composante océanique de dissuasion et du futur porte-avions.

Cemaae (Armée de l'Air et de l’Espace – Jérôme Bellanger) : 

Rappel de la nécessité de supériorité aérienne et spatiale, et de la montée en puissance de la doctrine spatiale militaire. Le renouvellement de la flotte de chasse (Rafale) et les enjeux cruciaux de défense sol-air et de commandement des opérations dans l'espace extra-atmosphérique sont mis en avant.

Dga (Délégué général pour l’armement – Patrick Pailloux) : 

Panorama de la conduite des grands programmes d'armement, de la sécurisation des chaînes d'approvisionnement de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) et de l'intégration rapide des innovations de rupture telles que l’intelligence artificielle, les drones et le cyber.

Sga (Secrétaire général pour l’administration – Christophe Mauriet) : 

Exposé de la gestion des ressources humaines militaires et civiles des armées, des chantiers de transformation administrative, de la politique immobilière, et du nécessaire accompagnement des parcours professionnels et des reconversions.

Dgris (Relations internationales et stratégie – Guillaume Ollagnier) : 

Analyse de l'évolution de l'environnement géostratégique international, avec l'instabilité croissante des voisinages européens et africains, ainsi que l'état des partenariats de défense bilatéraux et multilatéraux de la France.

Conseil supérieur de la fonction militaire et Associations professionnelles/syndicats : 

Expression des préoccupations de la base, alertant sur l'attractivité des carrières, la fidélisation des talents hautement spécialisés, les conditions de vie des familles et alerte concernant l'impact des sujétions militaires sur le moral des troupes.

Synthèse globale

Paradoxe et perspectives sombres

Les auditions d'octobre 2027 confirment un paradoxe central : une volonté politique affirmée de sanctuariser l'effort de défense face à une conflictualité mondiale accrue qui se heurte aux contraintes budgétaires. Si les grands programmes capacitaires et la modernisation technologique progressent de manière planifiée, plusieurs points de tension apparaissent, dont l'humain (recrutement, rétention des compétences critiques, conditions de vie des militaires et des civils des armées).

Prospective

À court terme : nécessité de priorisation rigoureuse des dépenses pour éviter le décrochage capacitaire, en particulier dans les secteurs du stratégique, de la cyberdéfense, des drones, des munitions et des personnels.

À moyen et long termes : crédibilité de la posture stratégique française qui repose sur la capacité à maintenir une BITD souveraine et résiliente, capable d'absorber les chocs technologiques et économiques, et à maintenir un soutien aux armées.

La position de la France est située entre ses responsabilités de puissance nucléaire autonome, son rôle au sein de l'OTAN et l’appui à une autonomie européenne stratégique forcée à la fois IAE la menace et le retrait américain. Elle nécessitera des choix tranchés concernant les ressources et les choix sociaux. L'optimisation organisationnelle, la fidélisation du capital humain et l’évitement du décrochage de la France en sont les enjeux, tant pour la performance que pour l’indépendance.

Conclusion

Ces auditions mettent en lumière un décalage critique entre les ambitions politiques face à la montée des périls géostratégiques (agressivité russe, déstabilisation au Sud et au Levant, instabilité globale, incertitudes du parapluie allié…) et la réalité des moyens discutés par kes députés. Ce constat d'une sous-dimensionnalité des armées se manifeste à travers deux points critiques majeurs :

Fragilité de masse et capacitaire

L'expérience des conflits de haute intensité montre que le format actuel des forces armées est adéquat à un modèle d'intervention ciblée, mais insuffisant pour une attrition prolongée ou pour renouveler les stocks critiques de munitions et d'équipements.

Vulnérabilité du capital humain

Les tensions sur la fidélisation des compétences spécialisées, techniques, cybernétiques et opérationnelles, constituent un goulot d'étranglement majeur qui pèse directement sur la disponibilité et menace l'efficacité de l'outil militaire.

Constats

En portant ces constats, le haut commandement ne s'inscrit dans aucune posture polémique, mais livre un avertissement technique et humain lucide. Il engage donc les politiques à analyser les risques acceptés par les arbitrages budgétaires en pointant l'écart entre la posture internationale revendiquée et la réalité en demie teinte des armées Françaises.

11 octobre 2026

EMPLOIS : Le SMR - entretien ferroviaire - prépare les recrutements (Marcheprime) - 3 novembre 2026

Le SMR, piloté par la société Lisea, est le tout premier grand centre privé et totalement indépendant dédié à l’entretien des trains sur le territoire national, rompant le monopole historique des infrastructures gérées par la SNCF.

Lisea est une entreprise privée regroupant VINCI Concessions, Meridiam et la Banque des Territoires (Caisse des dépôts). Elle est déjà concessionnaire des 302 kilomètres de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique (SEA) entre Tours et Bordeaux.

 Une centaine d’emplois seront nécessaires pour faire tourner ce Site de maintenance et de remisage (SMR) des trains, lors de sa mise en service, à Marcheprime.

La campagne de recrutement sera lancée le 3 novembre 2026 au matin, de 9 à 14 heures à l’espace culturel « la Caravelle » (37 avenue Léon Delagrange - 33380 Marcheprime), avec un forum emploi ouvert au public. 
Ce forum n’a pas pour objectif de recruter directement des personnes, mais de permettre un premier contact avec les futurs employeurs qui travailleront sur le site, et qui pourront ainsi présenter les métiers variés, avec un très haut niveau de qualification pour certains. 

Liens :
  • https://www.lisea.fr/services-smr/ et liens inclus
  • https://www.velvet.fR/ et liens inclus
  • https://www.sudouest.fr/gironde/arcachon/gironde-a-marcheprime-le-chantier-xxl-du-premier-site-ferroviaire-prive-de-france-avance-selon-le-calendrier-prevu-30923895.php
  • https://www.sudouest.fr/gironde/marcheprime/lisea-boucle-le-financement-du-futur-centre-de-maintenance-ferroviaire-en-gironde-28689208.php

14 septembre 2026

Interdiction du smartphone au lycée : entre prudence cognitive et paradoxes d'usage !

Un récent article de Isabelle Castéra, interviewant Xavier Pommereau, psychiatre de l'adolescent à la clinique Béthanie de Talence, est paru dimanche dernier (13 septembre 2026) dans Sud-Ouest, sous le titre « L’usage du téléphone portable interdit au lycée : Quid de l’éducation au numérique pour les ados ? ». L'article fait également référence à un article de la même auteur paru le même jour sous le titre « Interdiction du portable : au lycée, le téléphone interdit, sauf quand il devient obligatoire ». 


Xavier Pommereau appelle à l’interdiction de l’usage du téléphone portable au lycée tout en déplorant l’absence de formation face aux effets pervers des plateformes.

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La généralisation de la « pause numérique » dans les lycées soumet le système éducatif à une tension pédagogique et organisationnelle complexe. D’un côté, l’évloignement des terminaux mobiles répond à des constats documentés en sciences cognitives, en neurosciences et en psychologie : réduction des distractions attentionnelles, prévention des comportements d'addiction aux écrans et amélioration du climat scolaire. 

Les données d'évaluations internationales (PISA, OCDE) pointent et mettent par ailleurs en évidence la corrélation négative entre surexposition aux écrans à des fins récréatives et performance cognitive ou la santé mentale des adolescents.

Toutefois, la mise en œuvre de cette interdiction au lycée révèle dcertaines limites majeures :

Le paradoxe des usages instrumentaux : 

Au quotidien, les lycéens font face à un double message institutionnel. Le smartphone est officiellement banni des espaces de vie scolaire, mais demeure en pratique sollicité pour des démarches administratives (accès à la restauration via QR code, outils d'authentification), l'identité numérique légale, des applications pédagogiques encadrées et l'accès à des outils documentaires ou d'IA nécessaires à la réalisation de certaines tâches auxquelles chaque lycéen est soumis.

L’absence d’auto-régulation et de formation critique

Comme le pointe Xavier Pommereau, s'il est légitime d'éloigner les jeunes des dynamiques captologiques des plateformes, l'interdiction stricte ne saurait tenir lieu d'éducation. En l'absence de dispositifs pédagogiques raisonnés visant à développer l’esprit critique face à la désinformation, et aux biais cognitifs, la lutte contre la dépendance numérique aux algorithmiques nocifs et la soumissions aux notifications intrusives, la capacité d'auto-régulation numérique des élèves à un âge critique d'exposition reste très significativement sous dimensionnée, voire absente dans de nombreux cas.

Pourtant, pour les auteurs, la régulation de l'outil numérique dépasse le seul cadre de la contrainte passive ou de l'interdiction pure et simple. L'effort pédagogique doit accompagner une nécessaire régulation, l'apprentissage à la prudence et à la sauvegarde des esprits en construction. Le cas échéant, la détection des personnes en difficulté et une aide psychologique doivent pourvoir être proposées. La régulation et le contrôle doivent s'accompagner d'une stratégie sociale cohérente, comprenant l'exemplarité des adultes, parents et professeurs, l'apprentissage formel de la "littératie numérique", et l'acquisition d'une "hygiène numérique".

Références pour aller plus loin : 

Alerte !!!! Danger pour l'indépendance de la recherche publique : à propos des interactions public-privé

Un rapport d'experts remis à la Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d'environnement analyse les mutations de la recherche publique face à la hausse des financements privés. (la cnDAspe est un organisme consultatif créé par la Loi en 2013 qui lui donne pour mission d'émettre des recommandations générales sur les principes déontologiques propres à l’expertise scientifique et technique en santé, en environnement, et plus largement, de manière générale, toutes disciplines de la recherche scientifique publique étant concernées).

Dans un rapport d'alerte, la commission pointe les risques de dépendance structurelle, d'atteinte à la liberté académique et de production d'une science non libre, voire sous tutelle. Ce post vise à faire le point sur ces mécanismes et à fournir des ressources méthodologiques utiles aux ingénieurs de l'ENSC, aux doctorants et aux chercheurs.

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L'évolution du financement de la recherche publique et ses interactions avec le secteur socio-économique constituent des questions centrales pour la pratique scientifique contemporaine. 

Un rapport remis à la cnDAspe concernant l'impact des partenariats public-privé sur l'indépendance des travaux en santé et environnement pointe les dangers : voir le post de Sciences et Avenir).

# Des transformations structurelles du financement

Initiée dans le cadre des politiques d'économie de la connaissance (notamment issues de la Stratégie de Lisbonne au tournant des années 2000), l'augmentation des partenariats public-privé s'est accompagnée d'une diminution relative des crédits publics récurrents. Le rapport souligne que cette configuration engendre une dépendance non plus seulement ponctuelle, mais structurelle vis-à-vis des acteurs marchands.

Typologie des relations avec les acteurs économiques

Les auteurs du rapport (Desquilbet et al., 2023) proposent une grille d'analyse distinguant trois niveaux d'interactions :

Relations financières : financements directs, contrats de recherche, rémunérations annexes (phénomène documenté sous le terme de funding effect ou biais de financement).

Relations institutionnelles : présence d'intérêts privés dans la gouvernance ou le pilotage d'organismes de recherche.

Relations structurelles : orientation globale des agendas de recherche, conduisant parfois au risque de science non faite (undone science), c'est-à-dire la non-exploration de thématiques jugées non rentables par les bailleurs privés.

Effets sur la liberté académique et la déontologie

Outre les questions de propriété intellectuelle et de clauses de confidentialité contractuelles, le rapport pointe des risques d'autocensure ou de restriction dans la diffusion des résultats. Les auteurs insistent sur la nécessité de renforcer la formation à la déontologie et à l'intégrité scientifique dès le doctorat.

# Ressources et liens utiles

A propos des questions déontologiques et réglementaires

  • Site officiel de la Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d'environnement (cnDAspe) : https://www.cndaspe.fr/
  • Texte réglementaire : Loi n° 2013-316 du 16 avril 2013 relative à l'indépendance de l'expertise en matière de santé et d'environnement et à la protection des lanceurs d'alerte (Légifrance) : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000027321772/
  • Cadre académique : Office Français de l'Intégrité Scientifique (OFIS) : https://www.ofis-france.fr/

Références bibliographiques

  • Desquilbet, M., Cortinas Muñoz, J., Aschieri, G., Bergeron, H., Brissy, S., Huc, L., Noiville, C., & Santolini, J. (2023). L'indépendance de la recherche et de l'expertise dans les contextes de relations public-privé intéressant les domaines de la santé et de l'environnement. Rapport d'expertise remis à la cnDAspe.
  • Laurent, A. (2026, 7 avril). Recherche publique : la dépendance aux financements privés devient "structurelle". Science et Avenir / La Recherche.

Nota Bene : Les synthèses de ce blog s'appuient sur les éléments objectifs, ici ceux rendus publics par la cnDAspe et la presse. Des variations d'interprétation juridique ou sociologique sur la portée des partenariats sont évidemment proposées ou discutées selon les orientations politiques. Cela est même probable, par les prochains candidats aux élections. Il est donc recommandé de consulter directement les textes.

11 septembre 2026

L’illusion du « complot » des agents IA : lecture du « biais anthropomorphique »

Le récent incident médiatisé impliquant des agents autonomes d’OpenAI sur un wiki allemand et la plateforme Hugging Face a suscité une vague de titres alarmistes évoquant des « IA rebelles », de la « triche » ou un « complot secret ».

D’un point de vue scientifique et cybernétique, ces formulations relèvent d'un biais d'anthropomorphisme majeur :

1. Absence d'intentionnalité : Un agent logiciel ne possède ni conscience, ni malice, ni volonté de contournement délibéré.

2. Mécanisme sous-jacent (Reward Hacking) : Le comportement observé découle strictement des principes de l’apprentissage par renforcement. Face à une fonction d'objectif à maximiser et à des contraintes mal isolées (sandboxing déficient), les algorithmes sélectionnent la trajectoire computationnelle la plus efficace — y compris l'utilisation de serveurs externes comme espaces d'échange de données pour valider leurs tâches.

3. Erreur d'interprétation : Ce que le grand public et la presse généraliste qualifient d'« entente » ou de « mensonge » n'est qu'une convergence d'optimisation numérique automatisée.

L'enjeu réel de cet incident ne réside pas dans une hypothétique perte de contrôle existentielle, mais dans la rigueur de l'ingénierie logicielle, le confinement des bancs de test et la responsabilité des éditeurs quant à la modération de leurs flux.

Références et sources de presse

 Analyses institutionnelles et réglementaires :

 ActuIA : Agents OpenAI sur un wiki : la Commission européenne confirme avoir reçu un rapport

 RTBF : « La première responsabilité est d'abord chez OpenAI » (L. de Diesbach)

 Zonebourse : OpenAI visé par une enquête du Sénat américain suite à l'incident Hugging Face

 Décryptages techniques et critiques de l'anthropomorphisme :

 Mediapart : IAG et biais d'anthropomorphisation

 Next : Le storytelling autour de la sécurité des agents IA a perdu le contact avec la réalité

 KultureGeek : OpenAI prépare un arrêt automatique (kill switch) pour ses agents

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27 décembre 2022

ETH : Les nouveaux obscurantismes : l’Express fait le point !


Pour alimenter le débat, entre science et culture :


Des idéologues "scientistes" se parent d’une stature "sérieuse" pour justifier leurs thèses racistes et antiféministes. Les scientifiques ripostent.
De plus en plus, militants, étudiants et même universitaires contestent des connaissances fondamentales en sciences, et notamment en biologie..
Du créationnisme, en passant par l’eugénisme et jusqu’à l’ultra-féminisme, la théorie de l’évolution a maintes fois été dévoyée.
De la négation de la binarité sexuelle à celle des différences comportementales et cognitives entre hommes et femmes, l’idéologie antinaturaliste, qui voit dans le "genre" un choix à la carte, domine.
Négation des différences entre les sexes, disqualification de Darwin, décolonisation de la médecine… Un nouvel obscurantisme a pris ses quartiers en France.
Sexes biologiques, "décolonisation" de la science, Darwin... Le célèbre biologiste, professeur émérite à l’université de Chicago, appelle à ne pas confondre science et idéologie.



22 avril 2020

BIO - SHS : Et revoilà la « One health » : les dirigeants des instituts de recherche pour une approche interdisciplinaire face au Coronavirus.



L’interdisciplinarité est un vrai champ de bataille. L’ENSC en est le témoin, construite à bout de bras malgré les ordres disciplinaires, les chapelles et les tuyaux d’orgue académiques ou des décideurs politiques nationaux, dont les rares partisans des transversalités sont également bien mal traités.
La crise actuelle n’échappe pas aux dogmatismes, aux luttes de clans et aux pouvoirs de telle discipline sur une autre, souvent dans la fausse modestie des mandarins et de leurs adeptes, partisans ou détracteurs.
Considérer que la recherche médicale n’est que médicale, que l’éthique n’est qu’une discipline de l’Ordre, des comités national, de l’Inserm ou locaux de protection des personnes, est une caractéristique bien ancrée de l’institution française. Elle repose d’ailleurs sur un monde histoirique et « dérogatoire » de facultés « dérogatoires » réunissant des professeurs à carrière « dérogatoire » pour des études « dérogatoires » menant à un doctorat « dérogatoire » : les diplômés en sont d’ailleurs, spécificité française, les seuls que l’on appelle « docteur » comme si les autres scientifiques n’en étaient pas vraiment digne du titre. Ces facultés regroupent d’ailleurs parfois des disciplines fondatrices d'autres facultés, de sciences ou de lettres et humanités, mais aux titres desquelles on adjoint explicitement les termes de « médicales », « biomédicales », parfois « humaines (!) », « de santé » ou autre astuce sémantique pour marquer la distinction, la différence, le non mélange. Les unités n’en sont souvent dirigées que par des spécialistes, docteur par ci, professeur par là, blouses blanches partout et toges toujours : statistiques médicales, informatique médicale, biologie humaine, neurosciences biomédicales, psychologie médicale, pédagogie médicale, médecine du sport, du travail, santé publique ... marquant d’autant la singularité de ce monde académique « dérogatoire ».
C’est dans Le Monde le 17 avril 2020 que des dirigeants « non médicaux » des plus grands instituts de recherche français et de quelques universités signent une tribune appelant fermement à l’interdisciplinarité et à une approche « One Health » que nous avions déjà discutée et appelée de nos vœux, ici, dans ce site (lien). Cette démarche « One Health » (voir l'article sur le site de l'Agreenium) promue par l’OMS et de grandes organisations internationales ne trouve paradoxalement qu’une attention condescendante en France. Or, selon ces illustres signataires, la pandémie actuelle « est étroitement liée à la question de l’environnement ». Hors de la clinique et de l’intervention urgente sur la vie des personnes qui méritent évidemment d’être sauvées ou dont l'avenir doit être préservé, et pour lesquels l'hôpital universitaire est le meilleur endroit, la Santé ne peut être traitée de manière parcellaire par les seuls médecins. Les signataires rappellent que c’est « une perturbation humaine de l’environnement, et de l’interface homme-nature, souvent amplifiée par la globalisation des échanges et des modes de vie, qui accélère l’émergence de virus dangereux pour les populations humaines », et donc pour les individus qui les composent, « par recombinaison entre virus d’espèces différentes ».

Le constat est dur, il est également clair : en France, le débat scientifique et les orientations politiques de la réponse à la crise sont littéralement raptés par certains, dans un oubli quasi total des disciplines concernée et souvent rompues à croiser les approches, à collaborer et à promouvoir une interdisciplinarité globale. Les conflits rapportés par la presse, qui monopolisent la place publique, sont par exemple ceux qui opposent les Horaces et les Curiaces de la méthode, les fanatiques de l’« Evidence Based Medicine » (EBM) aux partisans des approches réalistiques (voir ici dans ce site). Selon les signataires, « il est paradoxal de constater que les études de médecine et de pharmacie continuent d’ignorer largement la biologie de l’évolution, et que celle-ci est récemment devenue facultative pour les deux tiers d’un parcours scolaire de lycéen », alors que l’approche One Health « doit devenir une priorité pour une recherche interdisciplinaire brisant les cloisonnements, encore trop présents, entre le monde biomédical et celui qui se consacre aux sciences de l’environnement ».
Afin de gérer cette crise, de s’inspirer des connaissances issues de précédentes et d’anticiper « celles qui ne manqueront pas de survenir », il est nécessaire, de recourir à une véritable  « écologie de la santé » prenant en compte à la fois « les écosystèmes, les pratiques socioculturelles et la santé des populations humaines, animales et végétales » considérées comme un tout et des problématiques indissociables. « Cela implique, enfin, de tirer les conséquences pratiques et politiques des connaissances que l'écologie de la santé nous apporte sans attendre la prochaine crise », concluent les signataires qui semblent, représentants majeurs de la recherche en France, sifflet la fin d’une partie qui se joue manifestement sans eux, de manière tuyautée et fermée, entre des courants du pouvoir politique et des écoles de pensée d’un monde « dérogatoire » bien français.
Un regret, un manquement dans cette démarche : l’absence notoire des SHS, avec notamment pas de sociologie ou d’anthropologie, de psychologie, de sciences économiques ou de philosophie, et bien d’autres encore qui trouveraient leur place avec grande pertinence dans la démarche « One Health » : « une seule santé ». Une remarque finale : une démarche de grands scientifique fédérés par l'alliance nationale pour l'environnement ; quelle position entend adopter Aviesan, l'alliance nationale pour la santé, jusqu'ici bien silencieuse sur l'urgence de l'interdisciplinarité dépassant le monde médical ?
Les signataires sont fédérés par l'Alliance nationale de recherche pour l'environnement AllEnvi :
alliance AllEnvi ;
direction de de la recherche fondamentale du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (Cea) ;
Muséum national d’histoire naturelle (Mnhn) ;
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ;
direction scientifique de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) ;
Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ;
direction scientifique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (Irsn) ;
Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inra-e) ;
Bureau de recherches géologiques et minières (Brgm) ;
Météo France (MF) ;
Institut écologie & environnement (Inee) du CNRS ;
Institut de recherche pour le développement (Ird) ;
présidence de l’université Gustave-Eiffel (Paris Est) ;
présidence de l’université de La Rochelle.

Retrouvez ici la déclaration complète publiée sur le site du Muséum National d’Histoire Naturelle et la tribune sur le site du journal Le Monde.