07 avril 2020

BIO - SHS : Les relations étranges entre addiction aux jeux et dépression.


06 avril 2020

IA : L’intelligence des machines à calcul.


En octobre 1950, le mathématicien anglais Alan Turing publiait dans la revue « Mind » un article majeur intitulé « Computing machinery and intelligence.» (Mind, 59, 433-460, 1950). Cet article est aujourd’hui considéré par certains comme l’acte de naissance de l’intelligence artificielle. C’est dans ce fameux article que Turing évoqua pour la première fois le test qui porte son nom et qui consiste, par l’intermédiaire d’un dispositif électronique, à faire dialoguer un être humain alternativement avec deux interlocuteurs, l’un humain et l’autre artificiel. Selon Turing, le jour où l’expérimentateur humain, au terme d’une conversation non préparée, sera incapable de dire s’il a affaire à un interlocuteur humain ou électronique, on pourra alors considérer que les ordinateurs seront devenus véritablement intelligents.
Près de 70 ans passés, les scientifiques et ingénieurs tentent toujours de décrocher ce « Graal » que constitue la première machine intelligente « au sens de Turing ». Dans ces dernières années, une étape décisive a été franchie lorsque l’ordinateur Watson d’IBM a gagné aux États-Unis contre des humains la grande finale du jeu Jeopardy, un jeu nécessitant de très bonnes qualités d’association et de raisonnement portant sur des connaissances de culture générale considérées comme ouvertes, et donc jusqu’ici spécifiquement humaines. Une nouvelle étape a consisté en 2016 pour AlphaGo, développé par Google DeepMind, à battre l’un des meilleurs joueurs mondiaux, et l’année suivante de confirmer l’exploit contre le champion du Monde de la discipline. La machine qui s’était entraînée contre elle-même, a même inventé une nouvelle stratégie qui a désarçonné les experts, stratégie qui est aujourd’hui étudiée et enseignée par les spécialistes de ce jeu millénaire.
L’industriel IBM, titulaire de la chaire « sciences et technologies cognitiques » de l’ENSC, est l’un des acteurs mondiaux de l’aventure vers les machines intelligentes. Il a ainsi continué à perfectionner Watson, lui permettant d’être reconnu au meilleur niveau dans la résolution de problèmes complexes nécessitant  de nombreuses inférences heuristiques sur des données non structurées, et pour lesquels la puissance informatique brute n’est pas suffisante. IBM parle pour cela d’un accès à une nouvelle « ère cognitive ». C’est notamment dans le domaine des données médicales que Watson a permis aux meilleurs centres de recherche permettant de recruter des patients pour de nouveaux essais cliniques afin d’accélérer le testing des diagnostics, des traitements et de l’échange des dossiers médicaux.
L’évolution de Watson s’oriente maintenant vers celle de ses composants électroniques et IBM propose des microprocesseurs réellement neuro-mimétiques, afin de pouvoir rivaliser avec le cerveau humain tout en s’en inspirant. Ce programme de recherche, SyNAPSE (Systems of Neuromorphic Adaptive Plastic Scalable Electronics), a été lancé en 2008 mais porte aujourd’hui ses fruits en tant que première réalisation. Un microprocesseur spécifique, la puce « TrueNorth » développée par la marque, comporte par exemple un million de neurones artificiels dotés chacun de 256 synapses, soit 256 millions de synapses,  en intégrant 5,4 milliards de transistors. Chacun de ces neurones artificiels est pourvu d’une mémoire permettant de gérer les priorités de chacune des connexions. Selon IBM, il s’agit de l’un des composants électroniques les plus complexes et les plus sophistiqués jamais réalisés : un première ébauche de l’élément de base d’un futur ordinateur « neuromorphique », directement inspiré de la structure et du fonctionnement du cerveau.
Les « neuroprocesseurs » représentent une véritable rupture technologique pour ce qui est de la performance, en s’affranchissant d’une imitation programmée sur ordinateurs classiques. Ils sont surtout plus rapides en disposant des propriétés des systèmes parallèles, mais surtout permettent de consommer 1000 fois moins d’énergie qu’une puce traditionnelle de puissance équivalente. 
Pour IBM, l’effort ne se limite pas là puisque le calculateur neuromorphique associe 16 puces « TrueNorth » entre elles, groupées par quatre fois quatre, ce qui représente au total l'équivalent de 16 millions de neurones et donc de plus de quatre milliards de synapses. Nous sommes encore loin du cerveau humain mais pouvons commencer à envisager la simulation de certaines aires ou structures fonctionnellement spécifiques. Une telle architecture est cependant déjà capable, selon IBM, d’effectuer 46 milliards d’opérations synaptiques par seconde et par watt. Le but est de permettre de doter le plus grand nombre de la puissance embarquée d’un cerveau artificiel, pour une IA collaborative, alors que nous n’avons aujourd’hui accès qu’à des puissances des calcul 120 millions de fois supérieures à celles utilisées pour une mission Apollo.
La firme Apple s’est lancée dans une autre perspective de l’augmentation humaine par l’IA. À partir du développement de ces « neuroprocesseurs », les créateurs de SIRI, l'assistant vocal de la firme,, ont lancé un nouveau défi en fondant la société Viv Labs dont l’ambition est de concevoir un programme capable de répondre à toutes les questions que l'on peut lui poser en langage naturel (enfin, ici en anglais). Viv Labs a récemment été rachetée par Samsung, ce qui montre l’intérêt que porte l’industrie à la problématique de la compréhension artificielle. La résolution de ce type de problème associe à la fois la puissance de calcul, mais également l’accès ultra rapide à toutes les bases de données disponibles, avec des algorithmes permettant de les traiter et surtout d’en extraire très rapidement les informations pertinentes qu’il faudra mettre en perspective afin de donner du sens à une réponse par rapport aux attente du demandeur. Ce type de réponse nécessite de dépasser la problématique de la puissance de calcul des microprocesseurs puisqu’il faudra également apprendre à réorganiser selon de nouvelles logiques les bases de données et de connaissances.
Dans le domaine de la prospective, Ray Kurzweil, directeur de l’innovation scientifique chez Google, est persuadé qu’à l’horizon 2045 les ordinateurs seront devenus aussi intelligents que les êtres humains dans presque tous les domaines.
Dans cette attente, force est de constater le rapprochement de plus en plus réussi des machines et du cerveau, permettant d’envisager une ère nouvelle de cognition naturelle augmentée par l’intelligence artificielle. La révolution de l’IA embarquée permet déjà de disposer de terminaux intelligents, branchés sur des vêtements, des lunettes, des montres, des vélos, des automobiles dotés chacun d’une puissance de calcul parallèle incommensurable, et qui permettent d’envisager l’émergence d’une nouvelle cognition partagée entre cerveau naturel et systèmes collaboratifs de cerveaux artificiels.

BIO : Mais qu’est-ce que c’est que ce virus ? À propos du SARS-CoV-2.

Un récent rapport (2020-SA-37) de l’ANSES fait le point sur cette question. Saisie en urgence par le gouvernement sur certains risques liés au COVID-19, l’Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’Environnement et Santé au travail propose une claire et intéressante mise au point sur le sujet accessible aux non spécialistes ayant une petite culture biologique.
La maladie respiratoire aiguë, hautement contagieuse et potentiellement mortelle "Covid-19" (COronaVIrus Disease apparue en 2019) est due à une infection des voies respiratoires de l’homme par le virus initialement désigné par l’OMS virus "2019-nCoV" (New COrona-Virus in 2019), et depuis le 11 février 2020, "SARS- CoV-2" (Severe Acute Respiratory Syndrome COronaVirus numéro 2 - second documenté dans la classification internationale de l’OMS après celui décrit en 2003 comme SARS-CoV, qu’il ne faut pas confondre avec celui dont on parle aujourd’hui).
Les coronavirus (CoVs) sont des virus de la famille des Coronaviridae qui appartiennent à l'ordre des Nidovirales

Virus : Un virus (du latin « virus » signifiant « poison ») est une entité biologique originale, de dimension microscopique (généralement inférieure à 250 nanomètres) qui ne vit et ne se reproduit que grâce une cellule hôte dont il colonise l’appareil génétique pour profiter de ses propres caractéristiques et capacités de réplication de l’ADN. Le virus peut exister sous deux formes selon qu’il est libre (extracellulaire) ou intégré à l’intérieur d’une cellule hôte contaminée (intracellulaire). 
De manière générale, les virus sont constitué d’une molécule d’ADN ou d’ARN directement réplicable (génome viral) protégée par une coque de protéines (« capside » : du grec « capsa » signifiant « boite »). La capside peut être tubulaire (hélicoïdale) ou polyédrique (isocaedre). Une enveloppe peut parfois recouvrir ces deux éléments (« péplos » du grec « manteau »), constituée d’un ensemble complexe de glucides, lipides et protéines. Le génome viral peut être composé d’un simple brin (monocaténaire) ou de deux (bicaténaire ou à double brin). De manière générale, le peplos, et à moindre dimension la capside sont des lieux de fragilité du virus, les plus résistants restant ceux qui ne sont constitués que d’ADN (ou d’ARN) libre.
Tous les êtres vivants peuvent être affectés par des virus, néanmoins sur plus de 5000 espèces de virus décrites, moins de 130 sont pathogènes pour l’homme. La prévention (stratégies barrières) et la vaccination sont les seules méthodes connues pour combattre les virus de manière préventive. La vaccination consiste à implanter volontairement (intoxication) des particules virales inactivées ou atténuées de manière infraliminaire (en dessous d’un seuil connu de toxicité) au sein d’un organisme afin de lui permettre de produire naturellement des anticorps et ainsi lutter contre le virus cible. Chaque vaccination est spécifique à une espèce de virus.

Coronavirus : Ce sont des virus enveloppés dont la taille varie de 60 à 220nm et dont le génome viral est une molécule d’ARN monocaténaire (Nidovirus) directement traduite par l’appareil métabolique de la cellule hôte. Ces coronavirus occupent une position particulière en virologie de par leur taille importante (60-220 nm), leur forme (sphérique) et leur aspect particulier en couronne ("corona" en latin). Leur nom vient en effet de cet aspect de l’enveloppe externe (péplos), vue en microscopie électronique, qui semble porter en surface des sortes de protubérances semblables à de petits clubs de golf. Cette enveloppe renferme en effet des protéines de surface dites "S" (pour Spike, spicule) dont une moitié externe forme ces protubérances. Une autre caractéristique remarquable de ces coronavirus est que la chaine monocaténaire de leur ARN génomique est très longue, comptant de 27 000 à 33 000 bases (pour rappel, 4 bases azotées de l'ARN sont l'Adénine, la Guanine, la Cytosine et l'Uracile (remplaçant la Thymine de la chaîne d'ADN).
On connaît quatre genres de coronavirus : alpha (αCoV), beta (βCoV) gamma (ƔCoV) et delta (ẟCoV). Les ƔCoV, ẟCoV sont responsables d’infections d’espèces aviaires (oiseaux) et les αCoV, βCoV, ƔCoV concernent les mammifères.Les coronavirus humains connus appartiennent aux genres αCoV (HCoV-229E et HCoV-NL63) et βCoV (HKU1, HCoV-OC43, SARS-CoV, MERS-CoV et SARS-CoV-2). Les maladies induites concernent principalement le système digestif ou le système respiratoire.

Betacoronavirus : Ce genre viral très présent chez les animaux est subdivisé en cinq sous-genres : Embecovirus, Hibecovirus, Merbecovirus, Nobecovirus, et Sarbecovirus auxquels appartiennent les SARS-CoV : SARS-CoV découvert en 2003 et SARS-CovV-2 découvert en 2019. Les chauves-souris représentent le principal réservoir naturel des Alphacoronavirus et Betacoronavirus. Elles constituent le groupe de mammifères hébergeant le plus grand nombre de coronavirus. 

Origine et barrière des espèces : Le SARS-CoV-2 appartient à un groupe de plusieurs dizaines de coronavirus de chauves-souris spécifiques (du genre Rhinolophus) et diffère des tous les Betacoronavirus retrouvés chez les animaux domestiques de rente (élevage, trait, courses ...) ou de compagnie, parfaitement connus et documentés par les vétérinaires. Au niveau de son origine probable, son génome est quasiment identique (à 96,3%) à celui du virus RaTG13/2013 retrouvé chez une chauve-souris Rhinolophus de Chine. L'évolution de ces virus a conduit à l’émergence en 1990 de « SARS-like », à la suite de quoi plusieurs recombinaisons ont eu lieu entre un Betacoronavirus de ce groupe « SARS-like » et d’autres Betacoronavirus Sarbecovirus (des rhinolophes), ce qui a été également trouvé chez le pangolin chinois connu pour avoir contribué à la mutation vers le génome actuel du SARS-CoV-2.
Trois évènements évolutifs semblent avoir conduit à l’émergence des souches du SARS-CoV vers 2002, du MERS-CoV vers 2012 et du SARS-CoV-2 en 2019, avec un intervalle latence de deux décennies, ce qui tend à montrer que le franchissement de la barrière d’espèce, s’il est possible et a amené l’évolution actuelle, n’est pas un phénomène fréquent et très accidentel. Il est donc peu probable en l’état des choses, que le virus puisse muter à court terme et être transmis de l’homme à une autre espèce (un cas de chien suspect est actuellement étudié à Hong Kong mais semble montrer que la présence du génome du virus ne correspond pas à une forme vivante ou active du virus).

Voies respiratoires et digestives : La présence de symptômes gastro-intestinaux chez certains malades a fait poser l’hypothèse d’une voie de transmission du SARS-CoV-2 par voie digestive. La pénétration intracellulaire du virus nécessite la présence d’un récepteur spécifique (ACE2, pour Angiotensin-Converting Enzyme 2) des SARS-CoV et SARS-CoV-2. Sans ACE2, pas d’entrée du virus dans les cellules. Ce récepteur s’exprime dans les cellules de l'œsophage supérieur, du poumon, du rein, des testicules et les cellules épithéliales de l’intestin (entérocytes de l’intestin grêle). L'expression de l'ACE2 dans différents types cellulaires peut expliquer une infection multi-tissulaire. Cependant, les études montrent que le coronavirus SARS-2 est à tropisme respiratoire primaire et que l’atteinte du système digestif pourrait être essentiellement secondaire à sa diffusion par virémie (hypothèse). L’infection digestive est connue pour certains coronavirus, mais dans des circonstances particulières de résistance aux sucs gastriques ; une telle propriété ne semble pas jusqu’ici avoir été étudiée pour le SARS-CoV-2. Les symptômes gastro-intestinaux chez certains patients seraient donc plus liés à une diffusion systémique du virus plutôt qu’à une entrée directe par voie digestive. Aucun cas de transmission féco-orale n'a encore été signalé et l’infection des voies respiratoires après ingestion d’un aliment contaminé n’a d’ailleurs pas été observée et paraît peu probable bien que non exclue. 
La voie d’exposition principale reste donc, à la connaissance des experts de l’étude, la voie respiratoire, d’où l’intérêt majeur, immédiat et impérieux, d’adopter le masque en toutes circonstances d’exposition possibles et de multiplier les gestes barrières, notamment le lavage régulier des mains avant et après manipulation des aliments, avant et après la toilette et notamment après l’essuyage aux wc. 

Hygiène : Le passage du virus d’une personne infectée à d'autres personnes peut principalement se produire par un éternuement, une toux ou un contact direct avec des mains souillées. La brumisation de l'espace respiratoire d'un sujet sain, le dépôt de gouttelettes contenant le virus sur une surface de contact, des ustensiles voire des aliments, la contamination de ses mains qu'il porte lui-même à son visage ou à ses yeux, sont les principales voies de transmission connues. L'hygiène générale, le port correct d'un masque que le sujet s'astreint à ne pas toucher, et le lavage systématique des mains avec du savon avant, pendant et après tous contacts sont des mesures essentielles combinées. Notamment, le lavage des mains doit impérativement avoir lieu après tout geste contaminant (après avoir toussé, après s’être mouché, après passage aux toilettes, etc.) et avant toute intervention sur des objets ou aliments que pourraient toucher d'autres personnes (et vice versa). 

Il est bon de rappeler que les coronavirus sont connus pour pouvoir persister jusqu’à 9 jours dans des conditions particulières de non nettoyage, de température et d’humidité relative de l’air faibles, ce qui est un cas extrême. Pourtant, et selon les experts, compte-tenu de la faible capacité de survie des coronavirus aux opérations de nettoyage et de désinfection et de l’absence de données indiquant que le SARS-CoV-2 se comporte différemment des autres coronavirus, l’application de bonnes pratiques d’hygiène et des procédures de nettoyage et de désinfection dans tous les contextes (industries, à domicile, etc.) paraît une des meilleures protections.

Pour aller plus loin sur les coconovirus, l'histoire de leur découverte et l'évolution des connaissances médicales à leur propos, un excellent article de vulgarisation du Monde (lien ici).




05 avril 2020

IA, BIO : Déconfiner grâce à l’IA - un nouveau problème de méthode.



Comment sortir du confinement dû au SARS-CoV-2 sans courir le risque d’une réactivation épidémique de Covid19 ? Telle est la question que se posent les responsables politiques et médicaux de santé publique.
Un article publié aujourd’hui dans le Journal du Dimanche (lien ici), signé de plusieurs médecins,  propose de recourir à un outil d’intelligence artificielle 
En l’absence de vaccination de toute la population, il existe plusieurs scénarios de sortie de confinement. La première stratégie de suspension pure et simple du confinement pour l’ensemble de la population exposerait au virus tous ceux qui ne sont pas encore tombés malades, et provoquerait donc une deuxième vague pandémique avec les dégâts que l’on connaît. La seconde stratégie est celle vers laquelle s’orienteraient les pouvoirs publics, basée sur le contrôle électronique de la population grâce à la géolocalisation et des applications mobiles sur portables. Cette procédure déjà mise en œuvre dans certains pays asiatiques permet de tracer et confiner les malades ainsi que ceux qui ont été en contact avec eux. De lourds problèmes se posent alors quant à l’atteinte aux libertés individuelles et aux principes constitutionnels mêmes de la République (rupture d’égalité, ségrégation sur des critères biologiques, etc. et leurs conséquences en termes de Droits de l’homme, de citoyenneté, d’économie, de santé, d’éducation, d’accès aux ressources ...). Cette procédure est encore loin d’être mûre pour une application en France.
Une troisième alternative dérivée des deux précédentes reposerait, selon les auteurs de l’article, sur l’utilisation de l’Intelligence Artificielle, en associant de manière anonyme et volontaire les données de géolocalisation des téléphones portables et l’exploitation intelligente des bases de données portant sur les hypothèses initiales sur le Covid19, traîtés par IA pour permettre des modèles de prédictions de plus en plus fiables, à partir des données alimentées chaque jour sur la contagiosité, les résultats des tests de depistage, les données de proximité sociale, etc.
L’initiative CovidIA (https://covidia.org/) semble pour l’heure bien mystérieuse. Si elle est encourageante, elle repose néanmoins sur plusieurs hypothèses loins d’être réalisables. La première est celle d’une exploitation sur des données non viciées, c’est-à-dire vérifiées, mobilisant l’honnêteté des déclarants, et exemptes de toute cybercriminalité. La seconde est, à l’instar de la seconde stratégie, celle d’un accord des instances légales nationales et européennes (notamment conformité avec le RGPD) et d’une acceptation des citoyens.enfin, la troisieme correspond au pari que le gouvernement, en pleine polémique sur la conformité expérimentale de l’hydroxychoroquine pour le traitement précoce de la maladie, accepte de soumettre son plan d’action à un dispositif qui n’a jamais montré sa pertinence ni même son utilité.
Voir l’article commenté du Huffington Post,

31 mars 2020

DIV - SHS : L'anagramme du Covid-19.

« Il n’y a pas de hasard » disent les déterministes.
Une anagramme — du grec ανά, « en arrière », et γράμμα, « lettre », anagramma : « renversement de lettres » — est une figure du discours définie par les linguistes comme « figure de style » exprimant, par simple permutation des lettres d'un mot ou d’une phrase, un sens nouveau de ce mot ou de cette phrase devenus ainsi nouveaux. L’originalité de l’anagramme réside dans la création d’un sens métaphorique ou métonymique du mot ou à la phrase origine par enrichissement du sens du résultat de la transformation.
L’intérêt de l’anagramme réside, bien au-delà de l’exercice d’inversion de lettres, dans la production d’une sémantique explicite. on connaît parfaitement la phrase qui, convoquant « Le Marquis de Sade », permet de proposer le message explicite
« Le Marquis de Sade »,
« Démasqua le plaisir »,
« Marque des Ladies », soit
« Le Marquis de Sade démasqua le plaisir, marque des ladies »…

Le grand linguiste francophone Ferdinand de Saussure considère l'anagramme comme l’un des principes de base de la technique poétique indo-européenne, notamment avec ses origines grecques et latines que l’on retrouve à al fois dans la poésie mais également la religion :
« Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum »
« Virgo serena, pia, munda et immaculata »
(Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, dérivé en Vierge sereine, pieuse, pure et immaculée).

Pour la psychanalyse, et certains de ses théoriciens comme Lacan, l’anagramme est la figure du retour du refoulé : les mots sous les mots. L’expression du mot conscientisé permet celle du mot déguisé. Le travail de l’analyse consiste alors aider le sujet à démasquer ce fondement.
Enfin, l’anagramme a servi depuis toujours comme méthode de codage des messages devant rester confidentiels. certains savants, tels Galilée, l’utilisaient pour communiquer en toute impunité de censure religieuse et plus tard, l’anagramme a joué un rôle dans la transmission de messages codés, ou la désignation d’alias nominaux pour les militaires, ou les résistants de la seconde guerre mondiale. 

Certains auteurs ont utilisé et utilisent encore l’anagramme pour signer des textes qu’ils souhaitent anonymes ou attribués à autrui : « Étron de Bran » pour André Breton, appelant également Salvador Dali « Avida dollars ».

Pour ce qui est de la crise actuelle, on comprendra que le Covir-19 ne passe pas à côté des interrogations…
(remerciements à Cécile Claverie).

30 mars 2020

BIO - SHS : Le concept de "One Health" fonctionne-t-il en France ?

Le concept « One Health » ou « Un Monde, Une Santé » est un mouvement d'idée promu au début des années 2000 et soutenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) et Organisation mondiale de la santé animale (OIE). La One Health entend faciliter une approche systémique intégrée de la santé mondiale, combinant santé humaine publique, santé animale et santé environnementale. Cette démarche trouve son application tant aux échelles locales que continentales et même planétaire. Son but explicite est d’affronter efficacement les maladies émergentes à risque pandémique, et plus généralement tous problèmes sanitaires complexes à l’interface entre l’homme, l’animal et leur environnement commun. La « One Health » vise à promouvoir une action interdisciplinaire et intersectorielle dans la gestion publique de cette santé conçue comme globalité, nécessitant une étroite collaboration entre les disciplines de la santé humaine, de la santé animale et de la santé environnementale, cela aussi bien au niveau opérationnel et clinique, qu’au niveau des laboratoires et des supports d’exploration biologique, que de la recherche et de l’enseignement supérieur ou de la sensibilisation à une culture de la santé, de la prudence et de la résilience.
Cette approche accorde un rôle majeur aux spécialistes de santé (médecins, pharmaciens, biologistes, vétérinaires…), aux gestionnaires d’animaux (éleveurs, agriculteurs…), ainsi qu'aux personnes en contact régulier avec l’environnement et les faunes sauvages qui les occupent (pêcheurs, chasseurs, forestiers, gestionnaires d'espaces protégés…). La mise en œuvre passe par tous les moyens amenant tous ces acteurs, sans exclusive (et c’est difficile à certains de concevoir qu’ils ne sont pas les supérieurs naturels des autres disciplines) à s’informer mutuellement et à agir d’une manière concertée, en liaison avec les ministères concernés (santé, agriculture, eaux-et-forêts, mer et halieutique…) et les institutions publiques et privées (justice, police, douanes, environnement, transports, affaires maritimes, mais aussi cliniques, établissements de soins, compagnies maritimes ou aériennes…).
Les épidémies comme celles dite de la vache folle, de la peste pulmonaire de Madagascar, de la fièvre de la Vallée du Rift, des différentes grippes aviaires, des SRAS et du Covid-19, etc., mais encore les crises récurrentes d’insécurité alimentaire ainsi que la future catastrophe de l’antibiorésistance qui nous attend dès la sortie de la crise actuelle, nécessitent des approches intégrées de type « One Health » pour aborder la complexité des situations de crise.
Reste qu’il faut alors disposer des outils de cette gestion de crise, par exemple le command and control ou C4ISR, le big data et le cognitive computing, les moyens de la visualisation et de la transmission généralisée et interculturelle des résultats des analyses et des surveys.
Deux volets sont à examiner. Le premier concerne les épizooties, les phytopathologies, les atteintes environnementales, des paysages, des milieux humides, etc. et de la biodiversité, et leurs conséquences en termes de qualité et de quantité d’alimentation des populations. Le second intéresse directement la santé humaine puisque plus de 60 % des maladies humaines infectieuses connues ont une origine animale, au moins 70 % des maladies émergentes ou ré-émergentes graves sont depuis un siècle presque toujours des maladies zoonotiques ou à vecteurs animal, la plupart du temps favorisées par des déséquilibres écologiques, climatiques ou sociaux (migrations, guerres…). Un troisième volet concerne directement la sécurité globale avec le constat que 80 % des pathogènes mobilisés par le bioterrorisme ou les armées voyouses sont d'origine animale.
Mais alors, où est le problème ?
La position française par rapport à la « One Health » a fait l’objet d’un rapport de 2011 (ien ici) reposant sur plusieurs principes majeurs dont on se demande pourquoi certains n’ont pas fonctionné dans la gestion de la crise actuelle. En déclarant soutenir les trois organisations internationales, la France s’engage d’abord dans le renforcement des capacités de santé pour les pays en voie de développement (PED) et à promouvoir une approche régionale du Monde.
Afin de favoriser une coordination accrue entre les réseaux de surveillance en santé humaine, en santé animale, en sécurité alimentaire et en surveillance environnementale, il est appelé à une mise en relation et une coopération plus étroite des systèmes de santé publique et vétérinaire. On se demande alors pourquoi le Ministère de la santé n’accepte pas les offres de service des industries pharmaceutiques vétérinaires pour les productions de tests, de réactifs ou de gels hydroalcooliques. Vantant son expérience dans la lutte intersectorielle et la prévention de la «pandémie grippale», la France propose une démarche de même nature pour la santé des écosystèmes, la surveillance de l’environnement, et la gestion de la situation alimentaire et nutritionnelle. ici encore, on s’interroge sur la non-application de tels principes à l’arrivée du covid-19. Enfin, la France veut favoriser les capacités de diagnostic par la mise en réseau des laboratoires, alors qu’elle refuse l’aide des industries vétérinaires.
Aujourd’hui, l'Académie vétérinaire de France (AVF) interpelle le gouvernement (28 mars 2020) pour que les laboratoires vétérinaires sachant réaliser les tests Covid-19 puissent les produire à grande échelle Et contribuer à l’effort national : voir le communiqué de presse, alors que l’administration française refuse cette aide de 80 laboratoires publics et une dizaine de groupes privés, ainsi que celle des cinq producteurs de réactifs pour la fabrication de tests vétérinaires. Les vétérinaires ont depuis plusieurs années toutes les compétences sur les pandémies, sur les coronavirus, et sur l’approche populationnelle. Les laboratoires vétérinaires savent développer des tests à grande échelle pour ce type de maladies ; ils pourraient être très vite opérationnels pour le Covid-19 alors que les hôpitaux manquent de tout et que la politique de la détection généralisée est repoussée faute de réactifs.
Mais les textes français, échos de la culture nationale de l’unicité médicale humaine, empreints du principe de précaution et de la barrière de l’autorisation de mise sur le marché, ne facilitent pas les choses ; il est d’ailleurs curieux de voir que  l’on peut Rapidement adapter le Droit du travail mais pas celui de la Santé, et qu’il reste si difficile de prendre une décision temporaire d’exception sans danger…
D’autres nations ont résolu ce problème : la FDA a donné son feu vert pour mobiliser ses producteurs de réactifs aux USA, l’Allemagne qui systématise les tests de dépistage à grande échelle a mobilisé son réseau de laboratoires vétérinaires, etc.
Au-delà de la spécificité sectorielle connue du monde médical (débat en cours) qui ne faciliterait pas les choses, un élément de résistance réside dans la difficulté culturelle de considérer l’homme comme un animal comme d’autres ; notamment les grands mammifères dont il n’est pourtant qu’un exemplaire dans l’organisation du vivant. La problématique  réside dans l’attribution d’un statut, tout admissible qu’il soit, qui glisse d’une conception culturelle à la dimension purement biologique.
Il s’agit là d’un problème complexe, emprunts de différences culturelles majeures entre d’une part des spiritualistes, considérant l’homme au sommet de la pyramide des êtres, certains le croyant être posé là par volonté divine ou y ayant accédé conformément à un plan (intelligent design, etc.), et d’autre part d’autres personnes, privilégiant une vision socioculturaliste de l’humanité, attachée au primat des valeurs idéalisées et constitutives des groupes humaines, états, civilisations...
Entre les deux opèrent donc les ronds de cuir, refusant cette forme de « continuité » entre santé humaine et santé animale, entre humanité et environnement, veillant scrupuleusement à l’application de textes inadéquats, plus qu’à l’initiative et à la facilitation d’une réalisation de l’action commune nécessaire.

Nota : La situation évolue et le gouvernement fait marche arrière.
Le JIM (Journal International de Médecine) informe dans son édition en ligne du 6 avril 2020, qu’à compter de ce jour (lien ici) :
- les laboratoires vétérinaires sont invités à réaliser les tests de détection du SARS-CoV-2 :
- les respirateurs à usage vétérinaires peuvent être utilisés en réanimation humaine ;
- les médecins sont autorisés à utiliser les médicaments vétérinaires en clinique humaine en cas de pénurie.

29 mars 2020

IA : IBM ouvre ses accès gratuitement pendant 90 jours.

La chaire IBM de l’ENSC informe la communauté cognitique. 

Pendant la crise sanitaire mondiale, IBM a recensé quelques unes des offres les plus adaptées pour aider les organisations à faire face à leurs nouveaux challenges.

Le lien https://ibm.co/OffresIBM permet des accès gratuit pendant 90 jours.

Par ailleurs, pour assurer la continuité des programmes, IBM a réalisé un portail (https://www.ibm.com/remotelearning/) qui rassemble :
  • des outils et ressources pour l'enseignement à distance, notamment des gratuités exceptionnelles sur certaines solutions
  • des conseils pour bien accompagner chacun (enseignants, parents et accompagnants) dans ce mode d'éducation.
Le site IBM Academic Initiative (https://my15.digitalexperience.ibm.com/b73a5759-c6a6-4033-ab6b-d9d4f9a6d65b/dxsites/151914d1-03d2-48fe-97d9-d21166848e65/home) réunit des ressources gratuites, formations, vidéos, badges, logiciels et Cloud en libre-service pour les étudiants, élèves et enseignants. 
Les élèves peuvent y découvrir en autonomie les bases de l'intelligence artificielle, de la sécurité, des data sciences et de la blockchain, ou du quantique.

Ces ressources sont accessibles depuis votre adresse mail académique (ensc).
Pour tout renseignement, contacter Soit vitre responsable d’année, soit, le cas échéant, le directeur de la chaire IBM, Marc Rodier, à l’ENSC.

28 mars 2020

DIV : Plagiat et détection du plagiat dans les travaux universitaires.

Je suis un vieux monsieur, vieux professeur, et donc ayant vécu des époques difficiles desquelles nos jeunes générations ont heureusement été épargnées.
Aujourd’hui, dans une situation de crise majeure, je vois ressortir des mêmes vieux démons, des comportements, ceux des voyous et ceux de la dénonciation.
Ainsi, une campagne de promotion d'outils de détection du plagiait été lancée par une société qui propose une formation aux enseignants et aux étudiants ; les premiers pour sévir, les seconds probablement pour dénoncer ou voir si leurs éventuels plagiats passeraient au travers des outils en question.

Cette campagne appelle chez moi plusieurs réflexions :
1/- Tout est plus ou moins gris, et blanc et noir sont des fantasmes.
Dans la vraie vie, celle en dehors du numérique, rien n’est jamais tout blanc ni tout noir. C'est d'ailleurs pour cela qu'il existe des juges, et en matière académique, des professeurs (même si certains sont informaticiens).
Tout est plus ou moins gris, et le clair, j'en conviens, est dans certaines circonstances tout de même mieux que le sombre. Par contre, dans d’autres contextes, c’est le sombre qui tire son épingle du jeu.
Le plagiat pose le problème de la concurrence entre une forme idéalisée d'intégrité, qui postule que tout doit être une création de soi, ne devant rien aux autres, sauf à citer les extraits de manière précise après avoir (donc) vérifié qu'eux-mêmes ne tombaient pas sous le coup de la critique énoncée (qui le fait-il ?). Faire avancer la connaissance ; celle-là est évidemment basée, inspirée et motivée des travaux antérieurs (qui les cite-t-ils tous exhaustivement ?).
2/- Des outils probablement eux-mêmes critiquables.
Si des outils de détection existent, il existe forcément des outils de contre-détection. Ces contre-outils, que l'on trouve facilement sur le web, permettent de transformer des textes pillés pour être indétectables par la première catégorie d'outils. Les plus anciens reposent sur une traduction automatique en langue étrangère, éventuellement corrigée et adaptée par l'auteur du délit, puis une traduction retour que l'auteur peut alors amender, enrichir, etc. Et cela à plusieurs reprises en changeant l’ordre des paragraphes.
Bien évidemment, nous avons là ce que font gendarmes et policiers de manière très légitime : détecter les délinquants. Mais ce sont ici les petits, les maladroits, ceux qui veulent ou doivent pourtant contribuer à une production de savoir ou faire preuve d’un tel savoir pour un examen par exemple.. Mais qu'en est-il des gros que ces outils ne verront pas ? Et qu’en est-il des européens s’inspirant des anglo-saxons, des anglo-saxons le faisant des russes, ceux-là des asiatiques, et chaque groupe à qui mieux mieux des autres, parfois dans des efforts de compétitivité nationale.
De plus, ces outils sont-ils des productions faites ex-nihilo et ex-abrupto ? Ne s'inspirent-ils pas d'outils précédents ou de textes qu'ils ne citent pas ? N'empruntent-ils pas des briques technologiques non citées, elles-mêmes empruntant sans les citer d'autres briques, et ainsi de suite ? Bref, leurs auteurs ou promoteurs peuvent-ils assurer que ces outils ne sont pas typiques de ce qu'ils entendent dénoncer ?
3 - La paranoïa.
Méfions nous des travaux non inspirés, non inscrits dans un contexte d'écrits raisonnables, connus et validés. La paranoïa est parfois le début de l'inventivité, c'est aussi souvent le lieu d'une grande production de déchets qui encombrent, parasitent et handicapent le difficile travail d'évaluation. En retour, l'inventivité est souvent signe de paranoïa et à force de promouvoir les paranoïaques, on ne sélectionne que les hypertrophiques du moi, caractérisés par une fausseté du jugement et un sentiment de persécution ("je ne suis pas reconnu à ma juste valeur : les professeurs sont des ânes, ou ils m'en veulent pour quelque raison que ce soit").
4 - La peste et la honte.
Gardons nous de ce fléau, cette honte : la délation ! (Voir ici, et )
La frontière est une zone grise : la dénonciation serait guidée par le bien, la délation par le mal. Mais qui peut dire où passe la frontière ? La dénonciation n’est-elle pas quelque part au bénéfice obscur, même inconscient, du dénonciateur ?
Si la dénonciation peut être considérée comme un devoir civique, c'est bien entendu lorsqu'elle concerne les crimes et des délits les plus graves, ceux qui portent atteinte à la société, à l’environnement ou à une personne vulnérable.  La question reste cependant débattue entre l'administration qui dispose de textes imposant la dénonciation de proches par exemple dans le cadre de l'infraction routière, et certaines juristes qui pensent que l'obligation de dénonciation ne peut s'appliquer en cas de délit mineur et surement pas d'infraction, sauf pour l'autorité administrative qui y est contrainte sans qu'aucune peine ne soit d’ailleurs prévue pour la non dénonciation.
En France, une dénonciation est un acte par lequel un citoyen porte à la connaissance de la justice ou de l’administration une infraction commise par autrui. Elle se distingue donc à la plainte qui serait une forme de dénonciation émanant de la victime elle-même, et de la délation qui est explicitement faite pour nuire (voir ici). La question reste entière, si l'auteur pillé est une victime et peut donc dénoncer le plagiat, le professeur évaluateur est-il victime ? Quel est la dimension de l'atteinte ? Doit-il régler le problème avec l’étudiant ou le faire traduire d’avant les instances disciplinaires ?
Tout cela dépasse bien évidemment ma compétence et doit être précisé par les juristes et établi par les juges. J'espère que leurs commentaires de ce post seront instructifs. En tous cas, il y a des gens qui en font leur petit commerce.
Il n'en reste pas moins qu’à titre personnel, comme vieux professeur, la dénonciation reste pour moi hors des cas exceptionnels d'atteinte à l'Etat, à la société, à une personne vulnérable, une peste brune, et cela d'autant qu’elle est facile, son auteur et ses complices bien planqués, leur grand nez touchant le tout petit écran de leur machine.




04 mars 2020

IA : Quantique - Honeywell et Microsoft contre Google et contre IBM

La compétition entre les grands du monde du calcul quantique est relancée par Honeywell qui annonce aujourd'hui son ordinateur quantique qui sera disponible pour ses clients dans un délai de trois mois avec un volume quantique d'au moins 64. Honeywell déclare de plus que le volume quantique de son ordinateur sera multiple par 10 chaque année au cours des 5 prochaines années (lien).
La technologie utilisée est dite à couplage de charge quantique à ions piégés. Le système quantique est construit autour d'un piège cryogénique de surface permettant de réarranger arbitrairement les ions (atomes chargés) et d'opérer des portes parallèles tout en contenant des informations quantiques (ions piégés) grâce à des champs électroniques, qui sont manipulés et codés à l'aide d'impulsions laser. De manière simple, on peut comprendre que les ions sont alignés selon de puissants champs électro-magnétiques perpendiculaires les uns aux autres, séparés les uns des autres par un espace défini. Leurs électrons en orbite deviennent alors des adresses personnelles des QuBits et leurs orbites sont modifiés par  les vaisseaux laser, permettant ainsi de coder l'information en exploitant à la fois superposition d'état et intrication de certains ions.
L'annonce est d'autant plus intéressante que le volume quantique annoncé (64) est impressionnant. Le volume quantique est une mesure qui représente la puissance "finale" d'un ordinateur quantique en tenant compte des erreurs, de la diaphonie des appareils, de la connectivité, de l'efficacité des compilateurs et de la performance des programmes utilisables. C'est-à-dire qu'il représente la performance et l'utilité finale pour l'utilisateur. Il diffère d'un autre indice de performance, la suprématie quantique, qui permet de réaliser la solution concrète et fiable d'un problème de calcul que les super-ordinateurs classiques ne peuvent pas résoudre en un temps raisonnable (par exemple quelques minutes, voire secondes, contre des dizaines, voire centaines ou milliers d'années). Le volume quantique annoncé par Honeywell est 2 fois plus important que celui prévu par IBM dont le futur Q System One de  de 20 QuBits est annoncé pour 2020 avec un volume quantique de 16.
Pour maintenir sa performance, Honeywell investit dans des fournisseurs de logiciels quantique tels que  Cambridge Quantum ComputingZapata Computing, et  JPMorgan Chase. Des applications directement applicables pour les services financiers sont développés par JPMorgan Chase, Cambridge Quantum développe des applications pour la chimie, le pétrole et le gaz et l'industrie en général, et Zapata se concentre sur le calcul massif, le deep learning et la cybersécurité, pour concurrencer les superordinateurs.
Pour permettre à ses clients un accès facilité à ses machines, Honeywell a conclu un partenariat avec Microsoft pour valoriser l'écosystème "Azure Quantum". De manière très transparente, Honeywell porte son projet de manière commerciale, et non à visée scientifique comme le font jusqu'ici IBM et Google, pour concrètement mettre à disposition de ses clients un outil permettant d'aborder la vaque du "calcul inabordable" par le prix du temps machine nécessaire au traitement du Big Data.
On peut regretter encore une fois que les compagnies ne puissent collaborer de manière constructive dans le développement d'une informatique quantique pour tous, en préfigurant des mondes parallèles, captifs et concurrentiels entre les grands acteurs, et des utilisateurs piégés dans un système plutôt qu'un autre.

02 mars 2020

IA : Les niveaux de maturité quantique.

Kristel Michielsen est une physicienne belge travaillant en Allemagne, au « Jülich Supercomputing Center » (JSC). Spécialisée en informatique quantique, elle s’est distinguée dans les études portant sur les composants et leur physique, puis sur les algorithmes qu’ils peuvent supporter.
Elle est à l’origine de l’adaptation de l’échelle de maturité technologique de la NASA en une échelle QTRL : la « Quantum Technology Readiness Level ».
Dans cette échelle, le QTRL1 concerne une technologie qui se limite au cadre théorique de l'informatique quantique c’est-à-dire les études des propriétés de base des dispositifs d'informatique quantique. Le niveau  supérieur, QTRL2, consiste une fois les principes de base du dispositif, à étudier des algorithmes qui pourraient être théoriquement supportés par le technologie informatique quantique précédente. La physique des Q-bits et leurs propriétés exploitées par cette algorithmique correspond au QTRL3, qui implique des études en laboratoire pour valider les prédictions théoriques et justifier ou non la poursuite du processus de développement. Le QTRL4 correspond à la fabrication concrète des systèmes uni- ou multi-Q-bits et leurs opérationalisation en termes de superposition et intrication, qui sont testés l'une avec l'autre. Au QTRL5, des composants intégrés peuvent constituer un processeur quantique, sans correction d'erreur, mais permettant une mesure fiable des résultats. Les technologies de correction d'erreur permettent d’aborder le QTRL6, de manière fiable et répétée. Cela permet d’aborder la création d’un ou plusieurs prototypes multi-Q-bits au QTRL7 en permettant de résoudre des calculs quantiques élémentaires, dans un environnement d’utilisation fluide et non expérimentale.  Les versions évolutives d'un ordinateur quantique répondant aux tests, au QTRL8, permet de mettre en œuvre et d’aborder la suprématie quantique qui correspond au QTRL9.

06 novembre 2019

IA - BIO - INFO - TECH : Les nouvelles prédictions de Ray Kurzweil (2019).

Le célèbre Ray Kurzweil, aujourd'hui responsable de la branche IA de Google, transhumaniste militant, s'est fait le spécialiste des prévisions des développements technologiques.
Ainsi pédisait-il, dès 1989, la chute de l'union soviétique par la diffusion de la téléphonie mobile et des télécopieurs, que les machines vaincraient le champion du monde d’échecs avant 1998. pari gagné puisqu'en 1997 Deep Blue (IBM) gagna la célèbre rencontre contre Garry Kasparov. Il évoquait la possibilité pour un PC d'être capable dès 2010 de répondre à des questions simples en cherchant sur internet, ce dont Google s'est depuis fait une spécialité, y compris pour des requêtes multiples de sens ouvert. Il prévoyait qu'en 2009, on pourrait donner aux machines des instructions en langage naturel. Et voilà que surgit les logiciels de dictée, ainsi que les logiciels de commande tels que Siri de Apple, puis Alexa de Amazon et Dis-Google !  La technologie est aujourd'hui embarquée sur les BMW et d'autres équipementiers se précipitent dans le projet toujours plus élaboré de l'hybridité du langage et de la traduction automatique en ligne. Quant à ses prévisions sur la réalité virtuelle et augmentée, elles ont été réalisée notamment grâce aux Google classes en 2011, puis vinrent rapidement les Hololens de Microsoft et d'autre lunettes et head-up displays en aéronautique, dans la conduite des ateliers des usines 4.0 et aujourd'hui dans l'automobile pour tout le monde.
Bien entendu, nombre de ces prédictions n'ont pas été concrétisées, mais restent pourtant d'actualité. C'est dans cette perspective de Ray Kurzweil a proposé une nouvelle liste chronologique des technologies du futur.
En 2009 Ray Kurzweil réactualisait sa liste et donnait d'autres pistes dont nombreuses se sont réalisées - voir la liste des prédiction de RK dans Wikipedia : ici
Aujourd'hui, dix ans après cette nouvelle série prophétique, Ray Kurzweil propose une série actualisée dont voici le résumé.
2019 – Disparition des fils et câbles pour les appareils individuels et les périphériques.
2020 – Puissance de traitement des PC comparable à celle du cerveau humain.
2021 – Internet sans fil pour 85% de la surface de la Terre. 
2022 – Émergence (USA, Europe) de lois réglementant les relations entre humains et robots, et formalisation des droits, devoirs et limitations/interdictions dans ces relations.
2024 – Conduite automobile obligatoirement supervisée par l'IA, et interdiction de conduire sans aide technologique.
2025 – Avènement d'un grand marché de gadgets-implants.
2026 – Prolongement technologique de la vie humaine (au moins autant que la vie passée).
2027 – Vulgarisation et généralisation des robot personnels autonomes pour des actions complexes. 
2028 – Énergie solaire universellement répandue suffisante aux besoins énergétiques de l’humanité.
2029 – Test de Turing pour les machines et fusion IA-IN par simulation informatique du cerveau.
2030 – Nanotechnologies généralisées pour une baisse significative des coûts de fabrication
2031 – Imprimantes biologique 3D dans tous les hôpitaux pour imprimer des organes humains.
2032 – Nanorobots médicaux pour apporter des substances nutritives aux cellules en éliminant les déchets. Scanner du cerveau humain par nanorobots pour la maîtrise de son fonctionnement.
2033 – Les voitures autonomes, sans conducteur ni parfois passager.
2034 – Premier rendez-vous de l’homme avec l’intelligence artificielle
2035 – Matériel spatial de protection permanente de la Terre contre les astéroïdes.
2036 – Reprogrammation cellulaire pour guérir des maladies, et imprimantes 3D pour fabriquer des nouveaux tissus et organes.
2037 – Découverte de centaines de sous-régions cérébrales ayant des fonctions spécifiques avec décryptage algorithmique et intégration aux réseaux neuronaux artificiels.
2038 – Apparition de personnes robotisées et de produits de technologies transhumanistes tels qu'implants optionnels supplémentaires.
2039 – Nanovéhicules directement implantés dans le cerveau pour une réalité virtuelle d'immersion totale, sans équipement supplémentaire.
2040 – Recherche Internet directement par la pensée avec résultats affichés sur des lentilles de contact (ou des lunettes spécifiques).
2041 – Débit internet maximal de 500 millions de fois plus élevé qu’aujourd’hui.
2042 – Première réalisation potentielle d’immortalité grâce aux nanotechnologies.
2043 – Plasticité d'aspect du corps humain grâce à des nanorobots, et organes remplacés par des dispositifs cybernétiques ultrafiables.
2044 – Intelligence non-biologique des milliards de fois plus performante que l'intelligence biologique.
2045 – Singularité technologique. La Terre se transformera en une gigantesque machine
2099 – Extension du processus de singularité technologique à tout (ou parties de) l’Univers. 
(voir la nouvelle liste des prédictions de RK de 2019 : ici)
Perspective : 2100 - Fin de l'humanité même sous sa forme artificielle (note de l'auteur).
https://en.wikipedia.org/wiki/Predictions_made_by_Ray_Kurzweil

24 octobre 2019

BIO : "Prime Editing" - le CRISP-Cas9 bientôt remplacé.

Une équipe du MIT et de la Harvard University publie dans le dernier numéro (21 octobre 19) de Science (ici) une nouvelle méthode d’édition du génome : le "prime editing".
Cette nouvelle technologie de bio-engineering permet, selon les auteurs, de fournir une meilleure précision que le CRISPR-Cas9. Contrairement à CRISPR-Cas9. Permettant de ne remplacer qu’un brin d’ADN à la fois, elle réduit la probabilité d’insertions aléatoires ou de suppressions de séquences d’ADN, ce qui résout le problème du CRISPR-Cas9 qui coupe les deux brins en même temps pour être remplacés par une nouvelle séquence sur chacun des deux brins.
La précision en est d'autant augmentée, permettant un travail quasi parfait au sein du génome. On attend les premiers résultats dans la mise en oeuvre de cette technologie révolutionnaire qui propulse encore plus en avant les progrès de la bio-ingénierie interventionnelle (ici).
Voir également dans ce blog : (ici)

07 octobre 2019

DIV : IA et images - les réseaux de neurones de 1988 (7 octobre).

Y-a-t'il quelque chose de vraiment nouveau ?
http://bernard.claverie.free.fr/references/Neuro-Image-1988.pdf

Les 6 et 7 octobre 1988 se tenait, à l'Université Bordeaux 2 (Carreire - Bordeaux), le premier colloque français sur les réseaux de neurones et la reconnaissance d'image : "Neuro-Image". Inspiré du mouvement initié par les PDP (parallel distributed processes) et par la programmation parallèle de Inmos®, l'IRASCA (Institut Régional Aquitain des Sciences Cognitives Appliquées - Université de Bordeaux II) réunissait quelque 120 scientifiques autour des invités d'honneur Jacques PAILLARD (Institut de Neurophysiologie et Psychophysiologie du CNRS - Marseille) et Paul SMOLENSKY (Université du Colorado - Boulder) une réunion historique autour de quatre thèmes :
  1. l'approche clinique de la reconnaissance (présidence de séance : Fréda NEWCOMBE - Radcliffe Infirmary - Oxford) ; 
  2. les neurosciences de la vision, de l'image à la représentation (Présidence Michel IMBERT - Neurosciences de la Vision - Univ. Pierre et Marie Curie - Paris) ; 
  3. les machines neuro-mimétiques pour la reconnaissance (Gérard DREYFUS - Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielle - Paris) et Michel WEINFELD - Ecole Polytechnique - Paris) ; 
  4. les modèles connexionnistes et l'IA pour la représentation (Jacques PAILLARD et Yves BURNOD - Institut Pasteur - Paris).
Chantre de l'interdisciplinarité, l'IRASCA avait ainsi mêlé les dimensions neuropsychologiques, cognitives, informatiques et électroniques des applications naissantes de réseaux de neurones. Ainsi les personnalités citées côtoyaient Glyn HUMPHREYS (Birkbeck College - Londres), Raymond BRUYER (Université de Louvain la Neuve - Bruxelles) et Xavier SERON (Clinique St. Luc - Bruxelles) Bernard RENAULT (Labo. d'Electrophysiologie et Neurophysiologie Appliquées - CNRS Salpêtrière - Paris), Simon THORPE (Lab. Neurosciences de la vision - UPMC Paris), ou J.M. CHASSERY et C. BELLISSANT de l'Institut de Mathématiques Appliquées de Grenoble), P. ANIZAN (CNET - Lannion), L. PERSONNAZ (ESPCI - Paris), H.P. GRAF (AT&T Bell Lab. - Holmdel et ses collègues, M. MOUGEOT et R. AZENCOTT (Lab. math. Application. - Paris Sud - Orsay), B. ANGENIOL (I.A. , Thomson CSF - Bagneux), B. ZAVIDOVIQUE et ses collaborateurs (ETCA - Arceuil), A. MARUANI et collaborateurs (Ecole nationale supérieure des Télécommunication - Paris), et Yves CHAUVIN (Lab. Psychologie de l'Univ. Stanford).
Des sessions de conférences étaient complétées par d'autres consacrées à l'exposition commentée de posters.
Le colloque était patronné par l'Université de Bordeaux II, et le colloque ouvert par son président, le Professeur Dominique DUCASSOU, et avait obtenu le soutien de la Région Aquitaine et du Département de la Gironde, de la Direction de la Recherche et des Etudes Techniques (DRET) du Ministère de la Défense (DGA), du Ministère des Affaires Etrangères, de la CCI de Bordeaux, ainsi que des sociétés TELMAT, BULL, INMOS, SCAIB, France Télécom, SARDE, OFFIKLI, Soft-Image, Definicon-Systems, Graftk, Microtel, et des écoles ENSERB, ESPCI, ainsi que de l'institut de neurobiologie théorique (INBT) de l'Université d'Angers et le CARME de l'Université de Bordeaux, et de la Banque Populaire du Sud Ouest.

L'initiative était lancée et le comité d'organisation présidé par Bernard CLAVERIE et comportait des personnalités comme Jean-Louis ERMINE (CEA, Univ. Bordeaux 1), Pierre HUMBERT (IGD, Univ. Bordeaux 3), Jean-Pierre BOURGEOIS (Institut Pasteur - Paris), Jacques PATY (Univ. Bordeaux 2) et bien d'autres (voir la liste ici).