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09 octobre 2021

BIO : L’RM le plus puissant pour l’exploration du cerveau humain fonctionne à Saclay.

 Un nouveaux pas (voir ici) vient d’être franchi par le projet « Iseult » au NeuroSpin de Saclay, centre de recherche sur l'imagerie cérébrale du CEA. Il est l'IRM aujourd’hui le plus puissant au monde pour observer les organes du corps humain, et tout particulièrement son cerveau. Fruit d’un partenariat associant notamment le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et l'industriel allemand Siemens-Healtlineers, il a atteint une puissance de 11,7 Teslas, c’est-à-dire  230.000 fois celle du champ magnétique terrestre (une machine hospitalière est habituellement de 3 Teslas.

Pour rappel, le champ magnétique intense de l’IRM permet la polarisation des molécules de l’organe étudie, qui vont alors modifier des champs magnétiques plus faibles et permettre par calcul de reconstruction 3D de caractériser la composition des tissus traversés. Les images permettent ainsi d’étudier le plus finement possible la structure de l’organe, avec une résolution des images inférieure au demi-millimètre, et un énorme gain en qualité de signal par rapport aux techniques actuelles.

Ce progrès est le résultat de vingt ans de collaboration et six ans de travail effectif qui ont permis d’assembler des milliers de kilomètres constituant la bobine électromagnétique de 45 tonnes. Le circuit en alliage de nobium-titane est maintenu à une température proche du zéro absolu grâce à un circuit d'hélium liquide.

Voir le communiqué du CEA.

10 octobre 2020

IA : IBM annonce IBM Condor pour 1000 quBits

IBM a présenté cette année son dernier projet, le microprocesseur quantique IBM Hummingbird’ capable de traiter jusqu’à 65 qubits d’information et vient remplacer le processeur IBM Falcon, conçu en 2019 pour 27 qubits.

IBM prévoit déjà son prochain processeur pour 2021 qui devrait atteindre une puissance de 127 qubits, puis un nouveau de 433 qubits en 2022. 

Et en 2023, IBM pense accéder au seuil des 1000 qubits avec le processeur IBM Condor (1121 qubits).

2019 - 27 qubits ; 2020 - 65 qubits ; 2021 - 127 qubits ; 2022 - 433 qubits ; 2023 - 1121 qubits.

Vivement demain.

22 juin 2020

IA : Compétition pour force brute de calcul.

L’institut public de recherche Riken et le groupe informatique Fujitsu annoncent aujourd’hui la performance de vitesse de calcul de 415 millions de milliards d’opérations à la seconde pour leur nouveau supercalculateur Fugaku (415,53 pétaflops). La machine japonaise devient ainsi la plus rapide du monde (voir le communiqué).
Le nom du champion vient du nom nippon du Fuji Yama. L’ordinateur est installé au sein du Riken Center for Computational Science (R-CCS) à Kobe (Japon). 
Mis à la disposition du monde de la recherche, Fugaku devrait dès 2021 permettre de travailler sur la modélisation de la diffusion du Sars-Cov-2 et du COVID-19, mais également sur la conception de nouveaux médicaments, celles de solutions énergétiques, d’optimisations industrielles, à la recherche fondamentale sur l’univers, sur des problématiques d’Intelligence artificielle et d’informatique quantique, ou à la simulation de catastrophes naturelles ou industrielles.
Mais la compétition reste ouverte, et les américains et chinois prévoient déjà des concurrents dont les puissances attendues sont en exaflops, soit en milliards de milliards d’opérations à la seconde.

02 juin 2020

BIO - IA : Le fantasme du premier œil bionique.


Un consortium de trois équipes de recherche, l’une du département d’Electronique de l’université des Sciences et Technologies de Hong Kong à Kowloon (Chine), la seconde du département d’Ingenierie et d’Informatique de l’Universite de Californie à Berkeley et une autre de la division des sciences des matériaux du Laboratoire National Lawrence Berkeley en Californie (USA), vient d’annoncer dans la revue Nature (lien ici) la conception du premier œil bionique complet à destination future des non voyants.
Cet équipement électronique intégré, l’EC-EYE (ElectroChemical EYE), est constitué d’un globe oculaire artificiel complet dont la rétine est constituée de minuscules capteurs électrochimiques positionnés dans une membrane hémisphérique d'aluminium et de tungstène et imitant les véritables cellules photoréceptrices. La partie optique du prototype est constituée d’une lentille et forme la cavité sphérique contenant un liquide ionique. Les données qui en sont issues sont transmises par de minuscules câbles formant le nerf optique. Pour l’instant limité à une résolution de 100 pixels et à un champs de vision de 100 degrés, le dispositifs sera amélioré pour permettre d'ici cinq ans selon les auteurs une vision quasi normale sur 160 degrés et permettre une utilisation substitutive en clinique, voire dépasser les aptitudes naturelles de l’homme. L'appareil pourrait alors équiper des robots humanoïdes ou d’autres dispositifs de vision. Les chercheurs pensent ainsi pouvoir à terme obtenir un œil doté de nanorécepteurs permettant une vision dix fois plus précise et performante que celle de l’œil humain. 
Deux problèmes restent posés et non abordés par les auteurs. Le premier est celui de l’interface qui sera nécessaire chez l’homme entre la partie artificielle est le premier relai sous cortical (genouillé latéral du thalamus) en respectant son organisation structurale en couches et fonctionnelle en hémichamps droit et gauche, en réseaux rapide (magnocellulaire) et plus lent et précis (parvicellulaire), selon le type d’information et sa localisation sur la rétine. Ce problème est d’autant plus critique qu’il participe à la ségrégation des informations en contrastes, couleurs et mouvements, tout en permettant d’assurer la mobilité oculaire (poursuite oculaire, mouvements réflexes, contraintes de nystagmus, etc.), pour un traitement spécifiques à d'autres aires cérébrales distinctes (notamment corticales). Il se posera d’autant plus s’il doit être coordonné avec un œil sain restant, posant la question de sa cohérence ou de sa suppression, produisant alors un nécessaire handicap pour pouvoir être couplé avec un second œil artificiel (éborgnement). Le second problème est, dans le cas fort théorique ou le premier pourrait être résolu, de savoir ce que ferait un homme augmenté d’une vision dix fois plus performante que la naturelle.
Nous sommes encore une fois confrontés au fantasme des spécialistes de l’artificiel qui veulent faire plus en omettant les contraintes de bases comme si leur solution allait de soi. Toujours plus n'est pas forcément mieux. 
Il y a fort à parier que les équipes californiennes et chinoises produiront un œil artificiel qui restera un gadget puisque d’une part impossible à connecter utilement au cerveau, sauf à en faire un simple outil d'interface cerveau-machine (BCI). Dans le cas où l’interface serait possible, alors pourquoi utiliser un œil plutôt qu’un dispositif plus efficace de caméras incorporées ou embarquées sur des lunettes, plutôt qu’un dispositif « usine à gaz » faisant courir des risques chirurgicaux considérables à la personne qui en serait équipée ? Enfin, lorsque les auteurs affirment que l’œil est déjà capable de différencier des lettres simples comme E et Y, ils omettent l’idée que ce n’est pas l’œil qui voit ces lettres, mais tout un ensemble, avec l'intervention d'un système postérieur, soit d’intelligence artificielle dans leur cas, soit d'intelligence naturelle soumise aux apprentissages culturels dans le cas de l'homme normal, l’œil ne détectant que des différences auxquelles une intelligence donne éventuellement un sens en fonction des acquis, de la mémoire et des apprentissages, et de la motivation ... à voir.
Ce problème de l’interface est récurent chez les mécanistes qui engagent pourtant des moyens colossaux comme s’il était résolu. Le fameux Elon Musk fait d'ailleurs comme s'il avait franchi ce cap grâce à son dispositif cerveau-ordinateur développé par sa société Neuralink, alors qu’il ne permet que de produire de nouveaux apprentissages chez les sujets à partir d’électrodes implantées, comme le faisait déjà Grey Walter par l’électroencéphalogramme de surface (électrodes collées sur le scalp) avec ses tortues robots au milieu du siècle dernier, et que réalise tous les jours le "brain-computer interface" tel qu'il est enseigné et mis concrètement en oeuvre à l'ENSC. Pour l'avoir moi-même testé à l'hôpital avec des électrodes implantées et recueillir des potentiels évoqués cognitifs de 1993 à 1999 (voir liste de publications ici), je peux affirmer que ... ça ne marche pas ... à de tels niveaux macroscopiques et d'approximation théorique.
Rien de nouveau sous le soleil, et toujours le fantasme du bio-mimétisme  dans un transhumanisme paralysé par ce boulet conceptuel. On ne fait pas voler des avions en imitant les oiseaux ! Voir à ce propos l'excellent article de Jean-Claude Beaune, André Doyon et Lucien Liaigre sous le titre "automate" dans la non moins excellente Encyclopaedia Universalis (lien ici), et comprendre comment, "Comme le train qui s'entête, dès sa naissance, à singer la diligence, le robot, marqué des pouvoirs nouveaux de l'électricité, de l'asservissement mécanique et de l'électromagnétisme, s'entête à son tour à parodier tristement la nature humaine" (sic).
Voir l'article de Martin Koppe sur un "Regard anthropologique sur le biomimétisme" dans le Journal du CNRS (lien ici), qui explique le "biomorphisme", c'est-à-dire utilisation et "détournement" de solutions héritées de l'évolution adaptative pour faire quelque chose d'autre (par exemple le Velcro inspiré des épines du fruit de la bardane). Tout cela ne peut être confondu, dans un fantasme à la Pinocchio et à la bonne fée, avec la simple copie réductionniste d'éléments isolés d'ensembles fonctionnels intégrés, en espérant que la fonction émergente des derniers apparaisse spontanément des simples bouts de bois et de ferraille des roboticiens ou du silicium des informaticiens.

09 mai 2020

IA : Spot, le chien artificiel autonome pour faire respecter la distanciation sociale.

La société Boston Dynamics, dont on a suivi l’évolution depuis sa séparation de Google, est connue pour les robots autonomes, et notamment son chien automatisé dont la réalisation avait été financée par la DARPA (agence de financement du Ministère de la Défense américain). On connaît les différents films promotionnel que Boston Dynamics a produit, mettant en scène ses robots militaires dont des humanoïdes (film ici et film là) et des chiens porteurs (film ici et film là) dont les capacités d’apprentissage et d’autonomie sont impressionnantes (film ici) et très inquiétantes.
Jusque là, la frontière de l’utilisation était celle des forces armées, et on n’avait pas envisagé une utilisation de ces machines « de guerre » dans le maintien de l’ordre. Cette limite vient de tomber, et Singapour a décidé de mettre sur le terrain « Spot », un chien de Boston Dynamics pour faire respecter les mesures de distanciation sociale (film ici). Si, pour l’heure, le chien est contrôlé par un opérateur, rien n’empêche maintenant qu’une nouvelle limite tombe pour lui laisser une part de plus en plus importante d’autonomie, sans que cela ne pose, semble-t-il à Singapour, les problèmes éthiques que nous dénonçons en Europe.
Ce type d’artefacts, qui peuvent s’apparenter aux SALA pour être des systèmes potentiellement létaux et autonomes, pose une série de problèmes dont le premier est celui de l’absence d’universalité des doctrines éthiques en matière de robotique interventionnelle, mais également celui de la robustesse de la doctrine française dans le cas d’une généralisation à l’étranger de tels appareils et de leur usage civil.


25 avril 2020

IA - TECH : 25 Technologies pour booster l’économie post confinement

Le magasine Forbes propose aujourd’hui une liste prévisionnelle des technologies à mettre en œuvre pour booster l’économie de sortie de confinement (lien ici). Pour le magasine, il ne fait aucun doute que, malgré la crise terrible qui frappe le monde, cette décennie va mettre en œuvre des avancées technologiques permettant de compenser, rattraper voire rayer l’effet désastreux du confinement pour une reprise économique drivée par les technics.
Voici les 25 nouvelles technologies, dont bon nombre sont déjà de la compétence des ingénieurs diplômés de l’ENSC (voir plus de détail, lien ici).
  1. L’intelligence artificielle (au programme de toutes les années, plus parcours de 3eme année, et chaire ENSC/IBM autour de Watson) ;
  2. L’Internet des objets (IoT) ;
  3. Les technologies portables et l’humain augmenté (au programme de toutes les années et parcours de 3ème année) ;
  4. Le Big data et l’analyse augmentée (voir le DU Big data et statistiques pour l’ingénieur) ;
  5. Les environnements intelligents (au programme de deuxième année) ;
  6. Les Blockchains et la protection de registres ;
  7. Le cloud et la technologie de pointe (au programme) ;
  8. La réalité augmentée (idem) ;
  9. Les jumeaux numériques ;
  10. Le traitement du langage (au programme) ;
  11. Les interfaces vocales ;
  12. La vision artificielle et la reconnaissance faciale (en collaboration avec l’Institut d’optique, antenne de Bordeaux) ;
  13. Les robots et cobots (spécialité de 3ème année) ;
  14. Les véhicules autonomes (équipe de recherche avec l’IFSTTAR) ;
  15. La 5G ;
  16. La génomique et l’édition génétique ;
  17. La co-créativité homme-machine et le design augmenté (en collaboration avec les écoles de Condé) ;
  18. Les plateformes numériques ;
  19. Les drones et les véhicules aériens sans pilote (projets de 2eme année avec les simulateurs de la plateforme technologique) :
  20. La cybersécurité ;
  21. Les ordinateurs quantiques (au programme de la chaire ENSC/IBM) ;
  22. L’automatisation des procédés robotiques (cf. l’option de 3ème année) ;
  23. La personnalisation de masse et les micromoments ;
  24. Les impressions en 3D et 4D ;
  25. La nanotechnologie et la science des matériaux.
Voici une liste qui semble déjà bien remplie à l’ENSC, et qui donne plein d’idées pour collaborer avec l’ENSEiRB-MMK, l’Ecole de chimie (ENSCBP), l’Ecole des biotechnologies (ENSTBB), l’IOGS, et l’Institut Mines Telecom, dans un projet de rapprochement à reprendre par la nouvelle équipe de direction.

19 avril 2020

IA : Moore après Moore.

Le 19 avril 1965, dans une interview accordée à la revue Electronics Magazine, Gordon Moore, l’un des cofondateurs d’Intel, fait part d’une prédiction selon laquelle la complexité des puces allait doubler tous les ans. En 1975, il réévalue sa prédiction en précisant que le nombre de transistors sur une puce doublerait tous les deux ans. Depuis, cette hypothèse s’est vérifiée et popularisée au point d’être rebaptisée, par abus de langage, loi de Moore. Toutefois, depuis quelques années, la densification et la miniaturisation régulières des transistors sur des substrats en silicium rencontrent des contraintes nouvelles de taille. Néanmoins, la Loi de Moore ne semble pas éteinte et la recherche continue : MediaTek, société taïwanaise fabriquant des puces mobiles, conçoit aujourd'hui des processeurs gravés en 7 nanomètres, et travaillera "bientôt" sur le 5 nm ; une équipe de Berkeley arrive aujourd'hui à faire fonctionner un transistor d'un nanomètre (lien) pour des perspectives industrielles dans quelques années. L'autre piste est le changement de matière, avec des composants quasi-quantiques et des pseudo transistors à 7 atomes seulement. Trois étapes de miniaturisation des semiconducteurs, en 7, 5 et 3 nanomètres commencent à être maitrisées par IBM ou Samsung. Et la génération d’après se prépare tout en restant un mystère. En parallèle, l'IA permet de mieux tracer les composants, de les programmer de manière plus performante, et on envisage déjà une Loi de Moore après Moore qui s'inscrira dans la course à la performance à la fois structurale et fonctionnelle (lien).
Lire la suite (cela).
La Loi de Moore fête aujourd'hui son 55 anniversaire.
Petit rappel : il y a cinq ans, à l’occasion du 50e anniversaire de la loi de Moore, Intel a publié cette petite infographie souvenir.

18 avril 2020

IA - TECH : Le calcul quantique à température normale.

Les techniques actuelles de conception de  l'ordinateur quantique (liens vers ce site) sont confrontées à plusieurs limites qu’essaient de dépasser plusieurs centres de recherche et les industriels du domaines. L’une d’elles, et non des moindres, est celle du maintien d’une température très basse, proche du zéro absolu (vers -273,15°C), afin de figer les composants intimes du calcul quantique pour permettre l’état de superposition des QuBits. En effet, cet état de superposition quantique est très fragile et les supraconducteurs utilisés doivent être plongés dans des enceintes d’azote liquide. Le calculateur quantique est alors un cryostat sur les composants duquel on agit par l’intermédiaire d’émetteurs de micro-ondes ou de faisceaux magnétiques.
Une publication de Nature communications par un consortium international coordonné par une équipe suédoise de l'université de Linköping, et associant des chercheurs académiques hongrois, russes et américains, ainsi que du Thomas J. Watson research center de Yorktown Heights (NY, USA) de l’industriel IBM, montre qu’il est possible de maintenir à température ambiante normale l’état de superposition quantique au sein du carbure de silicium (noté SiC). Ce matériau, la moissaniteest formé par l’association d’un atome de silicium et d’un atome de carbone. On le trouve sous forme naturelle dans quelques météorites, ou de manière très rare sous forme d’inclusion dans des diamants ou dans certaines riches exceptionnelles. La solution est de synthétiser ce composant habituellement utilise en joaillerie ou dans l’industrie comme substitut du diamant.

06 avril 2020

IA : L’intelligence des machines à calcul.


En octobre 1950, le mathématicien anglais Alan Turing publiait dans la revue « Mind » un article majeur intitulé « Computing machinery and intelligence.» (Mind, 59, 433-460, 1950). Cet article est aujourd’hui considéré par certains comme l’acte de naissance de l’intelligence artificielle. C’est dans ce fameux article que Turing évoqua pour la première fois le test qui porte son nom et qui consiste, par l’intermédiaire d’un dispositif électronique, à faire dialoguer un être humain alternativement avec deux interlocuteurs, l’un humain et l’autre artificiel. Selon Turing, le jour où l’expérimentateur humain, au terme d’une conversation non préparée, sera incapable de dire s’il a affaire à un interlocuteur humain ou électronique, on pourra alors considérer que les ordinateurs seront devenus véritablement intelligents.
Près de 70 ans passés, les scientifiques et ingénieurs tentent toujours de décrocher ce « Graal » que constitue la première machine intelligente « au sens de Turing ». Dans ces dernières années, une étape décisive a été franchie lorsque l’ordinateur Watson d’IBM a gagné aux États-Unis contre des humains la grande finale du jeu Jeopardy, un jeu nécessitant de très bonnes qualités d’association et de raisonnement portant sur des connaissances de culture générale considérées comme ouvertes, et donc jusqu’ici spécifiquement humaines. Une nouvelle étape a consisté en 2016 pour AlphaGo, développé par Google DeepMind, à battre l’un des meilleurs joueurs mondiaux, et l’année suivante de confirmer l’exploit contre le champion du Monde de la discipline. La machine qui s’était entraînée contre elle-même, a même inventé une nouvelle stratégie qui a désarçonné les experts, stratégie qui est aujourd’hui étudiée et enseignée par les spécialistes de ce jeu millénaire.
L’industriel IBM, titulaire de la chaire « sciences et technologies cognitiques » de l’ENSC, est l’un des acteurs mondiaux de l’aventure vers les machines intelligentes. Il a ainsi continué à perfectionner Watson, lui permettant d’être reconnu au meilleur niveau dans la résolution de problèmes complexes nécessitant  de nombreuses inférences heuristiques sur des données non structurées, et pour lesquels la puissance informatique brute n’est pas suffisante. IBM parle pour cela d’un accès à une nouvelle « ère cognitive ». C’est notamment dans le domaine des données médicales que Watson a permis aux meilleurs centres de recherche permettant de recruter des patients pour de nouveaux essais cliniques afin d’accélérer le testing des diagnostics, des traitements et de l’échange des dossiers médicaux.
L’évolution de Watson s’oriente maintenant vers celle de ses composants électroniques et IBM propose des microprocesseurs réellement neuro-mimétiques, afin de pouvoir rivaliser avec le cerveau humain tout en s’en inspirant. Ce programme de recherche, SyNAPSE (Systems of Neuromorphic Adaptive Plastic Scalable Electronics), a été lancé en 2008 mais porte aujourd’hui ses fruits en tant que première réalisation. Un microprocesseur spécifique, la puce « TrueNorth » développée par la marque, comporte par exemple un million de neurones artificiels dotés chacun de 256 synapses, soit 256 millions de synapses,  en intégrant 5,4 milliards de transistors. Chacun de ces neurones artificiels est pourvu d’une mémoire permettant de gérer les priorités de chacune des connexions. Selon IBM, il s’agit de l’un des composants électroniques les plus complexes et les plus sophistiqués jamais réalisés : un première ébauche de l’élément de base d’un futur ordinateur « neuromorphique », directement inspiré de la structure et du fonctionnement du cerveau.
Les « neuroprocesseurs » représentent une véritable rupture technologique pour ce qui est de la performance, en s’affranchissant d’une imitation programmée sur ordinateurs classiques. Ils sont surtout plus rapides en disposant des propriétés des systèmes parallèles, mais surtout permettent de consommer 1000 fois moins d’énergie qu’une puce traditionnelle de puissance équivalente. 
Pour IBM, l’effort ne se limite pas là puisque le calculateur neuromorphique associe 16 puces « TrueNorth » entre elles, groupées par quatre fois quatre, ce qui représente au total l'équivalent de 16 millions de neurones et donc de plus de quatre milliards de synapses. Nous sommes encore loin du cerveau humain mais pouvons commencer à envisager la simulation de certaines aires ou structures fonctionnellement spécifiques. Une telle architecture est cependant déjà capable, selon IBM, d’effectuer 46 milliards d’opérations synaptiques par seconde et par watt. Le but est de permettre de doter le plus grand nombre de la puissance embarquée d’un cerveau artificiel, pour une IA collaborative, alors que nous n’avons aujourd’hui accès qu’à des puissances des calcul 120 millions de fois supérieures à celles utilisées pour une mission Apollo.
La firme Apple s’est lancée dans une autre perspective de l’augmentation humaine par l’IA. À partir du développement de ces « neuroprocesseurs », les créateurs de SIRI, l'assistant vocal de la firme,, ont lancé un nouveau défi en fondant la société Viv Labs dont l’ambition est de concevoir un programme capable de répondre à toutes les questions que l'on peut lui poser en langage naturel (enfin, ici en anglais). Viv Labs a récemment été rachetée par Samsung, ce qui montre l’intérêt que porte l’industrie à la problématique de la compréhension artificielle. La résolution de ce type de problème associe à la fois la puissance de calcul, mais également l’accès ultra rapide à toutes les bases de données disponibles, avec des algorithmes permettant de les traiter et surtout d’en extraire très rapidement les informations pertinentes qu’il faudra mettre en perspective afin de donner du sens à une réponse par rapport aux attente du demandeur. Ce type de réponse nécessite de dépasser la problématique de la puissance de calcul des microprocesseurs puisqu’il faudra également apprendre à réorganiser selon de nouvelles logiques les bases de données et de connaissances.
Dans le domaine de la prospective, Ray Kurzweil, directeur de l’innovation scientifique chez Google, est persuadé qu’à l’horizon 2045 les ordinateurs seront devenus aussi intelligents que les êtres humains dans presque tous les domaines.
Dans cette attente, force est de constater le rapprochement de plus en plus réussi des machines et du cerveau, permettant d’envisager une ère nouvelle de cognition naturelle augmentée par l’intelligence artificielle. La révolution de l’IA embarquée permet déjà de disposer de terminaux intelligents, branchés sur des vêtements, des lunettes, des montres, des vélos, des automobiles dotés chacun d’une puissance de calcul parallèle incommensurable, et qui permettent d’envisager l’émergence d’une nouvelle cognition partagée entre cerveau naturel et systèmes collaboratifs de cerveaux artificiels.

02 mars 2020

IA : Les niveaux de maturité quantique.

Kristel Michielsen est une physicienne belge travaillant en Allemagne, au « Jülich Supercomputing Center » (JSC). Spécialisée en informatique quantique, elle s’est distinguée dans les études portant sur les composants et leur physique, puis sur les algorithmes qu’ils peuvent supporter.
Elle est à l’origine de l’adaptation de l’échelle de maturité technologique de la NASA en une échelle QTRL : la « Quantum Technology Readiness Level ».
Dans cette échelle, le QTRL1 concerne une technologie qui se limite au cadre théorique de l'informatique quantique c’est-à-dire les études des propriétés de base des dispositifs d'informatique quantique. Le niveau  supérieur, QTRL2, consiste une fois les principes de base du dispositif, à étudier des algorithmes qui pourraient être théoriquement supportés par le technologie informatique quantique précédente. La physique des Q-bits et leurs propriétés exploitées par cette algorithmique correspond au QTRL3, qui implique des études en laboratoire pour valider les prédictions théoriques et justifier ou non la poursuite du processus de développement. Le QTRL4 correspond à la fabrication concrète des systèmes uni- ou multi-Q-bits et leurs opérationalisation en termes de superposition et intrication, qui sont testés l'une avec l'autre. Au QTRL5, des composants intégrés peuvent constituer un processeur quantique, sans correction d'erreur, mais permettant une mesure fiable des résultats. Les technologies de correction d'erreur permettent d’aborder le QTRL6, de manière fiable et répétée. Cela permet d’aborder la création d’un ou plusieurs prototypes multi-Q-bits au QTRL7 en permettant de résoudre des calculs quantiques élémentaires, dans un environnement d’utilisation fluide et non expérimentale.  Les versions évolutives d'un ordinateur quantique répondant aux tests, au QTRL8, permet de mettre en œuvre et d’aborder la suprématie quantique qui correspond au QTRL9.

06 novembre 2019

IA - BIO - INFO - TECH : Les nouvelles prédictions de Ray Kurzweil (2019).

Le célèbre Ray Kurzweil, aujourd'hui responsable de la branche IA de Google, transhumaniste militant, s'est fait le spécialiste des prévisions des développements technologiques.
Ainsi pédisait-il, dès 1989, la chute de l'union soviétique par la diffusion de la téléphonie mobile et des télécopieurs, que les machines vaincraient le champion du monde d’échecs avant 1998. pari gagné puisqu'en 1997 Deep Blue (IBM) gagna la célèbre rencontre contre Garry Kasparov. Il évoquait la possibilité pour un PC d'être capable dès 2010 de répondre à des questions simples en cherchant sur internet, ce dont Google s'est depuis fait une spécialité, y compris pour des requêtes multiples de sens ouvert. Il prévoyait qu'en 2009, on pourrait donner aux machines des instructions en langage naturel. Et voilà que surgit les logiciels de dictée, ainsi que les logiciels de commande tels que Siri de Apple, puis Alexa de Amazon et Dis-Google !  La technologie est aujourd'hui embarquée sur les BMW et d'autres équipementiers se précipitent dans le projet toujours plus élaboré de l'hybridité du langage et de la traduction automatique en ligne. Quant à ses prévisions sur la réalité virtuelle et augmentée, elles ont été réalisée notamment grâce aux Google classes en 2011, puis vinrent rapidement les Hololens de Microsoft et d'autre lunettes et head-up displays en aéronautique, dans la conduite des ateliers des usines 4.0 et aujourd'hui dans l'automobile pour tout le monde.
Bien entendu, nombre de ces prédictions n'ont pas été concrétisées, mais restent pourtant d'actualité. C'est dans cette perspective de Ray Kurzweil a proposé une nouvelle liste chronologique des technologies du futur.
En 2009 Ray Kurzweil réactualisait sa liste et donnait d'autres pistes dont nombreuses se sont réalisées - voir la liste des prédiction de RK dans Wikipedia : ici
Aujourd'hui, dix ans après cette nouvelle série prophétique, Ray Kurzweil propose une série actualisée dont voici le résumé.
2019 – Disparition des fils et câbles pour les appareils individuels et les périphériques.
2020 – Puissance de traitement des PC comparable à celle du cerveau humain.
2021 – Internet sans fil pour 85% de la surface de la Terre. 
2022 – Émergence (USA, Europe) de lois réglementant les relations entre humains et robots, et formalisation des droits, devoirs et limitations/interdictions dans ces relations.
2024 – Conduite automobile obligatoirement supervisée par l'IA, et interdiction de conduire sans aide technologique.
2025 – Avènement d'un grand marché de gadgets-implants.
2026 – Prolongement technologique de la vie humaine (au moins autant que la vie passée).
2027 – Vulgarisation et généralisation des robot personnels autonomes pour des actions complexes. 
2028 – Énergie solaire universellement répandue suffisante aux besoins énergétiques de l’humanité.
2029 – Test de Turing pour les machines et fusion IA-IN par simulation informatique du cerveau.
2030 – Nanotechnologies généralisées pour une baisse significative des coûts de fabrication
2031 – Imprimantes biologique 3D dans tous les hôpitaux pour imprimer des organes humains.
2032 – Nanorobots médicaux pour apporter des substances nutritives aux cellules en éliminant les déchets. Scanner du cerveau humain par nanorobots pour la maîtrise de son fonctionnement.
2033 – Les voitures autonomes, sans conducteur ni parfois passager.
2034 – Premier rendez-vous de l’homme avec l’intelligence artificielle
2035 – Matériel spatial de protection permanente de la Terre contre les astéroïdes.
2036 – Reprogrammation cellulaire pour guérir des maladies, et imprimantes 3D pour fabriquer des nouveaux tissus et organes.
2037 – Découverte de centaines de sous-régions cérébrales ayant des fonctions spécifiques avec décryptage algorithmique et intégration aux réseaux neuronaux artificiels.
2038 – Apparition de personnes robotisées et de produits de technologies transhumanistes tels qu'implants optionnels supplémentaires.
2039 – Nanovéhicules directement implantés dans le cerveau pour une réalité virtuelle d'immersion totale, sans équipement supplémentaire.
2040 – Recherche Internet directement par la pensée avec résultats affichés sur des lentilles de contact (ou des lunettes spécifiques).
2041 – Débit internet maximal de 500 millions de fois plus élevé qu’aujourd’hui.
2042 – Première réalisation potentielle d’immortalité grâce aux nanotechnologies.
2043 – Plasticité d'aspect du corps humain grâce à des nanorobots, et organes remplacés par des dispositifs cybernétiques ultrafiables.
2044 – Intelligence non-biologique des milliards de fois plus performante que l'intelligence biologique.
2045 – Singularité technologique. La Terre se transformera en une gigantesque machine
2099 – Extension du processus de singularité technologique à tout (ou parties de) l’Univers. 
(voir la nouvelle liste des prédictions de RK de 2019 : ici)
Perspective : 2100 - Fin de l'humanité même sous sa forme artificielle (note de l'auteur).
https://en.wikipedia.org/wiki/Predictions_made_by_Ray_Kurzweil

24 octobre 2019

BIO : "Prime Editing" - le CRISP-Cas9 bientôt remplacé.

Une équipe du MIT et de la Harvard University publie dans le dernier numéro (21 octobre 19) de Science (ici) une nouvelle méthode d’édition du génome : le "prime editing".
Cette nouvelle technologie de bio-engineering permet, selon les auteurs, de fournir une meilleure précision que le CRISPR-Cas9. Contrairement à CRISPR-Cas9. Permettant de ne remplacer qu’un brin d’ADN à la fois, elle réduit la probabilité d’insertions aléatoires ou de suppressions de séquences d’ADN, ce qui résout le problème du CRISPR-Cas9 qui coupe les deux brins en même temps pour être remplacés par une nouvelle séquence sur chacun des deux brins.
La précision en est d'autant augmentée, permettant un travail quasi parfait au sein du génome. On attend les premiers résultats dans la mise en oeuvre de cette technologie révolutionnaire qui propulse encore plus en avant les progrès de la bio-ingénierie interventionnelle (ici).
Voir également dans ce blog : (ici)

28 mai 2019

DIV : La « Team ENSC » en demi-finale de la Mars Society

Les élèves 1A de l’ENSC, conduits par le professeur Jean-Marc Salotti, ont candidaté au concours de la Mars Society : "Mars Colony Prize Competition". Le concours consiste à proposer le meilleur plan de conception d’une colonie martienne de 1000 personnes. Il est doté d’un premier prix de 10 000 $ d’un second prix de 5 000 $ et de 2 500 $ pour la troisième place. En outre, les 20 meilleurs articles seront publiés dans un ouvrage à paraître en 2020 et intitulé «Colonies de Mars: plans d’installation de la planète rouge».
La "Team ENSC", a été sélectionnée pour la demi-finale : 25 projets qualifiés dont un seul français. 
L’ENSC représente donc la France au côté d’équipes majoritairement  américaines (16), de 2 polonaises, et d’une équipe britannique, une japonaise, une suisse, une suédoise, une finlandaise et une israélienne.

29 janvier 2019

IA - SHS : Ouverture de la chaire IBM Sciences et Technologies Cognitiques à l’École Nationale Supérieure de Cognitique.

« Chaire IBM Sciences et Technologies Cognitiques »

Un partenariat entre IBM et l’ENSC (Bordeaux INP) a permis l’ouverture à l’École Nationale Supérieure de Cognitique d’une « chaire IBM Sciences et Technologies Cognitiques. »

Ce dispositif innovant, annoncé au salon NOVAQ 18, valorise quatre objectifs communs :
  • enraciner des initiatives pédagogiques sur l’Intelligence Artificielle pour former les ingénieurs aux enjeux et aux outils émergeant de « l'ère cognitive » ;
  • définir et mettre conjointement en œuvre des projets prospectifs pour le futur d'une IA  humaine ;
  • développer l'insertion professionnelle des ingénieurs diplômés de l’ENSC chez IBM ;
  • contribuer à un rayonnement mutuel dans différents réseaux et écosystèmes, et au développement de l'idée d'une approche scientifique concrète des dimensions humaines de l’IA.
Depuis décembre 2018, cette chaire est dirigée par Marc Rodier, leader de l'équipe globale IBM « Cloud services for managed application development », spécialiste de Watson et des solutions cognitives d'IBM, qui intervient et enseigne la stratégie « Cloud, Analytics, and Cognitive Science » dans différentes écoles d'ingénieurs et de management. 
Il anime les travaux en étroite partenariat avec la direction, les enseignants et les enseignants-chercheurs de l’ENSC.

À l’ENSC, et aux côtés :
  • de l’Institut tremplin « Carnot Cognition » géré par le CNRS, 
  • de la chaire « STAH » (Systèmes Technologiques pour l’Augmentation de l’Humain) portée par la Région Nouvelle Aquitaine, 
  • du laboratoire commun « HEAL » (Centre d’excellence d’Ingénierie Humaine pour l’Aérospatiale) partagé avec les entités de Thales AVS/DMS (Mérignac) et TRS (Massy-Palaiseau), 
  • du « Club des entreprises de l’ENSC », 
  • l’école renforce par cette chaire IBM son partenariat avec le monde du numérique et de l’Intelligence augmentée, partagée et éthique entre les humains et les systèmes technologiques du futur.
Renseignements, contacts : global@ensc.fr / +33 (0)557006700 - marc.rodier@ensc.fr

12 décembre 2018

SHS - TECH : Colloque FRACTURES à l'ENSC - 12-13 XII 2018

Colloque 
Ecole Nationale Supérieure de Cognitique
109 avenue Roul - 33405 Talence
(Tram B - Station Béthanie)

La question des inégalités numériques est une question de société majeure à l’heure où les environnements, activités, relations sont profondément marqués par une hyper présence des outils et services numériques. Le programme initié grâce à la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine (MSHA)  aborder cette problématique à partir des questions de l’accessibilité numérique et par rapport au public des personnes en situation de handicap (porteuses d'une déficience physique, sensorielle, cognitive…), des personnes âgées et d’une façon plus générale, de toutes personnes mises en situation de handicap.
Deux axes forts sont abordés pendant le colloque organisé à l'ENSC :
Accessibilité, handicap et communication dans les écosystèmes numériques
Dispositifs, expérimentations, usages : des dynamiques aux innovations.
Accès au programme : (lien ici).

25 juin 2018

IA : IBM et la nano-informatique

La société IBM championne de la miniaturisation avec la conception du plus petit ordinateur du monde (lien). Celui-là mesure 0,3 millimètre de côté, de la taille d’un grain de gros sel, et peut donc tenir dans la pointe d’un grain de riz. Il est composé d’un processeur, de mémoire vive, d’une cellule photovoltaïque et un émetteur/récepteur Led pour la communication et sa programmation,
Le dispositif est alimenté par la lumière à la fois po puis ce qui est de l’apport en énergie et la réception des données. Ce nano ordinateur sert de capteur de température en convertissant les températures sous forme d’impulsions électroniques, recueillies au niveau d’un groupe précis de cellules vivantes. Les applications potentielles sont dans le domaine de l’oncologie, mais on lui voit déjà d'autres applications potentielles en santé humaine ou vétérinaire (contrôle des conditions d’élevage), mais également pour la surveillance technologique des composants vidéo et/ou audio, dans la lutte contre la cybercriminalité ou dans celle de la contrefaçon.

01 janvier 2018

DIV : IBM prévoyait 2018.

IBM s'est toujours intéressée au futur. Ainsi, en 2013 faisait-elle cinq prévisions sur le futur des technologies à 5 ans (voir le lien). Et bien, nous y sommes, car  2013 + 5 = 2018.

  1. L'école personnalisée, avec des data complètes du parcours scolaire de l'enfant et des algorithmes permettant de proposer des solutions personnalisées aux professeurs. C'était sans compter sur les ministres se perdant dans les stérilités de l'écriture inclusive et ceux chassant le big-iz-bioutifoul des universités de campagne. Comme la médecine personnalisée, l'éducation reste sur le banc de touche du progrès.
  2. Le commerce de proximité organisé par le consommateur et son smartphone. En récoltant les goûts, besoins, préférences, les commerçants locaux devaient pouvoir proposer des produits personnalisés dont le client à besoin. C'est au contraire, mais peut-être seulement encore, le commerce connecté qui se taille la part du lion, entre Amazon, Alibaba et autres géants qui tendent à écraser les petits commerces locaux.
  3. Les médecins aidés par les ordinateurs pour traiter les maladies génétiques et le cancer. C'était grâce à l'analyse de l'ADN que les traitements les mieux adaptés, notamment pour attaquer le cancer, devaient être proposés, et cela grâce au calculs sur les grandes masses de données (big data) et grâce à des découvertes génétiques révolutionnaires. Carton plein pour IBM, avec évidemment un peu de retard du côté des médecins, mais de grandes découvertes telles que celles des ciseaux moléculaires Crispr-Cas9 ou -Cas13, et les avancées fulgurantes de l'IA qui détecte déjà de manière très efficace les cancers et propose les traitements adaptés.
  4. Un véritable "gardien numérique" devait assurer la sécurité des données personnelles, en analysant les comportements et le contexte d'usage des données, et en vérifiant l'identité de chaque personne sur chaque appareil. Là encore, IBM voyait clair et annonçait les progrès fantastiques de l'identification biométrique et ceux de la sécurité par la blockchain. 2018 sera d'ailleurs l'année de l'entrée en vigueur de la directive européenne sur la protection des données (RGPD). Des progrès restent néanmoins, là encore, à faire pour arriver à un niveau tel que l'espérait IBM.
  5. Les villes devaient être connectées en véritables "smart cities". Les machines devaient comprendre en temps réel des milliards d'éléments et apprendre à comprendre ce que les habitants veulent, aiment et font, pour les aider à vivre et se déplacer au sein des grands espaces urbains. Probablement qu'IBM péchait encore par optimisme, avec pourtant quelques initiatives concernant les transports, les réseaux de distribution ou de collecte, mais aussi portant sur les capteurs et caméras et les compteurs "linky" qui soulèvent tant de résistances de la part des habitants.
Ce qui est certain et qui était prévisible est qu'il est bien difficile de prévoir, surtout par excès d'optimisme dans le domaine du numérique, guidée par le consumer (client, consommateur utilisateur), et qui rencontre tant et tant de résistances, de retards, voire de mauvaises volontés de la part des décideurs comme de celui des citoyens et des fournisseurs de matériels et de services. Comme quoi, le progrès ne va pas de soi. 

25 octobre 2017

DIV : Vivre et agir avec les drones - RACAM 2017

La 11ème Rencontre Aviation Civile Aviation Militaire se tiendra le 16 novembre 2017 au siège de la Direction générale de l’Aviation civile – DGAC Paris 15ème.

La thématique sera cette année consacrée à "vivre et agir avec les drones".

Lieu privilégié d’échanges entre les grands acteurs internationaux du monde aéronautique, RACAM réunit les hauts responsables de l’aviation civile et des armées, les industriels, les directeurs généraux de compagnies aériennes et d’aéroports, les unions et groupements professionnels, les associations et, globalement, tous les utilisateurs de l’espace aérien.

Trois tables rondes aborderont successivement :
  • L’AUTONOMIE DES SYSTÈMES : VISIONS CROISÉES RECHERCHE INDUSTRIE ET DÉFENSE
  • LES USAGES FUTURS : PERSPECTIVES CIVILES ET MILITAIRES
  • LA SÉCURITÉ ET LA SÛRETÉ DES DRONES : MAÎTRISER DES RISQUES
Programme (ici)
Inscription obligatoire ().

18 août 2017

TECH : Techno hype - Gartner publie son cycle 2017.


L’institut de conseil et d'études technologiques Gartner est l'un des grands observateurs et analystes mondiaux de l'évolution des technologies. Il a théorisé au début des années 2000 les étapes de maturité et d'adoption de ces technologies innovantes qui semblent suivre une dynamique particulière appelée "cycle du hype". Ce cycle correspond ni plus ni moins à une courbe logistique bien connue en biologie cybernétique pour traiter de l'homéostasie ("processus opposants" de Sokoloff), que les experts de Gartner ont redécouvert ou en s'en inspirant pour l'appliquer aux évolutions technologiques. Le peu de publications sur le sujet de la part de Gartner laisse planer l'ambiguïté sur ces quelque 110 cycles proposés (payants), mais chacun sait que la science est un éternel renouvellement!

Mais qu'est-ce que veut dire "hype" ?
Littéralement, on peut traduire par "branché", "dans le coup",  "dans le vent". A l'origine, le terme vient du monde anglo-saxon de la couture et désigne le "battage" ou le "tapage médiatique", promu par certains médias à un moment donné (articles, reportages, éditoriaux, émissions tv, photos de starts portant de la "hype", etc.). Certains préfèrent la notion d’avant-gardisme suscitant d'abord une certaines méfiance, voire un refus, mais arrivant à percer grâce au battage et à la réputation des adeptes. Les trucs "hype" se diffusent par le "buzz".
Gartner observe ce qui est à la mode, participe par ses observations au tapage et fait donc le buzz. A force de répétition et de pouvoir de conviction, l'institut a imposé son cycle et en fait même commerce, en le protégeant probablement auprès de juriste qui n'ont jamais rien lu en biologie. Le buzz fait son effet, et le monde industriel et des technologies suivent la mode : en techno, et bien évidemment en électronique ou informatique, il faut être branché ! Sinon ça s'arrête et il faut rebooter...

Voyons de plus près : selon Gartner, chaque technologie innovante suit la dynamique de la "hype" (ou du "hype", comme l'on veut). Les technologies qui survivent passent par le phénomène "hype" théorisé en cinq stades. Ces étapes sont "déposées par Gartner" et correspondent à la perception de l'avancée de ces technologies par les experts et les industriels, et à leur popularité auprès du public.
Ce chemin traverse donc successivement les étapes de l'enthousiasme du début (innovation trigger), des attentes irrationnelles (peak of inflated expectations), du désenchantement ou de la désillusion (trough of disillusionment), du retour en lumière (slope of enlightenment), puis de la mise en productivité vers le succès (plateau of productivity).
D'après Gartner, qui se garde bien de publier les données sources sur lesquelles il s'appuie pour valider cette uniformité de parcours, toutes les technologies qui ont réussi telles que l'internet, le cloud, le big data, la 3G, le smartphone et les tablettes, etc. ont emprunté cette dynamique et ont franchi a leur propre vitesse les différentes étapes du cycle "hype".
Chaque été, l'Institut Gartner publie son édition annuelle, en précisant les états d'avancement et les délais nécessaires avant leur adoption à grande échelle pour chaque technologie potentiellement d'avenir.

L'an passé, Gartner indiquait par exemple le 16 aout (2016), les états suivants :
- enthousiasme pour la poussière intelligente, l'impression 4D et l'ordinateur quantique ;
- attente irrationnelle pour la blockchain, la maison connectée et les véhicules autonomes ;
- désillusion pour l'internet des objets, le machine learning et la réalité augmentée ;
- illumination pour la réalité virtuelle, le contrôle gestuel et l'impression 3D.
Ce 15 aout 2017, Gartner a publié (lien) :
- enthousiasme pour la poussière intelligente, l'impression 4D, l'homme augmenté et les BCI ;
- attente irrationnelle pour les robots intelligents, le machine learning, le deep et le smart learning ;
- désillusion pour les véhicules autonomes, la blockchain et la réalité augmentée ;
- illumination pour la réalité virtuelle.

En fait, Gartner indique trois tendances fortes.
1/ - L'intelligence artificielle généralisée (partout), avec l'IA générale mais aussi le deep et le machine learning, la poussière intelligente, les véhicules autonomes, l'informatique cognitive, les drones commerciaux, les interfaces de conversation, les robots et espaces de vie et de travail intelligents ...
Ces technologies suscitent les attentes les plus fortes que ce soit de la part du public, des experts ou des industriels.
2/- Les technologies d'immersion, avec l'impression 4D (objets qui peuvent changer de forme), les brain-computer interfaces, l'homme augmenté par les systèmes technologiques, et qui restent à des phases d'enthousiasmes. La réalité virtuelle, la réalité augmentée, les nanotubes électroniques ou la maison connectée sont plus proches de la maturité.
3/- Les plateformes digitales avec la 5G, la blockchain, l'internet des objets, l'informatique quantique, les systèmes neuromorphiques, le edge computing ...
Ces technologies sont chargées d'espoir et doivent pouvoir révolutionner le monde des usagers des technologies.
Voir le tableau synthétique ici (lien).

Tout cela est très "hype" ... On verra bien.

03 août 2017

IA : Les exosquelette ; on a le choix.

Le développement des exosquelettes est un des points centraux de la robotique collaborative. Un exosquelette est un dispositif cobotique actif. Il permet de développer une aide motrice ou sensori-motrice et amplifier l’effort de son utilisateur. Celui-là peut être un manutentionnaire, un soldat, un opérateur dans un atelier, sur une chaîne de montage, dans un chantier de BTP, ou une personne en fragilité ou en rééducation clinique de mobilité ou d'équilibre, voire une personne âgée qui peut, grâce à cette aide, recouvrer des fonctions perdues ou diminuées. Plusieurs sociétés proposent des exosquelettes, avec des philosophies conceptuelles et d'usage souvent différentes et parfois complémentaires.
Superflex est un prototype développé par un groupe de chercheurs de SRI International, l'ancien Stanford Research Institute. Il est conçu pour faciliter la marche des soldats et les déplacements des personnes âgées. Il s’agit d'une combinaison souple, équipée de capteurs et d'un système d'intelligence artificielle. Il s’adapte à la démarche de son utilisateur, apprend ses caractéristiques et permet d’apporter une force supplémentaire ou une meilleure précision au moment où l’utilisateur en a besoin. Cela se fait indépendamment de sa volonté, de manière totalement transparente. Une telle combinaison militaire et industrielle permettrait également aux personne à la mobilité réduite de gravir des escaliers, et aux opérateur d’éviter les troubles musculo-squelettiques (TMS) tout en favorisant le maintien de l'équilibre et la sécurité des personnes.
Exosuit est une solution développée par l’Institut Wyss de l’Universite de Harvard et financé par le DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) dans le cadre du programme Warrior-Web. Ce prototype souple permet aux militaires d’augmenter la distance parcourue avec une charge lourde. Il est composé de tissu souples, d’actionneurs et de capteurs qui en font une sorte de pantalon intelligent qui s’inspire des muscles et tendons des jambes de l’appareil locomoteur humain. L’appareil est maintenu par des sangles et peut donc être rapidement installé ou retiré en fonction des tâches à effectuer. Parallèlement, la DARPA finance XOS2 de l’entreprise Raytheon Sarcos pour un déploiement opérationnel prochain dans les unités combattantes. Un autre projet, Talos (Tactical Assault Light Operator Suit), associe un exosquelette à une armure intégrale de protection antibalistique.
Phoenix est proposé par SuitX, une spin-off développée par des anciens de l’Université de Californie à Berkeley. Il s’agit d’un dispositif léger et peu onéreux, prévu pour permettre aux paraplégiques de remarcher avec une autonomie de quatre heures. Le dispositif est modulable et peut s’adapter aux caractéristiques physiques de la personne, à celles de son handicap, et à ses préférences de vitesse ou de démarche aidée par des béquilles.
La France s’intéresse également au domaine avec plusieurs projets. ExoPush est ainsi un exosquelette, proposé par la start-up RB3D, prévu pour l’aide aux opérateurs qui tirent des outils, tels que des râteaux pour le ramassage de feuilles, pour étaler le béton ou le ciment sur un chantier ou le bitume sur les routes. Exoback de RB3D est un exosquelette dédié, quant à lui, aux militaires pour les charges dorsales. ExoUp en est une déclinaison civile pour les manutentionnaires. Hercule, développé avec le soutien de la DGA (Direction Générale de l’Armement), entre quant à lui dans le programme « soldat du futur » et ambitionne doter l’armée française en théâtre d’operations.
Plus spécialisée, la ceinture Atlas est développée par la start-up française Japet. Il s’agit d’un système permettant aux personnes atteintes de sciatiques chroniques de recouvrer leurs activités socio-professionnelles. La ceinture robotisée est dotée de quatre vérins, dont l’asservissement est coordonné par une carte Arduino, qui diminuent la pression sur les disques intervertébraux par une décompression de la colonne vertébrale. Le gant de rééducation Exoglove a quant à lui été développé par des élèves ingénieurs du Polytech Marseille. Il s’agit d’un dispositif de rééducation de la main pour le traitement des déficiences motrices ou des développement des projets industriels.
Quant au géant technologique japonais Panasonic, il mise sur une évolution incrémentale des exosquelettes avec une large gamme de modèles. Du petit AWN-03 à l’impressionnant Power Loader, en passant par le modèle Ninja, la firme nippone offre une grande variété adaptée aux différentes forces nécessaires. Sincere Kourien est une filiale de Panasonic, spécialisée dans l’aide à la personne, et commercialise des adaptations des modèles de Panasonic pour chacun, dans sa vie de tous les jours. Mais le groupe asiatique a désormais un nouveau concurrent avec le groupe automobile sud-coréen Hyundai qui développe un nouveau prototype d’exosquelette inspiré d’Iron Man. Son modèle H-LEX et son programme Next Mobility ambitionnent de devenir les éléments de base du futur de la mobilité avec les mêmes ambitions que celles de son concurrent, de l’autre côté de la Mer du Japon. Et les asiatiques ne sont pas les seuls sur le terrain de la concurrence. Ekso Bionics, BMW, Audi ou de nombreux groupes associés à des universités se sont lancés dans la course.
Bref. La guerre des exosquelettes ne fait que commencer.