15 mai 2014

iA -SHS : Le poids écologique de l'Internet.

Au lieu de lire ce message, pensez à l'environnement !!!

L'ADEME est l'organisme officiel français, créé en 1991, ayant pour mission la protection de l'environnement et la maîtrise de l'énergie en ce qui concerne les déchets, la pollution des sols, le transport, la qualité de l’air, le bruit, la qualité environnementale, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Pour cela, l'ADEME s'appuie sur des expertises scientifiques et techniques pour proposer des conseil et accompagner les décideurs, et pour inciter et faciliter les choix favorisant des solutions respectueuses de l'environnement et les bonnes pratiques environnementales (site officiel de l'ADEME). 
Elle édite notamment le site "Réduisons vite nos déchets, ça déborde" (ici).
Depuis quelques années, l'ADEME s'est intéressée au prix écologique des TIC. Ainsi, elle propose un dossier "écocitoyens" sur la réduction de l'impact des usages de l'Internet et des courriels (ici) ou sur celui de l'usage des téléphones portables (ici).

L'ADEME a produit, avec la société "Bio Intelligence Service" une série d'études objectives de l'impact environnemental des usages quotidiens des TIC. Ce travail avait été relayé sur ce blog (lien interne) et a fait l'objet d'une nouvelle publication de sensibilisation en février 2014 (lien ici).
En mesurant l'impact de trois usages des TIC (mail, consultation, stockage) en termes d'émission de gaz à effet de serre (en équivalent CO2), d'épuisement potentiel des métaux (en équivalent fer) et d'épuisement potentiel de ressources fossiles (en équivalent pétrole), en prenant en compte la fabrication du matériel informatique (ordinateurs, disques et data centers), son usage, et la fin de vie des équipements, l'ADEME arrive à des conclusions inquiétantes (bilan ici).
Ainsi, le prix écologique de l'envoi d'un mail à une ou plusieurs personne, avec ou sans pièce jointe, celui des clics et des consultations Web telles qu'on peut les faire sans y penser en recherche documentaire, en jeu en ligne, ou en musardant simplement sur la toile, est quantifié et montre combien des quantités effarantes de tonnes CO2 par an sont ainsi dépensées dans le monde. Le "pompon" reviendrait aux clefs USB et aux connexions entre ordinateurs et clefs USB qui dépensent une quantité surprenante d'énergie. 
Toutes proportions gardées, et selon les statistiques de l'ADEME appliquées à l'ENSC,  une diminution de 10% de courriels de 10 Mo au sein de l'école, c'est à dire pour à peu près 200 personnes, permettrait de gagner plus de 15 tonnes équivalent CO2 par an, c'est-à-dire l'équivalent d'environ trente traversées aériennes transatlantiques. 

De nombreux rapports internationaux commencent à poser très sérieusement la question de l'impact des TIC sur l'environnement. Selon certains d'entre-eux, le numérique va faire exploser la consommation d'énergie mondiale dans la prochaine décennie avec à minima 4% de cette énergie, et selon certains jusqu'au double prévu d'ici à 2020.  
Au plan mondial, le film documentaire "Internet, la pollution cachée" (à voir ici), présenté en 2013 au festival international du film scientifique Pariscience, montre comment sans qu'on le sache vraiment des millions de kilomètres de cuivre ou de fibres optiques transportent les mails, les images et les musiques vers des milliers de data centers. Il révèle la face cachée de l'industrie silencieuse de l'Internet. Ainsi, d'après les réalisateurs du film, un mail envoyé entre deux voisins immédiats parcourt-il en moyenne 15.000 km alors qu'en une heure transiteraient quelque dix milliards d’emails dans le monde, pour une consommation d'à peu près 15 centrales nucléaires. Le stockage dans les data centers nécessite des quantités colossales d'énergie de refroidissement. Et les spécialistes commencent à s'inquiéter du boum du commerce en ligne qui produit beaucoup d’octets, comme d'ailleurs la publicité ciblée à laquelle on ne prête que peu d'attention et qui pourtant vient probablement imprimer sa trace infraconsciente dans le cerveau de l'internaute.
Sans revenir sur l'utilité évidente des TIC dans la lutte contre le changement climatique (surveillance satellitaire, télémédecine, rationalisation du travail et des déplacements, etc.) telle que peuvent le montrer des études internationales (voir par exemple ici), ni sur l'intérêt dans l'éducation et pour la culture de la jeunesse et des peuples, on ne peut que prendre conscience de la trace écologique très significative d'un usage facile et non raisonné de l'Internet, du mail et du Web, en incitant chacun de nous à diminuer ses connexions, ses clics et ses envois pour le bien de la planète. Voici par exemple de quoi reposer rationnellement l'intérêt des supports et des bibliothèques traditionnelles, ou de l'écriture et de la prise de note traditionnelles, dans un contexte qui n'est pas aussi simple qu'il apparaît, ou qu'on voudrait nous le faire croire.

12 mai 2014

DIV : L'homme interfacé - Conférence de Franck Renucci.

L’homme interfacé - Conférence de Franck Renucci
14 mai 2014 - 16 heures - petit amphithéâtre de l’ENSC

Que devient la communication au moment où les contours qui définissent l'humain changent ? L'homme-interfacé est celui qui interroge sa singularité quand les frontières de l'humain s'estompent avec la technique, la nature et les animaux. De nombreux auteurs qui ont développé ces dernières années une réflexion sur l'humain, nous permettent d'interroger de façon nouvelle sa communication. La question est alors de savoir dans quelle mesure l'apparition de l'Homme-interfacé et les relations établies avec l'artificiel modifient la communication humaine et sa pensée.

Franck Renucci, chercheur en délégation à l'ISCC, est directeur honoraire de l'Institut Ingémédia (UFR en Sciences de l'Information et de la Communication, de l'Université du Sud Toulon-Var). Dans un monde où les frontières de l'humain s'estompent, il s'intéresse à la communication humaine à travers les figures du corps, de l'altérité et de la création.
Conférence de l'ENSC, de l'IMS, de la MSHA et de l'ISCC Aquitaine - Organisation : Benoît Le Blanc - Nathalie Pinède
Accès à l'information sur le site de l'ENSC - rubrique - Congrès-conférences.

11 mai 2014

DIV : L'homme et la machine - Conférence de Dominique Wolton

"L’homme et la machine" - Conférence de Dominique WOLTON
14 mai 2014 - 15 heures - petit amphithéâtre de l’ENSC

Le XXème siècle a été celui de l'information et du progrès technique. Aussi le domaine de la communication a eu tendance à s'installer dans l'idéologie de la facilitation du message : facilitation technique avec la multiplication des canaux de communication, et facilitation rhétorique avec l'apparition de professionnels de la communication. Ces deux postures sont évidemment critiquables. D'une part la multiplication des tuyaux et le monde connecté n'améliore en rien la communication entre individus ; d'autre part le décorum des messages ne change en rien la compréhension du fond d'un discours. Mais au delà de ce simple constat, il faut bien prendre conscience que ces deux simplifications ouvrent la porte à l'effacement progressif de l'homme face à la machine. Pourtant la communication n'est en rien automatisable. Elle prend racine dans la nécessaire cohabitation et l'incontournable négociation. La question est donc de savoir quelle sera au XXIème siècle la place de la communication humaine, dans un monde peuplé de machines et d'hommes..

Dominique WOLTON, sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS, est le fondateur de l’Institut des Sciences de la Communication du Centre National de la Recherche Scientifique. Spécialiste des médias, de l'espace public, de la communication politique, et des rapports entre sciences, techniques et société, il a conduit des recherches contribuant à valoriser une conception de la communication qui privilégie l'homme et la démocratie plutôt que la technique et l'économie. Il est actuellement directeur de publication de la revue Hermes et conseiller auprès du président du CNRS.


Organisation : Benoît Le Blanc - Nathalie Pinède

Entrée libre mais inscription obligatoire sur le site de l’ENSC - rubrique Congrès-Conférences

08 mai 2014

BIO : Des spermatozoïdes artificiels.

C'est en 2012 qu'une équipe de chercheurs de l'Université d'Etat du Montana et de l'Université de Stanford (États-Unis), équipe dirigée par Reijo Pera, a envisagé la fabrication de sperme fertile à partir de cellules souches impliquée dans la constitution de peau humaine. Depuis cette date, les scientifiques ont testé plusieurs méthodes et viennent de réussir, à partir de cellules de peau de trois hommes. Ces cellules ont été génétiquement modifiées pour les transformer en cellules souches telles qu’on peut les trouver chez les embryons. Pour rappel, les cellules souches sont omnipotentes, c'est-à-dire qu'elles peuvent croître pour devenir n’importe quelle autre cellule du corps humain. Ces cellules souches ont ensuite été implantées chez des souris et ont plus tard donné naissance à des spermatozoïdes.
Ces cellules reproductrices ainsi créées sont encore insuffisantes pour permettre la conception reproductrice, mais les expériences se poursuivent et les scientifiques considèrent comme tout à fait possible le fait de leur donner une potentialité reproductrice à moyen, voire à court terme. Pour l'heure, le modèle ainsi développé est le premier qui permette d'étudier expérimentalement le développement des spermatozoïdes et d'envisager à terme la transplantation de telles cellules directement dans les testicules des hommes ayant des problèmes à produire des spermatozoïdes.
Lien info (ici).

04 mai 2014

SHS : Un outil simple pour évaluer l'épuisement professionnel.

En 1981, Christina Maslach a mis au point le premier test d'évaluation du "burn-out", le MBI. Christina Maslach, professeur de psychologie à l'Université Berkeley (Californie-USA) et Michael Leiter,  professeur de psychologie à l'Université d'Acadie (Canada) ont largement vulgarisé le concept de "burn-out" comme "syndrome d'épuisement professionnel" (1). En fait, c'est en 1969 que Loretta Bradley, professeur d'éducation à l'Université du Texas (USA) a désigné sous ce terme un stress particulier lié au travail. Il fut repris en 1974 par le psychanalyste américain Herbert Freudenberger, clinicien de l'épuisement professionnel, et en 1976 par Christina Maslach dans ses études des manifestations d'usure professionnelle.

L’épuisement professionnel ou "burn-out" se caractérise selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) par "un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail". On différencie le "bournout" de la dépression en ce que le premier est nécessairement lié au travail, alors que pour la seconde, le travail n’est pas la cause première, mais souvent un facteur aggravant et directement concerné par l'état de souffrance du sujet. En cas de burnous, la personne atteinte est toujours en situation de stress chronique alors que c’est n'est pas systématique dans la dépression (50% des cas). Des différences physiologiques sont également manifestées, avec une hyperproduction de cortisol dans la dépression et un déficit dans les cas d' épuisement professionnel.

Le Maslach Burnout Inventory, ou Test d'Inventaire de Burnout de Maslach (MBI) est composé de 22 questions relatives au ressenti psychologique face au travail.
Il sert de référence mondiale et est utilisé en France par l'INRS pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

En 2005, Tage Søndergård Kristensen, psychologue fondateur de Task-Consult à Copenhague (Danemark), a mis au point pour l'Institut national de la Santé au Travail, le Copenhagen Burnout Inventory (CBI) s'appuie sur le modèle factoriel de Karasek.
De manière générale, on convient que les travailleurs qui traversent une période d’épuisement sont en situation de stress chronique, et donc en état de vulnérabilité. La majorité des victimes sont d'une part soumis à une charge de travail élevée, à laquelle s’ajoutent d'autre part une ou plusieurs des condition suivantes : manque d’autonomie et faible participation aux décisions liées à sa tâche ; déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenus de la part de l’employeur, du supérieur ou des clients ; faible soutien social avec le supérieur, les collègues ou les clients ; communication insuffisante de la direction aux employés, concernant la vision et l’organisation de l’entreprise ou de la tâche.

En plus de ces facteurs, des particularités individuelles entrent en jeu, avec des résistances différentes selon les sujets et/ou les contextes professionnels ou personnels (responsabilités familiales, solitude, isolement géographique, etc.)

Quelles que soient les sources de stress au travail, un déséquilibre s'établit entre la pression subie et les ressources (intérieures et extérieures, perçues ou réelles) du sujet pour l’affronter.

Le CBI prend en compte les trois dimensions fondamentales du burn-out : l'épuisement personnel, l'épuisement professionnel et l'épuisement relationnel. Il peut être utilisé par un clinicien ou faire l'objet d'un autogestionnaire. Dans tous les cas, il doit être interprété avec l'aide d'un spécialiste.
Le test comporte trois séries de questions. Chaque réponse donne un nombre de points. Il suffit d'additionner ces points pour connaître l'état d'épuisement du sujet.

1 - Epuisement personnel (inférieur à 13 : pas d'inquiétude ; de 13 à 17 : alerte, vigilance nécessaire ; supérieur à 17 : épuisement physique et psychique).
  • Je suis fatigué(e) - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
  • Je suis physiquement épuisé(e) - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
  • Je suis émotionnellement épuisé(e) - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
  • Je me dis que je n'en peux plus - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
  • Je me sens vidé(e) - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
  • Je me sens faible et susceptible de tomber malade - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
2 - Epuisement professionnel (inférieur à 15 : pas d'inquiétude ; de 15 à 19 : alerte, vigilance nécessaire ; supérieur à 19 : l'organisation professionnelle de votre entreprise épuise le sujet physiquement et mentalement).
  • Mon travail est émotionnellement épuisant à un degré - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4
  • Mon travail m'épuise à un degré - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4 
  • Mon travail me frustre à un degré - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4
  • Je me sens vidé(e) à la fin d'une journée de travail - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4
  • En me levant, je me sens déjà épuisé(e) à l'idée d'une nouvelle journée de travail - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4
  • Chaque heure de travail me paraît éprouvante - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4
  • Je manque d'énergie dans les activités de loisir avec ma famille et mes amis - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4
3 - Epuisement relationnel (total inférieur à 13 : pas d'inquiétude ; de 13 à 17 : les symptômes d'épuisement relationnel sont préoccupants ; supérieur à 17 : los relations professionnelles à l'intérieur ou à l'extérieur de l'entreprise épuisent le sujet). Le mot "client" est un indicateur. Le remplacer en fonction de son environnement professionnel.
  • Travailler avec mes clients (3) m'est difficile à un degré - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4 
  • Travailler avec mes clients est frustrant à un degré - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4 
  • Travailler avec mes clients m'épuise à un degré  - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4 
  • Considérant ce que je donne à mes clients, leur retour me déçoit à un degré - Très faible = 0 - Faible = 1 - Moyen = 2 - Elevé = 3 - Très élevé = 4 
  • Travailler avec mes clients me fatigue - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
  • Je me demande combien de temps je tiendrai encore dans ce travail - Jamais ou presque jamais = 0 - Rarement = 1 - Parfois = 2 - Souvent = 3 - Tout le temps = 4
Voir ici un site sur l'épuisement professionnel et ici le site de Doctissimo sur le travail.
A lire le numéro du 1er au 7 mai 2014 du Nouvel Observateur sur le Burn-Out (lien).
En cas de questionnement ou d'inquiétude, se rapprocher le plus rapidement possible de son médecin, ou selon le cas du médecin du travail ou du médecin de prévention universitaire. Le département d'ergonomie de l'ENSC est également spécialisé dans les risques psychosociaux et peut aider à orienter les personnes concernées.

30 avril 2014

DIV : La table connectée à Bordeaux.

La société Digitale Interactive est à l’origine d’une table intelligente qui possède des fonctions telles que le wifi, une webcam, un lecteur de code QR, etc.
 La société Max à Table, fondée par Mathias et installée à Bordeaux (ici), a équipé d'un tel dispositif son premier restaurant connecté qui a ouvert aujourd'hui 30 Avril 2014 dans le quartier Paul Doumer. La table permet évidemment de manger, mais aussi de préparer les menus, de passer sa commande et de payer. Des jeux et des vidéos sont disponibles pour passer le temps avant que les plats n'arrivent et on peut regarder la préparation en cuisine grâce aux caméras qui la filment en direct.
Voir un article de "connected-objects", un autre de "lesGourmands2.0" et un petit film (par ici) pour un concept "high touch" bien "sympa" ...

25 avril 2014

DIV : Synthèse du défi "Société de l’information et de la communication" de la SNR

Voici un lien vers la présentation de synthèse correspondant aux travaux de l'atelier sur le défi n°7 "société de l'information et de la communication" de la SNR.

Défi 7 : Société de l’information et de la communication
Bilan de l’atelier 7 (PDF)
Présentation de l'atelier 7 (PDF)

02 avril 2014

SHS : La révolution managériale.

« La révolution managériale » est celle qui transforme la société à partir des idées du "management".
Vincent de Gaulejac, professeur de sociologie à l'Université de Paris-Diderot, dirige la Laboratoire de changement social (LCS). Il est l'auteur de plusieurs livres très connus tels que "Le coût de l'excellence", "La lutte des places", "Travail, les raisons de la colère", "Les sources de la honte", "La société malade de la gestion : Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social", ou "Manifeste pour sortir du mal-être au travail" (co-écrit avec le journaliste Antoine Mercier).
Son activité se définit comme "sociologie clinique", telle que développée dans son ouvrage co-écrit avec Florence Giust-Desprairies et Ana Massa : "La recherche clinique en sciences sociales".
Interviewé à l'occasion des "Journées de réflexion sur la santé mentale, Agir en prévention sur l'organisation du travail" organisées en mai 2013 par la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), son entretien a fait l'objet d'une courte et excellente vidéo qui résume son analyse sur le travail et la société économique actuelle (http://youtu.be/ctnP8LnFsDg).

30 mars 2014

BIO : Biologie synthétique - de l'ADN fabriqué.

Une équipe de chercheurs internationaux, coordonnée par Jef Boeke de l'Institut des systèmes génétiques du centre médical Langone à l'Université de New York et du Johns Hopkins University School of Medicine de Baltimore (lien), a publié dans la revue Science, jeudi 27 mars 2014 (pub. ici), ses résultats qui ont permis de doter une levure d'un long fragment d'ADN dont la séquence a été « réinventée ».
La levure "Saccharomyces cerevisiae", qui sert aux boulangers ou aux brasseurs de boissons alcoolisées telles que la bière, est connue depuis plus de 5000 ans puisqu'on en trouve des référence dans l'histoire égyptienne antique. Louis Pasteur a démontré en 1857 son rôle dans la fermentation, mais il a fallut attendre 1992 pour que le chromosome 3 en soit entièrement séquencé avant que l'ensemble du génome de la levure de bière soit entièrement séquencé en 1996.
Les chercheurs ont réussi à fabriquer totalement artificiellement un chromosome en assemblant des centaines de milliers de paires de bases azotées de l'ADN (Adénine et Thymine, Guanine et Cytosine, respectivement désignée par leurs initiales et organisées en paires A-T, T-A, G-C, C-G).
Ils ont ainsi franchi une nouvelle frontière de la biologie de synthèse qui, jusqu'ici, n'avait fabriqué que de l'ADN viral ou de l'ADN de bactérie. Ainsi, en 2003 l'équipe de l'Américain Craig Venter avait synthétisé  le génome d'un virus fonctionnel (PhiX174), et en 2008, elle avait produit une version synthétique du génome de la bactérie Mycoplasma genitalium. Ce n'est qu'en 2010 que Craig Venter avait réellement réussi à assembler de toute pièce le génome circulaire d'une bactérie et le faire s'exprimer dans l'enveloppe d'une autre bactérie dont le propre génome avait été éliminé, pour le substituer et ainsi prendre les commandes génétiques du micro organisme. cette avancée avait alors révolutionné les conceptions du futur de la biologie génétique en lui ouvrant les portes de la biologie de synthèse et l'espoir de pouvoir ainsi créer des organismes de toutes pièces ou de modifier directement le patrimoine génétique cellulaire.
Une nouvelle frontière vient donc de tomber, après sept ans de travail pendant lesquels les chercheurs se sont attachés à synthétiser les bases d'ADN de la levure de boulanger. En effet, là où le génome des mycoplasmes ne compte qu'un million de paires de bases, le patrimoine génétique de la levure en totalise plusieurs millions pour plusieurs milliers de gènes répartis dans 16 chromosomes. Les chercheurs ont également franchi un autre pas symbolique, ils ont doté la levure synthétique d'un nombre inférieur de paires de bases, c'est-à-dire qu'ils ont effectué de nombreuses altérations à la série génétique du chromosome concerné, en retirant notamment des parties redondantes qui ne sont pas nécessaires pour la reproduction du chromosome et sa croissance. On est ici dans un domaine qu'on pourrait qualifier de purification génétique.
Ce chromosome eucaryote (tel que celui qui contient les gènes dans le noyau des cellules de tous les végétaux et animaux) a donc subi des modifications sans précédent, a été ensuite intégré dans des cellules vivantes de levure. Ces dernières se sont comportées normalement, mais possèdent de nouvelles propriétés qui n'existent pas dans la levure naturelle.
L'idée de Jef Boeke et ses collègues n'est pas seulement de refaire un chromosome eucaryote. Ils veulent agir sur l'évolution de l'organisme, en simplifiant la version naturelle et en la perfectionnant de petits segments d'ADN conçus pour faciliter les recombinaisons génétiques. L'intérêt de ce système, baptisé SCRaMbLE (« mélanger », en anglais) est de fournir plus de souplesse à l'ADN artificiel pour aboutir à une sorte de châssis très simple de cellule eucaryote pour faire de la biotechnologie.
Là est l'avancé majeure. Il devrait être désormais possible de développer des variétés synthétiques de levure capables de de produire certains vaccins (dont celui contre l'hépatite B qui est dérivé de la levure), de fabriquer des médicaments (tels que l'antipaludéen artémisinine), ou ou pour doper le développement de biocarburants plus efficaces.
Au-delà de l'exploit scientifique et de ses conséquences potentielles en biotechnologie, la question éthique reste centrale et il important que ces avancées permettant de modifier, purifier des êtres vivants, ou même en créer de nouveaux de toutes pièces, soient le lieu de débats citoyens et de controverses internationales avant que ne surviennent des dérapages peut-être dangereux pour l'humain ou plus globalement pour la biosphère. Voici le débat sans fin entre principe de précaution et principe d'invention relancé.
Article initial (ici).

29 mars 2014

BIO - SHS : Ellie, psychothérapeute virtuelle.

On connaissait "Eliza", thérapeute informatique rogérien, voici "Ellie", la nouvelle psy "Kinect".
Des chercheurs dirigés par Stefan Scherer, professeur à l'Institute for Creative Technologies (lien) de l’Université de Californie du sud, ont mis au point un psy virtuel capable de diagnostiquer les signes de la dépression. Le patient doit s'installer en face d'une Kinect, l’outil de jeu permettant la détection des mouvements, développé par Microsoft. Il entre en contact avec un avatar thérapeute virtuel et doit répondre aux questions posées à l’écran (voir la vidéo).
Le diagnostic repose sur un programme appelé SimSensei. Composé d’algorithmes, le programme analyse les expressions du visage, la voix du patient et sa posture. À l’écran, le psy virtuel pose des questions puis analyse les réponses physiques.
C'est grâce aux capteurs de la Kinect que le programme construit un modèle très détaillé du visage et du corps en prenant en compte la taille du sourire, l’ouverture des yeux… Des éléments déjà utilisés par certains pour conduis par exemple des voitures (voir le post dans ce blog). Ces éléments permettent de capter les signes émotionnels et en déduire l'existence d’une éventuelle dépression.
Le processus est entièrement automatisé et ne fait intervenir aucun thérapeute réel. Il s'agit d'une pseudo consultation, d'un pseudo entretien, et peu importe les contenus. L'important est ici de laisser croire que le dispositif est fonctionnel : il s'agit de passer le test de Turing.
Les tests sont donc effectués en toute intimité à la maison, ou comme c'est déjà envisagé, dans des centres de présélection de l'armée américaine ou dans les centres de soins pour vétérans des guerres du Golfe et d'Afghanistan.
Lors des essais, les chercheurs californiens ont testé 60 personnes, dont la moitié avait déjà souffert de dépression. Les conversations virtuelles ont permis de construire des profils que les chercheurs estiment fiables à 90%.
Les pistes de développement concernent bien entendu la dépression, mais également les autres troubles de l’humeur tels que ceux des bipolaires, des parkinson, des déments, etc. En combinant avec d’autres capteurs, il serait même possible pour un ordinateur de diagnostiquer, selon les chercheurs, toutes sortes de problèmes physiques et mentaux. Les travaux sont engagés dans ce sens, en essayant de différencier les supports techniques, par exemple en utilisant des smartphones ou des tablettes.

SHS - IA : Voiture émotionnelle.

L'École polytechnique fédérale de Lausanne s’est associée au constructeur automobile PSA Peugeot Citroën pour installer il y a quelques années une cellule de recherche avancée sur le site de l’EPFL. La mission est de créer des liens et des projets avec les chercheurs suisses, dirigés par le professeur Jean-Philippe Thiran, directeur du laboratoire des signaux de Lausanne.
L'équipe vient de mettre au point un système capable de ressentir les émotions d’une personne assise au volant. Une caméra infrarouge et une série de LED installées derrière celui-ci filment le conducteur. Les images sont ensuite traitées en temps réel via un algorithme informatique qui va vérifier certains points précis du visage et en déduire une émotion (autour des yeux, des sourcils, du nez et des lèvres). Pour le moment, les résultats sont parcellaires et seuls la colère et le dégoût sont détectables. Les chercheurs continuent néanmoins à travailler sur le projet afin de couvrir une large gamme d'émotions.
L’image et la vidéo sont en effet des outils très utiles dans l’analyse de l’état émotionnel des personnes. or, celui-ci est un lieu de préoccupation des constructeurs pour l'aide à la conduite, et l'étude de l’expression faciale est considérée comme la meilleure porte d'entrée non invasive actuelle.
Un système de classification des points caractéristiques du visage dont les positions relatives sont corrélés à es émotions permet de reconnaître l’expression manifestée à un moment donné par le conducteur. La méthode mise au point permettra à terme de détecter la colère ou le stress, la fatigue ou l'ennui et l'endormissement. La production de contremesures comme une musique apaisante, une modulation de l'éclairage du cockpit, ou au contraire des stimulations, voire l'arrêt du véhicule peut alors être envisagée. Les spécialistes considèrent qu'un système de ce type pourrait être opérationnel d’ici deux à trois ans.
C'est surtout dans la perspective de véhicules semi-autonomes que ces études sont intéressantes. Il sera dans ce cadre utile que la voiture ait une connaissance de l’état attentionnel, mais également émotionnel, du conducteur,afin de répartir correctement les tâches qui doivent être gérées automatiquement et celles qui peuvent être transférées au conducteur.
Reste à savoir si les conducteurs, qui ne l'oublions pas restent des clients, apprécieront de laisser à un dispositif automatique la capacité de prendre le pouvoir sur le comportement à partir d'indices intimes pour lesquels tout le monde n'est pas forcément prêt à (se) confier à une machine.

BIO -SHS -IA : Découverte du monde sonore par augmentation humaine.

Johanne Milne, une britannique de 40 ans, atteinte du syndrome d'Usher, vient de subir une opération au Midlands Implant Centre du Queen Elizabeth Hospital de Birmingham (ici), l'équipant d'implants cochléaires. Née sourde, elle est également malvoyante depuis une vingtaine d'années, et vivait dans un monde relativement coupé de l'environnement, ce qui est la caractéristique terrible de cette maladie.
Elle a été équipée d'implants électroniques (ref.) qui lui ont permis de récemment recouvrer l'ouïe. En fait, il ne s'agit pas d'une audition normale, mais l'implant étant inséré sous la peau à proximité de l'oreille, il stimule par des électrodes le nerf auditif. Le patient est alors obligé d'apprendre ou réapprendre à faire correspondre des stimulations particulières avec des réponses neuronales dans une nouvelle correspondance sensorielle apprise, à élaborer et à stabiliser.
Une vidéo de l'instant où la jeune femme entend pour la première fois a été postée sur YouTube (ici) ; on la voit entendre et découvrir la voix de son médecin.
Au delà de la découverte de son nouveau sens, Joanne Milne va donc devoir maintenant apprendre à reconnaître les sons et les caractéristiques sensibles du monde sonore : "The first day everybody sounded robotic and I have to learn to recognise what these sounds are as I build a sound library in my brain". L'étude de son comportement d'apprentissage et de l'acquisition de ses nouvelles performances sera probablement très instructive pour la compréhension du système auditif et de la cognition sonore. Notamment, il conviendra d'étudier les préférences, les aptitudes différentielles, notamment en rapidité d'apprentissage, et surtout si la personne supportera ces nouvelles informations et comment elle aura recours à l'interruption temporelle de ses prothèses fonctionnelles.

Deux remarques sont à développer ici, et ferons l'objet d'un séminaire de l'ENSC.
1/_ La première concerne le bonheur et l'augmentation. Après avoir vu la vidéo, nous touchons ici à la compréhension de l'ambition transhumants te positive : augmenter l'homme pour son bonheur. Si c'est air aussi simple! L'augmentation doit elle être récupératrice, clinique ou au contraire à méliorative des personnes saines ? Pourquoi ne pas mieux entendre si la technologie permet de dépasser la performance naturelle ? Et qui a-t-il droit de bénéficier d'une telle technologie ? Tous les malades, ceux qui en ont les moyens financiers ? Tous les hommes normaux ou seulement certains privilégiés ? Et lorsque ce type de technologie serait utile au travail, a-t-on le droit de la refuser sans être licencié, ou la technologie implantée va-t-elle imposer de nouvelle normes aux travailleurs ? À-t-on le droit d'imposer cette technologie, qu'elle soit durative ou d'obligation sociale, à des personnes vulnérables, enfant sourd, personnes âgées, prisonniers judiciaires ou simplement de la politique de l'emploi de patrons festives ? À-t-on le droit de refuser, y-a-t'il un droit à la surdité ? etc.
2/_  La seconde concerne la connaissance du Monde et l'existence des qualia (ref.). L'expérience de pensée des "couleurs de Marie" ("What Mary Didn't Know" de Frank Jackson - Journal of Philosophy 83, pp. 291-295, 1986 -  article posant la question de savoir ce qu'on apprend de plus de l'expérience par rapport à la connaissance symbolique), trouve ici un mode de réfutation inattendu. Manifestement, même si Joanne a connu beaucoup de choses de ce qu'on lui disait du monde auditif, elle semble avoir découvert quelque chose de nouveau dans la confrontation brutale à l'expérience sensible. Sont-ce les qualia, terme par lequel on désigne les propriétés subjectives, qualitatives, de l'expérience réelle ? Une pierre dans le jardin des idéologues du tout symbolique. La connaissance sensible est ici clairement démontrée par l'expérience vivante, renvoyant au placard des fantasmes technologiques le projet du Google brain et autres projets de cerveaux artificiels : un cerveau sans le corps, ce n'est rien, et un corps sans expérience sensible et apprentissage corporel, ce n'est certainement qu'un morceau de viande ... ou de ferraille, pour les techno-convaincus de la pensée artificielle.

24 mars 2014

IA - BIO : Fini les problèmes de mémoire. Vive l'ADN de synthèse !

Des chercheurs européens ont récemment montré l'extraordinaire capacité de stockage de l'ADN synthétique. On peut, grâce à lui, stocker toutes informations codables par la combinaison de 4 informations de base (base 4), que ce soit des textes, des images, des sons ou des combinaisons de ces dimensions. 
Rappelons que l’acide désoxyribonucléique (ADN) est le support génétique de toutes les cellules vivantes. Il est constitué de quatre nucléotides (Adénine, Guanine, Thymine, Cytosine, respectivement désignés par leurs initiales A, T, C, G) qui s’organisent en succession sur deux brins en hélice pour stocker les informations génétiques de chaque être vivant, de la bactérie aux plantes les plus sophistiquées, en passant par les champignons, les algues, les animaux et ... les hommes.
L’ADN, support de l’information génétique, comporte des milliers de gènes sous la forme de succession des quatre nucléotides. Le code génétique permet d’associer chaque triplet de bases à un acide aminé particulier. Chaque région de l'ADN qui produit une molécule d'ARN fonctionnelle est un gène. Un gène est donc une unité d'hérédité contrôlant un caractère particulier. Cet élément génétique correspondant à un segment d'ADN (ou d'ARN dans le cas d'un virus), situé à un endroit précis (locus) sur un chromosome. Un chromosome est une structure constituée d'ADN replié sur lui-même. Chaque chromosome des 23 paires que l'on trouve dans chaque cellule du corps a une forme différente. 22 paires sont communes aux deux sexes, les deux chromosomes restants sont les chromosomes sexuels qui, chez la femme forment une paire (chromosomes X) et chez l'homme sont différents, l'un étant un chromosome X et l'autre, beaucoup plus court un chromosome Y. Ces chromosomes sont inclus dans le noyau de la cellule qui qui renferme tout le patrimoine héréditaire de l'individu. Le nombre de gène codant (qui servent à quelque chose) pour la synthèse des protéines est estimé à 40.000 chez l'homme, mais il existe aussi de nombreux morceaux d’ADN codant pour des ARN, pour des séquences régulatrices de l’expression des gènes, etc.
Métaphoriquement, on peut dire que le patrimoine génétique est à une bibliothèque ce qu'un chromosome est à un livre, alors que le gène correspond à une page d'un des livres de la bibliothèque.
La structure originale de l'ADN en double hélice lui permet de se dupliquer en deux molécules identiques entre elles et identiques à la molécule mère lors du phénomène de réplication qui a lieu avant la division cellulaire. L’information génétique n’est ainsi jamais perdue, et peut se transmettre aux nouvelles générations via les cellules germinales. Le séquençage de l'ADN correspond à la détermination de la succession des nucléotides A, T, C et G (A-T, T-A, C-G ou G-C) qui le composent. C'est aujourd'hui une technique de routine pour des laboratoires qui utilise les connaissances qui ont été acquises depuis une trentaine d'années sur les mécanismes de la réplication de l'ADN pour en dresser la carte unique de chaque individu. Certains scientifiques produisent aujourd'hui de l'ADN de synthèse qui peut se substituer de manière fonctionnelle à celui d'organismes vivants (voir dans ce blog). Mais au delà du vivant, on peut utiliser l'ADN comme moyen technologique de stockage informatique.
Ainsi, une équipe de chercheurs, coordonnée par le biologiste George Church de l'Université de Harvard, a publié en 2013 dans Science qu'elle avait réussi à coder 5,27 mégabits de données dans un milliardième de gramme d'ADN synthétique (Ref.: Church GM, Elowitz M, Smolke CD, Voigt CA, Weiss R. Realizing the potential of synthetic biology. Nature Reviews of Molec. Cell Bio. 2014). Une autre équipe coordonnée par Nick Goldman et Ewan Birney de l'Institut européen de bio-informatique (EMBL-EBI) de l'Université de Cambridge a publié dans Nature une nouvelle méthode pour stocker des données sous forme d'ADN synthétique à partir du système binaire informatique (suite de 0 et de 1) transcrivant le système trinaire (0, 1, 2), puis en code ADN qui peut être synthétisé en laboratoire. 
Selon la société Agilent technologies qui a synthétisé l'ADN, il a été possible de coder, avec cette méthode de transcription un ensemble de fichiers dont un enregistrement MP3 du célèbre discours de Martin Luther King "J'ai fait un rêve", un fichier texte des Sonnets de Shakespeare et même un PDF de l'article de Watson et Crick sur la structure en double-hélice de l’ADN, pour la taille d'un grain de poussière. Le message a pu être envoyé et facilement décodé avec une précision totale (100%) par d'autres chercheurs de l'EBI sur des séquenceurs ADN standard. 
Le principal avantage de l'ADN synthétique est qu'il est manométrique, dense, et d'une conservation sans énergie. Le prix pourrait être rapidement divisé selon la courbe actuelle du progrès du séquençage et lui permettre de devenir un outil trivial à moyen terme.
Référence : http://www.maxisciences.com/adn/l-039-adn-synthetique-le-support-de-stockage-du-futur_art28403.html

IA - BIO : Vers une rétine hybride.

Une équipe de chercheurs, dirigée par Yael Haenin, professeur à l'Université de Tel-Aviv, travaillent sur la réalisation d'un oeil hybride grâce aux nanotubes de carbone dont il a été question récemment (lien).
L'équipe est engagée dans la recherche sur une maladie dégénérative, la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge). La DMLA est la première cause de cécité après 50 ans dans les pays développés. Cette maladie invalidante ne se guérit pas et peut simplement faire l'objet de soins palliatifs particulièrement lourds et coûteux.
L'équipe s'est intéressée aux propriétés des nanotubes de carbone. Elle a conçu une interface polymérique optoélectronique (constituée de polymères photosensibles) qui remplace les photorécepteurs naturels défaillants. Elle envoie des signaux visuels à une rétine synthétique constituée de nanotubes de carbone. Cette rétine hybride transmet les signaux des yeux au cerveau à l'aide de nanocristaux, les informations visuelles pouvant alors être à nouveau transmises et interprétées par le cerveau. Cette superstructure est alimenté par une NanoRectenna qui convertit la lumière en électricité.
Les recherches menées par l'équipe de Yael Haenin s'inscrivent dans la lignée des travaux entrepris pour le traitement substitutif de la surdité par les implants cochléaires. Ces implants parviennent en effet à utiliser la capacité d'adaptation du cerveau, qui est capable, après apprentissage, d'interpréter des signaux électriques artificiels reçus par le biais du nerf auditif. Il en sera de même de la rétine hybride qui permettra ainsi de disposer à nouveaux d'une représentation visuelle du monde pour les personnes atteintes de DMLA.
Lien vers l'info (ici).

23 mars 2014

IA : Branchez vos smartphones pour la science.

La plus grande puissance de calcul du monde dort dans votre poche. Tel est le constat que les ingénieurs de Samsung ont fait, et en coopération avec l’Université de Vienne, ils ont proposé d'y remédier. Le but : mobiliser la puissance de calcul des smartphones pour faire avancer la science.
Une nouvelle application, baptisée Power Sleep, permet d'utiliser la puissance des processeurs des appareils mobiles pendant le sommeil de leurs propriétaires, dans le but de participer au décryptage de séquences de protéines pour la recherche contre le cancer et la maladie d'Alzheimer.
PowerSleep utilise l’infrastructure BOINC développée par l'Université de Berkeley (Californie-USA).
L'application peut se télécharger comme n'importe quelle application (ici) pour smartphone ou tablette sous Androïd, et rend possible le calcul distribué, c’est-à-dire réparti entre plusieurs micro-processeurs. Elle tourne uniquement pendant la plage horaire de fonctionnement de ce calcul partagé déterminée par l'utilisateur (habituellement la nuit), après avoir téléchargé des données en Wi-Fi, puis en procédant aux calculs et en renvoyant les résultats par Wifi en fin de session.
Lien (ici).

DIV : Logiciels d'analyse ergonomique

Sami Lini (société Akiani) informe les élèves de l'ENSC que Siemens Softwares rend gratuite aux étudiants sa solution de modélisation humaine à des fins d'analyse ergonomique, Tecnomatix Jack.
Lien ici : (lien).

Le logiciel de maquettage/prototypage d'IHM Axure est également disponible avec des licences pour les étudiants dans les cursus proches des problématiques métiers du logiciel (webdesign, ergonomie...).
Lien ici : (lien).

BIO - SHS : le nocebo, face contraire du placebo.

Le terme de placebo (du latin : je plairai) a été introduit dans le langage médical en 1955 par Henry Beecher. Il a révolutionné la conception de l'action psychologique bénéfique des traitements médicamenteux en prenant en compte la dimension subjective de l'action pharmacologique des substances et de leur mode de prescription. Le terme nocebo (du latin : je nuirai) a lui été proposé sur le même mode en 1961 par Walter Kennedy, en évoquant les dimensions nocives que peut prendre une substance, sans raisons objectives, y compris une substance totalement neutre.
Selon Patrick Lemaire, "il s’agit d’un placebo à l'envers". Le nocebo peut provoquer des effets secondaires tels que des vertiges ou des maux de tête, des diarrhées, des allergies, des douleurs articulaires, menstruelles, etc. On peut même observer des effets d'intoxication et même des effets d'accoutumance avec des personnes devenant dépendantes d'un produit totalement neutre.
L’effet nocebo consiste en un effet négatif qui va réduire, modifier ou même annuler les effets pharmacologiques d’une substance. Comme pour l’effet placebo, il n’est pas lié au médicament mais à l’attente du patient et même de celle du médecin vis-à-vis du traitement prescrit.
Au delà de l'effet patient, et de même que l’effet placebo est influencé par une relation thérapeutique positive, on peut supposer que l’effet nocebo est lié à une relation négative entre médecin et patient, entre médicament et patient ou même entre médicament et médecin, avec l'instauration d'un doute ou d'une croyance partagée quant à l’efficacité relative du traitement ou à ses effets secondaires.
Des expérimentations ont montrée que faire tester un produit neutre, sans préciser de quoi il s’agit,ni quels effets il peut produire, entrainerait des symptômes dans plus de 80 % des cas, et cela d'autant plus que le niveau d'anxiété du patient est important ou qu'un discours négatif est porté sur le produit.
On a pu montrer que ces variables influencent le taux de cholécystokinine, hormone impliquée dans la perception de la douleur, et qu'un traitement pour la prostate provoque l’impuissance chez ⅓ des hommes alors que dans 10 % des cas si l'on informe pas le patient de ces risques potentiels.
Chez des parkinsoniens implantés dont les tremblements cessent par stimulation d'une électrode, d’électrodes dans le cerveau, des troubles moteurs réapparaissent quand on leur dit que l'électrode ne fonctionne plus alors quelle est toujours en service. 
Si l'effet nocebo est maintenant connu, il reste peu étudié et jouit encore d'une réputation de simple hypothèse, et rencontre les contraintes éthiques qui interdisent ou restreignent les possibilités de le tester.
On sait aujourd'hui que l’effet placebo favorise la sécrétion de substances thérapeutiques, anti-inflammatoires, antinicotiniques, antidépresseurs, antibiotiques, ou même des amphétamines en endorphines. On peut donc supposer qu'en effet contraire, le nocébo entraine la sécrétions de substances liés au stress impliquées dans les régulations noradrénergique ou du cortisol, avec le cortèges des signes « nocebologiques » associés tels que tachycardie, hypertension, troubles du sommeil, etc.

Beecher, H.K. (1955). The powerful placebo. Journal of American Medicine Association, 159, 1602-6.
Keller, P. (2008). "La question psychosomatique". Paris : Dunod
Kennedy, W.P. (1961). The nocebo reaction. International Journal of Experimental Medicine, 95, 203-5.
Lemoine, P. (1996). "Mystère du placebo". Paris : Odile Jacob.
Lemoine, P. (2010). "Effet nocebo, comment les médias jouent avec notre santé". Paris : Stock.

BIO, IA : Convergence NBIC - après l'homme augmenté, voici la plante augmentée.

Une publication dans la revue Nature ouvre la perspective des plantes hybrides augmentées.

Les nanotubes de carbone appartiennent à la famille des fullerènes. Cette molécule composée exclusivement de carbone, est très résistante et dure. Ces nanocomposants, jusqu’à 100 000 fois plus minces qu’un cheveu, permettent en outre une excellente conductivité électrique et une conductivité thermique très efficace. 
leurs propriétés confèrent donc une utilité à la fois structurelle (solidité, taille, résistance ...) et fonctionnelle (conduction, température ...).
On sait que les nanotubes de carbone sont de très bons fertilisants pour faire pousser les plantes. Les mécanismes étaient jusqu'ici mal expliqués et restent l'objet de recherches afin de déterminer des modes d"absorption.
Des scientifiques ont poussé l'expérience plus loin en se libérant de la question, en essayant de produire directement une hybridation entre un type de cresson habituellement utilisé dans la recherche de physiologie végétale, arabidopsis thaliana, et des nanotubes de carbone à paroi simple (SWNT). Une équipe composée des chercheurs du Dpt. of Chemical Engineering du MIT (Cambridge-Massachusetts), du Dpt. of Chemical Engineering du California Institute of Technology (Pasadena-)aliforme), et du Dpt. of Biochemistry de la Dumlupinar University (Kutahya-Turquie) a réussi à transformer une plante en un hybride augmenté. 
Ils ont ainsi réussi à insérer des nanotubes de carbone dans l'enveloppe lipidique des chloroplastes, c'est-à-dire les cellules chargées de transformer la lumière et le dioxyde de carbone en énergie et en sucre. Les nanotubes de carbone ont été recouverts d’ADN, puis glissés dans les membranes des chloroplastes de la plante. Pour quantifier le mécanisme, les chercheurs ont utilisé un colorant qui change de couleur lorsqu’il absorbe des électrons. Les particules chargées étant produites pendant la photosynthèse, plus la photosynthèse est importante, plus le changement de couleur est donc visible. L'équipe a montré que l'hybridité permet de tripler la production d’énergie par la plante. Les SWNT sont particulièrement sensibles aux gammes proches de l'infrarouge. 
L'application pourrait permettre de cultiver des plantes dans des espaces peu ou mal éclairés, sous des latitudes peu propices ou sous des abris, mais également de promouvoir des matériaux biomimétiques pour la détection de la lumière et/ou la chaleur. 
Les résultats montrent également que les nanotubes de carbone sont capables de détecter le monoxyde d’azote dans l’environnement. Cette propriété est également très importante puisqu'elle permet d'envisager l'utilisation de telles plantes hybrides pour réduire le dioxyde de carbone de l’atmosphère et ainsi promouvoir des environnements assainis. 
Cette avancée majeure, qui est passée inaperçue du monde des technologistes, a été publiée dans "Nature materials" le 16 mars 2014 (lien). 

 Ref : J.P.Giraldo et al. (2014). Plant nanobionics approach to augment photosynthesis and biochemical sensing. Nature Materials 13, 400–408.

17 mars 2014

IA : innorobo 2014

Innorobo est le salon international de la robotique. 
Chaque année, depuis 2010, il rassemble à Lyon les acteurs internationaux de l'industrie de la robotique. En 2013, il a réunit plus de 15 000 visiteurs et à été le lieu de lancement du plan "France robot initiative"  par le Ministre du redressement productif.
Innorobo'14 aura lieu du 18 au 20 mars 2014 à la Cité Centre de congrès de Lyon.
Parallèlement, le Ministère de la recherche et le Ministère du redressement productif organisent, dans le cadre d'Innoorobo les Etats Généraux de la Robotique auxquels participe l'ENSC (programme).

DIV : suivre les événements astrophysiques.

Le site Slooh propose à chacun d’observer, en temps réel ou en différé, les événements astrophysiques. Créé en 2003, Slooh dispose d’un vaste réseau d’observation dans le Monde, notamment les télescopes de l'institut d'astrophysique des iles Canaries (ici). Il permet aux internautes de visualiser sur le web la trajectoire de nombreux objets stellaires, d'observer les éclipses de lune à différents endroits, etc.
Slooh (lien) et la liste des événements (ici).
Slooh est aussi téléchargeable sur iPad.