23 avril 2020

BIO : Ne nous plaignons pas des pangolins - Pour une vision écoépidémiologique.

Ne nous plaignons pas des Pangolins ni des chauves-souris, véritables souches à virus (voir ici). En effet, dans leur chronique pour une approche globale de la santé, les responsables de 14 organismes de recherche et d’universités fédérés par Allenvie (voir ici) précisent que les analyses génétiques du Sars-CoV-2 le rattachent au groupe des Betacoronavirus, et notamment montrent sa proximité avec le virus RaTG13, isolé sur une chauve-souris de la province chinoise du Yunnan,  à 60 kilomètres de Kunming, dans le sud-ouest de la Chine (77 % d’identité avec le Sars-Cov-2). Ils précisent qu’un virus encore plus proche a été récemment isolé chez le pangolin malais, qui peut infecter les cellules humaines (de 90% à 96%, voire 99 % d’identité avec le Sars-Cov-2 selon les publications - ici - et - là - ou encore - là - pour une revue), alors que le RaTG13 ne le peut pas. Cela suggère que le Sars-Cov-2 est issu d’une recombinaison entre deux virus différents, l’un proche de celui de la chauve-souris et l’autre plus proche de celui du pangolin (plus de précisions, voir ici).  L'épidémie de Sras qui a démarré en 2002 touchant 8000 personnes était déjà dû à un virus similaire qui s'était développé chez ces mammifères dans une grotte reculée de la province du Yunnan,Il était alors passé à l'humain par l'intermédiaire de la civette masquée, un petit mammifère carnivore.

« Une première leçon de ce constat sur les origines probables du virus est qu’il ne servirait à rien d’éradiquer les pangolins, ni les chauves-souris. Les virus de cette famille courent à travers toute la biodiversité des mammifères, laquelle comporte de nombreux porteurs sains », rappellent les scientifiques. Il est d’ailleurs absurde de « penser que la biodiversité représente un danger potentiel puisqu’elle héberge de nombreux pathogènes » et, bien que contre intuitif, c’est « tout le contraire ». En effet, d’une part « une grande diversité d’espèces hôtes potentielles ou effectives limite la transmission des virus par un effet de dilution » (voir l’explication ici d’un effet de dillution rencontré dans plus de 70% des cas), et d’autre part, « la diversité génétique propre à chaque espèce contribue à faire émerger des résistances de l’hôte à son pathogène, et donc limite aussi sa transmission ». Une récente étude d’une équipe de l’University of South Florida à Tampa (Floride, USA), publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), et portant sur une méta-analyse de 202 études d’interactions hôtes/pathogènes, dont 47 espèces parasitaires n’affectant que les animaux et 14 touchant aussi l’homme, montre que l’hypothèse de l’effet de dilution n’est en rien une exception, mais semble au contraire la règle. Les organismes pathogènes feraient en effet plus de ravages lorsque le nombre d’espèces décroît dans le milieu (voir ici le débat). De nombreux travaux scientifiques récents montrent ainsi que de la qualité de la biodiversitédépend la qualité de la santé, d’où le concept de One Health, et que l’éradication des espèces vecteurs supprime l’effet de dillution et aggrave la situation sanitaire humaine.
La biodiversité amoindrit en effet les ravages causés par un parasite, et ce dans tous les contextes écologiques : microparasitee (virus, bactéries, champignons, etc.) ou macroparasites (vers nématodes, trématodes, etc.), cycles de vie soit plus ou moins complexes implicant un nombre plus ou moins grand d’espèces hôtes, et cela aussi bien pour les espèces animales (agriculture, chasse, médecine vétérinaire) ou l’homme (médecine humaine). C’est ainsi que « le déclin de la biodiversité qui, en réduisant les populations d’hôtes et, ce faisant, la probabilité d’apparition des résistances, augmente les risques de transmission des pathogènes et l’émergence des maladies associées ». Donc pour se protéger des virus, protégeons les souches à virus car, plus nombreux elles sont, plus elles nous protègent, pour peu qu’on les laisse tranquilles. Et là, et un second problème.
Voici le scénario que les auteurs de la tribune rapportent et qui a amené à la diffusion du virus. Alors que les chauves-souris et les pangolins n’ont aucune raison d’être en contact direct entre eux, et très peu de chances d’être en contact directement rapproché avec les hommes, c’est le fait de les chasser et de les concentrer sur des marchés qui a permis « le passage de la chauve-souris au pangolin, puis du pangolin aux humains ». Ainsi le coronavirus de la chauve-souris qui n'est pas transmissible à l'homme a bénéficié de la proximité des chauves-souris captives en contact avec des pangolins eux-mêmes captifs au même endroit. Deux hypothèses, soit il s'agit d'une mutation du virus de la chauve-souris àpar le passage par le pangolin, soit plus probablement il s’agit d’une chimère entre deux virus préexistants, qui a acquis des propriétés  de capacité à pénétrer les cellules humaines (voir ici).
Alors que ces espèces animales sont strictement protégées, et que leur commerce est évidemment interdit, on constate que la consommation de leur viande et l’incorporation de certaines parties (ailes, écailles…) dans les préparations de médecine traditionnelle asiatique sont les raisons principales de cette hécatombe, et de l’augmentation des contacts avec les humains. Il y a là, évidemment des raisons traditionnelles, mais elles sont amplifiées par de véritables trafics mafieux probablement en réponse à des effets de mode et de défiance de la médecine moderne au bénéfice des nouvelles industries des médecines alternatives, ainsi que des remontées des croyances et d’un mouvement global mondial de négation et de refus de la science.
Les conséquences de ce constat sont multiples, avec en premier lieu la mise en œuvre de politiques résolues ; c’est « une nécessité de santé publique » alertent les signataires de la chronique du Monde. Il faut d’urgence limiter « les activités humaines qui appauvrissent directement la biodiversité ». Cela ne se fera pas sans entreprendre une éducation globale des populations, de manière transculturelle, et surtout sans une revalorisation de l’image de la science (qui n’est pas bien aidée par les batailles de chiffonniers ni les pratiques individualistes de chercheurs maintenus en concurrence par des systèmes compétitifs d’appels d’offres ou d’évaluation de carrière). C'est à ce prix qu'un effort international de lutte contre les mafias pourra être efficace, par la chasse à l’institutionnalisation des comportements à risque et à la chute des demandes de marché noir, en engageant dès les plus jeunes âges de scolarisation au respect de logiques naturelles de préservation de la biodiversité.
Nous en sommes malheureusement encore loin, y compris dans notre pays.

22 avril 2020

BIO - SHS : Et revoilà la « One health » : les dirigeants des instituts de recherche pour une approche interdisciplinaire face au Coronavirus.



L’interdisciplinarité est un vrai champ de bataille. L’ENSC en est le témoin, construite à bout de bras malgré les ordres disciplinaires, les chapelles et les tuyaux d’orgue académiques ou des décideurs politiques nationaux, dont les rares partisans des transversalités sont également bien mal traités.
La crise actuelle n’échappe pas aux dogmatismes, aux luttes de clans et aux pouvoirs de telle discipline sur une autre, souvent dans la fausse modestie des mandarins et de leurs adeptes, partisans ou détracteurs.
Considérer que la recherche médicale n’est que médicale, que l’éthique n’est qu’une discipline de l’Ordre, des comités national, de l’Inserm ou locaux de protection des personnes, est une caractéristique bien ancrée de l’institution française. Elle repose d’ailleurs sur un monde histoirique et « dérogatoire » de facultés « dérogatoires » réunissant des professeurs à carrière « dérogatoire » pour des études « dérogatoires » menant à un doctorat « dérogatoire » : les diplômés en sont d’ailleurs, spécificité française, les seuls que l’on appelle « docteur » comme si les autres scientifiques n’en étaient pas vraiment digne du titre. Ces facultés regroupent d’ailleurs parfois des disciplines fondatrices d'autres facultés, de sciences ou de lettres et humanités, mais aux titres desquelles on adjoint explicitement les termes de « médicales », « biomédicales », parfois « humaines (!) », « de santé » ou autre astuce sémantique pour marquer la distinction, la différence, le non mélange. Les unités n’en sont souvent dirigées que par des spécialistes, docteur par ci, professeur par là, blouses blanches partout et toges toujours : statistiques médicales, informatique médicale, biologie humaine, neurosciences biomédicales, psychologie médicale, pédagogie médicale, médecine du sport, du travail, santé publique ... marquant d’autant la singularité de ce monde académique « dérogatoire ».
C’est dans Le Monde le 17 avril 2020 que des dirigeants « non médicaux » des plus grands instituts de recherche français et de quelques universités signent une tribune appelant fermement à l’interdisciplinarité et à une approche « One Health » que nous avions déjà discutée et appelée de nos vœux, ici, dans ce site (lien). Cette démarche « One Health » (voir l'article sur le site de l'Agreenium) promue par l’OMS et de grandes organisations internationales ne trouve paradoxalement qu’une attention condescendante en France. Or, selon ces illustres signataires, la pandémie actuelle « est étroitement liée à la question de l’environnement ». Hors de la clinique et de l’intervention urgente sur la vie des personnes qui méritent évidemment d’être sauvées ou dont l'avenir doit être préservé, et pour lesquels l'hôpital universitaire est le meilleur endroit, la Santé ne peut être traitée de manière parcellaire par les seuls médecins. Les signataires rappellent que c’est « une perturbation humaine de l’environnement, et de l’interface homme-nature, souvent amplifiée par la globalisation des échanges et des modes de vie, qui accélère l’émergence de virus dangereux pour les populations humaines », et donc pour les individus qui les composent, « par recombinaison entre virus d’espèces différentes ».

Le constat est dur, il est également clair : en France, le débat scientifique et les orientations politiques de la réponse à la crise sont littéralement raptés par certains, dans un oubli quasi total des disciplines concernée et souvent rompues à croiser les approches, à collaborer et à promouvoir une interdisciplinarité globale. Les conflits rapportés par la presse, qui monopolisent la place publique, sont par exemple ceux qui opposent les Horaces et les Curiaces de la méthode, les fanatiques de l’« Evidence Based Medicine » (EBM) aux partisans des approches réalistiques (voir ici dans ce site). Selon les signataires, « il est paradoxal de constater que les études de médecine et de pharmacie continuent d’ignorer largement la biologie de l’évolution, et que celle-ci est récemment devenue facultative pour les deux tiers d’un parcours scolaire de lycéen », alors que l’approche One Health « doit devenir une priorité pour une recherche interdisciplinaire brisant les cloisonnements, encore trop présents, entre le monde biomédical et celui qui se consacre aux sciences de l’environnement ».
Afin de gérer cette crise, de s’inspirer des connaissances issues de précédentes et d’anticiper « celles qui ne manqueront pas de survenir », il est nécessaire, de recourir à une véritable  « écologie de la santé » prenant en compte à la fois « les écosystèmes, les pratiques socioculturelles et la santé des populations humaines, animales et végétales » considérées comme un tout et des problématiques indissociables. « Cela implique, enfin, de tirer les conséquences pratiques et politiques des connaissances que l'écologie de la santé nous apporte sans attendre la prochaine crise », concluent les signataires qui semblent, représentants majeurs de la recherche en France, sifflet la fin d’une partie qui se joue manifestement sans eux, de manière tuyautée et fermée, entre des courants du pouvoir politique et des écoles de pensée d’un monde « dérogatoire » bien français.
Un regret, un manquement dans cette démarche : l’absence notoire des SHS, avec notamment pas de sociologie ou d’anthropologie, de psychologie, de sciences économiques ou de philosophie, et bien d’autres encore qui trouveraient leur place avec grande pertinence dans la démarche « One Health » : « une seule santé ». Une remarque finale : une démarche de grands scientifique fédérés par l'alliance nationale pour l'environnement ; quelle position entend adopter Aviesan, l'alliance nationale pour la santé, jusqu'ici bien silencieuse sur l'urgence de l'interdisciplinarité dépassant le monde médical ?
Les signataires sont fédérés par l'Alliance nationale de recherche pour l'environnement AllEnvi :
alliance AllEnvi ;
direction de de la recherche fondamentale du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (Cea) ;
Muséum national d’histoire naturelle (Mnhn) ;
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ;
direction scientifique de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) ;
Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ;
direction scientifique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (Irsn) ;
Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inra-e) ;
Bureau de recherches géologiques et minières (Brgm) ;
Météo France (MF) ;
Institut écologie & environnement (Inee) du CNRS ;
Institut de recherche pour le développement (Ird) ;
présidence de l’université Gustave-Eiffel (Paris Est) ;
présidence de l’université de La Rochelle.

Retrouvez ici la déclaration complète publiée sur le site du Muséum National d’Histoire Naturelle et la tribune sur le site du journal Le Monde.

19 avril 2020

IA : Moore après Moore.

Le 19 avril 1965, dans une interview accordée à la revue Electronics Magazine, Gordon Moore, l’un des cofondateurs d’Intel, fait part d’une prédiction selon laquelle la complexité des puces allait doubler tous les ans. En 1975, il réévalue sa prédiction en précisant que le nombre de transistors sur une puce doublerait tous les deux ans. Depuis, cette hypothèse s’est vérifiée et popularisée au point d’être rebaptisée, par abus de langage, loi de Moore. Toutefois, depuis quelques années, la densification et la miniaturisation régulières des transistors sur des substrats en silicium rencontrent des contraintes nouvelles de taille. Néanmoins, la Loi de Moore ne semble pas éteinte et la recherche continue : MediaTek, société taïwanaise fabriquant des puces mobiles, conçoit aujourd'hui des processeurs gravés en 7 nanomètres, et travaillera "bientôt" sur le 5 nm ; une équipe de Berkeley arrive aujourd'hui à faire fonctionner un transistor d'un nanomètre (lien) pour des perspectives industrielles dans quelques années. L'autre piste est le changement de matière, avec des composants quasi-quantiques et des pseudo transistors à 7 atomes seulement. Trois étapes de miniaturisation des semiconducteurs, en 7, 5 et 3 nanomètres commencent à être maitrisées par IBM ou Samsung. Et la génération d’après se prépare tout en restant un mystère. En parallèle, l'IA permet de mieux tracer les composants, de les programmer de manière plus performante, et on envisage déjà une Loi de Moore après Moore qui s'inscrira dans la course à la performance à la fois structurale et fonctionnelle (lien).
Lire la suite (cela).
La Loi de Moore fête aujourd'hui son 55 anniversaire.
Petit rappel : il y a cinq ans, à l’occasion du 50e anniversaire de la loi de Moore, Intel a publié cette petite infographie souvenir.

18 avril 2020

IA - TECH : Le calcul quantique à température normale.

Les techniques actuelles de conception de  l'ordinateur quantique (liens vers ce site) sont confrontées à plusieurs limites qu’essaient de dépasser plusieurs centres de recherche et les industriels du domaines. L’une d’elles, et non des moindres, est celle du maintien d’une température très basse, proche du zéro absolu (vers -273,15°C), afin de figer les composants intimes du calcul quantique pour permettre l’état de superposition des QuBits. En effet, cet état de superposition quantique est très fragile et les supraconducteurs utilisés doivent être plongés dans des enceintes d’azote liquide. Le calculateur quantique est alors un cryostat sur les composants duquel on agit par l’intermédiaire d’émetteurs de micro-ondes ou de faisceaux magnétiques.
Une publication de Nature communications par un consortium international coordonné par une équipe suédoise de l'université de Linköping, et associant des chercheurs académiques hongrois, russes et américains, ainsi que du Thomas J. Watson research center de Yorktown Heights (NY, USA) de l’industriel IBM, montre qu’il est possible de maintenir à température ambiante normale l’état de superposition quantique au sein du carbure de silicium (noté SiC). Ce matériau, la moissaniteest formé par l’association d’un atome de silicium et d’un atome de carbone. On le trouve sous forme naturelle dans quelques météorites, ou de manière très rare sous forme d’inclusion dans des diamants ou dans certaines riches exceptionnelles. La solution est de synthétiser ce composant habituellement utilise en joaillerie ou dans l’industrie comme substitut du diamant.

16 avril 2020

SHS : Le trafic aérien comme indice d’activité humaine.



Flightradar24 est né par hasard du passe-temps de deux suédois fanas d’aviation. C’est aujourd’hui un entreprise d’une vingtaine de personnes, située à Stockholm, qui se donne pour objectif de donner en temps réel la position et les caractéristiques techniques, commerciales et de vol de tous les aéronefs en vol dans le monde.
Le dispositif est l’exemple même d’une source de données ouvertes (open data) contributive. Elle est alimentée par un ensemble de sources officielles (administrations) et commerciales (les informations des compagnies aériennes), mais aussi par un réseau « crowdsourcing », de « planespotters » et de passionnés d’aviation qui contribuent à alimenter le système en informations.
En fait, la très grande majorité (de 60 à 70%) des avions en vol, dès la mise en route du ou des moteurs et jusqu’à leur extinction au parking d’arrivée, utilise un transpondeur ADS-B. Il s’agit d’un dispositif embarqué qui envoie en permanence des informations sur la localisation précise sur la carte, l’altitude, la vitesse, le cap, la destination et toute une série d’informations. 
Pour récolter ces informations, la société recueille les données des nombreuses installations professionnelles hébergées dans les aéroports, celles des compagnies, mais également celles fournies par un immense réseau collaboratif d’amateurs et de radio-amateurs dotés de récepteurs ADS-B, eux peu partout à travers le monde (estimé à Plus de 13000 contributeurs). Cet ensemble est complété par les informations de la Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis, qui transmet ses données avec une latence inférieure à cinq minutes, à partir desquelles le système peut facilement extrapoler la position estimée des aéronefs concernés, et par un calcul de « multilatération » qui permet de calculer la position d’appareils équipés d’un autre type de transpondeur. Le système est en évolution continue avec des projets d’intégration des avions d’Etat, et des contributions d’autres systèmes similaires tels que « PlaneFlightTracker » avec des informations sur les vols privés et ceux de l’Otan et de la Russie.
Quoi qu’il en soit, les informations permettent de comparer les données concernant l’activité avant et après le confinement.

15 avril 2020

IA - SHS : De l’intérêt de la géolocalisation.

La société Apple, en analysant les données et en ne conservant pas d’historique personnalisé, à établi (ici) la représentation graphique des localisations des personnes utilisant le logiciel plan sur son iPhone.
Le firme propose ainsi de manière ouverte au scientifique, au politique, à l’étudiant comme aux simple curieux, un outil convivial de consultation des données illustrant les mouvements des populations pendant les derniers mois.
Elle affiche ainsi, pour chaque pays et par grande métropoles, le graphe combiné des requêtes des conducteurs ou passagers utilisant un véhicule, de celles des piétons et de celles des mouvements en transports en commun, correspondant aux trois modes de requêtes de son logiciel cartographique «plan».
Google avait déjà proposé une analyse similaire à partir de ses propres données (rapport consultable ici).
Des données de «plan», deux informations sautent aux yeux. La première confirme l’analyse de Google et concerne la forte diminution des mobilités suite à la décision de confinement. La seconde, plus intéressante, met en évidence une rythmicité des mobilités normales, en époque de non restriction de la liberté de circulation. Ce rythme semble, pour la France, s’établir de manière régulière sur la semaine, avec un pic en fin de semaine et un effondrement le dimanche, et la forte corrélation des trois courbes semble suggérer qu’il s’agit d’un phénomène global, qu’il reste à expliquer, indépendant du mode de mobilité adopté. 
Cette régularité semble d’ailleurs se poursuivre à bas bruit en confinement, avec un choix privilégié pour l’utilisation de véhicules automobiles sur tout le pays, alors que cette rythmicité tend à s’estomper dans les grandes villes avec une moindre variabilité entre voitures et transports en commun.
La différence entre les données globales du pays et la somme de celles des métropoles permet d’obtenir la courbe des mobilités en province, avec alors le constat d’une nette prévalence pour les transports en commun dans les grandes villes et donc une plus grande utilisation des autres véhicules hors métropoles. 

Toutes ces «open data» devraient être exploitées à l’occasion de cette mise à disposition pour étudier les mobilités à la fois entre pays, entre régions, entre modes de déplacement, en situation normale, ce qui permettrait de faire des prévisions de sortie de crise, et en situation critique, afin d’anticiper ces mobilités en cas de nouvelle crise. Voici peut-être une opportunité de projet d’études pour l’ENSC.
Article source de Mac Generation (lien).
Accès aux données brutes (lien).

14 avril 2020

BIO - SHS : À quel âge est-on vieux ? À propos des dérives politiques...



« Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi » déclarait Nelson Madella, inspiré de Gandhi, lors d’un discours aux afrikaners pour la sauvegarde du peuple noir. En perspective, dans son allocution au Peuple français, le 13 avril 2020, le président de la République a déclaré que « pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps. » Et de rajouter : « ... il faudra essayer de s'y tenir pour vous protéger, pour votre intérêt ».
Ces deux parties d’un même moment du discours, l’une en introduction, l’autre en conclusion, articulée habilement entre elles, constituent une parfaite illustration des dimensions perverses de la pensée pathologique du politique. La désignation expliçite de ceux qui sont vieux, handicapés ou malades chroniques discrimine ainsi de ce qu’on considère jeunes, sains et entiers. Pourtant, le président est loin d’être seul à penser ainsi puisque, la semaine dernière, la présidente de la Commission européenne a estimé possible un confinement « des plus âgés » jusqu’à la fin de l’année. Chaque psychologue sait bien que la détestation du naturel n’est pourtant que l’expression de la peur, ici celle d’être vieux, là d’être malade ou encore toujours d’être diminué. 
Un des problèmes du politique reste celui de la déclinaison de son dire dans l’écrit de la Loi et de la Réglementation. Et les questions sont donc celles des définitions opératoires, celles qui permettent aux administrateurs, aux administratifs, et aux gendarmes et autres opérateurs de la force de l’Etat, d’appliquer des textes sans le discernement dont on les souhaiterait capables maîtres que leur interdit une justice prompte au respect de la lettre avant celle de l’idée du texte.
Dans un tel contexte, à quel âge est-on âgé ? L’âge est le critère le plus simple à contrôler puisqu’il est défini par l’identité, porté au document obligatoire et indiqué par le sujet lui-même sur la déclaration sur l’honneur que chacun doit signer pour circuler hors de chez lui. Il suffit donc, chaque matin, de connaître la nouvelle date en deça de laquelle le citoyen deviendra contrevenant, vieux délinquant, à sanctionner, voire à priver de la liberté qu’il n’a pas, ou à condamner â des travaux d’intérêt collectif tels que pousser des charriots d’autres vieux ou de malades parfois plus jeunes qu’on aurait eu intérêt à inviter, eux, à rester chez eux. On peut imaginer ainsi un ensemble d’Ehpad entourés d’autres centres de concentration des âgés condamnés et ainsi sortis de l’espace commun. Cela est ni plus ni moins que la base institutionnelle d’un ostracisme anti vieux.
Reste le choix de la frontière ; sur quels critères vont s’appuyer les décideurs pour décider du fer rouge, nouvelle étoile de discrimation à porter de manière plus ou moins visible par ceux qui sortent, de fait, de l’espace de liberté. L’unisson n’est pas de mise et le débat commence à enfler. Deux conséquences à cela : la première, à laquelle on pouvait s’attendre, est que les définitions ne sont ni universelles ni consensuelles, la seconde, plus inquiétante, est que l’idée a déjà fait son chemin et que les hordes de gérontophobes affûtent leurs couteaux.
Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) indiquait dans une note du 30 mars sur la stratégie de prise en charge des personnes âgées vivant en établissement que « La population des personnes âgées de plus de 70 ans constitue le public le plus vulnérable à l’épidémie de Covid-19 ». Le ministère de la Santé rapporte que « les patients entre 50 ans et 70 ans doivent être surveillés de façon plus rapprochée ». Quant au président du Comité consultatif national d’éthique, par ailleurs président du conseil scientifique ad-hoc qui conseille le président, considère que l’âge pivot serait celui de 65 ans, parlant à l’oreille d’un gouvernement qui déclarait hier pour le projet de Loi sur la réforme des retraites que l’âge de 67 ans était celui du départ à taux plein. Le MEDEF est plus exigeant encore, expliquant qu’il fait travailler plus et plus longtemps pour sauver un régime dont on ne sait plus trop s’il sera par capitalisation ou restera par répartition. On voit bien qu’entre 50 et 70 ans, la frontière est floue, et qu’elle devra impérativement être contrôlée par le Conseil Constitutionnel dont la moyenne d’âge de ses membres est de 71 ans (de 60 à 93 ans).
Que nous apprend la biologie sur l’âge, pas grand chose sinon une grande variabilité d’un individu à l’autre. L’âge semble correlé à la diminution de la longueur des télomères des chromosomes, ces extrémités non codantes dont le rôle semble pourtant établi dans la production d’erreurs de codage de la reproduction cellulaire. À propos de celle-là, on peut s’intéresser à l’âge à partir duquel on ne se reproduit plus. Au mois d’octobre 2019, la petite Tianci est naît par césarienne dans une maternité de la ville de Zaozhuang, dans l’Est de la Chine, d’un papa de 68 ans et d’une maman de 67 ans. Les dérèglements génétiques, les affres de la vie, tant en santé qu’au travail, les toxicités du milieu et de l’alimentation, sont autant de facteurs de variation qui peuvent faire d’un jeune un déjà vieux ou d’un aîné un vert gaillard. La culture ne nous aide pas et les travaux de l’anthropologie montrent combien ces notions de jeunesse et de vieillesse varient d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un groupe social à un autre.
La médecine de ces trois derniers mois indique que l’âge médian des sujets Covid-19 qui en sont décédés est de 83 ans alors que seuls 3 % des personnes décédées avant l’âge de 65 ans ne présentant pas de comorbidité. Mais le psychologue et le physiologiste savent l’erreur épistémologique de certains sociologues, économistes, historiens et autres biologistes des populations prêts à reduire le comportement des individus aux statistiques des tendances centrales et à ce qu’ils définissent comme l’individu type, ou au mieux l’individu représentatif de telle ou telle catégorie ; comme si l’amour, le plaisir, la peur, santé, etc. étaient des notions inhérentes aux groupes.
Et quelles conséquences individuelles sont et seront celles du confinement et de l’ostracisme rampant ? Qui peut le prévoir, sauf à le prédire de manière conjuratoire comme la limitation de vitesse à été appliquée comme potion à l’accidentologie en son temps. Plus facile de criminaliser le conducteur que d’admettre la déchéance du réseau routier et de tout ce qui concours à l’usage automobile et à ses dangers. La majorité des analystes considèrent que c’est là l’origine majeure de la fronde des « gilets jaunes ». Le confinement n’est-il pas, à l’instar, le non dit d’un manque de masques, de gants, de surblouses et des moyens de protection qui ont clairsemé les Ehpad, repoussant d’autant la médiane de l’âge, confirmant dans une tautologie enarquienne que les vieux sont les plus fragiles, puisqu’on les a littéralement tués.
La plupart des spécialistes insistent sur la nécessité de prendre en compte les risques du confinement. Pour les personnes âgées à domicile, le repli sur soi et la perte de dépendance sont des conséquences certaines et irrémédiables d’un isolement et du confinement prolongé. Quelle société, sinon celle rêvée par certains politiciens pathologiques, se permet d’empêcher les enfants de venir visiter leurs parents âgés, d’assister, comme cela a été le cas récemment, aux derniers instants de son père, de parquer les vieux dans des vases clos d’un Covid devenu nosocomial ? L’abomination peut parfois prendre le costume de la respectabilité ou celui de la responsabilité. 
L’appartheid est une abomination, et classer des catégories de citoyens sur des critères biologiques est justement la définition de cette infamie. Comment un pouvoir, aussi éclairé soit-il, peut-il se permettre de s’affranchir de la constitution, de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui dispose de l’égalité de tous et droit. Le principe d’isonomie dispose qu’aucun individu ou groupe d'individus ne peut avoir de privilèges garantis par la loi, et par voie de conséquence, qu’aucun individu ou groupe ne peut être privé d’un quelconque privilège que la loi garantirait à d’autres.

12 avril 2020

SHS : Points de vue, points mobiles - la force de la catégorisation.

Une petite expérience cognitive qui illustre vos cours sur les catégorisations perceptives.

BIO - SHS : Les recommandations de l’Université Johns Hopkins contre le SARS-Cov-2.

Covid19 : comment s’en protéger, le pourquoi et le comment, selon l'Université Johns Hopkins (Maryland USA) 
(traduction et adaptation par nessma.tv)
PRINCIPES GÉNÉRAUX : 
Le virus se propage principalement d'une personne à l'autre, y compris à cause de personnes infectées mais ne présentant pas de symptômes. Si vous pensez que vous avez été exposé à Covid-19 et que vous développez de la fièvre et des symptômes, toux ou difficulté à respirer, appelez sans délai un médecin.
Il n'existe pas encore de vaccin pour prévenir la maladie à Covid-19, il faut donc prendre des mesures pour vous protéger et protéger les autres. La meilleure façon de prévenir la maladie est d'éviter d'être exposé à ce virus.
Le virus n'est pas un organisme vivant, mais une molécule de protéine (ARN) recouverte d'une couche protectrice de lipides (graisses) qui, lorsqu'elle est absorbée par les cellules des muqueuses oculaires, nasales ou buccales, modifie leur code génétique (mutation) et les convertit en cellules de multiplicateurs et d'agresseurs.
Parce que le virus n'est pas un organisme vivant mais une molécule de protéine, il n'est pas tué, mais se décompose de lui-même. Le temps de désintégration dépend de la température, de l'humidité et du type de matériau dans lequel il se trouve.
CONSEILS  (retranscrits) :
  • Le virus est très fragile ; la seule chose qui le protège est une fine couche de graisse extérieure. C'est pourquoi tout savon ou détergent est le meilleur remède, car la mousse casse le gras (c'est pourquoi il faut frotter autant : pendant au moins 20 secondes ou plus, et faire beaucoup de mousse). En dissolvant la couche de graisse, la molécule de protéine se disperse et se décompose d'elle-même. La chaleur dissout la graisse. Utilisez de l'eau à une température supérieure à 25 degrés pour vous laver les mains, les vêtements et tout le reste. De plus, l'eau chaude produit plus de mousse, ce qui la rend encore plus utile.
  • L'alcool ou tout mélange avec de l'alcool à plus de 65%, enlève toutes les graisses, en particulier la couche lipidique externe du virus.
  • Tout mélange avec 1 part d'eau de javel et 5 parts d'eau, dissout directement la protéine, la décomposant de l'intérieur.
  • L'eau peroxyde aide beaucoup après le savon, l'alcool et le chlore, car le peroxyde dissout la protéine virale, mais il faut l'utiliser pure et elle fait mal à la peau. Evitez les Bactéricides. Le virus n'est pas un organisme vivant comme les bactéries. On ne peut pas tuer ce qui n'est pas vivant avec des antibiotiques, mais désintégrer rapidement sa structure avec tout ce qui a été dit.
  • Ne jamais secouer les vêtements, draps ou draps usagés ou non utilisés. Bien que collé sur une surface poreuse, il est inerte et se désintègre en 3 heures (tissu et poreux), 4 heures (cuivre, car il est naturellement antiseptique ; et bois, car il élimine toute humidité), 24 heures (carton), 42 heures (métal) et 72 heures (plastique). Mais si vous le secouez ou utilisez un chiffon, les molécules du virus flottent dans l'air pendant 3 heures et peuvent se déposer dans votre nez.
  • Les molécules virales restent très stables dans le froid extérieur ou artificiel comme les climatiseurs des maisons et des voitures. Ils ont également besoin d'humidité pour rester stables et surtout de l'obscurité. Par conséquent, les environnements déshumidifiés, secs, chauds et lumineux le dégraderont plus rapidement.
  • La lumière UV sur tout objet brisera la protéine du virus. Par exemple, pour désinfecter et réutiliser un masque c’est parfait. Attention, il décompose également le collagène (qui est une protéine) de la peau, ce qui finit par provoquer des rides et le cancer de la peau à long terme.
  • Le virus ne peut pas passer à travers une peau saine.
  • Le vinaigre n'est pas utile car il ne décompose pas la couche protectrice de la graisse.
  • Pas d’alcool ni de Vodka. La vodka la plus forte est à 40% d'alcool et il vous en faut 65%.
  • La Listerine (c'est un bain de bouche américain) fonctionne si vous en avez besoin ! Il s'agit d'un alcool à 65%.
  • Plus l'espace est limité, plus la concentration du virus est importante. Plus ouvert ou ventilé naturellement sera l’espace, moins il sera concentré.
  • Voilà pourquoi vous devez vous laver les mains avant et après avoir touché des muqueuses, de la nourriture, des serrures, des boutons, des interrupteurs, une télécommande, un téléphone portable, des montres, un ordinateur, des bureaux, une télévision, etc. Et quand on utilise les toilettes.
  • Il faut aussi s'humidifier les mains, par exemple en les lavant beaucoup, car les molécules peuvent se cacher dans des micro-rides ou les coupures. Plus l'hydratant est épais, mieux c'est.
  • Gardez les ongles courts pour que le virus ne s'y cache pas.
Traduction en Français par NESSMA-TV, télévision tunisienne (lien ici). Merci au Professeur Jean-Claude Sallaberry qui a fait circuler ces recommandations.

11 avril 2020

IA - TECH - BIO : Sur le tableau de bord Covid-19 de l’Université Johns Hopkins.

L'université privée Johns Hopkins (UJH) dispose de l’une des écoles de médecine des plus réputées du monde, en appui de l'hôpital du même nom. Fondée en 1876 à Baltimore (Maryland, USA) grâce à un don de plusieurs millions de dollars d’un magnat du chemin de fer, l’UJH arrive au 10° rang des universités des Etats-Unis (selon le dernier palmarès de l’U.S. News & World Report), et elle est particulièrement renommée en sciences médicales. Son école de médecine occupe la deuxième place juste derrière Harvard, avec un palmarès de 18 lauréats du prix Nobel de médecine, parmi les 37 de l’université, qui soit y ont été formés soit y ont enseigné. Pour donner une idée de l’excellence, qui aux USA se paie toujours rubis sur l’ongle, voici les tarifs des droits d’inscription (voir ici). Voilà de quoi, peut-être, privilégier une forme d’originalité nationale française qui produit des médecins prodiguant une médecine moins prestigieuse mais de fonctionnaires et pseudo-fonctionnaires de grande qualité, salariés de fait par une sécurité sociale exigeante mais détentrice de la réglementation des tarifs du soin.
Si l’hôpital Johns Hookins et son école de médecine sont en plein centre-ville de Baltimore, le campus principal de l’université est situé en périphérie, au milieux de grands parcs. Et c’est paradoxalement là qu’est née la carte interactive la plus célèbre du moment : sa carte interactive de référence de l'évolution de la pandémie de Covid-19 suivie jour après jour depuis le 22 janvier 2020. Reconnue comme l’une des meilleures sources mondiales, suivie par les politiques du monde entier, et entre autre par les chercheurs concernés par le Covir-19 et les experts des santé publique, cette base de données est issue au départ de presque rien à l’initiative de Lauren Gardner, professeur associé en génie civil à l’IJH, et de Ensheng Dong, une de ses étudiantes chinoises. Déjà formées à la modélisation des épidémies de rougeole et du zika, elles ont commencé à travailler sur la diffusion du virus Sars-Cov-2 en janvier, alors que l'épidémie était limitée à la Chine (voir son interview dans  Science). L'équipe compte aujourd’hui une douzaine de chercheurs et techniciens, et les informations sont réactualisées chaque heure, jour et nuit, sept jours sur sept. Gageons que cette équipe adepte de l’efficacité et de la gratuité sera soutenue par l’une des facultés les plus riches du monde, même s’il ne s’agit pas de médecins.

BIO : Plasticité compensatoire favorable facilitant une fonction cognitive.

La plasticité cérébrale n’a pas fini de nous interroger et l’on la sait caractérisée par de multiples facteurs. Ainsi semble-t-il que cette plasticité soit opérante en terme compensatoire, lors d’atteintes cérébrales de supports réputés nécessaires à l’expression d’une fonction cognitive, mais à la condition que cette atteinte intervienne avant un âge spécifique à chacun des systèmes, pendant une sorte de « fenêtre de plasticité ». Au-delà de cette période, la compensation est difficile, voire impossible. Le cas d’une jeune américaine interroge cependant les scientifiques et pose à la fois des problèmes de compréhension de cette plasticité mais également sur sa signification biologique, notamment au niveau de son intérêt évolutionnaire.
Cette jeune patiente, aujourd’hui âgée de 14 ans, est née sans hémisphère gauche. En fait, l’hémihydranencéphalie telle qu’elle est décrite dans les cas publiés dans la littérature médicale, montre que les enfants concernés naissent avec deux hémisphères mais que l’un d’eux est détruit dans les premières mois de vie. Cette atteinte provoque des handicaps et toute une série de déficits que l’on étudie précisément avec des tests spécialisés. Ici, les parents se sont appercus du problème vers l’âge de 7 mois, suite à des problèmes moteurs et de préhension réflexe unilatérale. À 10 mois, l’IRM cérébrale montrait déjà l’absence totale d’hémisphère gauche, l’hémisphère droit étant de volume normal. L’examen neurologique révélait un déficit moteur de la main droite et du membre inférieur droit, une suppression de la vision du champ visuel droit des deux yeux. Depuis, la jeune fille est devenue gauchère, incapable d’établir des substitutions sensori-motrices suffisantes (hémiparésie droite et champs visuels droits déficitaires des deux yeux).
Au plan étiologique, l’hémisphère cérébral gauche ne s’est donc pas développé et a même involué du fait d’une occlusion de l’artère carotide gauche survenue très tôt au cours du développement. Pour rappel, le système carotidien est constitué de l’artère carotide commune, issue pour l’hémisphère gauche de l’aorte, puis se divise en deux artères. La branche carotidienne externe irrigue l’ensemble de la face et du scalp, l’artère carotide interne concerne le cerveau antérieur, notamment le système cortical, les yeux, l’oreille interne... C’est de cette branche interne dont ils s’agit dans le cas cité, l’hémisphère non développé ayant été remplacé par du liquide céphalo-rachidien. Il faut rappeler que, dans la très grande majorité des cas, sauf chez de très rares gauchers dits purs, les fonctions langagières sont supportées par l’hémisphère gauche, tant en ce qui concerne la production phasique (aire de Broca) que la compréhension (aire de Wernicke). Les principales pathologies du langage sont d’ailleurs les conséquences d’atteintes de l’hémisphère gauche. Le test de Wada est spectaculairement démonstratif de la relation étroite des territoires et fonctions du langage avec l’irrigation carotidienne interne (injection intra-carotidienne interne d’amytalsodium).
Une équipe de neuropsychologues et neurologues ont pu suivre cette jeune patiente de l’âge de 14 mois jusqu’à aujourd’hui, soit sur près de 13 ans. Les résultats ont été publiés le 29 février 2020 dans la revue Cortex par une équipe multicentrique de Californie, Iowa et Illinois.
Les données relevées se sont affinées avec l’âge et l’acquisition des performances et des compétences langagières et cognitives, en même temps qu’étaient étudiées par IRM la structure et l’activité de l’hémisphère droit. Les chercheurs se sont notamment interessé à la connectivité au sein de la substance blanche et ont pu repérer comment les réseaux se sont organisés au cours du développement. Les examens d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) ont permis d’étudier la localisation de l’activité cérébrale pendant les tests de langage, permettant d’étudier à la fois les zones corticales impliquées mais également les faisceaux de substance blanche de l’hémisphère droit associés au traitement du langage. Toutes ces données ont été référées à celles des enfants normaux et plus particulièrement à celle de son jeune frère, pour la proximité génétique et le milieu d’évolution, ainsi qu’avec celles relatives à 3 cas d’enfants ayant été victimes d’un accident vasculaire cérébral périnatal.
Si pendant la période préscolaire, la fillette a d’abord présente un retard d’acquisition du langage, notamment en vocabulaire et en syntaxe, elle a ensuite acquise tout au long de sa scolarité des compétences langagières décrites comme remarquables. Certaines des dimensions du langage sont supérieures à la normale pour son âge, d’autres sont exceptionnellement élevées, en phonologie et décodage des mots, dépassant constamment les compétences des enfants n’ayant pas d’anomalie de développement. Ces performances posent d’ailleurs le problème d’existence de facteurs limitants chez les sujets normaux dont se serait affranchi le cerveau unilateralisé, alors que pourtant les trois enfants ayant subi un AVC gauche en période périnatale n’ont pas rattrapé leur retard. 
Les compétences en raisonnement spatial, en calculs de difficulté croissante, en mathématiques ou en tâches de complétion de dessin sont préservées, et sont mêmes pour certaines au dessus de la moyenne.
Les études neurofonctionnelles (IRMf) montent une substitution des fonctions habituellement latéralisées à gauche sur l’hémisphère droit, et le volume des fibres longues de la substance blanche (faisceau arqué) connectant à des zones impliquées dans le traitement du langage dans l’hémisphère droit est plus important que dans l’hémisphère droit ou gauche d’enfants normaux.
Les auteurs émettent l’hypothèse que la plasticité cérébrale est donc à examiner selon la fonction substituée, la patiente n’ayant pas récupéré ses fonctions motrices. Ils pensent que l’acquisition des performances préservées a été même favorisée par des processus dont il faudra faire la part entre les rôles respectifs de la génétique, de l’environnement enrichi dans lequel vivent ses deux enfants, et de causes purement neuro-pathologiques.
Il serait intéressant de resituer le cas de cette meilleure aptitude liée à une levée d’inhibition par l’hémisphère manquant, dans le cadre de la logique du bénéfice biologique, ainsi que de comprendre l’intérêt évolutionniste d’une telle inhibition dans un intérêt adaptatif. Pourquoi un sujet serait-il handicapé dans un état normal par rapport à une pathologie habituellement considérée comme délétère pour l’espèce, sauf dans un cas favorable à l’évolution, ce qui n’est pas le cas ici. Il est important d’examiner la question de l’utilité adaptative de cette meilleure performance de manière compensatoire du handicap d’autres fonctions. 
Ces résultats vont néanmoins dans le sens d’une distinction de fonctions au sein de l’encéphale, et d’une différence des processus de compensation selon cette distinction. La cognition est donc plus à considérer comme un ensemble de fonctions, supportées habituellement par des systèmes neuronaux, mais que d’autres peuvent ou non compenser de manière spécifique pour chacune d’elles.
Quoi qu’il en soit, cette étude montre l’extrême pouvoir d’adaptation du cerveau en évolution chez l’enfant et ses capacités à transférer sur d’autres structures des capacités de support de fonctions nécessaires à une vie quotidienne adaptée de la manière la plus performante au bénéfice de l’expression de ces fonctions.

L : gauche. Séquences IRM. Coupes coronales, axiales et sagittales. Patiente de 14 ans (C1). Asaridoua SS, et al. Cortex. 29 Feb 2020.

Asaridou SS, Demir-Lirab OC, Goldin-Meadow S, Levine SC, Small SL. Language development and brain reorganization in a child born without the left hemisphere. Cortex. Available online 29 February 2020