18 mars 2016

DIV : Pour une "Université du Futur" en Aquitaine.

Souhaitée par le Président du Conseil Régional d'Aquitaine et annoncée lors de sa dernière campagne électorale pour la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, l'Université du futur en Aquitaine doit permettre de doter la région d'un dispositif de recherche, formation et transfert, sensibilisation citoyenne et ouverture au monde concernant les révolutions numériques. Il s'agit d'une urgence stratégique absolue.
Nous passons à une vitesse inconcevable d’un ancien monde, semblant immuable et régi par les régularités, à un nouveau monde de plus en plus numérique, et auquel la plupart des citoyens ne comprend plus rien, dans un écart entre méfiance absolue et abandon dans une confiance totale aux politiques, économistes et scientifiques. Donner une vision panoramique du nouveau monde, en débattre, créer des vocations et permettre à chacun de mieux anticiper l’avenir, en mobilisant les forces vives pour l'avenir digital seront les principales missions de « l’Université du Futur en Aquitaine ». Cette structure à inventer devra notamment contribuer à transformer les menaces des technologies de rupture en opportunités de développement scientifiques et économiques, et donc en création de richesse et d’emplois.
L'urgence : face à un tsunami technologique qui submerge le monde, la première vague numérique a été surfée par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) américains, une seconde voit le réveil de la Corée du Sud, l'avance du Japon et d'autres grands majors de l'IA, des biotechnologies et de l'hybridité. L’Europe est en retard. Elle doit se mobiliser pour aborder les vagues suivantes. l'une d'elles est celle des NBIC (Nanotechs, Biotechs, Infotechs, Cognotechs). Il y va de son avenir, de son indépendance, ou… de son déclin.
Le défi est immense. Orienter le destin de tous, jeunes et moins jeunes, mais aussi générations futures, à long terme, revient au politique. Pour l'heure, son monde reste sourd aux alertes et aux souhaits d'un monde scientifique en alerte, qui voit l'avenir s'inventer sur les bords américains du Pacifique, en Asie du sud-est ou dans quelques pays dont on ne sait parfois pas trop grand-chose. À l’instar des initiatives des géants du numérique, des instances de la défense américaine, des firmes chinoises, japonaises et coréennes, les spécialistes des NBIC colonisent le cybermonde. On connaît les 1400 milliards d’euros de valorisation des GAFA, mais on ignore aussi les avancés plus discretes de la robotique et de la cobotique, celles de l'intelligence artificielle, de la génétique ou des nanotechnologies dans la transformation du monde, la transformation de l'homme, la transformation de la biosphère, et bientôt celle de l'espace.
Face à un tel déferlement, et malgré l'ignorance des élites politiques et le quasi-analphabétisme technologique des citoyens, il convient d'urgence de donner à chacun les moyens de ses choix, aux scientifiques ceux de la recherche et aux entreprises ceux de la compétitivité pour aborder l'avenir en position dominante, ou pour le moins non dominée. Face à l'actuelle mainmise du marché du numérique par les géants américains, à la captation de valeur et au déclin de l'économie européenne, il faut réinventer un moyen d'aborder les nouvelles frontières en valorisant les meilleurs cerveaux, notamment en les gardant, sans qu'ils ne fuient vers les côtes californiennes ou de l'est américain. ce sera dans l'échange, et le rééquilibrage que l'avenir peut se construire, pour retrouver une Europe qui a créé l’aéronautique, l’électricité, la chimie, l’auto, le téléphone et le cinéma, et qui abandonne le numérique et son implication sur le vivant, y compris sur le statut génétique même de l'homme, à l'étranger, sans contre-pouvoir, sans compétition, sans alternative autre que le clientélisme ou la soumission.
Dans le cadre d'une rupture de la distanciation, l’ “Université du Futur en Aquitaine” pourra former, informer et susciter ces débats philosophiques et technologiques, organiser la réponse scientifique et économique, promouvoir l'entreprise, les écoles d'ingénieurs et les laboratoires. Faire tomber les frontières, alors que de vieilles barbes discutent encore des différences entre SHS et TIC, des limites jusqu’ici établies entre vivant et non biologique s'estompent. La naissance de l’intelligence “non biologique”, pas seulement celle qui bât les joueurs de Go ou pose des diagnostics médicaux, trouve aujourd'hui des ouvertures dans l'hybridité, dans la biologie de synthèse, dans l'intrication homme-système, dans l'autonomie d'êtres virtuels et pourtant dont les actes et conséquences d'actes sont bien réels.
Derrière les NBIC, il y a des mutations économiques qui se profilent, avec Google et Apple constructeurs de voitures, fournisseurs de santé, et bientôt peut-être d'implémentation de la pensée.
J'ai vécu les époques où l'on niait la possibilité de la suprématie artificielle sur les jeux d'intelligence alors que le dernier vient de tomber, celle de l'impossibilité du décodage du génome aujourd'hui possible à quelques dollars, de l'hybridité artificielle dans la reproduction de la vie, frontière elle aussi tombée l'an passé, la possibilité des robots amoureux, des voitures autonomes, du terrorisme numérique, etc. La poursuite de l'autisme politique et scientifique n'est plus tenable. Le choc idéologique à négocier d'urgence sera moins douloureux que celui de l'asservissement des peuples ou même de leur disparition au profit des seuls technologues américains, asiatiques, ou pire, religieux.
Face à cette bombe sociale, économique, de civilisation, les positions acquises disparaissent, comme Kodak au profit des téléphones. Ceux qui n’ont pas saisi les opportunités de la compétition universelle du futur numérique sont probablement, sans le savoir, déjà d'un autre siècle.
L'Université du Futur, c'est une chance de recoller à l'avenir, de développer les orientations stratégiques et mélangées, scientifiques, culturelles, technologiques, économiques, pour s'inscrire dans le futur en marche. En s'appuyant sur les forces vives de la région, les clusters, les pôles de compétitivité, les lycées, les écoles d'ingénieurs, les universités, sur les étudiants et scientifiques, sur les entreprises et les laboratoires, sur les systèmes de santé, industriel et de défense, sur les associations culturelles et sociétés savantes ... toutes les volontés et les intérêts sont à mobiliser. L'Université du Futur en Aquitaine est l'opportunité de donner à la région la dimension de leader dans la compétition européenne pour son avenir, son indépendance et le pleine réalisation des ses citoyens pour une vie qui, que l'on le veuille ou non, sera numérique.

17 mars 2016

IA : La Corée du Sud dans les starting-blocks de l'Intelligence Artificielle.

Jeudi 17 mars 2016 - Séoul. 
A l'issue de la série de matchs qui a opposé le champion du monde de Go Lee Sedol et la machine AlphaGo de Google (voir ce blog), le gouvernement sud-coréen a annoncé son intention de faire de la Corée du Sud  un des pays majeurs de l'Intelligence Artificielle. Face aux multiples critiques publiques contre le gouvernement dans le fait que la Corée du Sud reste un outsider dans la préparation de la 4eme révolution industrielle, celui-là a annoncé officiellement un investissement de 1 milliard de Won (quelque 760 millions d'euros) dans le but de stimuler l'industrie de l'IA en Corée d'ici 2020.
Les firmes Samsung LG Electronics, SKT, KT, Naver, Hyundai seront de la partie avec un investissement de 3 milliards de Won chacune.
Au programme, un centre de recherche pour la R&D de l'IA, commun avec ces majors de l'électronique, de l'informatique, de l'industrie... 
Pour ce qui est des chiffres, le marché mondial de l'intelligence artificielle a été estimé à 165 milliards de dollars US en 2016. La Corée du Sud n'y représente que moins de 3,5%. L'entreprise consiste donc à doter le pays des moyens de hisser la Corée du Sud à un niveau international de compétitivité, et comme l'espère les dirigeants sud coréens, juste derrière, voire au niveau des leaders américains.
Lien : Wonhap News Agency (ici).

IA-DIV : Formation Cobotique des enseignants et chercheurs de l'ENSC

Deux journées d'apprentissage avec les deux nouveaux cobots de l'école. Ces jeudi 17 et vendredi 18 mars 2016, les experts de Aerospline CRAM (Coopérative Robotics for Aerospace Manufacturing) sont venus former les enseignants, chercheurs et doctorants de l'ENSC.
Deux bras articulés collaboratifs "Universal Robots" UR3 viennent d'entrer dans la plateforme technologique de l'ENSC.
Trois objectifs et projets : (1) Ouvrir la formation d'ingénieurs et la formation continue (DU cobotique) à la cobotique effective avec des projets autour de l'hybridité anthropotechnique; (2) Développer les transversalités vers les axes d'excellence UX et KX; (3) Donner à l'ENSC une visibilité en cobotique, au même titre que l'intégration homme-système (IHS) dans les cockpits des avions et automobiles, le command and control (C2) dans la gestion de crises et la simulation organisationnelle, le bio-monitoring et les brain-computer interfaces (BCI), l'accessibilité des technologies, l'intelligence artificielle (IA) collaborative et partagée, l'aide au handicap et les TIC-santé, etc.
De belles perspectives pour nos futurs ingénieurs et diplômés de l'ENSC Bordeaux INP.

15 mars 2016

IA : More than Moore - la Loi de Moore revisitée.

C'est officiel ... pour le moins pour les scientifiques.
Dans un article publié le mois passé dans "Nature" (ici), Mitchell Waldrop, éditeur de la revue et spécialiste de l'IA et des sciences de la complexité, annonce une rupture fondamentale avec la "Loi de Moore" dans la conception des microprocesseurs.
Depuis quelque cinquante ans, le développement des composants électroniques répond à un principe selon lequel leur nombre se multiplie régulièrement sur chaque puce pour chaque période temporelle. Cette loi, dite "Loi de Moore", décrivant ce développement exponentiel a subi plusieurs adaptations. Une version "Moore v1.0" est initialement publiée en 1965, prévoyant le doublement des semi-conducteurs sur les chips tous les 12 mois (x2<->1 an). La version "Moore v2.0" de 1975 dispose qu'un doublement des transistors est prévu tous les 2 ans (x2<->1,96 an). Enfin, une version plus générale "Moore v3.0", en 1992, s'accorde sur un doublement de n'importe quelle caractéristique (puissance, capacité, vitesse, fréquence…) tous les 18 mois (2<->1,5 an) avec la "feuille de route" de la « Semiconductor Industry Association » (SIA). On le voit, le développement est expansif et illimité, abordant rapidement des vitesses de développement de plus en plus faramineuses.
Pourtant, cette loi n'est plus adaptée aux générations d'objets connectés. On aborde donc une nouvelle adaptation, une version 4.0 que l'on désigne par l'expression « more than Moore ».
Les microprocesseurs de cette époque nouvelle consomment déjà moins d'énergie et intègrent de multiples capteurs. Ils contiendront bientôt d'autres éléments structuraux tels que des puces GPS, de la mémoire vive d'inspiration biologique, des puces Wi-Fi ou autres destinées à la communication des objets entre eux, des gyroscopes, accéléromètres, boussoles ou même sextants. L'époque est aux "puces hautement intégrées". Cette évolution révolutionne la loi de Moore en ce sens qu'elle apporte des propriétés bien plus importantes qu'un processeur deux fois plus rapide que le précédent pourrait le faire. Ce principe est défini dans l’« International Technology Roadmap for Semiconductors » (ITRS) de 2013. L'histoire de cette modification trouve sa source dans deux contraintes majeures.
La première débute en 2000 quand il devient évident qu'une "mise à l'échelle géométrique" qui correspond à la réduction de la taille des composants pour avoir plus de transistors sur une même surface, touche à sa fin. Les modifications techniques imposées aux composants pour leur faire suivre la loi de Moore amène en 2011 à passer à la conception 3D de transistor en silicium de 22 manomètres (1nm=10^^-9m). Émergent alors plusieurs types de problèmes inhérents d'une part à la taille des transistors par rapport à la longueur d'onde qui les parcourt, et d'autre part à la chaleur produite par rapport à la fréquence du processeur. Des constructeurs se voient obligés de repousser leur conception des transistors de taille inférieure. Ainsi Intel qui prévoyait des tailles de 10nm en 2016 se voit contraint de les annoncer au mieux pour la fin 2017. Avec un tel décalage, la limite physique de 2 ou 3 manomètres ne serait pas atteinte avant 2020.
La seconde contrainte est celle de la "Loi de Rock". Celle-là postule que le coût de conception et de fabrication d'une nouvelle puce double tous les quatre ans. Or la logique de l'exponentiel impose très rapidement des coûts prohibitifs.
Pas d'autre solution que de changer de logique, et c'est ce qu'à fait l'ITRS en adoptant dès 2014 une feuille de route hors loi de Moore, dans une logique du « more than Moore » pour l'Internet des objets. Cette profonde mutation vient d'être officialisée par la publication de "Nature" (lien).

13 mars 2016

BIO-SHS-IA : Est-il intelligent de penser que l'IA a quelque chose à voir avec l'Intelligence ?

L'histoire a commencé avec Spearman et Binet. Au début du siècle dernier, la science s'écrivait encore aussi en Français. en Allemand, en Russe, en Italien ou en Espagnol. L'Anglais était même parfois évité pour correspondre à une forme de culture rigoriste qu'évitaient encore autant que possible des gréco-romains dont le but et l'espoir sont souvent de s'arranger de la complexité.
Outre manche, Charles Spearman recherchait alors le moteur "pur" de l'intelligence, constitué d'un "facteur G" (G pour intelligence "générale"), dont dépendraient les différentes aptitudes de l'homme. Spearman était un psychologue anglais notoirement connu pour ses méthodes statistiques. Son analyse factorielle a pour but de dégager des facteurs sous jacents d'un ensemble de données d'observation. Par conséquent ces données, dont celles des différents comportements, sont conçues comme issues de facteurs cachés explicatifs de la variabilité humaine : tel est le cas du facteur G ou facteur général d'intelligence qui sous-tendrait pour l'anglais les performances et les tâches intellectuelles.
Alfred Binet proposait quant à lui avec Théodore Simon, une mesure de l'intelligence à partir de toutes un fatras de données de base évoluant en fonction de l'âge (âge mental) et variant pour certains en fonction du milieu socioculturel : expression orale, écrite et caractères graphologiques, aptitude au calcul, au raisonnement (notamment à propos des suites) et à la représentation géométrique, données biologiques et céphalométriques, etc. L'intelligence est alors conçue comme émergente de ses composantes, multicritères, évolutive et surtout relative ; elle s'exprime en pourcentage par rapport à des normes d'âge et de moyennes socioculturelles. Binet s'attachait ainsi à souligner les influences sociales, physiques et évolutives. Des interprétations rapides, notamment par certains ergonomes, psychométriciens et naturalistes américains, feront paradoxalement de l'échelle du QI composite de Binet un "Q test", instrument de sélection, d'élitisme, voire d'exclusion et de racisme.
Les approches étaient alors top-down (descendantes) d'un côté de la Manche, et ascendantes (bottom-up) du côté sud. S'opposaient une conception d'une intelligence théorique structurant les aptitudes des Anglais et celle d'un ensemble de performances des Français synthétisées dans un coefficient global qu'on aurait souhaité réservé à la détection et l'aide des fragilités, à l'orientation vers des procédures d'adaptation ou de rattrapage et au respect des différences de chacun.
Ces deux orientations culturelles et opposées, l'une d'une essence "pure" dont dépendent les diverses aptitudes implémentées chez chacun, l'autre globalisant les aptitudes constitutives des personnes, ont longtemps été discutées puis testées par les psychologues expérimentalistes. Ainsi Louis Thurstone ou Joy Guilford semblent se rassembler autour d'un modèle analytique dans lequel le système cognitif est composé d’aptitudes indépendantes les unes des autres. Parallèlement, John Carroll, Raymond Cattell et John Horn ont développé chacun sur d’autres bases des modèles qui a été récemment généralisés sous l'acronyme "CHC" (pour Cattell-Horn-Carroll), à l'origine d'un test devenu une référence des principales échelles d’intelligence.
Au tournant du siècle, on a assisté à un rapprochement entre ces deux conceptions avec des modèles hiérarchiques de l’intelligence, dont le modèle en trois strates de Carroll. Selon lui, des aptitudes élémentaires se combinent en fonctions de plus grande étendue qui contribuent à l’intelligence générale. Cette pyramide voit une base d'une trentaine de capacités spécifiques, telles celles de raisonnement, de mémoire visuelle ou auditive, la fluidité des idées, l’aisance numérique, la maitrise du vocabulaire, etc. Un deuxième étage réunit huit grands facteurs comme l’intelligence fluide ou logico-mathéamtique caractéristique de capacités de raisonnement et de logique indépendantes des apprentissages, et comme l’intelligence cristallisée ou verbale basée au contraire sur des connaissances ou des capacités acquises. Sont également convoquées la mémoire, la vitesse de traitement de l’information qui elles sont à la fois gérées génétiquement et modulées par l'expérience. Ces facteurs de deuxième étage supporteraient quant à eux le sommet de la pyramide : le fameux facteur G d’intelligence générale. Il serait alors une combinaison entre rapidité à traiter l’information et capacité à la concentration pour la gestion d'un problème s'étayant sur les aptitudes sous jacentes.
À côté de cette intelligence particulièrement dépendante des aptitudes logico-mathématiques et verbales que privilégient les systèmes scolaires, de la sélection et du travail, d'autres approchent tentent heureusement d'enrichir le débat au-delà des jugements de valeur autour de termes très connotés d'intelligence, de surdoué, d'imbécillité ou de débilité. Elles appellent des notions de performance dans des domaines variés qui mobilisent des aptitudes exécutives, flexibles, de contrôle et de vitesse de traitement ou de raisonnement. Les chercheurs de la psychologie expérimentale, cognitive, différentielle, sociale ou culturelle, ceux des neurosciences, de la neuropsychologie et du handicap neurologique, les psychanalystes, les sociologues, les linguistes ont développé d'autres conceptions de l'intelligence, mesurable ou non, mais qui émerge progressivement d'aptitudes et d'expériences et de la construction progressive du cerveau qui s'exprime dans la confrontation à la complexité du monde extérieur comme intérieur. L'affinement des définitions, la multiplicité des mesures, le développement des recherches sur l'intelligence naturelle ont ainsi fait avancer les concepts. On a alors étudié l'intelligence des oiseaux, des rongeurs, des singes, et chez l'homme celle des bébés qui se constitue dans le rapport à la mère et à l'environnement, des enfants et adolescents qui se construit dans l'intégration et l'opposition au monde, l'intelligence du sportif, du danseur ou du musicien, celle du peintre ou de l'architecte, du militaire ou du manageur, de l'artisan ou du journaliste. Ces notions d'intelligence variées n'ont plus qu'un lointain rapport avec de simples "processus supérieurs" encapsulée dans des échelles strictes de jugement, d'attention, de mémoire. Elles privilégient l'adaptation, et convoquent des notions plus floues telles que celle de recrutement du cortex préfrontal, de mobilisation des connectomes cérébraux, de contribution des composantes du langage, des contraintes de la mémoire de travail, et surtout d'aptitudes à la "métacognition". Homo "sapiens sapiens" est l'homme "qui sait qu'il sait". Son intelligence est de savoir construire la sienne. Une telle construction émerge en fonction de stratégies qu'il sait mobiliser, adopter ou éviter, orienter ou mettre en œuvre avec plus ou moins de bonheur, de maturité et de sûreté, pour s'adapter à des modifications environnementales qu'il maîtrise sans pour autant les définir ou même parfois en avoir une pleine conscience.
Au-delà de cette puissance conceptuelle de la métacognition, la critique des modèles statiques a permis l'arrivée de modèles dynamiques. Le développement de l'intelligence prend du temps. Jean Piaget a ainsi montré la nécessité de développement par des stades qui traduisaient une modification dynamique des structures opératoires loin du modèle d'intelligence brute, factorielle, et du fantasme anglo-saxon du facteur général d'intelligence. Aujourd'hui, on s'intéresse à la diversité des processus d'apprentissage et des cultures, mais aussi à la "plasticité cérébrale" et au développement de modules cérébraux qui s'interconnectent en réseaux ou en sous-systèmes dynamiques, complémentaires, substitutifs les uns des autres, de la vie fœtale aux dernières heures de la vie des personnes de plus en plus âgées. Cette expression d'aptitudes auto-organisées est dépendante de celle de gènes interagissent entre eux en fonction du milieu et de l'expérience de la confrontation d'un individu "vicariant" à un milieu naturel, psychosocial ou culturel de plus en plus enrichi et dans lequel le numérique est omniprésent.
Au plan psychodynamique, l'intelligence est également conçue comme confrontation permanente et complémentarité réitérée entre d'une part les dimensions multisources telles que précédemment définies et d'autre part la personnalité. Celle-là est faite de préférences cognitives, d'émotions et d'affects stabilisés mais chaque jour réévalués. Chaque homme, pour l'avoir vécu, sait l'importance de ces dimensions affectives sur la mise en œuvre, la conduite, la fiabilité ou même la faillite du raisonnement. Ainsi certains neuropsychologues tels Antonio Damasio ou des psychanalystes s'intéressent-ils d'une part à l'existence d'une "cognition chaude" et d'autre part à la finalité d'une "pensée plaisir" plus orientée vers la récompense que la performance. On voit donc que l'intelligence est multidimensionnelle, et la réduire à la performance est bien preuve de son absence. Les aptitudes et compétences d'abstraction logico-mathématiques et verbales ont été balayées par des auteurs récents. Howard Gardner a par exemple, au contraire, montré leur dépassement dans un ensemble complexe et difficilement formalisable et réductible à de simples équations.
Et l'IA, là-dedans. C'est bien le problème. Certains informaticiens, qui n'ont souvent lu que des chiffres et quelques phrases en Anglais, ont retenu évidemment l'intelligence figée, celle de Spearman ou des échelles de CHC. Ils ont donc construit un projet automatique autour de cette définition obsolète pour doter les machine d'une forme calculatrice Le projet s'est structuré vers le Graal d'une intelligence "pure", avec le désir de la performance, mais aussi celui de la compétition qui en découle souvent. On a donc vu fleurir des IA qui ont permis de résoudre différents jeux dits d'intelligence, dont ceux de boules, le jeu de dame, le jeux d'échec, et maintenant, le Go. Reste le Poker, mais là, c'est connu, ça finira au révolver.
Bien sûr qu'il est idiot de vouloir être plus performant qu'une machine, que ce soit un régulateur de vitesse, un pilote automatique de bateau ou d'avion, de vouloir conduire mieux qu'une Google car, ou dépasse tout autre système artificiel intelligent. Mais quand ça va mal, chacun souhaite qu'il y ait un pilote dans l'avion ou dans la cabine du tgv. Ce qui veut bien dire que la définition de l'intelligence artificielle joue un petit peu sur l'écart référentiel à celle de l'homme. Les machines seront un jour, peut-être, aussi intelligente que les hommes, pour tout et dans tous les domaines, en s'appropriant les expériences des passés comme l'espoir et la conscience de l'avenir, mais ce sera alors l'intelligence d'un homme artificiel. Pour l'instant, ce n'est qu'une somme d'outils, comme des marteaux, de règles à calcul, des ordinateurs, des robots compagnons, ou des systèmes Internet. Il leur manque une caractéristique fondamentale de l'intelligence humaine : la vie.
On peut à ce propos revenir à une définition plus globale et biologique de l'intelligence, en ramenant son expression au meilleur moyen de favoriser et donc de transmettre un patrimoine génétique : la sexualité. Elle commence avec le choix des partenaires, leur séduction, l'échange des gamètes, la grossesse et sa protection, l'écoulement et l'élevage des lignées descendantes, la constitution d'un havre de paix chez les nidicoles, la famille, la tribu et autres artifices sociaux de protection des enfants, de valorisation des parents et de respect des aïeuls. Le plus intelligent est celui qui survit et fait survivre sa lignée, sa famille, et donc celui qui se reproduit. C'est donc celui qui sait, peut ou pourrait négocier au mieux la survie de ses gènes au-delà de sa propre existence. Tout le reste ne serait que des stratégies d'intelligence qui accompagnent le génome dans sa poursuite millénaire. Pour cela il faut évidemment savoir parler, calculer, mais être puissant et séducteur, avec la force, l'art, l'humour, les études, le niveau social… Toutes ces stratégies de contour que l'individu essaye de mettre en œuvre pour survivre, pour lui ou sa descendance, sont guidées par un principe dual majeur : la motivation et le plaisir, la recherche du renforcement positif... En définitive, l'intelligence ne serait-elle pas qu'une question d'espoir et de bonheur ?

12 mars 2016

IA : Le Go humain est définitivement dépassé.

Ce matin à Séoul, le champion du monde de Go a perdu sa troisième partie contre l'IA de Google.
Voit ce Blog (ici).
Quoi qu'il advienne dans les deux manches suivantes, la confrontation est définitivement perdue.

Venez débattre du problème : que reste-t-il aux homme, au Node de Bordeaux (lien ici).

11 mars 2016

BIO - IA : La compétition cerveau naturel - intelligence artificielle continue

On sait maintenant que l'IA pulvérise l'homme dans tous les jeux d'intelligence traditionnels.
Terrence Sejnowski est un célèbre neurobiologiste, professeur au Salk Institute à La Jolla (Californie - USA). Il  est également référent du Howard Hughes Medical Institute de Chevy Chase (Maryland, USA). A partir d'une représentation 3D du tissu de l’hippocampe, l'équipe de Sejnowski a découvert quelques résultats surprenants, publiés dans la revue en ligne eLife (ici).
L'analyse de tissus cérébraux de rats a permis de reproduire en 3D quelques micromètres de l'hippocampe dont on connaît le rôle fondamentale dans la mémoire. La reconstitution de la connectivité neuronale à ainsi pu être faite à un niveau nanomoléculaire par microscopie de pointe, et grâce à des algorithmes de calculs et d'imagerie sophistiqués. Les chercheurs ont été surpris de constater qu'il n'existe pas 3 catégories de synapses comme on le pensait auparavant, mais 26. En découle une aptitude de stockage complètement augmentée : 10 fois supérieure aux estimations précédentes. En effet, chaque neurone peut avoir des milliers de synapses, le connectant à de milliers d'autres cellules.
Connectomes cérébraux
Les plus récents modèles décrivant le cortex cérébral et ses circonvolutions montrent qu'il peut dans l'espace restreint de la boite crânienne multiplier sa surface et augmenter à la fois le nombre de neurones qui le constituent et celui des connexions qui relient ces neurones entre eux et aux autres parties du cerveau. Ainsi pour quelque 1200 millilitres de volume en moyenne, sont développés 20 milliards de neurones et plus de 150000 km de fibres nerveuses, chaque neurone pouvant entretenir un millier de connexions avec les autres neurones.
Ramené au cortex cérébral et au nombre approximatif de synapses, les travaux de l'équipe de Sejnowsky (résumé) suggèrent que l'homme disposerait d'une capacité d'au moins un pétaoctet (10 puissance 15) de bits tout en ne consommant qu'une énergie ridiculement faible (moins qu'une simple ampoule basse consommation de 20W) par rapport à toute machine de calcul envisageable. Cela expliquerait pourquoi le cerveau parvient à stocker autant d'informations, malgré si peu d’énergie, et a encore de beaux jours de supériorité à venir sur la machine et la puissance brute informatique.

09 mars 2016

IA : Ca y est, le Go est tombé ...

Le Go était le dernier jeu « fermé » dans lequel l’homme conservait l'avantage sur la machine.
Le Sud-Coréen Lee Sedol, numéro trois (cf.) au classement mondial, considéré aujourd'hui comme le meilleur joueur au monde, a concédé aujourd'hui sa défaite face à Deep Mind et à son programme au programme Alphago conçu par Google.
Si la première des cinq parties prévues a été très serrée, le résultat est tout de même là : l'IA a vaincu le meilleur joueur humain.
Attendons la suite des autres rencontres pour savoir si ce résultat échappe au hasard ou à un accident transitoire de la stratégie du joueur, ou si l'IA a fait tomber le dernier bastion de l'intelligence naturelle dans les jeux de stratégie qui, bien que correspondant à un nombre fini de possibilités, n'est pas maîtrisable par la force massive du calcul.


08 mars 2016

IA : Aquinum se pose la question : "que reste-t-il aux Hommes ?" - La Node - 15 mars 2015 - 18:30

Dans le cadre de ses soirées de réflexion, l'association Aquinum organise une soirée débat autour de la question : 
Mais que reste-t-il aux Hommes ? Google joue au Go.

Au siège de Aquinum - Le Node - 12 rue des Faussets - 33000 Bordeaux
Mardi 15 mars 2016 - à partir de 18h30
  • l'histoire de la relation homme / machine du Turc Mécanique à Deep Blue - par Thomas Gibertie
  • succomber au Jeu de Go grâce à la lecture d’extraits du livre de Yasunari Kawabata « Le maître ou le tournoi de go » - par Sébastien Menvielle
  • apprendre les bases du jeu en découvrant son fonctionnement et sa philosophie - par Olivier Claverie
  • découvrir le fonctionnement d’Alphago et de l'IA - par Arnaud Cueille
  • appréhender l'ingénierie cognitive et les enjeux humains - par Bernard Claverie 
Une table ronde rassemble tous les intervenants et permet à tous d'échanger, débattre autour d'un apéro collaboratif. Live tweet : @PierreDeruelle #AlphaGo - voir le programme (ici).

Aquinum est une association des professionnels du numérique en Aquitaine. 
Elle fédère et anime une communauté de près de professionnels ou futurs professionnels du numérique : développeurs, rédacteurs, graphistes, consultants, chefs d'entreprise, vidéastes, programmateurs, community manager, formateurs, etc.
Aquinum est au Node de Bordeaux - 

16 février 2016

IA : Airbus va recruter ... des robots humanoïdes manufacturiers.

Airbus Group vient de lancer vendredi 12 février 2016 un programme innovant de recherche en robotique (lien). Ce partenariat avec le Joint Robotics Laboratory (JRL), basé depuis 2004 à Tsukuba, au Japon, a pour but la conception des "robots humanoïdes manufacturiers".
Le JRL est un partenariat entre l’institut national de la science et des technologies industrielles avancées japonais AIST et le CNRS.
Le nouveau programme de quatre ans vise à développer des robots humanoïdes dédiés aux lignes d’assemblage de construction aéronautique. Le principal enjeu est le développement de nouveaux algorithmes de planification et de contrôle des mouvements pour permettre au robot de réaliser des tâches dans un environnement exigu, comme en est capable un humain. Airbus a, en effet, besoin de robots humanoïdes capables d’aller dans des endroits inaccessibles à d’autres types de robots, de s’agenouiller, de se pencher pour démultiplier sa force, etc. Pour se déplacer, le robot va adopter une approche  dite "multi-contacts". De plus, le robot devra prendre un certain nombre de décisions posturales pour effectuer des tâches dans des environnements contraints.
Encore une bonne nouvelle pour le progrès technologique et les concepteurs, fabricants de robots "humanoïdes manufacturiers", peut-être moins pour les "hommes manufacturiers" ... Mais le souci des roboticiens du CNRS n'est peut-être pas celui de ceux qui rêvent d'avoir un job pour, entre autres, avoir les moyens de pouvoir encore prendre l'avion. Un des désastres diagnostiqués et pronostiqués par Martin Ford dans son ouvrage « The Lights in the Tunnel » (Acculant Publishing, 2009) dont l'analyse nous est donnée dans l'excellent Blog de "Automates Intelligents". Une goutte d'eau dans l'océan des 3 millions d'emplois que certains prévoient détruits par les robots en France d'ici 2025 (lien). 
Il est grand temps de repenser les emplois à créer en substitution de ceux que les robots vont faire disparaître. Une idée de réflexion éthique, comme ça, en passant, pour les roboticiens du CNRS ... qui sont aussi payés pour ça ! Voir à ce propos l'ouvrage de Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee  « Race Against the Machine » (lien).
Télécharger le communiqué de presse sur cette initiative de Airbus : ici.

BIO - TECH : Impression 3D d'organes vivants.

L'étude qu'une équipe de recherche du centre médical Wake Forest Baptist de Winston-Salem 5caroline du Nord - USA) et publiée le 15 février 2016 dans Nature Biotechnology (lien), rend compte de la première impression 3D de tissus et d'organes vivants.
L’impression 3D, ou conception additive, ne se limite pas au plastique et au métal, mais a initié une nouvelle phase avec l'impression de cellules vivantes. La bio-impression consiste à déposer des gouttelettes d'encre biologique qui vont former des couches successives se superposant pour constituer un tissu en trois dimensions.
Jusqu'ici, on avait 3 techniques différentes de bio-impression 3D. Une première est similaire à la technique du jet d'encre, par projection de microgouttelettes d'un liquide contenant des cellules par une tête d'impression piézoélectrique. La bio-extrusion consiste à faire pousser des constituants des tissus de manière mécanique à travers une microseringue. Enfin, la bio-impression laser utilise un balayage laser de 10.000 impulsions par seconde; chaque impulsion génère alors une microgouttelette. Cette technique la plus récente permet des dessins complexes et une bonne viabilité des cellules qui ne subissent pas de contrainte mécanique et peuvent être assemblées en formes diverses, telles que des organes entiers (oreilles, muscles et os).
Après une dizaine d’années de travail, l'équipe de sud WFP a mis au point un outil de bio-impression 3D du premier type, mais doté de plusieurs réservoirs. 
Cette technique, appelée "Integrated Tissue-Organ Printing System", permet à la fois l'impression de plusieurs types cellulaires, de gels à base d’eau, et d'une substance biodégradable qui sert de forme à l'organe. Cette structure solide sert de moule extérieur aux cellules vivantes englobées dans les gels. Une fois l’organe implanté, la structure externe se décompose progressivement afin que l’organe prenne sa place et se vascularise et évite ainsi toute dégradation. Pour améliorer la vascularisation, les chercheurs ont également imprimé des microcanaux dans la structure qui est donc aérée comme une éponge. Les nutriments et l’oxygène peuvent ainsi plus facilement pénétrer jusqu’aux cellules.
Pour tester les implants ainsi imprimés, les chercheurs les ont greffés sous la peau de souris et de rats. Pour ce qui est des oreilles, deux mois après l'impression, les greffons ont gardé leur forme et un tissu cartilagineux s’est formé. Pour le tissu musculaire implanté sur un rat, le greffon s’est suffisamment développé pour rendre possible la création de nerfs dès le quatrième mois. Quant aux os imprimés en utilisant des cellules-souches humaines, ils se vascularisent au bout de cinq mois.
Il faudra évidemment attendre de nombreux tests cliniques afin de pouvoir utiliser ces implants imprimés pour les greffer sur l’homme. Néanmoins, la voie est ouverte pour la chirurgie reconstruction ou augmentative du futur.

15 février 2016

DIV : Cycle "Grands Témoins" de l'ENSC - Gérard Bréard - La gestion de situations de crise - 15-02-16

Cycle de rencontres « Grands Témoins »
Conférence de M. Gérard Bréard
"La gestion de situations de crise"
15 février 2016 – 17h00
Petit amphithéâtre de l’ENSC

Cette rencontre inaugure le cycle “Grands témoins” dont le but est de faire rencontrer les élèves ingénieurs avec des personnalités marquantes du monde socio-économiques, notamment à propos de grandes questions que les ingénieurs diplômés pourront être amenés à traiter au cours de leur carrière professionnelle future.
Le sujet que Gérard Bréard a choisi de traiter est celui de la “gestion de situations de crise”, à partir d’un fil rouge : le processus de développement et de lancement d’une fusée, en abordant différents points : Management de la complexité, Gestion des compromis, Processus de décision, Adhésion des acteurs.
Gérard Bréard est ingénieur diplômé de l’ESTACA et de l’ESTA. Il a été Directeur Technique d’Astrium (aujourd’hui Airbus Defence et Space). Il participe à ce titre au Comité technique Ariane destiné à approuver l’aptitude au lancement de chaque lanceur spatial. Il a participé à la validation des cinq vols de qualification des missiles M51. Il a été promu « Executive Group » par le PDG Louis Gallois, ce qui représente la plus haute fonction des directeurs techniques des divisions et filiales du groupe Airbus.
Gérard Bréard est actuellement Président du Conseil d’Administration de l’INP Bordeaux.


DIV : Le groupe des INP, c'est quoi ?

Le groupe des INP est une fédération de plusieurs établissements d'enseignement supérieur français réunissant 30 écoles spécialisées dans la formation des ingénieurs et la recherche en ingénierie, situées dans 4 villes : Bordeaux, Grenoble, Nancy, Toulouse..Avec plus de 20 000 étudiants au sein du Groupe, aujourd'hui les INP diplôment 1 ingénieur sur 7 formés en France.
Les 4 INP :

  • Bordeaux INP (statut de grand établissement), 5 écoles internes, 1 école des travaux agricoles et 2 écoles universitaires de Pau et de Bayonne conventionnées ;
  • Lorraine INP (statut de collegium d'ingénierie d'une université), 11 écoles internes dont 1 à Metz ;
  • Grenoble INP (statut de grand établissement), 6 écoles internes ;
  • INP de Toulouse (statut d'université), 3 écoles internes, 4 écoles rattachées dont 1 à Tarbes. 
Une prépa intégrée au groupe est organisée sur 6 sites : Bordeaux, Grenoble, Nancy, Saint-Denis de la Réunion, Toulouse, Valence.


DIV : La doctrine, ou le partage des représentations.

La doctrine militaire occupe une place première dans la transformation que les armées ont entreprise depuis les années 1990, et que l'armée de l'air a tout particulièrement développée dans son plan stratégique "unis pour faire face" (Mercier, 2014). Ce renouveau de la pensée doctrinale est caractérisé par une réflexion dont les perspectives découlent d'au moins trois nouvelles dimensions de la Défense des pays occidentaux, notamment de ceux de l'Alliance atlantique. Elles sont (1) une nouvelle éthique de la guerre et l'acceptation sous contrainte par les citoyens dans le cadre d'une attention continue des médias et de la pression de juristes internationaux, (2) une maîtrise budgétaire avec à la fois des restrictions relatives aux matériels et moyens alloués et celles des emplois disponibles, (3) une nouvelle forme des conflits souvent asymétriques, qui font intervenir des « acteurs non étatiques parfois mal définis, à la motivation idéologique plus ou moins explicite, et parfois candidats à des solutions irrationnelles » pour la logique occidentale, et dont « les motivations émergent autour d’un projet, d’idées et de valeurs qui évoluent au fil du temps ou des acteurs eux-mêmes » (Desclaux, 2015).
La notion de doctrine est mal connue du grand public, et parfois même de certains militaires de formation subalterne. C'est d'abord une construction intellectuelle qui compile, analyse, formule et met à disposition l'ensemble du savoir nécessaire à guider les ensembles militaires dans leur action opérationnelle. Elle prescrit ainsi des règles et les conditions optimales du commandement et de la conduite d’actions de défense et d'opérations. Par voie de conséquence, elle permet à la fois son enrichissement par l'organisation des moyens de réflexion et de décision, et sa diffusion au sein de l’institution militaire. Les armées savent ainsi s’organiser, s’entraîner, prévoir et programmer, s’engager, répondre et développer leur action selon les orientations politiques qui leur sont données.
La doctrine précise la compétence, les portées et limites de l'action ainsi que les conditions présidant à l'emploi de la force, l'ensemble permettant de parvenir aux fins attendues par le politique, et ce dans les conditions diverses dans lesquelles ces armes seront utilisées. À un second niveau, la doctrine militaire permet au commandement de concevoir son action et celle de ses forces en fonction de la complexité des fins en question. Elle permet ainsi de donner à chacun des différents niveaux de commandement les principes d'organisation des moyens dont ils disposent dans l'inventaire des procédures et modes d’action disponibles dans des contextes attendus ou inattendus, connus ou inconnus.
La doctrine donne donc aux militaires des représentations collectives qu'ils peuvent partager à chaque niveau de compétence et entre les niveaux hiérarchiques. Cette intention de représentation partagée est le point focal de la doctrine. Comme l'écrivait Ferdinand Foch en 1903, l'un des "principes de la guerre" est de disposer d' « une même manière de voir, de penser et d’agir ». Il s'agit dans ce cadre de disposer d'une "interprétation collective" de ce que les armées doivent faire et comment elles doivent le faire aujourd'hui et demain. Elle est formulée dans un langage spécifique, propre à l’institution militaire, pouvant supporter des adaptations spécialisées en fonction des armées, des pays et des enjeux. Elle met également à disposition des spécialistes les moyens de l'amélioration continue de leurs méthodes et de leur environnement, dans ce qu'il est convenu d'appeler la "transformation".
La doctrine militaire est donc intimement liée à la notion de "représentation partagée". Elle est probablement une déclinaison formelle d'une cognition collective qui s'étaye à la fois sur l'histoire et l'expérience du passé ; l'analyse et la conception de l'actualité, et l'espoir d'un développement heureux du futur qu'elle entend maîtriser ou pour le moins auquel elle entend participer de manière majeure. Elle est donc un champ expérimental à la fois maîtrisé et accessible pour engager une recherche sur la "cognition collective".
C'est dans ce sens que l'ENSC s'appuie sur l'Armée de l'air, et notamment ses centres de réflexion (CESA) et de formalisation (CEAM) de la doctrine des forces aériennes, pour développer son second axe de compétence KX (Knowledge eXchange) à côté des bases de son expertise en UX (User eXperience).
Les déclinaisons expérimentales permettront d'approcher dans un second temps les domaines de l'entreprise et d'autres grands systèmes sociotechniques (Seddon, 2013; Murray et al., 2005). 

Desclaux, G., Claverie, B. (2015), C2 et cyber. Pensez Les Ailes Françaises, 32, 61-68. Juillet 2015. Paris : Centre d'Etudes Stratégiques Aérospatiales. 
Foch, F. (2007), « Des principes de la guerre », Paris : Imprimerie nationale (1re éd. 1903), réédition Paris : Economica, collection : Stratégies et Doctrines. 
Mercier, D. (2014), « Unis pour faire face : plan stratégique de l'Armée de l'air », Paris : Etat major de l'Armée de l'air.
Murray, P., Poole, D., Jones, G. (2005), « Contemporary Issues in Management and Organisational Behavior », South Melbourne : Cengage Learning Australia. 
Seddon, J. (2013), « Freedom from Command and Control ». New-York (USA) : Productivity Press.

14 février 2016

BIO : Chronobiologie par flashs.

Une des caractéristiques du vivant est de manifester une activité de ses différentes fonctions variable avec le temps. Cette activité est connue sous le nom de "chronobiologie" résulte de la combinaison de différentes fluctuations elles-mêmes réglées sur des processus écologiques principalement marqués par la succession de lumière et d'obscurité. 
Différents équipements biologiques assurant l'interface avec l'environnement et la sensibilité de l'organisme influencent ces fonctions. Ainsi chaque organisme vivant en surface de la terre ou en faible profondeur (terrestre, maritime, lacustre) présente-t-il des rythmes circadiens, circamensuels ou circannuels, qui se synchronisent avec l'oscillation de la lumière baignant notre planète en multiples rotations par rapport au soleil et exposée à sa lumière indirecte renvoyée par la lune. Il en est ainsi des plantes avec la photosensibilité assurant la photosynthèse, la pousse et la croissance, l'éclosion des fleurs et leur orientation, etc. Pour les animaux, c'est le cas des activités de territorialité ou de migration, de vie sociale, de sexualité et de reproduction, de veille et de sommeil, d'activité motrice et de vigilance, d'alimentation et de prise de boisson, d'aptitudes affectives et cognitives, etc.
L'homme, comme tout animal mammifère, n'échappe pas à ces règles qui ont traversé l'évolution et contraignent donc ses fonctions comme ses activités individuelles, sociales ou culturelles. Un des principaux problèmes rencontrés par les hommes ainsi réglés est celui des dessins chromisations entre les rythmes personnels et des oscillations lumineuses écologiques.
Tel est le cas des voyages transatlantiques avec le "jet lag" mais également de certains troubles physiologiques, physiques ou psychologiques, qui semblent partiellement sensibles à la lumière : insomnies, troubles de l'humeur, mélancolie, etc. Ainsi, au-delà de la perception, la sensibilité visuelle à l'éclairement grâce aux photorécepteurs rétiniens entraîne dès activations sous corticales, telles que le noyau supra chiasmatique (NSC) et l'épiphyse, en relation temporelle avec les principaux rythmes biologiques.
La physiologie de la photo-synchronisation (nonimage-forming ou NIF) n'est pas bien connue néanmoins, le développement de thérapeutiques par exposition à une lumière artificielle pour la resynchronisation est devenu un réel challenge dans le traitement de certains troubles mentaux. De la même manière, on sait que le NSC qui gère la production de mélatonine et donc le déclenchement du sommeil, peut tolérer jusqu'à près d'une heure de décalage horaire en 24 heures. Cela entraîne donc une durée de resynchronisation d'au moins un jour par heure de décalage horaire dans le sens de l'allongement des rythmes (est-ouest) et un trouble labeur plus important dans sens contraire puisque la rythmicité du NSC peut s'allonger mais difficilement être raccourcie. Le nombre d'heures de décalage "biologique" doit donc être calculé en termes d'allongement selon le nombre de fuseaux concernés par le voyage est-ouest. Dans le cas du jet lag, le traitement consiste à prendre de la mélatonine selon des heures précises pour maintenir le rythme de départ dans le cas de voyage court avec retour immédiat, ou à forcer l'organisme à raccourcir ses cycles notamment dans le cas de voyages ouest-est. 
Une récente étude publiée le 8 février 2016 dans le Journal of Clinical Investigation apporte de nouvelles données et permet d'envisager de meilleures performances du traitement par la lumière, ou luxothérapie. Cette étude a été menée par des chercheurs du Département de Psychiatrie et Sciences du Comportement et du Centre médical du sommeil de l'Université de Stanford (Californie, USA), et du Département de recherche de santé mentale du Centre des anciens combattants de Palo Alto (Californie, USA). 
Elle a porté sur 39 sujets qui ont été exposés soit à une lumière continue, soit à des flashs de lumière de 2 millisecondes, avec différentes latences interstimulus. (De 2,5 à 240 secondes). Les chercheurs ont simultanément étudié les taux de mélatonine et les variations de vigilance et d'attention, et la somnolence des sujets. Les résultats montrent que le système circadien humain intègre des séquences de flashs de manière non linéaire avec une efficacité maximale pour une période spécifique (ISI = 7,6 ± 0,53 secondes). La séquence de flashs toutes les dix secondes permet d'ajuster l'horloge circadienne de deux heures en avance alors que l'exposition à une lumière continue ne permet de faire avancer l'horloge naturelle que de 35 minutes.
La lumière intermittente est donc plus efficace que la lumière continue pour induire des changements circadiens. Cette découverte pourrait être utilisée pour traiter le jet lag, mais également des personnes dont les rythmes circadiens ne sont pas alignés, avec des périodes de sommeil et de réveil décalées, ou des patients souffrant de désordre affectif saisonnier. 
Une start-up spécialisée dans la biotechnologie a même été approchée pour mettre en place un masque capable de projeter les flashs lumineux nécessaires pendant la nuit de sommeil, en fonction soit du décalage, soit du trouble présenté. Les chercheurs estiment également que ce produit pourrait aider également les adolescents, pour les aider à dormir plus la nuit et donc à rester plus attentif pendant les périodes scolaires.
Lien vers l'article (ici).

TECH : Une puce 60 fois plus rapide que les actuelles.

Le brouillage et l’interception des communications des ennemis sont deux clefs fondamentales de la tactique militaire. Avoir le contrôle sur les ondes électromagnétiques devient aussi important que d’avoir des armes efficaces pour gagner un conflit. Le centre de recherche et développement de l’armée américaine (DARPA) vient de mettre au point une puce de conversion analogique-digital ou ADC (Analog-Digital Converter) qui serait dix fois plus performante que les technologies existantes. Réalisée selon une nouvelle conception, cet ADC permettrait aux équipes sur le terrain de disposer d'une large bande d'analyse, permettant de réagir beaucoup plus rapidement à d’éventuelles attaques électroniques.
La fréquence d’échantillonnage du nouvel ADC peut aller jusqu’à 60 GHz, soit plus de 60 fois celle  des technologies du marché. Cette très haute fréquence d’échantillonnage permet d’acquérir des ondes électromagnétiques à très haute fréquence et de surveiller un spectre allant de 0 à 30 GHz. Cette puce permettrait alors de couvrir la très grande partie des techniques de communications actuelles : FM, télécoms, satellites, radars, etc.
Lien vers l'annonce de la DARPA (ici).

IA : Après les "Google Cars", la livraison sans livreur.

La firme Google (Mountain View - Californie - USA) dispose depuis le 9 février 2016 d'un brevet concernant une "plate-forme de livraison autonome".
Cette sorte de camionnette est dévolue à la livraison sur le "dernier kilomètre" entre l'entrepôt et le domicile des clients, sans intervention humaine.
Le principe est d'appliquer aux solutions des voitures sans conducteur ou "Google cars" (avec radar, lidar, caméras vidéo et différents autres capteurs reliés en permanence à une connexion Internet pour un transfert permanent de données) permettant une navigation autonome et une protection complète anticollision sans aucun danger ni pour les autres usagers de la route, ni pour les piétons.
Le camion serait en contact avec le client grâce à son téléphone portable et fixerait un point de rendez-vous, permettant d'ouvrir un ou plusieurs containers verrouillés avec un code, par une personne qui porte le téléphone associé au compte de l'utilisateur et geolocalisé par GPS. Le paiement serait alors réalisé grâce à un terminal associé au container qui utiliserait des modes de paiement dématérialisée.
Voici un projet qui va compléter le projet de livraison plus lointaine par drone (ici).
 (lien)

13 février 2016

DIV : Les principes de la future loi sur le numérique.

Le projet de loi pour une République numérique (lien) est en chantier en France. Partant du principe que le numérique et ses usages sont à al base de la transformation de la société et de l'économie française, et plus largement de la reconstruction du lien social, le gouvernement français a propos en septembre dernier une grande consultation des acteurs et des citoyens pour une #LoiNumérique.
les grands principes de cette loi sont les suivants :
1. Neutralité du Net : Pas de discrimination possible par les opérateurs de l’accès au réseau en fonction des services. Ils ne pourront ainsi pas proposer un internet moins rapide à certains et un débit plus rapide à d'autres. Leurs offres techniques devront en tenir compte.
2. Portabilité des données : Les  prestataires de courriers électroniques devront assurer la migration des des données, des courriels ou des listes de contacts d’un utilisateur quand il souhaite changer de service ou de fournisseur d'accès.
3. Droit au maintien de la connexion : Chacun a droit au maintien de la connexion. Les personnes en difficulté de paiement pourront bénéficier d’un fond de solidarité universel qui se substituera à eux, et les fournisseurs seront dans l'obligation de maintenir leur accès le temps de l’instruction de leur demande d’aide.
4. Confidentialité des correspondances privées : Les correspondances électroniques privées seront protégées. Les courriels seront protégés au même titre qu'une courrier classique, et ne pourront pas être analysés par un service de courriel, sauf pour détecter des spams ou des virus, ou sur l'ordonnance d'un juge.
5. Droit à l'oubli des mineurs : L'effacement de données publiées lorsqu'une personne est ou était mineure sera assuré. La CNIL statuera dans un délai de 15 jours lorsqu'elle sera saisie.
6. Information des consommateurs sur les avis en ligne : Les sites d'avis en ligne devront indiquer si leur publication a fait l'objet d'une vérification. Chacun pourra ainsi évaluer le degré de crédibilité des avis disponibles en ligne.
7. Ouverture des données publiques : Les organismes publics, y compris les bailleurs sociaux, devront publier sur internet leurs bases de données. La puissance publique sera chargée de garantir la qualité et la mise à jour des "données de référence" telles que la base nationale des adresses et facilitera ainsi le travail des services publics de proximité (pompiers, urgences, etc.).
8. Accessibilité : Les administrations publiques devront préciser, sous peine de sanctions pécuniaires, leur niveau de conformité aux règles d’accessibilité numérique. Les grandes entreprises devront aussi proposer des services après-vente téléphoniques accessibles aux personnes en situation de handicap physique ou sensoriel.
9. Mort numérique : Chacun aura son droit et sera assuré du respecter de a volonté sur le devenir de ses informations personnelles publiées en ligne après sa mort.
voir le lien (ici).

10 février 2016

DIV : Des chercheurs de l'ENSC au CASPOA de Lyon.

Du 10 au 12 février 2012, cinq enseignants-chercheurs, un membre de la direction et un conseiller militaire de l'ENSC sont en formation C2 (Command and Control) au Centre d'Analyse et de Simulation Pour les Opérations Aériennes (CASPOA) sur la base aérienne 942 du Mont Verdun à Limonest près de Lyon.
Le CASPOA est un centre d'excellence de l'OTAN, notamment en ce qui concerne la formation au C2 (Command and Control) des personnel qui planifient, organisent, contrôlent et mènent concrètement les opérations aériennes au niveau opérationnel et tactique, tant en défense du territoire qu'en opérations extérieures. Il fournit aux pays de l'OTAN et à leurs alliés des services des tests et de validation de dispositifs de simulation, tout en permettant d'explorer des concepts et des expériences sur les technologies et les procédures de soutien aux opérations. l'une de ses missions est également de 
fédérer les experts du domaine de compétence C2 et de contribuer aux efforts en la matière de l'OTAN.
Le but de cette formation "à façon" est de donner un niveau de compétence opérationnel aux personnels de l'ENSC afin de mettre en oeuvre des moyens de simulation C2 dans la plateforme de simulation de gestion de crises de l'école.

05 février 2016

DIV : Conférence "Vivre avec les robots" - ENSC - 17 février 2016

« Questions actuelles de la vie de demain avec les robots »

Conférence de Benoît Le Blanc

Cycle des conférences de l'Institut régional Aquitain des Sciences Cognitives Appliquées.

17 février 2016 – 18h00
Petit amphithéâtre de l’ENSC

Ouvert à tous, mais inscription nécessaire pour des raisons de sécurité.