30 avril 2020

IA - SHS - DIV : De l’impossibilité potentielle de prévoir : le futur du Covid-19 dans l’impasse du chaos.

Outre le fait que le plus difficile à prévoir, c'est l'avenir (voir ici), certains s'y essaient pourtant. Ainsi le 16 avril, Elie Cohen, économiste et directeur de recherche au CNRS, a élaboré trois (3) scenarios de sortie de la crise économique due au coronavirus. Qu’en tirer comme conclusions ?
« scenario en V ». On plonge très profondément, on touche le fond, on rebondit rapidement. La crise est de courte durée : par exemple quelques semaines. L’économie reprend et la perte d’activité en 2020 serait compensée en 2021 et même 2022. Les deux ou trois ans moyennés seraient alors nuls en termes de croissance.
« scenario en U ». On plonge, on reste au fond le temps de la crise qui est longue : plusieurs mois sans reprise, au moins  avant l’automne, peut-être plus. La perte de PIB est très importante, pouvant atteindre 10%. Il s’agit d’une crise majeure, sans réelle possibilité d’imaginer les conséquences économiques, sociales, culturelles, industrielles, militaires, etc.
« scenario en W ». On plonge, on rebondit et la crise sanitaire repart, et on replonge, et ainsi de suite avec une constante de temps par exemple de 3 à 4 semaines : succession de périodes de confinement et de redémarrage. Pour Cohen, « c’est le scenario noir absolu et c’est ce qu’il faut absolument éviter ». Néanmoins, c’est celui dont il n’est plus tabou de parler, et que le Premier Ministre envisage en y préparant le parlement et les citoyens à un scénario dit « stop and go » (voir ici).
Alors, que se passe-t-il dans ce cas W ? Ce scénario a notamment été théorisé par Neil Ferguson, épidémiologiste de l’Imperial College (voir ici), qui bien que  particulièrement critiqué par de nombreux théoriciens (lien ici) semble avoir inspiré les politiques de françaises, américaines, anglaises ... en effet, à lorsqu’on sait qu’en matière biologique la négation n’a aucune valeur conjuratoire, il est utile d’examiner toutes les pistes d’interprétation des données jusqu’ici recueillies. Parmi les modèles qui ont été étudiés (lien ici), ce W rappelle les phénomènes rencontrés dans les théories du chaos déterministe. Et ces modèles chaotiques sont loin d’être incohérents. Dans ceux-là, la dynamique échappe à l’ambition épidémiologique, elle n’est plus prévisible, et seuls des modèles mathématiques spécifiques sont applicables.
De manière générale, on peut en décrire trois types de perspectives.
Premier cas : l’oscillation (WWW) s’éteint en tendant vers un attracteur entier, qui peut prendre toutes les valeurs intermédiaires entre le maximum et le minimum, avec une probabilité centrée sur une valeur de tendance centrale. Les statisticiens s’écharpent sur la forme normale ou non de la distribution de probabilité, sur la validité de la médiane ou de la moyenne selon les modèles, etc. Bref, on ne sait rien sinon prévoir, mais sans certitude.


Second cas : l’oscillation (Ww-) se stabilise sur deux valeurs, maximum et minimum, avec un rythme qu’il reste à découvrir, probablement lié à la période d’incubation du virus et à la durée des reconfinements. Là encore, on ne sait rien pour n’avoir aucune valeur pertinente potentielle pour alimenter le modèle. La variabilité des données à y entrer voit une explosion combinatoire des solutions, dépassant des capacités raisonnables de calcul informatique, et sans que personne ne puisse donc en donner une perspective. 
Troisième cas : la dynamique (WXY) converge vers un attracteur étrange, non entier, de dimension fractale, caractéristique du chaos déterministe. Ce que l’on sait de certain à son propos est que l’étude de ce type de phénomènes ne peut se faire qu’à posteriori. Il n’y a aucune solution ni aucun moyen de prévoir quoi que ce soit ; toute prévision est mathématiquement impossible. On peut avoir des accélérations fréquentielles combinées à des phases de quasi stabilité plus ou moins longues avant de nouvelles explosions d’instabilité, cela sans maximum ou minimum calculables. Un exemple modelisé à partir d’une équation simple (x(i+1)=r.x(i)*(1-x(i)) avec r arbitrairement fixe à 2,6 (figure du haut), à 3,2 (figure du milieu) et à 3,7 (figure du bas) pour une valeur x de 0,4, illustre les trois cas cités, alors que les paramètres de l’équation sont très proches. 
Comme les dynamique du troisième ordre sont excessivement sensibles à des conditions initiales dont des différences infimes amènent à des futurs complètement différents, toute tentative de rationalisation est vaine dès qu’on s’éloigne du moment initial de la dynamique. 
Ainsi, on montre à partir de l’exemple précédent, dans le troisieme cas, qu’en réglant la valeur initiale x à 0,4 (figure du haut) ou à 0,4000001 (figure du bas), soit avec une différence (par exemple imprécision) inférieure à un millionième, la dynamique du phénomène est complètement différente. Elle montre, dans le cas considéré, l’impossibilité totale de toute prévision si l’on ne connaît pas avec très grande exactitude ces valeurs initiales, ce qui est bien entendu impossible dans les études portant sur des facteurs globaux estimés, approximés ou même inconnus et alors simplement supposés.
On peut donc comprendre, si tel est le cas, que personne ne sache ce qui va se passer, et que le politique, lui non plus ne sache rien. Il peut rassurer le peuple, mentir, donner des certitudes. Mais les modèles ne peuvent rien dire de futur.
Alors qu’elle perspective ? Autant une petite variation peut induire un effet chaotique, et le battement d’aile d’une chauve-souris en Chine peut provoquer un cataclysme en Europe et en Amérique, autant une autre petite intervention peut faire changer de trajectoire la dynamique considérée, et la précipiter sur un nouvel attracteur. On peut alors imaginer le rôle majeur que pourraient jouer des médicaments, largement diffusés, même si leur action n’est pas prouvée, mais qui changerait un tout petit peu le phénomène. Le jeu en vaut la chandelle, en attendant un vaccin qui jouera, espérons le, le rôle d’un nouvel attracteur entier majeur (pour peut qu’il puisse l’être), précipitant la dynamique mortelle dans une stabilité que chacun appelle de ses vœux.
Sur le chaos déterministe, lire l’article de Futura Sciences (lien ici), et celui de Sciences Étonnantes (lien ici).

27 avril 2020

IA : La cybersécurité menacée par l'IA.

Alors que certains clament l’importance que doit jouer l’Intelligence Artificielle dans le déconfinement, on trouve sur le Web, à l’initiative de DarkTrace® qui rappelle que le Net n’est pas un espace de confiance (lien ici), un rapport très intéressant (lien ici) "Les Attaques Renforcées par l’IA et la Bataille des Algorithmes" décrivant les conditions dans lesquelles des groupes de couards, se prenant pour des mercenaires qui ne risquent rien derrière leurs machines, utilisent l’IA pour pirater, foutre le waï et faire du fric à bon compte, sans aucune sans aucune morale jusqu’à ce que les informaticiens aient le courage, un jour, de faire le ménage chez eux.
L’article est consacré aux attaques agressives basées sur l’IA, dans un contexte où tous les outils et les éléments open source nécessaires pour mettre en œuvre une attaque basée sur l’IA existent bel et bien aujourd’hui, faciles d’accès, à la disposition de tous les médiocres, malades mentaux et salopards de toutes espèces, dont certains pourraient être organisés en « groupe de hackers professionnels » … « régi comme n’importe quelle entreprise » … « au service du plus offrant ». Ainsi, l’article prévoit « que les cyberattaques basées sur l’IA ne sont plus à quelques années de nous, mais qu’elles apparaîtront manifestement dans un futur proche ».
Dans un premier temps, les auteurs documentent le cycle de vie d’une attaque standard, en montrant comment les outils de l’IA peuvent « améliorer et rationaliser le processus » … « pour gagner en efficacité ». Dans un second temps, ils détaillent « le cycle de vie complet d’une attaque basée sur l’IA ».
Ainsi, « les cybercriminels exploiteront l’IA pour générer des attaques personnalisées, très ciblées et difficiles à détecter » et « L’IA supprimera la dimension humaine de l’attaque, ce qui compliquera l’identification des auteurs » obligeant les organisations à « devoir utiliser des outils de défense basés sur l’IA capables de lutter contre cette nouvelle génération d’attaques en utilisant les mêmes méthodes ». Malheureusement, autant les cyberdélinquants, qui n’ont que ça à faire et le font par dérangement des tuyaux neuronaux, sont en avance, autant les cyberdéfenseurs sont, si l’on comprend bien le propos, littéralement « à la rue ».
L’anatomie standard d’une attaque actuelle demande aux pirates beaucoup de prudence. On peut décrire une suite d’étapes plus ou moins complexes et efficaces.
Étape 1 : Récupération d’informations à grande échelle sur les réseaux sociaux, grâce à des faux profils pendant une phase de reconnaissance qui dure plusieurs semaines. Les cibles sont identifiées manuellement ou semi-automatiquement et les pirates entreprennent une phase d’approche, en devenant amis avec certains acteurs de la cible et récolter des informations à leur sujet. Simultanément, une analyse de la victime détermine les vecteurs d’attaque potentiels grâce à une panoplie d’outils et d’algorithmes, par exemple pour casser les capcha ou mots de passe. Étape 2 : Envoi d’e-mail d’hameçonnage ciblé à partir des informations précédentes, et contenant des documents ou messages avec des macros malveillantes. Parallèlement, on sonde activement les serveurs Web de la victime pour y trouver des vulnérabilités. Étape 3 : Si l’intrusion réussit, le malware établit un canal de commande et de contrôle (C2) qui se fond dans l’environnement en essayant d’éviter les pare-feu. Étape 4 : Récupération de mots de passe par force brute en exécutant des keyloggers et tentant de dérober les informations d’identification des administrateurs, en repérant les comptes qui utilisent des mots de passe faibles ou répétés. Étape 5 : Les informations récoltées sont utilisées pour des déplacements latéraux en utilisant les techniques Pass the Hash et Mimikatz. Les assaillants piratent ainsi une machine cliente après l’autre, en essayant de mettre la main sur des comptes aux privilèges élevés pour tenter d’accéder à de nouvelles machines d’administration. Étape 6 : Si les pirates finissent par identifier les données qu’ils cherchent, et sans trier, ils regroupent et extraient les données morceau par morceau vers leur serveur C2. Les données dérobées sont triées ensuite avec d’autres algorithmes, bien au chaud dans leurs propres machines.
On voit que les cyberattaquants risquent un échec à chaque fois et que la procédure incrémentale récupère des gigaoctets de bruits par rapport à l’information recherchée ou commandée. Le but des équipes de cybersécurité repose dont sur trois objectifs : empêcher les effractions, les détecter pour les stopper ou éventuellement les utiliser, noyer l’information pertinente dans une somme d données afin de la rendre la plus inextricable possible. La stratégie consiste donc, pour les cyberpirates, de se tourner résolument vers des cyberattaques augmentées par l’IA. Cette nouvelle génération consiste à utiliser les outils d’IA pour simplifier, automatiser et rendre indétectable chacune des étapes précédentes. On réduit ainsi le facteur de risque de se voir bloqué ou repéré, voire poursuivi, et on augmente le rendement. Étape 1 : Ce sont des chatbots qui deviennent amis avec la personne par qui l’effraction se fera, et qui a été déterminée par big data. Ces bots calculent les types de profils recherchés parmi les dizaines (ou centaines) d’employés ainsi bernés, croyant de bonne foi être en relation avec des personnes, par exmple des lcients, des fournisseurs ou des collègues. Des profils et des photos ont créés par une IA en fonction des attentes et des affinités des personnes cibles. Les outils de résolution automatique de captcha seraient utilisés pour la reconnaissance automatisée d’images sur les sites Web des victimes. Étape 2 : L’hameçonnage est ciblé par rapport aux renseignements des bots pour des attaques convaincantes, avec des tweets réalistes pour de nombreux employés dont l’un au moins téléchargerait des documents infectés, ou renfermant des liens vers des serveurs d’attaque à l’aide d’algorithmes d’exploit kits. Le classement par IApeut tenir compte de toutes les informations historiques, en apprenant de mieux en mieux avec le temps (deep learning). Un moteur de fuzzing autonome pourrait alors parcourir en permanence le périmètre de la victime pour découvrir de nouvelles vulnérabilités, et cela de manière suffisamment courte pour disparaître et ne pas laisser de trace après que le crawler trouve le nouvel actif et pour que le moteur de fuzzing découvre une vulnérabilité exploitable. Étape 3 : Imitation de l’activité habituelle de l’entreprise Une fois que l’infection initiale lancée, par fuzzing ou par l’ingénierie sociale automatisée, le canal de C2 serait établi, en attente furtive tout en apprenant son comportement de ou des machines afin de veiller à imiter le fonctionnement d’une ou des machines non infectées. La stratégie devient alors indétectable, en se fondant dans les opérations habituelles de l’entreprise, et en utilisant les ports les plus habituels pour communiquer avec des API spécifiques sur Internet. Étape 4 : Un outil créerait une liste de mots-clés uniques en s’appuyant sur les documents et les e-mails présents sur la machine infectée et créer des permutations par machine learning supervisé à visée de piratage avancé par force brute. Étape 5 : L’identification des chemins optimaux, une fois les comptes identifiés et les mots de passe récupérés, favorise le déplacement latéral pour se rapprocher des données désirées. L’utilisation des méthodes de planification automatisées basées sur l’IA réduirait considérablement le temps requis pour atteindre la destination finale. Étape 6 : L’extraction de données peut commencer une fois que les documents cibles présélectionnés ont été acquis (par exemple reconnaissance de plans spécifiques, de notices, etc.). En même temps, On pourrait extraire des documents compromettants pouvant être utilisés ultérieurement pour du chantage ou de la déstabilisation. Les procédures étant automatisées, elles peuvent être multipliées à l’envi et conduites en parallèle, ce qui surcharge de travail les équipes de défense.
La conclusion de l’étude repose sur un constat simple : Seule l’IA peut combattre l’IA, et il devient urgent de développer des programmes de détection des signes les plus subtils d’une action pour que l’équipe de sécurité puisse couper toute communication, le temps de purger le système… ce qui est une autre stratégie pour retarder une entreprise. uant à croire en la supériorité des hommes pour se protéger ou pour défendre leur système, autant croire que les logiciels de radiologie sont médiocre par rapport à un médecin spécialiste et un Alpha Go ne battra jamais Lee Sedol.
Télécharger le rapport (ici).

25 avril 2020

IA - TECH : 25 Technologies pour booster l’économie post confinement

Le magasine Forbes propose aujourd’hui une liste prévisionnelle des technologies à mettre en œuvre pour booster l’économie de sortie de confinement (lien ici). Pour le magasine, il ne fait aucun doute que, malgré la crise terrible qui frappe le monde, cette décennie va mettre en œuvre des avancées technologiques permettant de compenser, rattraper voire rayer l’effet désastreux du confinement pour une reprise économique drivée par les technics.
Voici les 25 nouvelles technologies, dont bon nombre sont déjà de la compétence des ingénieurs diplômés de l’ENSC (voir plus de détail, lien ici).
  1. L’intelligence artificielle (au programme de toutes les années, plus parcours de 3eme année, et chaire ENSC/IBM autour de Watson) ;
  2. L’Internet des objets (IoT) ;
  3. Les technologies portables et l’humain augmenté (au programme de toutes les années et parcours de 3ème année) ;
  4. Le Big data et l’analyse augmentée (voir le DU Big data et statistiques pour l’ingénieur) ;
  5. Les environnements intelligents (au programme de deuxième année) ;
  6. Les Blockchains et la protection de registres ;
  7. Le cloud et la technologie de pointe (au programme) ;
  8. La réalité augmentée (idem) ;
  9. Les jumeaux numériques ;
  10. Le traitement du langage (au programme) ;
  11. Les interfaces vocales ;
  12. La vision artificielle et la reconnaissance faciale (en collaboration avec l’Institut d’optique, antenne de Bordeaux) ;
  13. Les robots et cobots (spécialité de 3ème année) ;
  14. Les véhicules autonomes (équipe de recherche avec l’IFSTTAR) ;
  15. La 5G ;
  16. La génomique et l’édition génétique ;
  17. La co-créativité homme-machine et le design augmenté (en collaboration avec les écoles de Condé) ;
  18. Les plateformes numériques ;
  19. Les drones et les véhicules aériens sans pilote (projets de 2eme année avec les simulateurs de la plateforme technologique) :
  20. La cybersécurité ;
  21. Les ordinateurs quantiques (au programme de la chaire ENSC/IBM) ;
  22. L’automatisation des procédés robotiques (cf. l’option de 3ème année) ;
  23. La personnalisation de masse et les micromoments ;
  24. Les impressions en 3D et 4D ;
  25. La nanotechnologie et la science des matériaux.
Voici une liste qui semble déjà bien remplie à l’ENSC, et qui donne plein d’idées pour collaborer avec l’ENSEiRB-MMK, l’Ecole de chimie (ENSCBP), l’Ecole des biotechnologies (ENSTBB), l’IOGS, et l’Institut Mines Telecom, dans un projet de rapprochement à reprendre par la nouvelle équipe de direction.

23 avril 2020

BIO : Ne nous plaignons pas des pangolins - Pour une vision écoépidémiologique.

Ne nous plaignons pas des Pangolins ni des chauves-souris, véritables souches à virus (voir ici). En effet, dans leur chronique pour une approche globale de la santé, les responsables de 14 organismes de recherche et d’universités fédérés par Allenvie (voir ici) précisent que les analyses génétiques du Sars-CoV-2 le rattachent au groupe des Betacoronavirus, et notamment montrent sa proximité avec le virus RaTG13, isolé sur une chauve-souris de la province chinoise du Yunnan,  à 60 kilomètres de Kunming, dans le sud-ouest de la Chine (77 % d’identité avec le Sars-Cov-2). Ils précisent qu’un virus encore plus proche a été récemment isolé chez le pangolin malais, qui peut infecter les cellules humaines (de 90% à 96%, voire 99 % d’identité avec le Sars-Cov-2 selon les publications - ici - et - là - ou encore - là - pour une revue), alors que le RaTG13 ne le peut pas. Cela suggère que le Sars-Cov-2 est issu d’une recombinaison entre deux virus différents, l’un proche de celui de la chauve-souris et l’autre plus proche de celui du pangolin (plus de précisions, voir ici).  L'épidémie de Sras qui a démarré en 2002 touchant 8000 personnes était déjà dû à un virus similaire qui s'était développé chez ces mammifères dans une grotte reculée de la province du Yunnan,Il était alors passé à l'humain par l'intermédiaire de la civette masquée, un petit mammifère carnivore.

« Une première leçon de ce constat sur les origines probables du virus est qu’il ne servirait à rien d’éradiquer les pangolins, ni les chauves-souris. Les virus de cette famille courent à travers toute la biodiversité des mammifères, laquelle comporte de nombreux porteurs sains », rappellent les scientifiques. Il est d’ailleurs absurde de « penser que la biodiversité représente un danger potentiel puisqu’elle héberge de nombreux pathogènes » et, bien que contre intuitif, c’est « tout le contraire ». En effet, d’une part « une grande diversité d’espèces hôtes potentielles ou effectives limite la transmission des virus par un effet de dilution » (voir l’explication ici d’un effet de dillution rencontré dans plus de 70% des cas), et d’autre part, « la diversité génétique propre à chaque espèce contribue à faire émerger des résistances de l’hôte à son pathogène, et donc limite aussi sa transmission ». Une récente étude d’une équipe de l’University of South Florida à Tampa (Floride, USA), publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), et portant sur une méta-analyse de 202 études d’interactions hôtes/pathogènes, dont 47 espèces parasitaires n’affectant que les animaux et 14 touchant aussi l’homme, montre que l’hypothèse de l’effet de dilution n’est en rien une exception, mais semble au contraire la règle. Les organismes pathogènes feraient en effet plus de ravages lorsque le nombre d’espèces décroît dans le milieu (voir ici le débat). De nombreux travaux scientifiques récents montrent ainsi que de la qualité de la biodiversitédépend la qualité de la santé, d’où le concept de One Health, et que l’éradication des espèces vecteurs supprime l’effet de dillution et aggrave la situation sanitaire humaine.
La biodiversité amoindrit en effet les ravages causés par un parasite, et ce dans tous les contextes écologiques : microparasitee (virus, bactéries, champignons, etc.) ou macroparasites (vers nématodes, trématodes, etc.), cycles de vie soit plus ou moins complexes implicant un nombre plus ou moins grand d’espèces hôtes, et cela aussi bien pour les espèces animales (agriculture, chasse, médecine vétérinaire) ou l’homme (médecine humaine). C’est ainsi que « le déclin de la biodiversité qui, en réduisant les populations d’hôtes et, ce faisant, la probabilité d’apparition des résistances, augmente les risques de transmission des pathogènes et l’émergence des maladies associées ». Donc pour se protéger des virus, protégeons les souches à virus car, plus nombreux elles sont, plus elles nous protègent, pour peu qu’on les laisse tranquilles. Et là, et un second problème.
Voici le scénario que les auteurs de la tribune rapportent et qui a amené à la diffusion du virus. Alors que les chauves-souris et les pangolins n’ont aucune raison d’être en contact direct entre eux, et très peu de chances d’être en contact directement rapproché avec les hommes, c’est le fait de les chasser et de les concentrer sur des marchés qui a permis « le passage de la chauve-souris au pangolin, puis du pangolin aux humains ». Ainsi le coronavirus de la chauve-souris qui n'est pas transmissible à l'homme a bénéficié de la proximité des chauves-souris captives en contact avec des pangolins eux-mêmes captifs au même endroit. Deux hypothèses, soit il s'agit d'une mutation du virus de la chauve-souris àpar le passage par le pangolin, soit plus probablement il s’agit d’une chimère entre deux virus préexistants, qui a acquis des propriétés  de capacité à pénétrer les cellules humaines (voir ici).
Alors que ces espèces animales sont strictement protégées, et que leur commerce est évidemment interdit, on constate que la consommation de leur viande et l’incorporation de certaines parties (ailes, écailles…) dans les préparations de médecine traditionnelle asiatique sont les raisons principales de cette hécatombe, et de l’augmentation des contacts avec les humains. Il y a là, évidemment des raisons traditionnelles, mais elles sont amplifiées par de véritables trafics mafieux probablement en réponse à des effets de mode et de défiance de la médecine moderne au bénéfice des nouvelles industries des médecines alternatives, ainsi que des remontées des croyances et d’un mouvement global mondial de négation et de refus de la science.
Les conséquences de ce constat sont multiples, avec en premier lieu la mise en œuvre de politiques résolues ; c’est « une nécessité de santé publique » alertent les signataires de la chronique du Monde. Il faut d’urgence limiter « les activités humaines qui appauvrissent directement la biodiversité ». Cela ne se fera pas sans entreprendre une éducation globale des populations, de manière transculturelle, et surtout sans une revalorisation de l’image de la science (qui n’est pas bien aidée par les batailles de chiffonniers ni les pratiques individualistes de chercheurs maintenus en concurrence par des systèmes compétitifs d’appels d’offres ou d’évaluation de carrière). C'est à ce prix qu'un effort international de lutte contre les mafias pourra être efficace, par la chasse à l’institutionnalisation des comportements à risque et à la chute des demandes de marché noir, en engageant dès les plus jeunes âges de scolarisation au respect de logiques naturelles de préservation de la biodiversité.
Nous en sommes malheureusement encore loin, y compris dans notre pays.

22 avril 2020

BIO - SHS : Et revoilà la « One health » : les dirigeants des instituts de recherche pour une approche interdisciplinaire face au Coronavirus.



L’interdisciplinarité est un vrai champ de bataille. L’ENSC en est le témoin, construite à bout de bras malgré les ordres disciplinaires, les chapelles et les tuyaux d’orgue académiques ou des décideurs politiques nationaux, dont les rares partisans des transversalités sont également bien mal traités.
La crise actuelle n’échappe pas aux dogmatismes, aux luttes de clans et aux pouvoirs de telle discipline sur une autre, souvent dans la fausse modestie des mandarins et de leurs adeptes, partisans ou détracteurs.
Considérer que la recherche médicale n’est que médicale, que l’éthique n’est qu’une discipline de l’Ordre, des comités national, de l’Inserm ou locaux de protection des personnes, est une caractéristique bien ancrée de l’institution française. Elle repose d’ailleurs sur un monde histoirique et « dérogatoire » de facultés « dérogatoires » réunissant des professeurs à carrière « dérogatoire » pour des études « dérogatoires » menant à un doctorat « dérogatoire » : les diplômés en sont d’ailleurs, spécificité française, les seuls que l’on appelle « docteur » comme si les autres scientifiques n’en étaient pas vraiment digne du titre. Ces facultés regroupent d’ailleurs parfois des disciplines fondatrices d'autres facultés, de sciences ou de lettres et humanités, mais aux titres desquelles on adjoint explicitement les termes de « médicales », « biomédicales », parfois « humaines (!) », « de santé » ou autre astuce sémantique pour marquer la distinction, la différence, le non mélange. Les unités n’en sont souvent dirigées que par des spécialistes, docteur par ci, professeur par là, blouses blanches partout et toges toujours : statistiques médicales, informatique médicale, biologie humaine, neurosciences biomédicales, psychologie médicale, pédagogie médicale, médecine du sport, du travail, santé publique ... marquant d’autant la singularité de ce monde académique « dérogatoire ».
C’est dans Le Monde le 17 avril 2020 que des dirigeants « non médicaux » des plus grands instituts de recherche français et de quelques universités signent une tribune appelant fermement à l’interdisciplinarité et à une approche « One Health » que nous avions déjà discutée et appelée de nos vœux, ici, dans ce site (lien). Cette démarche « One Health » (voir l'article sur le site de l'Agreenium) promue par l’OMS et de grandes organisations internationales ne trouve paradoxalement qu’une attention condescendante en France. Or, selon ces illustres signataires, la pandémie actuelle « est étroitement liée à la question de l’environnement ». Hors de la clinique et de l’intervention urgente sur la vie des personnes qui méritent évidemment d’être sauvées ou dont l'avenir doit être préservé, et pour lesquels l'hôpital universitaire est le meilleur endroit, la Santé ne peut être traitée de manière parcellaire par les seuls médecins. Les signataires rappellent que c’est « une perturbation humaine de l’environnement, et de l’interface homme-nature, souvent amplifiée par la globalisation des échanges et des modes de vie, qui accélère l’émergence de virus dangereux pour les populations humaines », et donc pour les individus qui les composent, « par recombinaison entre virus d’espèces différentes ».

Le constat est dur, il est également clair : en France, le débat scientifique et les orientations politiques de la réponse à la crise sont littéralement raptés par certains, dans un oubli quasi total des disciplines concernée et souvent rompues à croiser les approches, à collaborer et à promouvoir une interdisciplinarité globale. Les conflits rapportés par la presse, qui monopolisent la place publique, sont par exemple ceux qui opposent les Horaces et les Curiaces de la méthode, les fanatiques de l’« Evidence Based Medicine » (EBM) aux partisans des approches réalistiques (voir ici dans ce site). Selon les signataires, « il est paradoxal de constater que les études de médecine et de pharmacie continuent d’ignorer largement la biologie de l’évolution, et que celle-ci est récemment devenue facultative pour les deux tiers d’un parcours scolaire de lycéen », alors que l’approche One Health « doit devenir une priorité pour une recherche interdisciplinaire brisant les cloisonnements, encore trop présents, entre le monde biomédical et celui qui se consacre aux sciences de l’environnement ».
Afin de gérer cette crise, de s’inspirer des connaissances issues de précédentes et d’anticiper « celles qui ne manqueront pas de survenir », il est nécessaire, de recourir à une véritable  « écologie de la santé » prenant en compte à la fois « les écosystèmes, les pratiques socioculturelles et la santé des populations humaines, animales et végétales » considérées comme un tout et des problématiques indissociables. « Cela implique, enfin, de tirer les conséquences pratiques et politiques des connaissances que l'écologie de la santé nous apporte sans attendre la prochaine crise », concluent les signataires qui semblent, représentants majeurs de la recherche en France, sifflet la fin d’une partie qui se joue manifestement sans eux, de manière tuyautée et fermée, entre des courants du pouvoir politique et des écoles de pensée d’un monde « dérogatoire » bien français.
Un regret, un manquement dans cette démarche : l’absence notoire des SHS, avec notamment pas de sociologie ou d’anthropologie, de psychologie, de sciences économiques ou de philosophie, et bien d’autres encore qui trouveraient leur place avec grande pertinence dans la démarche « One Health » : « une seule santé ». Une remarque finale : une démarche de grands scientifique fédérés par l'alliance nationale pour l'environnement ; quelle position entend adopter Aviesan, l'alliance nationale pour la santé, jusqu'ici bien silencieuse sur l'urgence de l'interdisciplinarité dépassant le monde médical ?
Les signataires sont fédérés par l'Alliance nationale de recherche pour l'environnement AllEnvi :
alliance AllEnvi ;
direction de de la recherche fondamentale du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (Cea) ;
Muséum national d’histoire naturelle (Mnhn) ;
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ;
direction scientifique de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) ;
Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ;
direction scientifique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (Irsn) ;
Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inra-e) ;
Bureau de recherches géologiques et minières (Brgm) ;
Météo France (MF) ;
Institut écologie & environnement (Inee) du CNRS ;
Institut de recherche pour le développement (Ird) ;
présidence de l’université Gustave-Eiffel (Paris Est) ;
présidence de l’université de La Rochelle.

Retrouvez ici la déclaration complète publiée sur le site du Muséum National d’Histoire Naturelle et la tribune sur le site du journal Le Monde.

19 avril 2020

IA : Moore après Moore.

Le 19 avril 1965, dans une interview accordée à la revue Electronics Magazine, Gordon Moore, l’un des cofondateurs d’Intel, fait part d’une prédiction selon laquelle la complexité des puces allait doubler tous les ans. En 1975, il réévalue sa prédiction en précisant que le nombre de transistors sur une puce doublerait tous les deux ans. Depuis, cette hypothèse s’est vérifiée et popularisée au point d’être rebaptisée, par abus de langage, loi de Moore. Toutefois, depuis quelques années, la densification et la miniaturisation régulières des transistors sur des substrats en silicium rencontrent des contraintes nouvelles de taille. Néanmoins, la Loi de Moore ne semble pas éteinte et la recherche continue : MediaTek, société taïwanaise fabriquant des puces mobiles, conçoit aujourd'hui des processeurs gravés en 7 nanomètres, et travaillera "bientôt" sur le 5 nm ; une équipe de Berkeley arrive aujourd'hui à faire fonctionner un transistor d'un nanomètre (lien) pour des perspectives industrielles dans quelques années. L'autre piste est le changement de matière, avec des composants quasi-quantiques et des pseudo transistors à 7 atomes seulement. Trois étapes de miniaturisation des semiconducteurs, en 7, 5 et 3 nanomètres commencent à être maitrisées par IBM ou Samsung. Et la génération d’après se prépare tout en restant un mystère. En parallèle, l'IA permet de mieux tracer les composants, de les programmer de manière plus performante, et on envisage déjà une Loi de Moore après Moore qui s'inscrira dans la course à la performance à la fois structurale et fonctionnelle (lien).
Lire la suite (cela).
La Loi de Moore fête aujourd'hui son 55 anniversaire.
Petit rappel : il y a cinq ans, à l’occasion du 50e anniversaire de la loi de Moore, Intel a publié cette petite infographie souvenir.

18 avril 2020

IA - TECH : Le calcul quantique à température normale.

Les techniques actuelles de conception de  l'ordinateur quantique (liens vers ce site) sont confrontées à plusieurs limites qu’essaient de dépasser plusieurs centres de recherche et les industriels du domaines. L’une d’elles, et non des moindres, est celle du maintien d’une température très basse, proche du zéro absolu (vers -273,15°C), afin de figer les composants intimes du calcul quantique pour permettre l’état de superposition des QuBits. En effet, cet état de superposition quantique est très fragile et les supraconducteurs utilisés doivent être plongés dans des enceintes d’azote liquide. Le calculateur quantique est alors un cryostat sur les composants duquel on agit par l’intermédiaire d’émetteurs de micro-ondes ou de faisceaux magnétiques.
Une publication de Nature communications par un consortium international coordonné par une équipe suédoise de l'université de Linköping, et associant des chercheurs académiques hongrois, russes et américains, ainsi que du Thomas J. Watson research center de Yorktown Heights (NY, USA) de l’industriel IBM, montre qu’il est possible de maintenir à température ambiante normale l’état de superposition quantique au sein du carbure de silicium (noté SiC). Ce matériau, la moissaniteest formé par l’association d’un atome de silicium et d’un atome de carbone. On le trouve sous forme naturelle dans quelques météorites, ou de manière très rare sous forme d’inclusion dans des diamants ou dans certaines riches exceptionnelles. La solution est de synthétiser ce composant habituellement utilise en joaillerie ou dans l’industrie comme substitut du diamant.

16 avril 2020

SHS : Le trafic aérien comme indice d’activité humaine.



Flightradar24 est né par hasard du passe-temps de deux suédois fanas d’aviation. C’est aujourd’hui un entreprise d’une vingtaine de personnes, située à Stockholm, qui se donne pour objectif de donner en temps réel la position et les caractéristiques techniques, commerciales et de vol de tous les aéronefs en vol dans le monde.
Le dispositif est l’exemple même d’une source de données ouvertes (open data) contributive. Elle est alimentée par un ensemble de sources officielles (administrations) et commerciales (les informations des compagnies aériennes), mais aussi par un réseau « crowdsourcing », de « planespotters » et de passionnés d’aviation qui contribuent à alimenter le système en informations.
En fait, la très grande majorité (de 60 à 70%) des avions en vol, dès la mise en route du ou des moteurs et jusqu’à leur extinction au parking d’arrivée, utilise un transpondeur ADS-B. Il s’agit d’un dispositif embarqué qui envoie en permanence des informations sur la localisation précise sur la carte, l’altitude, la vitesse, le cap, la destination et toute une série d’informations. 
Pour récolter ces informations, la société recueille les données des nombreuses installations professionnelles hébergées dans les aéroports, celles des compagnies, mais également celles fournies par un immense réseau collaboratif d’amateurs et de radio-amateurs dotés de récepteurs ADS-B, eux peu partout à travers le monde (estimé à Plus de 13000 contributeurs). Cet ensemble est complété par les informations de la Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis, qui transmet ses données avec une latence inférieure à cinq minutes, à partir desquelles le système peut facilement extrapoler la position estimée des aéronefs concernés, et par un calcul de « multilatération » qui permet de calculer la position d’appareils équipés d’un autre type de transpondeur. Le système est en évolution continue avec des projets d’intégration des avions d’Etat, et des contributions d’autres systèmes similaires tels que « PlaneFlightTracker » avec des informations sur les vols privés et ceux de l’Otan et de la Russie.
Quoi qu’il en soit, les informations permettent de comparer les données concernant l’activité avant et après le confinement.

15 avril 2020

IA - SHS : De l’intérêt de la géolocalisation.

La société Apple, en analysant les données et en ne conservant pas d’historique personnalisé, à établi (ici) la représentation graphique des localisations des personnes utilisant le logiciel plan sur son iPhone.
Le firme propose ainsi de manière ouverte au scientifique, au politique, à l’étudiant comme aux simple curieux, un outil convivial de consultation des données illustrant les mouvements des populations pendant les derniers mois.
Elle affiche ainsi, pour chaque pays et par grande métropoles, le graphe combiné des requêtes des conducteurs ou passagers utilisant un véhicule, de celles des piétons et de celles des mouvements en transports en commun, correspondant aux trois modes de requêtes de son logiciel cartographique «plan».
Google avait déjà proposé une analyse similaire à partir de ses propres données (rapport consultable ici).
Des données de «plan», deux informations sautent aux yeux. La première confirme l’analyse de Google et concerne la forte diminution des mobilités suite à la décision de confinement. La seconde, plus intéressante, met en évidence une rythmicité des mobilités normales, en époque de non restriction de la liberté de circulation. Ce rythme semble, pour la France, s’établir de manière régulière sur la semaine, avec un pic en fin de semaine et un effondrement le dimanche, et la forte corrélation des trois courbes semble suggérer qu’il s’agit d’un phénomène global, qu’il reste à expliquer, indépendant du mode de mobilité adopté. 
Cette régularité semble d’ailleurs se poursuivre à bas bruit en confinement, avec un choix privilégié pour l’utilisation de véhicules automobiles sur tout le pays, alors que cette rythmicité tend à s’estomper dans les grandes villes avec une moindre variabilité entre voitures et transports en commun.
La différence entre les données globales du pays et la somme de celles des métropoles permet d’obtenir la courbe des mobilités en province, avec alors le constat d’une nette prévalence pour les transports en commun dans les grandes villes et donc une plus grande utilisation des autres véhicules hors métropoles. 

Toutes ces «open data» devraient être exploitées à l’occasion de cette mise à disposition pour étudier les mobilités à la fois entre pays, entre régions, entre modes de déplacement, en situation normale, ce qui permettrait de faire des prévisions de sortie de crise, et en situation critique, afin d’anticiper ces mobilités en cas de nouvelle crise. Voici peut-être une opportunité de projet d’études pour l’ENSC.
Article source de Mac Generation (lien).
Accès aux données brutes (lien).

14 avril 2020

BIO - SHS : À quel âge est-on vieux ? À propos des dérives politiques...



« Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi » déclarait Nelson Madella, inspiré de Gandhi, lors d’un discours aux afrikaners pour la sauvegarde du peuple noir. En perspective, dans son allocution au Peuple français, le 13 avril 2020, le président de la République a déclaré que « pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps. » Et de rajouter : « ... il faudra essayer de s'y tenir pour vous protéger, pour votre intérêt ».
Ces deux parties d’un même moment du discours, l’une en introduction, l’autre en conclusion, articulée habilement entre elles, constituent une parfaite illustration des dimensions perverses de la pensée pathologique du politique. La désignation expliçite de ceux qui sont vieux, handicapés ou malades chroniques discrimine ainsi de ce qu’on considère jeunes, sains et entiers. Pourtant, le président est loin d’être seul à penser ainsi puisque, la semaine dernière, la présidente de la Commission européenne a estimé possible un confinement « des plus âgés » jusqu’à la fin de l’année. Chaque psychologue sait bien que la détestation du naturel n’est pourtant que l’expression de la peur, ici celle d’être vieux, là d’être malade ou encore toujours d’être diminué. 
Un des problèmes du politique reste celui de la déclinaison de son dire dans l’écrit de la Loi et de la Réglementation. Et les questions sont donc celles des définitions opératoires, celles qui permettent aux administrateurs, aux administratifs, et aux gendarmes et autres opérateurs de la force de l’Etat, d’appliquer des textes sans le discernement dont on les souhaiterait capables maîtres que leur interdit une justice prompte au respect de la lettre avant celle de l’idée du texte.
Dans un tel contexte, à quel âge est-on âgé ? L’âge est le critère le plus simple à contrôler puisqu’il est défini par l’identité, porté au document obligatoire et indiqué par le sujet lui-même sur la déclaration sur l’honneur que chacun doit signer pour circuler hors de chez lui. Il suffit donc, chaque matin, de connaître la nouvelle date en deça de laquelle le citoyen deviendra contrevenant, vieux délinquant, à sanctionner, voire à priver de la liberté qu’il n’a pas, ou à condamner â des travaux d’intérêt collectif tels que pousser des charriots d’autres vieux ou de malades parfois plus jeunes qu’on aurait eu intérêt à inviter, eux, à rester chez eux. On peut imaginer ainsi un ensemble d’Ehpad entourés d’autres centres de concentration des âgés condamnés et ainsi sortis de l’espace commun. Cela est ni plus ni moins que la base institutionnelle d’un ostracisme anti vieux.
Reste le choix de la frontière ; sur quels critères vont s’appuyer les décideurs pour décider du fer rouge, nouvelle étoile de discrimation à porter de manière plus ou moins visible par ceux qui sortent, de fait, de l’espace de liberté. L’unisson n’est pas de mise et le débat commence à enfler. Deux conséquences à cela : la première, à laquelle on pouvait s’attendre, est que les définitions ne sont ni universelles ni consensuelles, la seconde, plus inquiétante, est que l’idée a déjà fait son chemin et que les hordes de gérontophobes affûtent leurs couteaux.
Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) indiquait dans une note du 30 mars sur la stratégie de prise en charge des personnes âgées vivant en établissement que « La population des personnes âgées de plus de 70 ans constitue le public le plus vulnérable à l’épidémie de Covid-19 ». Le ministère de la Santé rapporte que « les patients entre 50 ans et 70 ans doivent être surveillés de façon plus rapprochée ». Quant au président du Comité consultatif national d’éthique, par ailleurs président du conseil scientifique ad-hoc qui conseille le président, considère que l’âge pivot serait celui de 65 ans, parlant à l’oreille d’un gouvernement qui déclarait hier pour le projet de Loi sur la réforme des retraites que l’âge de 67 ans était celui du départ à taux plein. Le MEDEF est plus exigeant encore, expliquant qu’il fait travailler plus et plus longtemps pour sauver un régime dont on ne sait plus trop s’il sera par capitalisation ou restera par répartition. On voit bien qu’entre 50 et 70 ans, la frontière est floue, et qu’elle devra impérativement être contrôlée par le Conseil Constitutionnel dont la moyenne d’âge de ses membres est de 71 ans (de 60 à 93 ans).
Que nous apprend la biologie sur l’âge, pas grand chose sinon une grande variabilité d’un individu à l’autre. L’âge semble correlé à la diminution de la longueur des télomères des chromosomes, ces extrémités non codantes dont le rôle semble pourtant établi dans la production d’erreurs de codage de la reproduction cellulaire. À propos de celle-là, on peut s’intéresser à l’âge à partir duquel on ne se reproduit plus. Au mois d’octobre 2019, la petite Tianci est naît par césarienne dans une maternité de la ville de Zaozhuang, dans l’Est de la Chine, d’un papa de 68 ans et d’une maman de 67 ans. Les dérèglements génétiques, les affres de la vie, tant en santé qu’au travail, les toxicités du milieu et de l’alimentation, sont autant de facteurs de variation qui peuvent faire d’un jeune un déjà vieux ou d’un aîné un vert gaillard. La culture ne nous aide pas et les travaux de l’anthropologie montrent combien ces notions de jeunesse et de vieillesse varient d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un groupe social à un autre.
La médecine de ces trois derniers mois indique que l’âge médian des sujets Covid-19 qui en sont décédés est de 83 ans alors que seuls 3 % des personnes décédées avant l’âge de 65 ans ne présentant pas de comorbidité. Mais le psychologue et le physiologiste savent l’erreur épistémologique de certains sociologues, économistes, historiens et autres biologistes des populations prêts à reduire le comportement des individus aux statistiques des tendances centrales et à ce qu’ils définissent comme l’individu type, ou au mieux l’individu représentatif de telle ou telle catégorie ; comme si l’amour, le plaisir, la peur, santé, etc. étaient des notions inhérentes aux groupes.
Et quelles conséquences individuelles sont et seront celles du confinement et de l’ostracisme rampant ? Qui peut le prévoir, sauf à le prédire de manière conjuratoire comme la limitation de vitesse à été appliquée comme potion à l’accidentologie en son temps. Plus facile de criminaliser le conducteur que d’admettre la déchéance du réseau routier et de tout ce qui concours à l’usage automobile et à ses dangers. La majorité des analystes considèrent que c’est là l’origine majeure de la fronde des « gilets jaunes ». Le confinement n’est-il pas, à l’instar, le non dit d’un manque de masques, de gants, de surblouses et des moyens de protection qui ont clairsemé les Ehpad, repoussant d’autant la médiane de l’âge, confirmant dans une tautologie enarquienne que les vieux sont les plus fragiles, puisqu’on les a littéralement tués.
La plupart des spécialistes insistent sur la nécessité de prendre en compte les risques du confinement. Pour les personnes âgées à domicile, le repli sur soi et la perte de dépendance sont des conséquences certaines et irrémédiables d’un isolement et du confinement prolongé. Quelle société, sinon celle rêvée par certains politiciens pathologiques, se permet d’empêcher les enfants de venir visiter leurs parents âgés, d’assister, comme cela a été le cas récemment, aux derniers instants de son père, de parquer les vieux dans des vases clos d’un Covid devenu nosocomial ? L’abomination peut parfois prendre le costume de la respectabilité ou celui de la responsabilité. 
L’appartheid est une abomination, et classer des catégories de citoyens sur des critères biologiques est justement la définition de cette infamie. Comment un pouvoir, aussi éclairé soit-il, peut-il se permettre de s’affranchir de la constitution, de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui dispose de l’égalité de tous et droit. Le principe d’isonomie dispose qu’aucun individu ou groupe d'individus ne peut avoir de privilèges garantis par la loi, et par voie de conséquence, qu’aucun individu ou groupe ne peut être privé d’un quelconque privilège que la loi garantirait à d’autres.