24 octobre 2026

INFO - DIV : Informatique quantique à l'ENSC

L’ordinateur quantique d’IBM voit sa fiabilité renforcée

Ce ne sont pas moins de trois études impliquant IBM et son IBM Quantum machine de Yorktown Heights (NY-USA) qui, le 30 juillet dernier, ont confirmé la fiabilité du calcul quantique et de son implémentation sur la Q-machine IBM, connue sous l’hypocoristique « The Chandelier » de « Big Blue ».

La confiance n'allait pas de soi, la technologie quantique permettant des calculs en théorie inaccessibles aux machines classiques, reposant sur une logique et des programmes tout à fait originaux, avec une puissance et une rapidité telles que le contrôle par des ordinateurs classiques est impossible, voire inconcevable. Alors, comment savoir qu'un ordinateur quantique donne des résultats « en confiance » ou « n'hallucine » pas ?

Les deux premières études portent sur des simulations de matériaux quantiques particulièrement complexes. Elles démontrent que les résultats produits restent cohérents malgré des tests poussés, tels que la variation volontaire du niveau d'erreurs affectant le calcul, l'exécution sur plusieurs processeurs, ou la comparaison avec les cas encore accessibles aux méthodes classiques. La troisième étude propose un dispositif permettant d'estimer directement la fiabilité d'un calcul quantique au moment même où il est réalisé.

  • Première étude (Université de Chicago & IBM – Échantillonnage / 70 qubits logiques) : Ghosh, S., Fefferman, B., & IBM Quantum. (2026). Demonstrate Quantum Advantage, Establishing Trusted Quantum Computation on Logical Circuits. arXiv. https://doi.org/10.48550/arXiv.2607.25941
  • Deuxième étude (Qedma & IBM – Simulation de matériaux / 74 qubits) : Qedma Quantum Computing, & IBM Quantum. (2026). Modeling Physics Beyond Classical Capabilities Through Trusted Quantum Computation. arXiv. https://doi.org/10.48550/arXiv.2607.25942
  • Troisième étude (Algorithmiq & IBM – Estimation en temps réel de la fiabilité / 56 qubits) : Algorithmiq, & IBM Quantum. (2026). Establishing a Framework for Trusted Quantum Computation Beyond Classical Verification. arXiv. https://doi.org/10.48550/arXiv.2607.25943

L’apport épistémologique de la confiance

Pour les adeptes de la pensée rationnelle, et au-delà de l’intérêt purement disciplinaire et des spécificités physiques de chaque expérimentation, ces études confirment la pertinence opérationnelle et épistémologique de l'informatique quantique en ouvrant le grave chapitre du problème de la vérificabilité (Trusted Quantum Advantage). La démonstration d'un avantage quantique se heurte en effet à une contradiction logique : un supercalculateur non quantique, même le plus avancé, ne peut simuler le système quantique dans des délais raisonnables ; il devient donc, par définition et par conception, impossible de vérifier l'exactitude du résultat produit par la machine quantique. On est donc face au problème incontournable de confiance (trust) en la machine.

En introduisant des structures de circuits vérifiables et des cadres d'estimation d'erreur en temps réel, IBM semble prouver, du moins c’est ce qui est prétendu, qu'il est possible d'attester de la validité d'un calcul hors d'atteinte classique.

Résumé synthétique des apports techniques

Pour les adeptes de l’informatique et des techniques, les travaux montrent le passage d'un régime bruité à une exécution contrôlée sur des échelles utiles (sic). En d’autres termes, on démontre la robustesse de résultats quantiques malgré des variations intentionnelles des taux d'erreur et l'utilisation de circuits complexes (tels que des dizaines de qubits logiques ou des simulations de matériaux). Les études confirment que le bruit inhérent aux processeurs quantiques actuels (comme l'architecture Heron) peut être géré et atténué de façon méthodique. Cela est un nouveau pas vers la maturité de la technologie au-delà de la recherche fondamentale.

De même, l’établissement d'une méthodologie industrielle standardisée pour l’écosystème, en validant des protocoles de contrôle développés avec des partenaires académiques (Université de Chicago) et industriels indépendants (Qedma, Algorithmiq), permet aux développeurs de disposer d’outils diagnostics et de certification pour transposer les algorithmes quantiques à des problèmes industriels concrets.

De l’intérêt de la convention IBM-ENSC

La convention entre l'École Nationale Supérieure de Cognitique (ENSC - Bordeaux INP) et IBM, initiée autour de la Chaire « Sciences et Technologies Cognitiques » fondée par Mac Rodier (IBM) et Bernard Claverie (ENSC), représente un pivot stratégique. Elle associe l'ingénierie du facteur humain, l'intelligence artificielle (Watson) et la calculabilité quantique comme mode potentiel de modélisation des processus cognitifs. L’avancée de 2026 en termes de confiance et d’applicabilité représente alors une avancée majeure pour le futur du quantique et du cerveau.

Pourtant, ce modèle pionnier souffre aujourd'hui de contraintes géographiques, de l'indifférence des instances centrales de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) ou de la région de Nouvelle-Aquitaine, et d'un parisianisme institutionnel bien connu. L’État a d’autres ambitions avec des sociétés réputées françaises, sans sembler comprendre que IBM-France est une société française ; la Région n’aime pas IBM et ne comprend rien au quantique ; quant à l’ensemble de tout le monde, Bordeaux, c’est un peu l’AOF des élites parisiennes (Marseille étant certainement l’AEF).

Or, pour maintenir sa primauté, l'ENSC doit dépasser ces blocages. C’est pour cela que ce post propose très fermement de réactiver, en le structurant de manière plus intense, le partenariat direct qui avait été établi avec le centre d'excellence mondial d'IBM Yorktown Heights (New York) et d’établir de nouveaux partenariats avec les centres IBM Austin Domain 12 (Texas) ou IBM Zurich Lab (Suisse).

Intérêt de la convention ENSC-IBM : De Watson à l'informatique quantique

La convention établie entre l'ENSC et IBM par ses pionniers, côté IBM — le visionnaire Frédéric Allard, le génial Marc Rodier et l'excellent Silvano Sansoni — et portée par la direction de l'école (l'émérite Bernard Claverie) a instauré un modèle croisé novateur. Il reposait sur trois fondements : pédagogique, partenariat et ouverture à la recherche sur le quantique et la pensée naturelle. Ces fondements sont (i) la formation par IBM à Watson et à l'IA hybride. L’ambition était de permettre aux ingénieurs formés de pouvoir intégrer des briques précoces d'IA symbolique, connexioniste et de TAL au cœur de l'ingénierie cognitique ; (ii) l’acquisition des fondements quantiques par les élèves ingénieurs (N.B. : l’ENSC est le seul établissement d'enseignement supérieur du site aquitain, et l'une des rares écoles d'ingénieurs en France, à intégrer le quantique dès le cycle d’ingénieur) ; (iii) la synergie hybride (Cognitique & Quantique) reposant sur l’intersection entre calcul quantique et sciences de la pensée, préparant les ingénieurs aux algorithmes de complexité supérieure : optimisation, simulation de réseaux complexes, cryptographie et modèles d'IA quantique ou de modélisation de l’intelligence naturelle.

L'implication directe d'experts industriels émérites (IBM Distinguished Engineers) au sein des cours et des projets d'élèves permet de garantir une transmission de compétences en temps réel sur des technologies propriétaires de pointe.

Handicap de l'éloignement géographique et passivité institutionnelle

Malgré plus de dix ans de résultats tangibles, et les pionniers passant, le déploiement opérationnel se heurte à plusieurs freins culturels et logistiques.

Le premier est celui de l’obstacle géographique Paris-Colombes / Bordeaux-Talence : le recentrage des équipes d'IBM France sur l'axe francilien (Colombes) crée une friction logistique inutile, traitant la présence physique des experts à Talence comme un coût plutôt que comme un investissement stratégique territorial. Comme toujours, la logique managériale s’impose à l’ambition scientifique, et cela est d’autant plus compréhensible que l’attitude des tutelles est plus que décevante.

Le second est un parisianisme du monde politique de l’ESR, avec un mépris affiché pour la province. La décentralisation est de plus en plus conçue comme un coût financier et la recentration de tout sur Paris, la cécité des nouveaux responsables envers une expérience pionnière qui a le tort d’avoir plus de dix ans. Dès lors qu'une innovation majeure ne prend pas naissance sur le plateau de Saclay, à Polytechnique, Centrale ou l’ENS, ou porté par les bureaux de Descartes ou de l’Élysée, elle subit un désintérêt systémique indéniable.

Le troisième est une démission stratégique qui fait ignorer une chaire formant des ingénieurs maîtrisant la chaîne complète IA-Facteur Humain-Quantique. Les doutes quant à l’intérêt du quantique constituent un gâchis à la fois académique et industriel, pour le pays et pour les entreprises de l'écosystème numérique.

Stratégique pour le développement du partenariat

La continuation et l'amplification de la convention reposent sur des enjeux pluriels.

  • Pour IBM : S'assurer un vivier exclusif d'ingénieurs capables de concevoir des interfaces et des algorithmes adaptés aux ordinateurs quantiques, tout en consolidant l'adoption de l'écosystème Qiskit et des architectures IBM.
  • Pour Bordeaux INP et l'ENSC : Conserver un positionnement académique différenciant au niveau européen, associant neurosciences appliquées, sciences humaines, ingénierie IA et calcul quantique.
  • Pour la France et l’Europe, alors que tous les discours regorgent de la notion de souveraineté numérique, former des ingénieurs capables de combler le fossé entre la recherche théorique et l’exploitation industrielle et la recherche appliquée apparaît à tout benêt comme une priorité.


Recommandation stratégique

Réactiver, avec l’aide d’IBM France,, tout en conservant les excellentes relations actuelles, l'axe direct ENSC – IBM Research (Yorktown Heights, NY) en court-circuitant les froideurs parisiennes et régionales. L'ENSC doit opérer un saut d'échelle en s'adressant directement à la tête scientifique d’IBM. La liaison directe Yorktown Heights nécessite pourtant des frais de mission ; ceux-ci peuvent être couverts par des aides de l’entreprise ou des subventions régionales ; pas la peine de compter sur l’État, il préférera privilégier le plateau de Saclay ou Paris Cité.

Pouvoir établir un partenariat institutionnel d'accès prioritaire aux processeurs quantiques avancés (IBM Quantum System One / Heron), mais également d’inviter les chercheurs, notamment Claudine Simson et ses collègues à Austin et Ruchir Puri (qui parle français) et ses collègues à Yorktown Heights.

Élaboration de projets de fin d'études et de thèses CIFRE ou d’entreprise à Yorktown Heights ou à Munich. Cette contribution à la mobilité d'élèves-ingénieurs et de doctorants directement au sein des laboratoires de recherche d’IBM permettrait de mieux assoir la convention et de rendre service aussi bien aux jeunes pour la qualité de leur CV, qu’à l’entreprise pour sa politique d’ouverture, et qu’à l’ENSC pour son image.

Hybrider l’enseignement à distance et organiser des séminaires d’exception permettrait de contourner la contrainte logistique Colombes-Bordeaux et financière institutionnelle régionale et nationale, en formalisant des modules de cours hybrides et des résidences scientifiques annuelles d'experts américains et européens à l’ENSC (le vin de Bordeaux, l’océan et les Pyrénées, ainsi que la douceur de vivre en Aquitaine peuvent être des accompagnateurs motivationnels).

Conclusion

Il convient de ne pas passer à côté de cette avancée majeure, et de profiter de ce pas de géant pour relancer, fertiliser et renforcer des collaborations. Ceci est de la compétence des jeunes collègues ; les pionniers sont passés, et même s’il faut les saluer, il convient de convaincre, surtout dans une période sociale nationale et transatlantique un peu compliquée.

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