05 novembre 2012

BIO : Biologie de garage.


Kay Aull, une étudiante en bioinformatique de l’université de Californie, a mis en place en 2009, pour moins de 1 000 dollars, un « laboratoire » dans un placard de son appartement. En bricolant à l’aide d’outils d’occasion, la jeune femme avait fabriqué un test d’hémochromatose génétique, une maladie familialement transmissible qui ne se manifeste pas chez les personnes jeunes, dont son père était, et dont elle se demandait si elle était atteinte. Son matériel de laboratoire consistait en un distillateur (en fait cuiseur à riz), un incubateur (une boîte d’emballage en polystyrène), un thermomètre (thermomètre digital du commerce), un thermostat (d’aquarium), un raffraichisseur (un ventilateur), un thermocuiseur (un coussin chauffant).
Voici un exemple de ce que l’on appelle la « biologie de garage » ou la « do-it-yourself biology ». Elle consiste à se livrer à des expérimentations dans des laboratoires rudimentaires installés dans un garage, une cave ou parfois une armoire (voir l'article Biopunk de SiliconManiaks). 
La biologie de garage est souvent applaudie au vue de son potentiel pour démocratiser la science, pour favoriser une « science citoyenne », pour l’empowerment de personnes ordinaires mais aussi pour ses valeurs éducatives, citoyennes et socio-culturelles.
 Cette pratique récente et émergente, qui  fait l'objet d'un tout récent article de Morgan Meyer du Centre de Sociologie de l’Innovation, École des Mines de Paris (lien commercial ici), fait partie du mouvement de la science ouverte (open science - lien Sussan ici). Celui-ci consiste à partager ses connaissances de façon ouverte, non concurrentielle et en dehors des systèmes académiques d'évaluation ou de financement ciblé. La biologie de garage représente un « exemple d’une traduction directe des pratiques de logiciels libres et de piratage vers le domaine des cellules, des gènes et des laboratoires ». 
Le mouvement "bio-punk" ou "bio-hacker" ou même "cyber-punk"est ouvertement collaboratif. Ainsi des laboratoires associatifs s'organisent un peu partout comme le DIYbio aux États-Unis et le bio-hackerspace de La Paillasse en France. On y trouve le plus souvent des passionnés des sciences, souvent professionnels de la biologie ou de la médecine, faisant de la biologie de garage une science alternative et non pas seulement une science d'amateurs ou de pirates biologistes. 
Les bio-punk sont ainsi capables de séquencer les génomes, de produire des monstres biologiques, des produits inconnus ou autres OGM. 

Mecque du biohacking, l’Institut Technologique du Massachusetts (MIT) a lancé le projet OpenWetWare, dont les résultats sont en libre accès. Les participants y créent et assemblent des "biobricks", c'est-à-dire des portions d’ADN dont on connaît les fonctions précises, à la manière des briques Lego. Chaque assemblage offre un puzzle transposable à la réalité, et l’International Genetically Engineered Machine (IGEM) ou encore la revue io9, organisent des concours pour créer de nouvelles espèces vivantes ou bactériologiques, jusque-là inconnues. La start-up de Synthetic Biology Ginkgo Bioworks souhaite développer quant à elle une imprimante 3D pour biobricks.
Toute cette activité est centrée sur la bioinformatique qui considère désormais le génome comme un simple système d'information dont la destination est le système complexe de la vie.

cf. : Remi Sussan. Biohacking, à l’école des apprentis sorciers. InternetActu.net, 15/10/08 (lien).

cf. : Morgan Meyer, Bricoler, domestiquer et contourner la science : l’essor de la biologie de garage, Réseaux, n° 173-174, 2012/3.

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